M PE
l’église gothique Saint-Martin et Saint-Blaise est édifiée. A l'origine, assise sur la même colline dominant la ville, elle était constituée par un simple vaisseau surmonté d’un modeste clocher et enclos d’un cimetière, plan typique de la basilique romaine. Mais elle avait dû souffrir quelque peu pendant les guerres anglaises et, sans doute, ne suffisait-elle plus à une population en accroissement constant. Alors est construit, essentiellement au xv° siècle, le bel édifice qui porte l'empreinte de l'architecture du xIV‘, ce qui n’étonne guère si l'on songe que l’art gothique a été connu assez tardivement en Haute- Auvergne. La pierre utilisée est le granit gris pailleté de mica, très abondant sur la rive gauche de la Truyère, au grain grossier, dur, difficile à tailler, mais résistant et plus agréable à l'œil que le basalte ou le tuf.
Nous savons que le clocher a été reconstruit avec l'autorisation de Charles de Bourbon. En 1450, les commissaires du duc sont sollicités par les luminiers qui demandent « licence de mettre argent pour le bastiment d'icelle église ». Dans un acte de 1454, il est à nouveau question de la « grande église en construction » et les travaux se poursuivent toujours en 1462.
Une fois achevée, elle se présente comme un vaisseau de style ogival très harmonieux, avec voûte de pierre à nervures d’une hauteur uniforme de 14 mètres, contrebuté par des contreforts à ressauts et à glacis. Le pignon nu actuel de l’ouest et la porte d’entrée principale n'existent pas, car la nef ne comporte que quatre travées. Les deux dernières ne seront construites qu’au XVIII: siècle sans le même souci d'élégance. Par contre, la partie est n’a guère changé : un chevet racé, éclairé par de remarquables fenêtres à meneaux trilobés sans vitraux et, malheureusement, à demi cachées un peu plus tard par un retable immense où peuvent se célébrer conjointement trois messes et offert en 1598 par l'épouse de défunt Pierre Sauvageol, marchand de la ville; un chœur à pans coupés, assez vaste pour recevoir les stalles des chanoines et choriers; un portail avec son arc à quatre voussures reposant sur de fines colonnettes qui s'ouvre toujours sur le croisillon sud du transept et sous le clocher probablement à peigne. Comme aujourd’hui, les arcs doubleaux de la nef partent du sol, des nervures diagonales s’élancent d’un pilastre à l’autre avec écussons armoriés à la clef de voûte et la chaire en pierre fait corps avec l’une des colonnes dans laquelle a été taillé un escalier. Les murs sont lisses, vraisemblablement blanchis à la chaux, avec pour seuls ornements cinq petits bas-reliefs en pierre encastrés.
Dès la fin du xiv° siècle, deux chapelles se sont greffées sur le vaisseau sans en rompre l’harmonie. La première, ouverte sur la deuxième travée à droite et accotée à la base du clocher, a été construite par la communauté des prêtres qui s’y assemblait, et consacrée à Notre-Dame et à Saint-Blaise. La seconde, symétrique à celle-ci, a été fondée par Guillaume de Montvallat, en 1368, pour la sépulture des membres de sa famille avec ses armes à la clef : « d’azur au chevron
un: Le
d'or accompagné de trois couronnes de laurier d'argent liées de gueules à quatre endroits ». Au xv° siècle, dans la travée suivante, se sont raccordées, à droite, la chapelle consacrée à saint Pierre; à gauche, celle vouée à sainte Anne que les Champagnacs, ardents partisans des Armagnacs, ont fait édifier. Au xvi° siècle, le chœur se pare de magnifiques stalles — classées monuments historiques — destinées aux chanoines : cinq de chaque côté, en chêne sculpté, sous un dais ajouré et, sur chaque dossier, le blason du chapitre. Celles réservées aux choriers se trouvent alors dans le bas-chœur, c’est-à-dire devant les stalles des chanoines.
Une abside, un chœur, une nef à quatre travées, quatre chapelles et un portail s'ouvrant au sud-est sous le clocher : telle est érigée au début du xvr: siècle l'église Saint-Martin et Saint-Blaise de Chaudes- Aigues qui ne manque pas d'allure.
