‹ Chaudes-AiguesChapitre 17 sur 36 · GR · texte numérisé non relu

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très humblement, Monsieur, d’être persuadé que je ne néglige rien pour vous donner des preuves de mon travail à ce sujet; voicy le tems que les travailleurs arrivent des païs étrangers, cela fera peutêtre que je pourrois réussir pour vous procurer quelques hommes. Mais le païs est un peuple qui ne sont pas guerrier ».

Parmi les petites gens, employés, domestiques et journaliers mènent une vie souvent très pénible. Le maître-bouvier gagne 36 livres par an et la servante 10 livres seulement. Un tireur de laine est payé à la journée 5 sols plus la nourriture, de quoi s'acheter soit 2 livres de viande, soit 3 chopines, soit 1 livre de beurre, soit 1/2 litre d'huile d'olive. Si un maçon, un couvreur, un charpentier touchent 10 sols par jour, une cardeuse gagne seulement 1 sol 6 deniers, un peu plus que le prix d’une livre de pain de seigle qui vaut, en 1714, 1 sol 1 denier. Pas de quoi festoyer.

Le retour de la baronnie de Chaudes-Aigues à la couronne de France

Henri II de Bourbon-Malause, seigneur principal de Chaudes- Aigues, abjura le calvinisme sous l'influence de sa belle-fille. Son fils et successeur, Louis I, renoua avec la religion réformée mais servit loyalement Louis XIV. Il mourut en 1667, ayant adopté cette arrogante devise :

« Je suis Malause qui peut tout et tout ose ».

L'’aîné de ses enfants, Guy-Henri, hérita de la baronnie, servit Turenne, fut converti au catholicisme par Bossuet lui-même et rendit l’âme en 1706. Avec ses deux fils — Louis-Auguste décédé en 1741 et Armand blessé à mort en Italie en 1744 — s’éteignit la lignée mâle des Bourbon-Malause, barons de Chaudes-Aiïigues pendant plus de deux siècles.

Normalement, la seigneurie aurait dû alors faire retour à la Couronne de France, selon les clauses de la donation consentie en 1495. Mais Louis XV, ayant voulu récompenser les services rendus par les Malause, accorda à Marie-Henriette-Gertrude, comtesse de Poitiers et frère d’Armand, la jouissance de Chaudes-Aiïgues pour toute sa vie et celle de sa fille Elisabeth, à condition qu'elle désintéressât le traitant Charles Adam, sous-fermier des domaines royaux de la province d'Auvergne, ce qu'elle fit en lui versant 6 360 livres d’indemnité. Le revenu annuel de la baronnie avait été évalué à )50 livres. Depuis longtemps les Bourbon-Malause n'y séjournaient plus guère, laissant le soin à des fermiers de régir leurs domaines. Elisabeth mourut en 1773 et sa mère le 3 mai 1778. La seigneurie de Chaudes-Aigues fit alors retour à la couronne. Elle fut comprise dans le duché et comté d'Auvergne constitué en apanage au bénéfice du comte d'Artois. Le vicomte de La Roche-Aymon à qui ce dernier

l'avait donnée jouit de ses revenus jusqu'en 1780. Passé cette date, elle devint définitivement terre royale.

La décadence des coseigneurs de la ville et foraine

Pour les sires du Couffour et de Moutvallat, coseigneurs de la ville et foraine, la décadence se fit inéluctable. De 1587 à 1616, Guillaume de Pélamourgue put se prévaloir des titres de seigneur du Couffour et de coseigneur de Chaudes-Aigues à la suite d’une donation faite à lui par Claude de Massebuau, épouse de Guillaume de La Roque. Son fils Georges lui succéda, puis sa petite-fille Gabrielle qui convola, vers 1640, avec son cousin Jean de Montvallat-Teissières et lui apporta en dot ses terres. Cadeau empoisonné, car la perverse Gabrielle précipita la ruine de son conjoint et couvrit son nom de déshonneur. Sans ajouter trop de crédit à la légende qui fit d'elle une véritable « ogresse » — aux dires de ses contemporains — et de son château une nouvelle tour de Nesles, soyons certains pourtant qu'elle entraîna son fils François dans la débauche, se livra à la lubricité et commit avec des complices plusieurs crimes. Ainsi en jugea, fin 1665, le parlement de Toulouse qui condamna à mort tout ce beau monde et déclara confisqués le Couffour et ses dépendances. Gabrielle et son fils ne furent pas exécutés : la première fournit « un mémoire justificatif » malheureusement détruit vers 1900 par M: Rougier, notaire; François se racheta en embrassant la carrière des armes, ce qui lui valut la clémence royale. Quant à Jean de Montvallat, l’infortuné époux, qui ne pouvait désormais « subvenir à nourrir et entretenir luy et ses enfants selon leur condition » avec les maigres revenus du Mourentès, il dut prendre du service dans l’armée. La seigneurie du Couffour et la coseigneurie de Chaudes-Aigues échurent à Jacques de Puel, marié en secondes noces avec Catherine de Montvallat, l’une des filles de Gabrielle. II mourut en 1699 après avoir encore émietté le domaine. Son gendre, Marc-Antoine de Malefosse, second mari de sa fille Marguerite, recueillit la succession et hommagea au Roi, en 1699, pour les terres du Couffour, des Deux- Verges et partie de Chaudes-Aiïgues. La seigneurie resta propriété de cette famille jusqu'en 1775. Le 10 juillet de cette année, Alexandre de Malefosse la vendit à un bourgeois de Chaudes-Aigues, Pierre Barlier du Sargé, seigneur des Fons. D’après le contrôle du dixième, elle rapportait alors 1 000 livres, un peu plus que la châtellenie de Montvallat. Son fils Pierre-Guillaume était seigneur du Couffour et coseigneur de Chaudes-Aigues quand la révolution éclata. Il partageait ce dernier titre avec Gabriel de Bosredon, propriétaire dans la ville d'une seule maison d’ailleurs abattue en 1779 lors du percement de la route Saint-Flour-Rodez, car une partie de la coseigneurie avait été engagée vers 1734 par les Malefosse toujours à court d'argent.

