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Au temps des guerres religieuses

« À fame, À peste, À bello, libera nos Domine ! »

La prospérité de la « bonne ville » de Chaudes-Aigues va connaître un coup d'arrêt brutal avec la Réforme qui pénètre en Haute- Auvergne par Issoire et Aurillac (1549) et ouvre l'ère des guerres de religion. Comme pendant la guerre de Cent ans, le pays des Montagnes ne sera pas le champ de batailles rangées mais subira les conséquences désastreuses de ces combats sauvages, de ces luttes intestines et compliquées que les Grands du Royaume se livrent ailleurs.

Depuis que le concordat de Bologne a donné au Roi de France le privilège exorbitant de nommer la plupart des évêques et des abbés ainsi que de nombreux prieurs et chanoines, le haut-clergé demeure plus que jamais le domaine réservé des fils de familles nanties, alléchées par les revenus attachés à des « fonctions » désormais plus matérielles que spirituelles. La vie dissolue, le cumul des bénéfices, la non-résidence sont devenus les tares des princes de l'Eglise de France. En bas de l'échelle ecclésiastique, les prêtres des campagnes trop souvent ignares, privés de guides, de soutien et de ressources suffisantes par une hiérarchie défaillante, se livrent à des plaisirs grossiers, au mercantilisme, parfois à la débauche; l’appât du gain et le luxe ont remplacé la spiritualité des premiers âges du christia-

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nisme. La réaction contre ce laisser-aller de l'Eglise catholique et romaine sera la Réforme, prêchée d’abord par Luther et Calvin, popularisée ensuite par des prédicants qui portent leur bonne parole jusqu’en Auvergne. En Haute-Auvergne, elle s’introduit timidement à Aurillac où quelques habitants se font huguenots à partir de 1549 et au contact de la Lozère où la famille de Peyre a été convertie à la « religion prétendue réformée » par Théodore de Bèze. Ne trouve-t-on pas en 1550, parmi les premiers « hérétiques » émigrés à Genève, un docteur de Saint-Urcize, Guillaume Saint-Rémy !

Malgré tout, jusqu’en 1562, les idées protestantes ne progressent guère en Haute-Auvergne et les tentatives pour les implanter solidement prennent un caractère pacifique. À l'assemblée des « bonnes villes » d'Auvergne », les catholiques restent largement majoritaires et proclament leur volonté de lutter contre ceux qu'ils appellent « les ennemis du Roi». Tout se gâte avec le massacre de protestants à Wassy, le 1% mars 1562, qui déchaîne les passions et allume une véritable guerre civile. Les atrocités seront d’abord le fait des catholiques : Louis de Brezons, lieutenant pour le Roi en haut pays d’Auvergne, investit la ville d’Aurillac, organise la tuerie des Réformés et le pillage de leurs demeures. En août 1562, c'est au tour des protestants enrôlés sous la bannière des seigneurs Gévaudanais de Peyre de s'emparer de Marvejols. De ce point d'appui, Astorg de Peyre et ses troupes se répandent sur le plateau de l’Aubrac et enlèvent le fort de Saint-Urcize, en mars 1563, où soixante-dix catholiques environ sont occis. Première grave escarmouche dans le Caldaguès. Chaudes-Aigues et Saint-Flour se sentent dérectement menacées. Aussi, en janvier 1564, les consuls de toutes les villes de la prévôté, y compris ceux de Chaudes-Aigues et de Saint-Urcize, se rendent dans la cité épiscopale pour y sceller l’union sacrée et organiser en commun la défense de la contrée. C’est la dernière tentative sérieuse pour les Chaudesaiguoiïs de faire front à la menace protestante.

Henri de Bourbon-Malause, seigneur de Chaudes-Aigues et chef des protestants du haut-pays d'Auvergne

En effet, la seigneurie de Chaudes-Aigues appartient alors à Henri de Bourbon-Malause, vicomte de Lavedan. Sa grand-mère, Aymée de La Fayette, l'a achetée à réméré pour 2704 écus à sa propre fille, Françoise de Silly. Henri héritera de sa mère la terre de Malause et de son aïeule la baronnie de Chaudes-Aigues, Elevé en milieu protestant à la cour d'Henri d’Albret, petit-fils d’une huguenote convaincue, Henri de Bourbon-Malause embrasse à son tour le calvinisme. Un seigneur protestant, une population en grande majorité fidèle au catholicisme : cette double particularité vaut sans doute à Chaudes-Aigues de connaître entre 1567 et 1569 une paix relative dans une Haute-Auvergne fortement perturbée, même s’il est probable que les Réformés y aient commis quelques exactions vers 1568. En tout

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(Cliché G. Jarlier)

La carte postale parle d'elle-même.

