‹ Chatterton: drameChapitre 19 sur 80 · ACTE I, SGÈNB Y · texte numérisé non relu

ACTE I, SGÈNB Y

de notre âge : j'ai fait mon cœur plus simple ; je me. suis appris le parler enfantin du vieux temps ; j*ai écrit , comme le roi Harold au duc Guillaume , en vers à demi-saxons et francs ; et ensuite , cette muse du dixième siècle , cette muse religieuse , je Tai placée dans une châsse comme nne sainte. — Us l'auraient brisée s'ils l'avaient crue faite de ma main : ils l'ont adorée comme l'œuvre d'un moine qui n'a jamais existé, et que j'ai nommé Rowley.

LE QUAKER

Oui, ils aiment assez à faire vivre les morts et mourir les vi vans •

Cependant on a su que ce livre était fait par moi. On ne pouvait plus le» détruire , on Ta laissé vivre ; mais il ne m'a donné qu'un peu de bruit, et je ne puis faire d'autre métier que celui d'écrire. — J'ai tenté de me ployer à tout, sans y parvenir. — On m'a parlé de travaux exacts ; je les ai abordés , sans pouvoir les accomplir. — Puissent les hommes pardonner à Dieu de m'avoir ainsi créé ! — Est-ce excès de force , ou n'est-ce que faiblesse honteuse ? —

K6 COATTERTON.

Je n'en sais rien , mais jamais je ne pas enchaîner dans des canaux étroits et réguliers les débordemens tumultueux de mon esprit , qui toujours inondait ses rives malgré moi. J'étais incapable de suivre les lentes opérations des calculs journaliers , j'y renonçai le premier. J'avouai mon esprit vaincu par le chiffre , et j'eus dessein d'exploiter mon corps.

Hélas ! mon ami ! autre douleur ! autre humiliation ! — Ce corps , dévoré dès l'enfance par les ardeurs de mes veilles , est trop faible pour les rudes travaux de la mer ou de l'armée ; trop faible même pour la moins fatigante industrie.

Il se lève avec une agitation involontaire.

£t , d'ailleurs , eussé-je les forces d'Hercule, je trouverais toujours entre moi et mon ouvrage l'ennemie fatale née avec moi ; la Fée malfaisante , trouvée sans doute dans mon berceau , la distraction , la poésie ! — Elle se met partout ; elle me donne et m'ôte tout ; elle charme et détruit toute chose pour moi; elle m'a sauvé... elle m'a perdu !

LE QUÀKEJl.

£t à présent que fais-tu donc?

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