Ce qui reste du château — une tour ronde et massive à trois étages, percée de médiocres ouvertures, un petit pavillon carré et, plus loin, un corps de logis abritant le fermier du domaine — appar-

tient aujourd’hui à la commune après avoir été la propriété de M. M. Nicolas, puis Clavières. Il a servi de cadre au tournage pour la Télévision des « Hauts de Hurlevent ».

Ainsi étaient tombés entre les mains de bourgeois enrichis les débris de ce fief, symbole s’il en est de la décadence d’une noblesse provinciale déchue et ruinée. Ce transfert de propriétés est l’une des caractéristiques des XVII° et XvIII* siècles. L’intendant Lefèvre d’Ormesson en faisait mention dans son mémoire : il affirmait qu'à Chaudes-Aïgues la bourgeoisie de robe ou les marchands tenaient le haut du pavé et achetaient les terres nobles, tandis que les gentilshommes du pays devaient chercher des débouchés pour leurs enfants dans les couvents, le chapitre collégial ou les troupes de milice. Les vérifications des contrôleurs des vingtièmes précisaient qu'à Chaudes-Aigues et à Saint-Urcize les cens étaient « minimes » ou de « très peu de conséquences », ceci expliquant cela. Tandis que la vie renchérissait et que l'argent perdait de sa valeur, les cens demeuraïent immuables et le capital ne rendait plus que 3,59 du cent contre 13,50 au xv° siècle.

La décrépitude de la famille se Montvallat sera tout aussi spectaculaire. À la suite de sa condamnation par « les Grands Jours », Charles fut ruiné. Il ne lui restait presque rien de sa fortune évaluée à 250 000 livre. Ayant acheté, en 1662, la coseigneurie de Chaudes- Aigues à Jacques de Puel pour 23 000 livres, il ne put en payer le prix et en céda le tiers à son cousin. En 1692, son fils Henry n'accepta une succession difficile qu'après inventaire et fit hommage au Roi pour Montvallat, Mornac, Miremont, la coseigneurie de Chaudes- Aigues, Séverac, La Garde, Lieutadès, des cens dans toute la foraine, deux bateaux et plusieurs moulins sur la Truyère. Maïs des procès en cours consommèrent sa ruine. Le {+ juin 1713, les terres patrimoniales furent vendues par décret des Maîtres de requête et adjugées pour 46 300 livres à M. Genevay, président du bureau des finances de Dijon. Au nom de ses enfants mineurs, Henry réussit cependant à racheter son patrimoine en contractant des emprunts : M. Besson d’Arjalet, baïlli de Chaudes-Aigues, réunit les espèces nécessaires auprès de certains bourgeois de la ville et des religieuses du couvent Notre-Dame qui, à elles seules, prêtèrent 8 000 livres. M. Genevay fut désintéressé moyennant 53 000 livres. Mais comment rembourser à M. Besson d'’Arjalet les sommes recueillies non sans arrière-pensée ? Montvallat se vit contraint de vendre ses autres domaines : en 1720, la coseigneurie de Chaudes-Aigues, rétrocédée au sire du Couffour pour 23 000 livres, et les fiefs de Lagarde et Lieutadès cédés pour 71 000 livres; en 1730, les terres de La Salvetat et d’Anterrieux. Quand Henry mourut, son fils Jean-Baptiste-Godefroy continua à plaider contre M. Besson d’Arjalet. Une transaction intervint en 1733 : Jean- Baptiste rentra en possession de Montvallat tandis que Besson fut autorisé à toucher les revenus de la seigneurie de Miremont. Décédé sans postérité, il avait légué le château à sa sœur, comtesse de la

Goudalie. Son fils Pierre-Martin en hérita mais n'y résida jamais. Il en confia la garde à un régisseur nommé Colsat qui ne fut pas inquiété pendant la Révolution et, de 1788 à 1810, administra les biens de ses maîtres et en recueillit pour eux les fruits. En 1817, M. de La Goudalie vendit le château à M. Bonniol de Chaudes-Aigues. M. Vital Delort l’acquit à son tour en 1913 : c'était l’aïeul de l'épouse du propriétaire actuel, Maître Daude, avocat à Saïint-Flour. Ainsi avait disparu de Chaudes-Aigues la maison de Montvallat, l’une des plus illustres de la Haute-Auvergne.

