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Ajoutons que le nombre de choriers attachés au chapitre était illimité, pourvu qu'ils fussent nés et baptisés à Chaudes-Aigues, et qu'ils avaient part aux fruits et aumônes de la communauté. Se jugeant désavantagés, alors qu'ils servaient « aussi et plus que les chanoines » aux messes de fondation, les « pauvres couriers » firent, en 1483, procès aux chanoïnes pour réclamer leurs droits, en particulier le tiers des rentes en grains et en argent du chapitre, comme ceux de Saint-Flour, et obtinrent provisoirement gain de cause auprès du parlement.
Procès avec l'évêque, procès avec les choriers, procès avec certains emphytéotes s’acquittant mal de leurs redevances, procès avec le seigneur de Miremont à propos de la perception des rentes, de l'exercice de la justice et de la garde du château, les chanoïnes de Chaudes-Aigues ne badinaïient pas quand il s'agissait de défendre leurs droits et privilèges, à une époque, il est vrai, où les contestations naissaient fatalement de l’enchevêtrement des seigneuries et des biens, de la distinction difficile entre droit écrit et droit coutumier et de la complexité dans la perception des redevances.
Des impôts royaux de plus en plus lourds
Comme tous les habitants du pays de France, à partir de 1439 les Chaudesaiguoiïis sont assujettis à la taille royale, devenue peu à peu annuelle et régulière, car Charles VII a créé une armée permanente qu'il faut bien entretenir. Dans chaque circonscription financière ou « élection » — la Haute-Auvergne appartient à celle de Saint- Flour — un « Elu», nommé par le Roi, est chargé de répartir la masse globale de l'impôt entre toutes les paroïsses ou « collectes ». Les collecteurs, désignés d’abord par les officiers royaux, puis par la communauté des «habitants », jouent un rôle fort peu prisé : ils vont de maison en maison percevoir la taille imposée par feu ou « fouage ». Les sommes prélevées sont versées dans les caisses du receveur de l'élection. Pendant les périodes de crise économique, le Roï peut en retarder la perception, en réduire le montant ou même en dispenser certaines villes ou paroisses. Rien de nouveau sous le soleil. L'impôt, qu'il soit royal ou républicain, n’a jamais cessé d’augmenter. La taille ne fera pas exception à la règle : en 1483, elle s'élève à 407 livres pour Chaudes-Aigues et 301 livres pour la foraine; deux siècles plus tard, elle aura plus que triplé : respectivement 1393 livres et 1118 livres.
Pourtant les récriminations des consuls et habitants concernent moins le principe de l'impôt lui-même que les inégalités auxquels il donne lieu. En effet, à la fin du xv° siècle, les « exempts », c'est-àdire ceux qui en raison de leurs titres ou de leurs fonctions en sont dispensés, se sont multipliés — gens d'église, nobles, officiers seigneuriaux, « vrais escolliers » — alors que les sommes réclamées gonflent. La taille royale pèse donc de plus en plus lourdement sur les
modestes ou pauvres roturiers qui, paradoxalement, paient non seulement leur part mais celle aussi des plus fortunés.
Toutefois, aucune imposition ne fut plus haïe que la gabelle. Cet impôt indirect et très ancien sur le sel, dont la vente est devenue monopole d'état, frappe inégalement les paroisses selon leur position géographique ou leur situation administrative. La plus grande partie de l'Auvergne, pays rédimé depuis 1458, c’est-à-dire exempté de la gabelle, achète librement le sel noir du Poitou. Par contre, toutes les paroisses situées au sud de la Cère et de l’Allagnon doivent se servir en sel blanc du Languedoc, dont le prix est augmenté d’une forte taxe. Chaudes-Aigues et le Caldaguès se trouvent donc en pays de petite gabelle et sont des lieux de passage privilégiés pour les « faulx saulniers » qui se livrent à la contrebande du sel entre la Basse- Auvergne et le Languedoc.
