SCÈNE PREMIÈRE
Il est assis «ur le pied de son lit et écril sur ses genoux.
Il est certain qu'elle ne m'aime pas. — Et moi... je n'y veux plus penser. — Mes mains sont glacées , ma tête est brûlante. — Me Toilà seul en face de mon travail. — Il ne s'agit plus de sourire et d'être boa ! de saluer et de serrer la main f toute cette comédie est jouée : j'.en coramenoe une autre avec moi-même. — Il faut, à cette heure « que ma volonté soit assez puissante pour saisir mon ame , et l'emporter tour à tour dans le cadavre ressuscité des personna- 999 q^e j'invoque , et dans le fantôme de ceux que j'invente ! Ou bien il faut que, dev^ipt Chat-. tertoD maUde , devant Chatterton qui a froid >
qui a faim , roa volonté fasse poser avec prétention un autre Chatterton , gracieusement paré pour Famusement du puhlic , et que celui-là soit décrit par l'autre ; le troubadour par le mendiant. Voilà les deux poésies possibles, ça ne va pas plus loin que cela ! Les divertir ou leur faire pitié ; faire jouer de misérables poupées , ou rêtre soi-même et faire trafic de cette singerie ! Ouvrir son cœur pour le mettre eU étalage sur un comptoir ! S'il a des blessures tant mieux ! il a plus de prix ; tant soit peu mutilé on Tacheté plus cher !
II se lève.
Lève-toi , créature de Dieu , faite à son image> et admire-toi encore dans cette condition !
n rit et se rassied.
Une vieille horloge sonae une demi-heure (deux coups).
— Non , non !
L'heure t'avertit; assieds-toi, et travaille, malheureux ! Tu perds ton temps en réfléchissant ; tu n'as qu'une réflexion à faire , c'est que tu es un pauvre. — Entends-tu bien? un pauvre !
Chaque minute de recueillement est un vol que tu te fais ; c'est une minute stérile. — Il s'agit bien de l'idée, grand Dieu! ce qui rap-
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porte , c'est le mot. Il y a tel mot qui peut aller jusqu'à un schelling ; la pensée n'a pas cours sur la place.
loin de moi ! — Loin de moi, je t'en supplie, découragement glacé! Mépris de moi-même, ne viens pas achever de me perdre ! Détournetoi ! détourne-toi ! car à présent , mon nom et ma demeure , tout est connu ; et si demain ce livre n'est pas achevé , je suis perdu ! oui perdu ! sans espoir ! — Arrêté ! jugé ! condamné ! jeté en prison !
Oh ! dégradation ! oh ! honteux travail !
Il écrit.
Il est certain que cette jeune femme ne m'aimera jamais. — Eh bien ! ne puis-je cesser d'avoir cette idée ?
Long silence.
J'ai bien peu d'orgueil d'y penser encore. — Mais qu'on me dise donc pourquoi j'aurais de l'orgueil. De l'orgueil de quoi? je ne tiens aucune place dans aucun rang. Et il est certain que ce qui me soutient, c'est cette fierté naturelle. Elle me crie toujours à l'oreille de ne pas ployer et de ne pas avoir l'air malheureux. — EL pour qui donc fait-on l'heureux quand on ne l'est pas? Je crois que c'est pour les femmes^ Nous
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posons tous devant elles. — Led pauvres créatares , elles te prennent pour un trône , ô Publicité ! vile Publicité ; toi qui n'es qu'un pilori où le profane passant peut nous souffleter. En général , les femmes aiment celui qui ne s'abaisse devant personne. Ëhbien! par Le Ciel, elles ont raison. —Du moids celle-ci qui a les yeux .sur moi ne me verra pas baisser la tête. — Oh ! s'il elle m'eût aimé !
Il s'abandofioe à une longue rêverie dont il sort violemment.
Écris donc, malbeureux, évoque donc ta volonté! — Pourquoi est-elle si faible? N'avoir pu encore lancer en avant cet esprit rebelle qu'elle excite et qui s'arrête! — Voilà une humiliation toute nouvelle pour moi ! — Jusqu'ici je l'avais toujours vu partir avant son maître , il lui fallait un frein , et cette nuit c'est l'éperon qu'il lui faut. — Ah ! ah ! l'immortel ! Ah ! ah ! le rude maître du corps ! Esprit superbe, seriezvous paralysé par ce misérable brouillard qui pénètre dans une chambre délabrée ? suffit- il , orgueilleux, d'un peu de vapeur froide pour vous vaincre?
Il jette sur ses épaules la couverture de son lit.
L'épais brouillard ! il est tendu au-dehors de