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cas le culte catholique n’y est pas interrompu et l’église Saint-Martin n’a pas souffert, semble-t-il, de leur présence.

Mais les années 70 vont rendre la situation plus sérieuse. En 1571, Henri de Bourbon-Malause épouse Françoise de Saint-Exupéry, fervente calviniste, qui lui apporte en dot les terres et forteresse de Miremont près de Mauriac et le pousse à réunir sous son commandement tous les Réformés de Haute-Auvergne. De plus, un chef de bande protestant, le fameux capitaine Merle, rôde dans les parages : en 1572, il s'empare du Malzieu et de là menace Saint-Flour. 1574 est une année noire pour les catholiques de la contrée : Henri de Bourbon-Malause s’est décidé à sauter le pas en prenant la tête du parti huguenot. On ne l’appellera plus désormais que « Lavedan », du nom de sa vicomté. Tandis qu'il s'empare de Mauriac, il ordonne à l’un de ses lieutenants, le capitaine La Roche, d'occuper avec soixante-dix hommes le chef-fief de sa seigneurie du Caldaguès et le château du Couffour. Habile stratégie ! car Chaudes-Aigues, appuyée au Nord- Gévaudan et au Barrès, contrôlée par les bandes protestantes, devient une ville de garnison, un centre d’approvisionnement et, au besoin, de repli, ainsi qu’une magnifique rampe de lancement pour des raids audacieux dans la vallée de la Truyère et en Planèze. Avec des troupes levées dans la baronnie, La Roche enlève Châteauneuf de Mallet, investit Tanavelle et se venge sur le village de Sériers de n'avoir pu écheler son château épiscopal. Le 15 mars 1576, le capitaine Aymeric, sorti nuitamment du fort de Sériers pour chercher des renforts, informe les consuls de Saint-Flour « qu'’ilz sont dénués de toutes munitions de guerre, ayant combattu la nuit passée avec gents de Tanavelle et de Chaudesaigues… Et ont les dictz de Tanavelle et de Chaudesaigues brullé partie dudit village ».

À l’appel des édiles sanflorains, les états de la prévôté se réunissent à Saint-Flour pour parer au plus pressé. Toutes les villes y ont délégué leurs représentants, sauf Chaudes-Aigues, « parce que, précise le procès verbal de l'assemblée, cette ville estait au pouvoir de l'ennemi ». D'ailleurs quelques habitants embrassent la nouvelle religion puisque, le 27 mai 1576, le notaire royal Pierre Brieude enregistre le mariage de « M° Anthoine Béringier, ministre de la parolle de Dieu, fils de Claude Béringier, marchant de la ville d'Olhieirgues » avec « honneste fille Marque Berger, fille légitime naturelle de sieur Jehan Berger, marchant de Chaudesaigues ». Ce Béringier, ministre de la religion protestante à Issoire, s’est rendu sans doute à Chaudes-Aigues pour y faire du prosélytisme. Il se distinguera l’année suivante au cours du siège d’Issoire.

Espoir suprême ! l’édit de pacification de mai 1576 est signifié entre les 3 et 13 juin aux capitaines réformés de Tanavelle, Mallet, Corbières (Ruynes), Saillans et Chaudes-Aigues : ordre leur est transmis de vider les places à peine d’être déclarés rebelles au Roi. Peine

perdue ! Les trois commissaires dépêchés à Chaudes-Aigues et à Mallet sont reçus avec méfiance. Le capitaine La Roche déclare ne

vouloir et pouvoir livrer la ville de Chaudes-Aigues qu'au maréchal de Damwille en qui les protestants du Languedoc ont placé leur confiance. Le 16 juin arrive donc dans le Caldaguëès le baron de Peyre, successeur d’Astorg massacré le jour de la Saint-Barthelmy. Il est « muni par Damville de pouvoirs spéciaux pour l'exécution de l'édit » et propose aux consuls sanflorains une tractation : les Réformés rendront la ville de Chaudes-Aigues si le farouche catholique Louis de Brezons accepte d'abandonner Salers. Hélas ! ce dernier ne veut rien savoir; l’édit de pacification ne sera qu'une brève accalmie. Les foyers de la guerre se rallument un peu partout et pour la sixième fois.