La décadence des seigneurs du Couffour, coseigneurs de Chaudes-Aigues
La lignée des Réveilhac, seigneurs du Couffour et coseigneurs de Chaudes-Aigues, s'éteint avec Jean de Besse. Mais avant 1418, ce dernier avait cédé le fief du Couffour à Antoine de La Rochedragon, seigneur d’Yolet. En 1523, l’un de ses descendants prénommé Chattard porte encore les titres de seigneur du Couffour et des Deux- Verges et de coseigneur de Chaudes-Aigues. Mais les temps sont durs pour les petits gentilhommes de province et, avec ses deux fils, s’'amorcent à la fois la décadence de la famille et le démembrement de la seigneurie. Guillaume, aux prises avec des difficultés financières, vend au chapitre collégial ses rentes censuelles sur les Deux- Verges. Son frère Antoine, qui s’est fait prêtre et habite Chaudes- Aigues, tout en tirant bénéfice de son prieuré de Saintrailles, porte à son tour le titre de seigneur du Couffour et se voit dans l'obligation de céder à Antoine de Montvallat les cens et la justice de Putsac, du Mourentès, de La Chazelle, de Prunières et de divers villages des paroisses de Maurines et de Saint-Martial. En 1531, le puissant château du Couffour et les domaines en sa mouvance sont devenus propriétés d’une famille rouergate, celle des de La Roque qui les détiendront pendant tout le xvI° siècle. Antoine de La Rochedragon, pourvu d'un bénéfice important dans le diocèse d’Auch, vend en 1534 ses derniers droits sur les censives du Couffour à Jean Rochemaure, riche marchand de Chaudes-Aigues. Lorsque Guillaume de La Roque meurt en 1582, il est, selon ses dernières volontés, enterré dans l'église paroissiale Saint-Martin et Saint-Blaise. Quelque temps plus tard, son épouse, Claude de Massebeau, vient reposer près de lui, laissant deux héritiers. L'un d’eux, Guillaume de Pélamourgue, éliminera, on ne sait comment, le second, Louis de La Roque, et restera de 1587 à 1616, le seul seigneur d’un fief du Couffour très amoindri.
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Heurs et malheurs des seigneurs de Montvallat
Moins ancienne, moins titrée — elle ne pourra se prévaloir de la coseigneurie de Chaudes-Aiïgues qu'à partir du xvVrI° siècle —, mais plus solide, plus prodigue en hommes de valeur, la famille de Montvallat connaîtra un déclin moins rapide que celle du Couffour.
Louis de Montvallat — nous l’avons vu — sera honoré par le Roi du titre de « baïlli des Montagnes d'Auvergne » en 1418 et le servira avec zèle. Par contre, son héritier, Louis II: du nom, jouera avec son fils Guillaume un rôle peu reluisant au côté des Armagnacs, au cours des années 1465-66, participant activement à l'émeute qui oblige les Bourbonnais à vider la place de Chaudes-Aigues et provoque la destruction du Château-Vieux. Il n’hésite pas d’ailleurs à rançonner les voyageurs qui ont franchi la Truyère sur le bac de «la Nau » et se trouvent sur la rive gauche. Par contre ce même Guillaume, que son père a dévoyé, se fera pardonner ses péchés en déliant sa bourse au profit des chanoines : il s’engagera à réparer la toiture de la chapelle Saint-Georges et à fournir les objets nécessaires au culte, à condition que les armes des Montvallat figurent sur le vitrail éclairant celle-ci et qu'il y soit enterré auprès de ses ancêtres. Il s'agissait de la chapelle Saint-Jean, qui changea souvent de nom : Saint-Georges, puis Saint-Côme et Saïint-Damien quand Louis IT y fut inhumé, enfin Saïnte-Marguerite à partir du xvI° siècle.
