‹ Chatterton;Chapitre 8 sur 73 · SA VIE ET SON ŒUVRE XV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XV

loyaux amis s'entendaient jusque pour l'impression de leurs œuvres, ' alternant leurs récits et leurs chants,' dit l'un d'eux : en 1822, Poèmes de Vigny, Odes et Poésies diverses de Hugo ; en 1824, Éloa de l'un. Nouvelles Odes de l'autre ; en 1826, Cinq-Mars et Poèmes antiques et modernes, Bug-Jargal et Odes et ballades. Bientôt même, avec toute la naïve exubérance d'un jeune époux en lune de miel, Victor félicite Alfred de son proche mariage avec une * douce et belle et bonne fille de Jephté ou d'Otaïti.' * Nous allons nous revoir, ajoute-t-il, et l'accord de nos caractères se complétera par la ressemblance de nos vies. Nos femmes s'aimeront comme nous nous aimons, et à nous quatre nous ne ferons qu'un.' Or ce fut précisément ce malencontreux mariage qui amena ou tout au moins prépara la désunion : richement établi dans le faubourg Saint-Honoré, le comte de Vigny eut selon toute apparence plus à cœur de faire fréquenter à l'exotique comtesse les aristocratiques salons des deux rives que les modestes et parfois quelque peu bohèmes cénacles du quartier latin. Dans le siège d'ami ainsi laissé vide au foyer de Hugo, un nouveauvenu eut tôt fait de se glisser : ce fut pour le commun malheur de tous.

Celui-là, tout jeune aussi, était un gauche, timide et maladif carabin qui, récemment échappé aux horreurs des cliniques, se croyait une irrésistible vocation pour la poésie, alors qu'il était en réalité appelé à l'honneur, à ses yeux négligeable, de devenir l'un des grands maîtres de la prose française : c'était Sainte-Beuve. Il venait justement d'écrire un mal-

Page 1