Le 15 février 1577, le capitaine Merle, « gouverneur de Marvejols », qui a pris Issoire, s'empare d’Ambert mais doit bientôt y soutenir un siège en règle contre les troupes royales du gouverneur d'Auvergne, Saint-Herem. Sa situation devient vite intenable au point qu’il appelle en renfort toutes ses réserves de Haute-Auvergne. De Chaudes-Aiïgues accourt La Roche avec quatre-vingts hommes. Pendant ce temps la ville respire et le capitaine protestant n’y reviendra pas. L'armée royale commandée par le frère du Roi ayant obligé Merle à s'enfuir (avril 1577), ce dernier se replie en direction du Malzieu et de Marvejols, sans porter secours à Issoire enlevée le 17 juin par les Catholiques et mise à sac.

À partir de 1578 et pendant une dizaine d'années, Lavedan et Merle, chacun de leur côté, vont battre l’estrade à la tête du parti réformé sur les marches méridionales de l'Auvergne, depuis Chaudes- Aigues, le château du Couffour et les rives de la Truyère, jusqu'à Miremont près Mauriac et aux bords de la Dordogne. Merle s'empare de Vic, échoue de peu contre Saint-Flour, dans la nuit du 9 au 10 août 1578, se fortifie dans le château de Peyre d'où il mène des raids audacieux et dévastateurs dans le Caldaguès, laissant brûler et abattre en 1579 (ou 1580 ?) l’église des Deux-Verges, propriété du Chapitre de Chaudes-Aigues. Henri de Lavedan ayant désavoué ces opérations de brigandage, Merle prétexte son « impuissance à retenir les siens » et pousse le cynisme jusqu'à occuper Chaudes-Aigues, chef-lieu de la baronnie du Bourbon-Malause. C'est qu'il prémédite une attaque contre Mende à la demande de Henri de Navarre, le futur Henri IV. Dans ce but, il concentre à l'automne 1579 quatre ou cinq cents hommes d'armes recrutés à Figeac, Saint-Céré, Mur-de-Barrès, qui se joignent à ses troupes stationnées dans le Caldaguès. Fin décembre, il quitte evec elles Chaudes-Aigues dans le plus grand secret et, profitant de la nuit de Noël, il surprend Mende où il se maïintiendra jusqu'en juin 1581, terme de sa carrière militaire. On peut imaginer ce que la population chaudesaiguoise a dû souffrir matériellement de la présence dans ses murs de cette soldatesque, bien que les documents restent muets sur ce point.

Toutefois, la petite ville n’a pas connu le pire. Tout porte à croire, en effet, que Chaudes-Aigues a été mise à sac et brûlée en 1580.

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Plus que des preuves formelles, ce sont des présomptions nées de la lecture attentive de trois documents qui ont permis à M. Felgères d’en retirer l’intime conviction. Un premier document précise que les titres, vases sacrés et ornements d'église du chapitre collégial ont été cachés dans le château de Montvallat « parce que auparavant la dite ville avait été myse à sac et brûlée en l’année m. cens quatre-vingt ». Le 25 mars 1610, à Riom, ce même chapitre s'excuse de présenter au Roi un acte d’aveu et de dénombrement incomplet parce que « ses lettres, papiers et documents ont été brûlés durant les guerres passées et brulement général avenu en la ville de Chaudesaigues ». Enfin, le « livre de Raison » de la famille de Chaudesaigues, que Felgères a eu l'avantage de parcourir, mentionne « l'incendie et le pillage général de la ville, auquel avait échappé par miracle le vieux livre généalogique de la communauté que sa complexité inextricable avait fait surnommer le « rompt-teste » ». Cent ans plus tard le souvenir de cette calamité hantait toujours l'esprit des Chaudesaiguois. Mais nous ignorons quel en fut l’auteur et dans quelles circonstances !

Bien que débarrassé à partir de 1581 de la présence encombrante et redoutable de Merle, le Caldaguès continue à supporter les conséquences fâcheuses d’une guerre larvée, coupée de brèves accalmies. Après avoir essuÿé les avanies du parti protestant, il est l’objet des représailles exercées par les troupes catholiques du terrible baron d’Apchier qui veut contraindre Lavedan à évacuer Mur-de-Barrès. Dans ce but, il se jette sur le chef-fief de la baronnie, au mépris d’une trêve, et laisse ses hommes y commettre atrocités et « pilleries », sans tenir compte de ce que la population chaudesaiguoise est demeurée en très grande majorité fidèle à la religion romaine. L’affaire est si grave que le roi de Navarre lui-même, le futur Henri IV, ne peut s'empêcher d'adresser en avril 1582 de vives protestations au maréchal de Matignon, basé à Entraygues. Les guerres civiles portent ainsi en germes toutes les horreurs et les injustices et l’engrenage fatal des vengeances et des revanches.

