STORES
mascarons du plafond, les scènes allégoriques évoquant la passion que François de Montvallat vouait à la chasse sur des boiseries entièrement peintes, la cheminée « à la française » portant les armes parlantes du seigneur du lieu, les vantaux de la porte d’entrée à six panneaux ornés de paysages et de mascarons et surmontés d’une peinture figurant une scène de chasse au sanglier suscitent l’émerveillement. Le couloir et deux autres petites pièces foisonnent de frises, de boiseries décorées, de peintures à sujets mythologiques. Au deuxième étage, une seule salle a conservé sa parure. Ces décors semblent contemporains de la reconstruction du château. Regrettons d'autant plus qu'ils soient laissés dans un certain état d'abandon et que le visiteur — sauf exception — ne puisse en apprécier tout le charme prenant.
Baroud d'honneur que la restauration de leur demeure pour les Montvallat guettés par la ruine. Charles, fils de François, à l’âme de coquin, y contribuera amplement.
La chapelle Notre-Dame de Pitié et sa vierge miraculeuse
Lorsqu'on arrive de Saint-Flour, au tournant dit de « La Condamine », la première construction de Chaudes-Aigues aperçue est une chapelle aux fondements reposant sur une masse de roche schisteuse dont le Remontalou épouse les contours et qui porte dans ses flancs une grotte dite « Four des Angles », déformation probable de « Fort des Anglais », du temps où les bandes à leur solde occupaient Chäteau-Vieux. Il faut accomplir un long circuit à flanc de coteau pour accéder à l’excavation. On y pénètre par un seul orifice à hauteur de voûte. En se laissant choir, on se trouve dans cette grotte étroite, éclairée au midi par une large ouverture : un coup d’œil prudent suffit pour se rendre compte qu’elle surplombe le précipice. Taillé par l’homme ou caprice de la nature, le roc prend dans la partie la mieux éclairée la forme d’un siège où la Vierge aurait fait ses premières apparitions. Dans la voûte se voient des traces de coups de marteau et des trous creusés pour soutenir des poutres transversales, preuves que l’homme a aidé la nature. Là prend naissance l’histoire « écoutée aux portes de la légende » de Notre-Dame de Pitié. En historien local scrupuleux, trop respectueux des convictions personnelles de chacun, nous avons pris le sage parti de tenir pour légendaire ce qui n’a pu être étayé, vérifié, prouvé, et pour historique ce que des textes authentiques et des témoignages sûrs ont légué à la postérité.
La légende ou plutôt les légendes n'éclairent guère le mystère des origines de la célèbre statue glorifiée à Chaudes-Aigues sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, et d'autant moins qu'elles sont diverses. Marie, assise sur le banc de pierre, le visage méditatif et tout auréolé de lumière, serait apparue plusieurs fois à des indigènes qui, du versant dévalant jusqu’à la rive droite du ruisseau, avaient dirigé leurs regards vers le Four des Angles. Ces apparitions auraient excité
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les curieux à se rendre dans la grotte, non sans appréhension, pour constater de plus près s'ils étaient ou non victimes d’hallucinations. En lieu et place de la mère de Jésus, ils auraient découvert une statue la représentant assise, les mains jointes, tenant sur ses genoux le corps inanimé et sanglant de son fils, comme si elle venait de le recevoir à la descente de la croix. Sur son visage, douleur et commisération : on aurait pu l'appeler Notre-Dame des sept douleurs; on la nomma Notre-Dame de Pitié. Et c'est alors que cette légende recoupe presque toutes celles qui ont tenté d'expliquer par le merveilleux les origines restées obscures d’un oratoire ou d’une chapelle : l’image sculptée de la Vierge retirée de la grotte et déposée au sein de l’église paroissiale aurait refusé cette somptueuse demeure pour retourner sans cesse dans son antre inconfortable. On comprit alors qu'il fallait lui complaire en lui édifiant un sanctuaire sur le rocher qui avait porté autrefois Château-Vieux. Et les pierres du château féodal ruiné auraient servi sans doute à cette pieuse construction.
Une autre légende colportée de bouche à oreille rapporte que ce premier oratoire aurait été bâti en ex-voto par un jeune seigneur miraculeusement sauvé par l'intervention occulte de Marie. Alors qu'il chevauchait tout près de Chaudes-Aïgues, sa monture s'’emballa et l’entraîna au grand galop jusqu’au bord du précipice. Impuissant à freiner cette course suicidaire, il invoqua la Vierge et lui promit, moyennant la vie sauve, de faire construire sur ce promontoire rocheux un oratoire qui lui serait consacré. Comme retenu par une force surnaturelle, le cheval fougueux s'arrêta court au bord même de l’abîme.…. Et la promesse fut tenue. On aurait alors sculpté dans le bois la piéta pour l'offrir à la vénération des fidèles dans cet édicule conçu pour elle.
Pour que les deux légendes ne se contredisent pas, on les a parfois confondues : le chevalier miraculeusement sauvé ayant fait d’abord bâtir l’oratoire; la Vierge étant apparue ensuite dans la grotte pour que sa sainte image fût placée dans cet abri, vraisemblablement une niche surmontée d’une croix, comme il en subsiste encore dans tant de modestes villages et le long des chemins.
Mais si l’on s’en tient à la réalité historique, on chemine en terrain plus incertain. Une certitude toutefois : la dévotion à la Vierge existait à Chaudes-Aiïgues depuis fort longtemps puisque la communauté des prêtres était placée sous le patronage de Notre- Dame et saint Blaise et se réunissait au xIv° siècle dans une chapelle
annexée à l’église sous le même vocable. Nous avons dit aussi que deux vierges trônaient en haut des portes fortifiées de la ville.
Mais, nonobstant les légendes que la tradition nous a transmises, nous ne pouvons qu'émettre des suppositions quant à la provenance de la Vierge de douleurs et aux élans de foi ayant poussé les Chaudesaiguoïs à bâtir, sur l'emplacement du château féodal détruit, une chapelle. Existait-il déjà au Moyen Age, en quelque point de la ville, une niche fermée abritant une statue de Marie ? Ce modeste oratoire