LE QUAKER , CHATTERTON
chatterton, entre vite et comme en se sauvant.
Enfin , nous voilà au port.
LE QUAKER
Ami, est-ce un accès de folie qui l'a pris ?
Je sais très-bien ce que je fais.
LE QUAKER
Mais pourquoi rentrer ainsi tout-a-coup?
chatterton , agité.
Croyez-vous qu'il m'ait vu ?
Il n'a pas détourné son cheval. et je ne l'ai pas vu tourner la tète une fois. Ses deux grooms l'ont suivi au grand trot. Mais pourquoi l'éviter , ce jeune homme ?
Vous êtes sûr qu'il ne m'a pas reconnu ? LE QUAKER.
Si le serment n'était un usage impie , je pourrais le jurer.
Je respire. — C'est que savez-vous bica 4juil est de mes amis ? C'est lord Talbot. LE QUAKER.
Eh bien! qn'importe ? — Un ami n'est gu#re plus méchant qu'un autre homme.
(27) [atterton, marchant à grands pas , avee
humeur.
11 ne pouvait rien m'arriver de pis que de voir. Mon asile était violé, ma paix, était onblée, mon nom était connu ici.
LE QUAKER
Le grand malheur !
Le savez- vous, mon nom, pour en juger ?
LE QUAKER
Il y a quelque chose de bien puéril dans crainte. Tu n'es que sauvage, et tu seras ïs pour un criminel si tu continues.
OU mon dieu! pourquoi suis-je sorti avec >us ? Je suis certain qu'il m'a vu.
LE QUAKER
Je l'ai vu souvent venir ici après ses pares de chasse.
Lui ?
LE QUAKER
Oui , lui , avec de jeunes lords de ses amis.
Il est écrit que je ne pourrai poser ma tète ulle part. Toujours des amis!
LE QUAKER
Il faut être bien malheureux pour en venir dire cela.
chatterton , avec humeur.
Vous n'avez jamaismarché aussi lentement [u'aujourd'hui.
LE QUAKER
Prends-toi a moi de ton désespoir. Pauvre enfant ! rien n'a pu t'occuper dans cette promenade. La nature est morte devant les yeux. CHATTERTON.
Croyez-vous que mistress Bell soit trèspieuse? Il me semble lui avoir vu une bible dans les mains,
le quaker , brusquement.
Je n'ai point vu cela. C'est une femme qui
aime ses devoirs et qui craint Dieu. Mais
je n'ai pas VU qu'elle eût aucun livre dans
les mains. (A part.) Où va-t-ilse prendre ! à
quoi osc-t il penser ? J'aime mieux qu'il se
noie que de s'attacher h cette branche. {Haut.)
C'est une jeune femme trés-froide, qui n'est
émue que pour ses enfans , quand ils sont
malades. Je la connais depuis sa naissance.
Je gagerais cent livres sterling que cette
rencontre de lord Talbot me portera malheur.
LE QUAKER
Comment serait-ce possible?
Je ne sais comment cela se fera , mais vous Verrez si cela manque. — Si cette jeune femme aimait un homme, il ferait mieux de se faire sauter la cervelle que de la séduire. Ce serait affreux , n'est-ce pas ?
LE QUAKER
N'y aura-t-il jamais une de te§ idées qui mt tourne au désespoir T
Je sens autour de moi quelque malheur évitable. J v suis tout accoutumé. Je ne siste plus. Vous verrez cela; c'est un cur eux spectacle — Je me reposais ici , mais on ennemie ne m'y laissera pas.
LE QUAKER
Quelle ennemie ?
Nommez-la comme vous voudrez, la forme , la destinée ; que sais-je , moi ? Tu t'écartes de ta religion. hatterton , va à lui et lui prend la main. Vous avez peur que je ne fasse du mal ici ? -Ne craignez rien. Je suis inoffensif comme es enfans. Docteur, vous avez vu quelqueois des pestiférés ou des lépreux ? Votre iremiec désir était de les écarter de 1 nabiion des hommes. — Écartez-moi , repousez-moi . ou bien laissez-moi seul ; je me éparcrai moi-même plutôt que de donner a tisonne la contagion de mon infor'une. Cris , et coups de fouet d'une partie déchusse finie.) Tenez, voilà comme on dépiste le sanglier solitaire !