Le sac du château de Montvallat

Un an plus tard les Chaudesaïiguois le vérifieront une nouvelle fois à leurs dépens. Le 30 avril 1583, un coup de main audacieux permet au capitaine La Rue (ou La Roque) de s'emparer de Montvallat avec la complicité d’un tailleur de Chaudes-Aigues nommé Durand Valette. Le document qui relate la prise du château a été publié in-extenso par Felgères. Résumons-le : deux religionnaires de la bande, déguisés en paysans, se présentent à l'entrée du château dont le pont-levis est baissé et la porte de fer ouverte, sous prétexte d'acheter du blé au seigneur du lieu. Mais en ces temps de troubles la méfiance s'impose et la garnison laisse les portes de bois closes. Tout le reste de la troupe, caché à proximité, accourt alors avant que les défenseurs ne puissent vérouiller celles de fer. Deux pétards suffiront aux assaillants pour faire voler en éclats les vantaux de bois. Et c'est la ruée à l’intérieur du château. François I de Montvallat (et non

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Guillaume cité par Felgères), décoré du collier de l’ordre de St-Michel par Charles IX pour services rendus à la cause catholique, et Jeanne de la Croix son épouse sont sequestrés dans une chambre et maltraités tandis que le cabinet du trésor, où sont conservés titres et richesses de la famille, mais aussi l’argenterie des églises de Chaudes-Aigues et « autres paroisses circonvoisines » est livré à la curée. Les domaines proches du Vialard et d’Andiergues sont incendiés. Toutefois, le fils aîné des Montvallat a pu s'échapper en chemise par une fenêtre. Ayant réuni quelques courageux volontaires, il tente, dans les jours suivants, de reprendre le château : son attaque est repoussée et quatre de ses partisans restent sur le carreau. Pour éviter de mettre en danger la vie de ses parents, il se résigne finalement à composer avec les intrus. Ceux-ci acceptent de se retirer à condition d’emporter tout le butin souhaïté, mille livres en espèces et quelques otages. Dans une lettre adressée le 24 juin 1583 à son lieutenant général, Jean de Beaufort-Montboissier-Canilhac, le roi Henri III se félicite de la capitulation de Montvallat occupé par des « volleurs », tout en lui reprochant d’avoir rassemblé à Sainte-Marie, sans son autorisation, cent cinquante arquebusiers dans le but de reprendre le château. Tant mieux pour le Caldaguès si l'évacuation négociée de la place n'a pas donné au marquis de Canilhac le temps d'intervenir : des épisodes sanglants lui ont été ainsi évités et, finalement, sa détresse sera moins grande que celle de campagnes voisines livrées à toutes les convoitises. La même année, on grave dans l’airain d'une cloche de Saint-Urcize ce cri d'actualité : « Dieu veuil préserver la crestianté de tous les périls ! ». La position stratégique de Chaudes-Aigues, tout en attirant dans ses murs paysans ruinés, soldats en rupture de ban, aventuriers de tout acabit, la préserve de malheurs plus grands. Quand le capitaine Gentil voudra organiser une expédition punitive en Rouergue, c'est dans le Caldaguès qu'il recrutera et rassemblera 1200 arquebursiers et 300 chevaux.

Chaudes-Aigues pendant la ligue (1585-1593)

Au lendemain des Etats de Blois (octobre 1585), la ligue des Catholiques animée par les ducs de Guise trouve ses premiers fanatiques en Haute-Auvergne. Comme tout le Royaume, le Haut-Pays va se couper en trois partis rivaux : Aurillac, Salers, Vic et Pleaux restent fidèles à Henri III; Maurs, Mauriac, Saint-Flour, Murat, Allanche, Pierrefort, Ruines adhèrent à la ligue; Chaudes-Aiïgues, en raison de son appartenance à Lavedan, mais aussi Miremont, Calvinet, Marcolès demeurent très provisoirement au pouvoir des protestants. Les troupes des uns et des autres passent et repassent sur la contrée, vivent sur l'habitant, saignent le pays à blanc et propagent les épidémies.