La transformation de la communauté des prêtres en chapitre collégial
Nous avons dit qu’une communauté de prêtres existait à Chaudes-Aigues « ab antiquo ». Au nombre de treize, les seigneurs du collège Notre-Dame et Saint-Blaise — « li senhor del collegi » — avaient peut-être desservi l’église Saint-Martin jusque vers la fin du xI° siècle, époque où des donations seigneuriales mirent l'édifice tant convoité à la disposition du prieur de Saint-Flour avec le droit d'en nommer le vicaire perpétuel. Les prêtres de la communauté devinrent alors indépendants du curé, furent privés de toute participation à l'administration de la paroisse et aux revenus de l’église. Ils célébraient les messes de Requiem fondées par des testateurs tels que les seigneurs de Miremont, de Montvallat, de Rochegonde, ou obits, d'où leur appellation : « obitus seu collegium clericorum de Calidis Aquis ». C'était là l'essentiel de leurs ressources avec quelques cens en argent ou en seigle assis sur divers mas à Andiergues, Cromières, Prunières, Boïissières, La Fouliouze, Les Angles, etc, et des vivres que des familles compatissantes leur distribuaient à la fin des offices. Ils ne nageaiïent pas dans l'abondance et devaient parfois mendier pour subsister, importunant les riches étrangers venus prendre les bains, au point que l'évêque Bertrand de Cadoen sera, en 1426, dans l'obligation de leur adresser un blâme. Lorsque l'un d'eux décédait, l'élection désignait un remplaçant au sein de la communauté. Deux baïles élus annuellement administraient leur médiocre pécule. Leur existence illégale fut tolérée d’abord par le prieur, puis par l'évêque de Saint-Flour jusqu'en 1329.
Cette année-là, Archambaud, 3° évêque de Saint-Flour, qui avait fondé dans sa cité un chapitre collégial, tenta de les dissoudre. Ils firent procès au prélat et le perdirent. Mais quelques années plus tard, en 1355, Déodat de Canilhac, son successeur, enfant de la célèbre famille seigneuriale du Caldaguès, se fit un devoir et un plaisir de donner satisfaction à ses compatriotes en les autorisant à se
un
constituer en chapitre Notre-Dame et Saint-Blaise, droit reconnu et sanctionné par une bulle du pape Jean XXII datée des ides de septembre 1413. Désormais, ils purent officier aux services mortuaires avec surplis, aumusses et chappes de soie et d’or et adopter un blason capitulaire « d'argent à 3 fasces ondées de gueule ». Mais si le titre de chanoine les honoraït et légalisait leur collège, il ne les engraissait guère : leur situation restait précaire. Il fallut la triple intervention des deux coseigneurs de la ville, Amaury de Séverac et Antoine de Rochedragon, et du baïlli des Montagnes, Louis de Montvallat, pour que fût signée la convention du 17 avril 1426 : l’évêque Bertrand de Cadoen réunit la cure au chapitre, conserva son titre de curé primitif mais lui abandonna les profits tirés de l’église sous réserve de lui payer 5 sous tournois chaque dimanche de l’année. Les chanoines éliraient parmi eux le vicaire perpétuel chargé des fonctions curiales, et il leur en coûterait chaque fois 30 sous tournois à verser dans la caisse de l'évêché. En échange, le prélat gratifierait le curé de la portion congrue, objet par la suite de procès continuels qui se prolongèrent jusqu'en 1763. La plupart du temps, ce fut d’ailleurs l’évêque qui céda. Ils associèrent le culte de leur patron à celui de saint Martin et l’église porta désormais les titres de « Saint-Martin et Saint-Blaise ».
Malgré les concessions des évêques successifs, malgré des fondations pieuses et lucratives de plus en plus nombreuses, malgré l’acquisition, en 1576, du Prieuré des Deux-Verges, bénéfice non négligeable, les chanoïnes, volontiers chicaneurs et procéduriers, se plaignaïent sans cesse de leur pauvreté et des impôts dont ils se prétendaient accablés. Cependant, au xvi° siècle, ils s’assemblaient dans une maison commune qui leur appartenait, « la Maison des Ames », située vraisemblablement face au mur du Planol de l’église, en haut de la rue de ce nom, peut-être au numéro 14 actuel, dont le linteau, souligné par une accolade moulurée, s’orne d’un écusson malheureusement usé ou martelé. En janvier 1455, la chapelle Saint- Antoine-Saint-Julien, dans le faubourg nord, a été réunie à « la grande église en construction » par le duc Charles de Bourbon qui mettait fin ainsi aux querelles quotidiennes entre les chanoiïnes et le chapelain au sujet des offrandes perçues par ce dernier. Leurs ressources s’accrurent donc de la prébende attachée à la chapelle, soit 7 setiers de seigle et 60 sols tournois. En échange de ce revenu et du droit de nommer le chapelain, ils prirent certains engagements, en particulier celui de faire achever la dite chapelle « et sur la clef de volte d’icelle chapelle. aposer ung escu à nos armes pour perpétuelle mémoire ». Ainsi s’amorça l'union définitive, à la fois religieuse et administrative, du village Saint-Julien et de la ville de Chaudes-Aigues. Quant à la pauvre chapelle Saint-Julien, elle semble alors avoir été de plus en plus désertée, malgré la célébration prévue le jour de la Saint-Louis d’une messe solennelle, avec drap noir aux armes des Bourbons. Elle n'allait pas pour autant disparaître puisque plus tard les Pénitents s’y réunirent les jours de procession.