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À. — FONDATIONS ET RESTAURATIONS

Au lendemain des guerres de religion, la royauté restaure son autorité. Louis XIII et Richelieu d’abord, Louis XIV et Colbert ensuite mettent en place une nouvelle administration de plus en plus centralisée. Cette œuvre n'aura pas que d’heureux effets : Chaudes- Aigues, petite ville perdue dans son étroit vallon, ne jouera plus le même rôle militaire. Mais le Caldaguès, pas trop secoué par les troubles religieux du xvI° siècle, y gagnera une paix relative que les dernières turbulences seigneuriales ne troubleront guère. Il pourra se refaire une santé morale et matérielle, régénération dont portent témoignage les fondations du xvII° et des restaurations judicieuses.

La confrérie des pénitents blancs

Les confréries de pénitents avaient proliféré dans le midi de la France en réaction contre le protestantisme hostile aux manifestations religieuses extérieures. Elles avaient un caractère composite qui procédait à la fois des communautés religieuses par la démarche et l’assiduité à des exercices pieux, des sociétés secrètes par l’uniforme, les cérémonies d'initiation et l’esprit de réserve, des sociétés de se-

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cours mutuels par l'aide matérielle et spirituelle que les confrères se devaient les uns aux autres.

Les Pénitents blancs de Chaudes-Aigues ou « confrérie du Gonfalon », — altération de « gonfanon » désignant leur bannière —, furent institués le 12 août 1595 « soulz le nom de l’Assomption Notre- Dame ». Ses statuts furent « pressés et rédigés par ordre et articles » en l’an de grâce 1597, sur le modèle de ceux des Pénitents du Puy, et approuvés par l'évêque de Saint-Flour le 15 mars 1598. Ils réglaient :

— les conditions d’admission, le récipiendaire devant donner toutes les assurances de bonnes vie et mœurs, « veu qu'il serait trop absurde d'entendre que aulcung deux fût usurier, détracteur, yvrognhe, danseur ny de mauvais exemple »;

— le cérémonial des réceptions : prestation de serment sur l'évangile d'observer les statuts et d'être ponctuel aux offices, puis remise par le recteur d’« un sac de toile blanche pour montrer l'état de sainteté, d’innocence et de mortification, d’un cordon de même couleur et de la cagoule commune à toutes les confréries analogues », ensuite offrande de deux livres de cire, enfin accolade donnée à ses frères;

— la hiérarchie compliquée : recteur, vice-recteur, deux censeurs, deux maîtres de cérémonies, un syndic, un notaire, un trésorier;

— les diverses obligations religieuses : messes, vêpres et complies, tous les dimanches et fêtes, récitation de prières quotidiennes, quatre processions à travers la ville en commun et « les pieds nus » — le 2°: dimanche de la Fête-Dieu, le 15 août, le 1% dimanche de septembre pour honorer « un petit doigt de saint Martin donné à Chaudesaigues en 1661 », le jeudi saint;

— des œuvres de miséricorde : visite des pauvres et des malades isolés, assistance aux agonisants et prières pour les morts;

— le secret de son organisation et de son fonctionnement, des peines sévères étant prévues pour les contrevenants;

— des règles d’assistance mutuelle : secours matériels aux confrères malades ou indigents, participation obligatoire aux funérailles de tout pénitent défunt « veillé, enseveli et porté en terre sur une bière ouverte, revêtu de son sac, le visage découvert et les pieds nus »;

— le versement annuel d’une cotisation d’un demi-écu.

La bulle d'approbation sollicitée de Rome vint seulement en 1618 et les lettres d'institution le 6 juin 1621, par lesquelles le Cardinal de Noaiïlles, protecteur de l’archiconfraternité de « Confolans », agrégeait « à cette archiconfrérie mère la confrérie des Pénitents blancs de Chaudesaïgues... », lui communiquait « les faveurs, indulgences et privilèges selon la teneur des constitutions de Paul V et Clément VIII ».

Jusqu'en 1598, en attendant l'approbation de leurs statuts, les Pénitents s’assemblèrent dans la chapelle Saint-Julien désaffectée. Puis ils firent construire à l'entrée du faubourg de Lher la modeste église, « accompagnée d’une basse-cour et d’un petit terrain », qui existe toujours — entre la rue Saint-Jean et l’avenue Bourbon -—, mais transformée en salle de spectacle. Son mobilier de valeur consistait en un magnifique retable, style renaissance, d’une richesse plutôt chargée et vraisemblablement contemporain de l'édifice, un bénitier en pierre de 1625, un baiser de paix en argent gravé et doré du xvII, un plat en cuivre repoussé de la même époque, les instruments de la passion portés par les Pénitents lors des processions et, à la tribune couvrant presque toute la nef, les stalles et insignes des divers dignitaires de la confrérie.