L’«impedimia » a déjà sévi de 1581 à 1583. Mais elle redouble d'intensité à partir de 1586 avec son cortège de misère et de disette. Les habitants de la ville et paroisse foraine de Chaudes-Aigues sont

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si désespérés que, le 23 mai 1587, ils font vœu « d'aller avec la procession à Notre-Dame d’Anterrieux, la vigile du Corpus Christi, afin qu'il plaise à Dieu, par l'intercession de Marie, apaiser les trois fléaux que [leurs] péchés ont mérité ». « À fame, a peste, a bello, libera nos Domine » : de la famine, de la peste et de la guerre, délivrez-nous Seigneur, répètent-ils dans leurs prières. Nous verrons que ce vœu pieux jugé exaucé, le pèlerinage à Anterrieux deviendra annuel et que beaucoup de Chaudesaiguois habitant actuellement la ville ont eu l’occasion d'y participer avant sa disparition récente. Pourtant, au cours de la seule année 1587, 274 personnes sont mortes à Chaudes-Aigues même et, si on en croit les archives du chapitre, la peste a fait périr « dans une seule année, tant en ville qu’à la campagne, 1200 habitants ».

Après l'assassinat du duc de Guise (23 décembre 1588), presque toute la noblesse de la contrée se rallie ouvertement à la Sainte- Ligue. Certains nobles frondeurs profitent de cette situation trouble et s’autorisent toutes les audaces, tel Guyonnet de Montvallat qui participe au rapt de Mademoiselle de Fontanges. Chaudes-Aigues, bien sûr, s’est abstenue de paraître aux Etats de Saint-Flour du 24 mars 1589 au cours desquels les villes de la prévôté donnent officiellement leur adhésion à la ligue et reconnaissent pour chef le comte de Randan. L'assassinat du roi Henri III (1% août 1589) accroît l’ardeur des ligueurs. Philibert d’Apchier, gouverneur de Saint- Flour et lieutenant général du Haut-Pays pour la Sainte-Union, convoque à nouveau les Etats à Saint-Flour, le 5 janvier 1591, et décide la levée des troupes et l'offensive à outrance contre les Religionnaires du Gévaudan et du Rouergue. Premier objectif : établir dans la ville de Chaudes-Aigues, proche de ces provinces et délaissée par son seigneur, un magasin et un centre de concentration. Mission confiée à Jean de Lastic, seigneur de Sieujac, qui s’en acquitte pour le mieux. Chaudes-Aigues tombe sous la coupe des ligueurs. Une compagnie de 50 hommes commandée par le sire de La Volpillière s'y installe à demeure. Sombre perspective pour sa population obligée de nourrir, d'entretenir et de supporter cette soldatesque. Or le baron d’Apchier ne la ménage pas : le 18 février 1591, il adresse de Saint-Chély un ordre écrit de réquisition aux « habitants de la ville et paroisse foraine de Chaudes-Aigues ». Sur le champ, ils doivent convoyer à Saint-Juéry 1000 pains, un bœuf, quatre moutons, 4 charges de vin, de l’avoine et du foin « nécessaire pour cent maistres » et une cotisation « d’un sou par livre ». Il compte ainsi approvisionner une partie de son armée avant le déclenchement d’une offensive en Gévaudan où ses terres sont menacées. Brezons de Lescure, son « fondé de pouvoir », passe plusieurs jours dans la ville et fait exécuter l’ordre avec énergie. L'expédition échouera mais aura contribué à plonger les Chaudesaiguoïs dans la misère. Leur manque de ressources en nature et en espèces est tel qu'ils ne peuvent plus faire face à leurs obligations envers la garnison. Entre les 26 juin et 12 juillet 1592, la générosité du brave Jean de Lastic-

Sieujac y suppléera : il paie de sa bourse 4806 livres pour la subsistance des troupes de Murat, Pierrefort et Chaudes-Aigues.

L'abjuration du roi Henri IV et la paix retrouvée

Quel soupir de soulagement ont dû exhaler les habitants du pays de France lorsque le roi Henri IV, reconnu jusque là par une minorité de Français, a abjuré le protestantisme (25 juillet 1593). Peu à peu les ligueurs lui font allégeance. Dans le Haut-Pays, Saint-Flour donne l'exemple; le rude baron d’Apchier négocie — non sans réticences — sa soumission; la Haute-Auvergne retrouve paix et sérénité et Chaudes-Aigues sa place restée longtemps vide parmi les villes de la prévôté. En 1595, elle est enfin représentée aux Etats de Saint- Flour. Mais tout comme la cité épiscopale, elle est à bout de souffle, dépeuplée, et aura bien du mal à se refaire une santé et une prospérité sérieusement compromises par quarante années de troubles religieux. Le seul bénéfice que tirera le Caldaguès de ces luttes intestines, c'est qu'il cessera d’être une contrée frontière entre le Nord et le Midi, entre pays d'oil et pays d'oc et que désormais il sera laissé à l'écart de toutes les grandes agitations… du moins jusqu'à la Révolution.

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