ACTE m, SCÈNE VI. ] S
M. BECKFORD
Ah ! c'est vous , mon cher ? venez donc ici un peu , que je vous voie en face. J'ai connu votre père , un digne homme s'il en fût; un pauvre soldat , mais qui avait bravement fait son chemin. Ah ! c'estvous qui êtes Thomas Chatterton? TOUS vous êtes amusé à faire des vers , mon petit ami, c'est bon pour une fois , mais il ne faut pas continuer. Il n'y a personne qui n'ait eu cette fantaisie. Hé ! hé ! j'ai fait comme vous dans mon printemps, et jamais Littleton, Swift et Wilkes n'ont écrit pour les belles dames des vers plus galans et plus badins que les miens.
Je n'en do a te pas , mylord.
M. BECKFORD
Mais je ne donnais aux muses que le temps perdu. Je savais bien ce qu*en dit Ben Jonson : que la plus belle muse du monde ne peut suffire à nourrir son homme , et qu'il faut avoir ces demoiselles -l^à pour maîtresses , mais jamais pour femmes.
Laiiderdale, Kingston et les lords rient.
134 CHATTIBTOIf.
LAUDEHDALE.
Bravo , Mylord ! c'est bien vrai !
LE QUAKER
Il veut le tuer à petit feu.
B.ien de plus vrai, je le vois aujourd'hui, mylord.
M. BECKFOHD.
Votre histoire est celle de mille jeunes gens ; vous n'avez rien pu faire de vos maudits vers , et à quoi sont- ils bons , je vous prie? Je tous parle en père, moi, à quoi sont-ils bons? — Un bon Anglais doit-il être utile au pays^ — Voyons un peu, quelle idée vous faites-vous de nos devoirs à tous , tant que nous sommes?
CHATTERTON , à part.
Pour elle ! pour elle! je boirai le calice jus* qu'à la lie. — Je crois les comprendre 9 mylord ; — l'Angleterre est un vaisseau. Notre ile en a la forme : la proue tournée au nord , elle est comme à l'ancre au milieu des mers , surveillant le continent. Sans cesse elle tire de ses