Pour respecter différents vœux de la ville, les Pénitents blancs se firent un devoir de participer activement à trois pèlerinages : le premier à Anterrieux en l'honneur de sainte Anne et de saint Roch, afin d'éviter le retour de la grande peste qui avait frappé la contrée en 1587; le second, le lundi de Pentecôte, à la chapelle de Notre-Dame de Beaulieu, située autrefois au sommet de l’îlot rocheux, contourné par les deux bras de la Truyère, non loin de Longchamp, paroisse de Saint-Martial, et de l’ancien « Châteauneuf », où trônait une vierge vénérée; le troisième, inauguré en 1620, à Palherols près de Raulhac, pour la paix « entre tous les Rois et Princes chrétiens ». Quand la chapelle de Beaulieu tomba en ruines, au xix* siècle, ils remplacèrent ce pèlerinage dans les gorges de la Truyère par celui, moins éprouvant, à Notre-Dame de Pitié, à l'entrée du bourg même de Chaudes- Aigues.

La fondation du couvent Notre-Dame

Jusqu'en 1658, Chaudes-Aigues n'avait pas eu d'école. Pourtant le terrier de 1615 prouve que sur 139 marchands ou artisans 76, soit plus de la moitié, savaient écrire et signer. De même sur 126 reconnaiïissants 102 avaient reçu des rudiments d'instruction. Pour ce qui concernait les femmes les conclusions sont nettes : seules 2 sur 28 pouvaient parapher leurs reconnaissances. Il existait donc un embryon d’enseignement primaire, au moins pour les garçons, dispensé par les chanoines, des prêtres retirés ou des âmes charitables, avec pour tout programme l'étude du catéchisme. Les familles les plus aisées envoyaient ensuite leurs fils au collège des Jésuites de Saint- Flour et leurs filles chez les Religieuses de la même ville; luxe coûteux et donc à la portée de quelques rares bourses.

Cette carence et un prosélytisme religieux exacerbé par le schisme protestant déterminèrent l’abbé de Chomeiïl, official et vicaire général de M. de la Mothe-Houdancourt, évêque de Saint-Flour, à fonder dans le bourg de Chaudes-Aiïigues, le 9 octobre 1658, le couvent Notre-Dame dont sa propre nièce fut nommée supérieure. La communauté comprenait 40 religieuses, professes ou domestiques. Les

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premières vivaient à l'écart de la population et se consacraient à l’enseignement. La plupart étaient issues de familles nobles ou bourgeoises de la région, car il fallait apporter une dot en entrant au couvent. L'église Saint-Antoine-Saint-Julien étant pratiquement désaffectée depuis l'union de la chapellenie à l’église paroissiale, le couvent et sa chapelle s’édifièrent sur son emplacement, c’est-à-dire près du Merdaric où se dressent aujourd’hui les bâtiments de la mairie et de l'école privée de garçons. Le vaste enclos — propriété de M. Brémont — appartenait aux Religieuses et leur servait de sépulture.

Très bien doté, le couvent jouissait à l’origine de revenus en constitution de rente évalués 2000 livres, auxquels s’ajoutèrent au fil des ans des donations et ressources diverses. Plus riche que le consulat, il lui arriva de prêter de l'argent à la ville que les réquisitions militaires et le logement des troupes de passage plongeaient assez souvent dans des embarras financiers inextricables.

Un hôpital déshérité

Le 16 avril 1603, Guillelmine de Fontanges, dame de Saint-Juéry et veuve de François d’Anibert mort sans postérité, fondait l'hôpital de Chaudes-Aiïgues que des lettres patentes autorisaient l’année suivante. Il était situé dans le faubourg de la Vernède, rive droite du Remontalou, et s’il a subi depuis des transformations conséquentes, il n’a pas changé de place. La rente de fondation ne dépassait pas 50 livres, ce qui était notoirement insuffisant pour accueillir tous les malades et indigents qui venaient chercher un peu de chaleur près des eaux thermales. Peu à peu ses revenus s’accrurent de libéralités testamentaires : en 1616, rente assise sur le domaine de la Moulette par Guillaume de Pélarmourgue, seigneur du Couffour; en 1637, legs de 30 livres par Marie de Lignerac, femme de Georges de Pélarmourgue; legs et prés à Boissières et divers cens en argent et en grains offerts par les Montvallat.… Beaucoup de familles fortunées agirent de même. Heureusement car, à partir de 1694, la rente primitive n'était plus payée par les héritiers de la fondatrice et les procès à eux intentés par la ville ne purent être poursuivis faute de moyens. Bref, l'hôpital vivotait et ne secourait qu’un nombre infime de malheureux, malgré l’appoint du produit des amendes.

