X ALFRED DE VIGNY
chronique et d'hémoptysie assez fréquente, suite de la maladie primitive,' * maladie grave qui paraît incurable.' * Mon pauvre corps, si délicatement conformé, confie-t-il à son ami Brizeux, aurait succombé à de plus longs services.' Au point de vue moral, qui croirait que le futur auteur de Grandeur et servitude militaires n'a pas craint quelque part de dire de l'obéissance passive et du respect de la hiérarchie, ces deux grands ressorts de l'armature guerrière : * J'aimais fort à l'infliger et peu à la subir ; je la trouvais admirable sous mes pieds, mais absurde sur ma tête ' ? ' L'indignation que me causa toujours la suffisance dans les hommes si nuls qui sont revêtus d'une dignité ou d'une autorité me donna, dès le premier jour, une sorte de froideur révoltée avec les grades supérieurs et une extrême affabilité avec les inférieurs et les égaux.' L'homme mûr, en sa perspicacité et sa loyauté, vit mieux : il vit en lui-même le défaut et l'erreur. * Bien souvent, avoue-t-il, j'ai souri de pitié sur moi, en voyant avec quelle force une idée s'empare de nous, comme elle nous fait sa dupe et combien il faut de temps pour l'user... Ce ne fut que très tard que je m'aperçus que mes services n'étaient qu'une longue méprise et que j'avais porté dans une vie active une nature contemplative.' Eh ! oui : voilà le mot juste, l'arrêt définitif de Vigny sur sa propre destinée : né rêveur, il était condamné à vivre et à mourir en rêveur ; c'était la loi de son organisation débile ; loi dure, parce que trop stricte ; chaque fois qu'il la viola, il en pâtit. Aussi, dès qu'il eut cette fois constaté dans les révoltes de sa chair dolente et de sa volonté fragile les