‹ Chatterton;Chapitre 5 sur 73 · SA VIE ET SON ŒUVRE IX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE IX

virile main de sa mère a inscrit au premier rang les chevaleresques vertus de piété, honneur, chasteté et courtoisie. Muni de ce double viatique spirituel et mondain, le jeune paladin attend ; il attend impatiemment les grands événements qui vont révéler ses merveilleuses aptitudes à l'action ; il les attendit quatorze ans à l'armée ; on peut dire que jusque dans la société civile il les attendit toute sa vie. Une jambe cassée à la manœuvre, l'humiliant escortement sous la pluie de la calèche royale en fuite vers Gand, le décevant passage après les Cent-Jours de la Maison- Rouge à la Garde Royale, puis au banal 55® de ligne, beaucoup de changements de garnison de l'Est à l'Ouest et du Nord au Midi, encore plus de congés, une lente promotion à l'ancienneté au grade de capitaine, une vaine attente au pied des Pyrénées pendant la guerre d'Espagne, tels furent les plus hauts faits de cette glorieuse carrière militaire 'si vivement désirée.' Quinze ans plus tôt les prodigieux événements de l'épopée napoléonienne eussents-ils mieux servi ce jeune foudre de guerre ? Encore moins, croyons-nous, que Courier, Stendhal et tant d'autres intellectuels égarés dans les imfedimenta de l'Empire. Ce doux * jeune homme du monde aux formes grêles ' n'avait pas plus pour la double endurance du soldat les aptitudes physiques que les aptitudes morales. Lorsqu'il se décrit quelque part ' rose et blond, marchant à pied sur la route à la tête de ses vieux soldats, chantant Joconde à pleine voix,' il ne faut pas oublier que le malheureux lieutenant était en réalité phtisique ou, comme en témoignent les rapports officiels, ' atteint de pneumonie

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