Au début du xvirr: siècle, les mendiants et vagabonds arrêtés par les sergents ou les huissiers étaient « enfermés » dans cet hôpital, à la fois asile, atelier et prison, en attendant que celui de Saint-Flour ne fût équipé et agrandi pour recevoir tous ceux de la région. En 1724, il offrait 10 lits à deux places et pour tout personnel hospitalier une servante. Le coût des réparations nécessaires afin de le porter à une capacité de 50 Lits était évalué à 767 livres 13 sols. Le labeur éventuel proposé aux « renfermés » consistait dans le filage de la laine et le travail du chanvre. Les revenus en espèces n'étaient que de 109 livres et les charges — non comprises les dépenses pour l'entretien des pauvres — s'’élevaient à 14 livres. Cette même année,

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les pensionnaires volontaires ou forcés étaient au nombre de 15 : un seul homme valide et 14 femmes dont 12 invalides, chiffres très faibles qui ne justifiaient pas sa reconnaissance officielle par l’autorité royale. Le produit de leur travail était dérisoire : 10 livres en tout et pour tout. Le 7 août 1725 et jusqu’en 1734, il cessa d’être reconnu par l’'intendant comme lieu de « renfermement » des vagabonds. Condamné à végéter, l'hôpital de Chaudes-Aigues ne pouvait survivre qu'avec les aumônes de généreux donateurs et certaines

rentes versées très régulièrement.

Les oratoires de quartiers

C'est sans doute de cette époque que date la division de la ville en plusieurs quartiers placés sous le patronage d’un saint protecteur. Les oratoires où ils trônent sont au nombre de huit : Saint Jean le Pauvre, Saint Roch, Saint Jacques, Saint Jean le Riche, Saint Joseph, Sainte Elisabeth, Notre-Dame d'août ou de l’Assomption, Notre-Dame de l’Annonciation.

Le plus ancien, celui de Saint Jean le Pauvre, existait déjà au Moyen Age, dans le quartier du Par et, en 1684, le pape Innocent XI accorda des indulgences à ceux qui continueraient à le vénérer, car il devait être tombé quelque peu en désuétude. Curieusement, la statue du saint évoquerait plutôt Saint Julien le pauvre, tant par sa facture que par ses attributs : petit mystère qui ne sera sans doute jamais éclairci. Saint Jacques, lui, eut droit à une véritable chapelle sise au Bar de l’Her, probablement sur la route suivie par les pèlerins qui, de Saint-Flour, gagnaient Toulouse et Compostelle par Chaudes-Aigues, Espinasse, le Pont de Tréboul et Laguiole. L’étroit sanctuaire fut reconstruit il y a trois quarts de siècle. De quelle époque datait le primitif ? sans doute de la fin du Moyen Age. Un peu plus tard on y vénéra aussi Notre-Dame de la Bonne Mort dont le panneau en bois sculpté constituant le retable reproduit l’image avec à ses pieds saint Jacques, saint Jean et saint Philippe, ce dernier patron des tisserands. Le 25 juillet, jour de la fête du quartier, au cours de la messe dite dans la minuscule chapelle, la coutume voulait qu'on portât deux torches, l’une à l'effigie de saint Jacques, l’autre à celle de Notre-Dame de la Bonne Mort.

Les autres saints patrons durent se contenter de niches vitrées plus modestes, une lampe brûlant au pied de leurs statues. Celles-ci ne paraissent pas antérieures au xvII° siècle. Les vierges du xv° siècle qui protégeaient les portails du Four et de la PI ace furent remplacées par Notre-Dame d’Août ayant donné son nom à l’ancienne rue du Four et par Notre-Dame de l’Annonciation nichée au-dessus de l’arcade du Portail en regard de la place du Marché. Au départ de la rue Saint-Julien, la statue de saint Roch pourrait remonter à la fin du xvr° siècle, après la grande peste des années 1586-87 qui incita les Chaudesaiguois à pèlériner vers Anterrieux où on allait chercher la protection du saint. Posséder le leur, dans leur ville, les aurait

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