‹ Chaudes-AiguesChapitre 9 sur 36 · TE · texte numérisé non relu

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des plus florissantes du Pays des Montagnes d'Auvergne. Son commerce «et son industrie prospérèrent en liaison étroite avec l’agriculture, car le Caldaguès était avant tout pays agricole, producteur de seigle, de viande, de peaux et de laine. À une époque où la terre constituait la principale richesse, bourgeois, artisans et marchands les‘plus aisés possédaient des métairies dans la foraine et, les moins fortunés, un «hort» (jardin) ou quelque pacage. Deux fois la semaine, le marché attirait les tenanciers des campagnes voisines qui venaient y proposer leurs produits. La foire principale se déroulait le 6 mai. Il y en eut bientôt six annuelles.

D'après le terrier de 1474, on y comptait 11 marchands, 8 cordonniers, 8 teinturiers, 8 meuniers, 6 maréchaux, 3 apothicaires ou barbiers, 3 hôteliers, 2 maçons, 2 sabotiers, 1 menuisier, 1 tisserand et 1 coutelier qui utilisait la force motrice de l’eau pour exercer son industrie. Mais il ne concernait que les deux tiers de Chaudes-Aigues. N'y étaient pas mentionnés les tanneurs installés dans la rue dite de « Las Chalcheyras », c’est-à-dire des séchoirs sur lesquels les mégissiers faisaient sécher les peaux recouvertes de chaux (rue des Tanneurs actuelle où une famille Chassany exerçait encore ce métier, il y.a à peine cent ans). Une quinzaine de moulins blaviers ou combiers animaient la bourgade de leurs tic-tacs cadencés et variés : les premiers assuraient la mouture des grains; les seconds, avec leurs pilons, trituraient dans l’eau chaude les laines du pays. Une fois foulées, dégraissées, cardées et apprêtées, elles alimentaient l’industrie de la draperie. Sur des cordes tendues entre deux piquets et appelées « tendes », les drapiers exposaient les laines filées et les pièces de drap au sortir du métier. Ainsi s'explique le nom de « l’Estende » donné à la source d’eau chaude alimentant le lavoir, altération de « les Tendes ».

Des eaux chaudes à usages multiples

Les eaux chaudes contribuaient à l’accroissement des activités. Outre leur utilisation pour tremper la soupe, cuire les œufs, plumer les poulets et chauffer les maisons riveraines du Par et de la Place, grâce à des tuyaux de bois appelés « fut dryras », elles servaient à fouler et apprêter les laines, à échauder les viandes pour leur faire perdre « leur mauvais goût », à épiler les cochons, à satisfaire les besoins des hôteliers, des barbiers, des apothicaires, des meuniers et, nous l'avons vu, des drapiers. À ces derniers, les usagers étaient tenus de restituer l’eau chaude utilisée dans un canal collecteur descendant du Par jusqu’au Gravier. Elle était alors captée et redistribuée aux divers moulins par des aqueducs. L'un d'eux franchissait même le ruisseau pour alimenter le moulin de la Vernède appartenant à Etienne Bouniol.

De plus, et cela nous paraît aujourd’hui tout normal, les eaux de Chaudes-Aigues connaissaient une vogue certaine pour leurs vertus médicinales. L'évêque de Saint-Flour, Bertrand de Cadoen, écrivait

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en 1426 qu'on venait de loin (« diversis mundis partibus ») à Chaudes-Aigues (« ad locum Calidarum Aquarum ») et en nombre (« in magna multitudine ») pour y recouvrer la santé (« pro sanitate recuperanda »). Gilles Bouvier, hérault d'armes de Charles VII, citait la ville parmi les stations les plus fréquentées de son temps. Outre des paralytiques, on y conduisait des lépreux « par guarir de la pelsicadura ». Et Jean Blanc, célèbre médecin de Moulins, avouait en 1605 qu'il ne les avait pas vues, mais les connaissait de réputation. Réputation que ne niait pas André de Chêne, puisqu'il les cita en 1609 dans son ouvrage : « Antiquités et recherches des villes de France ».

Une bourgeoisie en pleine mutation

À partir du xv° siècle surtout se dégage une classe moyenne possédant espèces sonnantes et trébuchantes, les plus belles maisons de Chaudes-Aigues et les plus opulentes métairies dans la banlieue. Parmi elle se recrutent consuls, conseillers, juges seigneuriaux, tous ceux qui ont une influence prépondérante dans la vie du bourg. Les légistes, instruits, ayant de bonnes connaissances juridiques, servent tantôt leurs seigneurs, tantôt la population en désaccord avec ces derniers. Le transfert du bailliage d’Andelat à Chaudes-Aigues de 1459 à 1490 accroît leur importance. La paix relative dont jouit la contrée entre les guerres anglaises et les affrontements religieux contribue à l'ascension dans l'échelle sociale des marchands et artisans les plus habiles et les plus entreprenants. Ils paient cher pour l'instruction de leurs fils, pour l'achat de charges ou offices qui en feront des notaires, des procureurs, des avocats. Ils dotent leurs filles avec largesse pour les marier à un homme de qualité et, pourquoi pas, à un noble désargenté. On ne parle d'eux qu’en termes choisis : « Messire », « Sire», « Madame», «honeste femme». Sire Pierre Paulet, marchand enrichi, acquéreur du fief de Réquistat, marie sa fille Marguerite à Guillaume de Chaudesaigues, licencié-es-loïs et juge de Séverac; il lui constitue une dot de 500 écus soleil, sans parler de deux robes et d’un lit avec son nécessaire. Quant à l'époux, il se voit pourvu par les seigneurs du Couffour et de Neuvéglise des offices de judicature dans leurs seigneuries. Antoine Valette place dans la corbeille de mariée de sa fille une métairie au village des Ovyets, une maison sur la place de Chaudes-Aigues, une somme de 112 livres, trois robes de drap de France et un lit dotal. Pierre Jaussent devient seigneur d'Arjalet, Jean Felgères seigneur de Saint-Martial, Jean de Chaudesaigues seigneur de La Vergne. Et on pourrait multiplier les exemples, sans oublier pourtant que la masse des petits commerçants et des artisans besogneux vivait au jour le jour et au prix d’un travail acharné.

L'église gothique Saint-Martin et Saint-Blaise

C'est au lendemain de la guerre de Cent ans, alors que Bourbons et Armagnacs se disputent la seigneurie de Chaudes-Aigues, que

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