Le patrimoine de la famille ne cesse de s’accroître : Antoine, fils de Louis II, acquiert la seigneurie de Miremont (Espinasse), de Mornac et, en 1519, achète à Hector de Bourbon-Malause sa part indivise de la baronnie de Chaudes-Aigues, sans oublier ce qu’il obtient du seigneur du Couffour. En 1539, il rejoint ses ancêtres dans la sépulture de la chapelle Sainte-Marguerite.
Son fils François connaîtra heurs et malheurs. Ardent catholique, il guerroïe vaillamment contre les Huguenots et reçoit de Charles IX le collier de Saint-Michel, insigne honneur qui le désignera à la vengeance des religionnaires : ils mettront son château à sac. Il prendra une brève revanche lorsque, la baronnie de Chaudes-Aigues ayant été confisquée en 1588 comme bien de l’hérétique Henri de Bourbon- Malause, il s’en rendra acquéreur, conjointement avec son fils Guillaume, pour 2700 écus. Ce dernier épousera d’ailleurs Jeanne de Bourbon-Malause, nièce d'Henri, et se parera du titre de coseigneur de Chaudes-Aïgues. L'importance de ses domaines et la dot de 8000 livres que lui apportera son épouse le classeront parmi les plus riches seigneurs de Haute-Auvergne. Mais la baronnie ne restera pas longtemps aux mains des Montvallat; vers 1610, elle appartient à nouveau aux Bourbon-Malause.
Chaudes-Aigues, « bonne ville » d'Auvergne
Chaudes-Aiïgues est désormais une vraie « ville », car ses consuls assistent aux Etats de Clermont (1444), à ceux de Riom (1445), à ceux
d’Aigueperse (1450). Quand les ducs de Bourbon détachent du baïilliage des Montagnes toute la prévôté de Saint-Flour, un second bailli rend d’abord la justice à Andelat, puis à Chaudes-Aiïgues de 1459 à 1490, date à laquelle le siège est transféré à Murat. Les consuls députent à Clermont, le 15 juin 1510, à l’assemblée tenue pour la rédaction des « coutumes d’Auvergne » : six « bonnes villes » représentent le tiers-état du Haut-Pays, c’est-à-dire Saint-Flour, Aurillac, Mauriac, Salers, Chaudes-Aigues et Maurs, par ordre d'importance. Ni Murat, ni Allanche, ni Ruines, ni Pierrefort, autres villes de la prévôté, n'ont ce privilège.
Le vieux « cami ferrat » lui-même a pris de l'importance : on le qualifie désormais de « chemin royal ». Il est vrai que le trafic entre Saint-Flour et le Rouergue a considérablement augmenté. Chemin toujours mal entretenu et dangereux, car si les seigneurs de Chaudes-Aigues y ont établi un péage, ils ne lui consacrent qu’un nombre restreint de corvées; chemin coupé par la Truyère qu'il faut traverser sur un bac ou « nau »; chemin maudit parfois, parce que les gens de guerre l’'empruntent, qu'il faut loger, nourrir, subir, quand ils ne laissent pas derrière eux quelque épidémie; mais chemin « royal » pourtant, car après Charles VII et Louis XI, François I* l’a parcouru accompagné de la reine mère, de ses fils, d’une cour fort nombreuse de prélats et de princes, parmi lesquels l’évêque de Saint-Flour Louis de Joyeuse. En 1533, venu de Lyon par le Puy, Clermont et Saint- Flour, le cortège royal traverse Chaudes-Aigues en direction de l’Aubrac et du Rouergue pour gagner Marseille où sera célébré le 12 octobre le mariage du Roi avec Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII. Catherine de Médicis ! un nom qui évoque les guerres de religion se profilant déjà à l’horizon, après des années de paix et de prospérité.
Douze ans plus tôt, François I a confisqué les biens du Connétable Charles de Bourbon, accusé de félonie, mesure sévère qui parachève le triomphe de l'autorité royale en Haute-Auvergne.