Le renouveau du chapitre collégial

L'une des conséquences les plus directes des guerres religieuses fut le renouveau du catholicisme amorcé par le Concile de Trente. Dans le diocèse de Saint-Flour, il se trouva facilité par le fait que la réforme n'avait pas laissé de traces indélébiles dans les consciences. On y comptait une infime minorité de protestants. À Chaudes-Aigues, restée pourtant très longtemps entre leurs mains, les cœurs étaient demeurés fidèles à l’église catholique et la révocation de l'édit de Nantes (1685) n'y provoqua aucune réaction. Les évêques Pierre de la Baume (1572-1595), Charles de Noaiïlles (1606-1646), Jacques de Montrouge (1647-1664) et Jérôme de La Mothe-Houdancourt (1664- 1693) s’efforcèrent de rétablir l’ordre dans le clergé, de donner aux prêtres la formation nécessaire à un apostolat efficace et les moyens de vivre décemment.

Le premier prit en pitié la détresse et la pauvreté des collégiats de l’église Saint-Blaise de Chaudes-Aigues. Les revenus de chaque prébende n'atteignant que la valeur de 20 livres tournois, ils étaient dans l'obligation de délaisser les heures canoniales, d'abandonner le service divin et de mendier. Le 27 septembre 1576, le prélat sanflorain, désireux d'améliorer leur sort, réunit à la mense capitulaire de la collégiale le prieuré des Deux-Verges qui rapportait annuellement 80 livres, tant en argent qu'en seigle, avoine et géline. Toutefois, au sujet de la congrue du curé fixée à 120 livres par un édit de Charles IX, un procès mit aux prises l'évêque et le chapitre pendant dix ans. Ce dernier remontra « qu’à cause de la grandeur de la paroisse, qui contient environ deux lieues de longueur, et de la multitude des habitants d'icelle et de la grandeur des charges qui sont en icelle, le dit chapitre ou celui qui est commis curé sont contraints d'entretenir un cheval ordinairement et un secondaire pour subvenir à l'administration des sacrements aux malades qui sont à l'extrémité de la paroisse ». Pour les contenter, le prélat concéda au vicaire perpétuel « les dîmes de Chaldaguès et par exprès sur les villages de Paulhac, Bessoles, Putsac, Besse et Cromières, 30 setiers de seigle, à la charge par les chanoines de célébrer tous les vendredis une messe des morts pour les évêques de Saint-Flour » (12 février 1595).

Le second donna à ses prêtres un rituel romain, un recueil d’homélies, et visita inlassablement les paroïsses de son diocèse.

Jacques de Montrouge créa en 1649 le grand-séminaire de Saint- Flour, car il avait constaté que « le plus grand nombre de ses ecclésiastiques [étaient] dépourvus des connaissances les plus nécessaires ». Le 1% septembre 1661, à la demande du seigneur protestant Louis de Bourbon-Malause, il vint en personne à Chaudes-Aigues porter en procession un os du petit doigt de saint Martin, cédé par les religieuses de l’abbaye de Noiïrmoutiers parmi lesquelles figurait la duchesse de Longueville, frondeuse repentie et parente du seigneur de la ville.

En 1664, sous l’épiscopat de Jérôme de la Mothe-Houdancourt, les baïles du chapitre souhaïitèrent la réduction des canonicats de 13 à 10 « affin que par ce moyen, écrivaient-ils, ayant mieux de quoy vivre et subsister suffisamment en qualité de chanoines nous ayons aussy celluy de mieux vacquer et faire le service divin ». Les habitants de Chaudes-Aïgues soutinrent leur demande en ces termes : « L'assemblée du corps commun de la ville. a été proposé... par les juges, consuls et procureurs d'office de ladite ville qu'ilz entendent personnellement des plaintes des chanoines et habitans de leur esglize qu'ils ne peuvent subsister par le peu de revenu de leurs prébandes ». Sur propositions de l’évêque, un arrêt des « Grands jours d’Auvergne » du 27 janvier 1666 leur donna satisfaction.

Si l’on en juge par le nombre de procès intentés au Marquis de Bourbon-Malause, à François de Montvallat, à Antoine de Malefosse, aux religieuses de Chaudes-Aigues, à l’évêque Paul de Ribeyre, à leurs créanciers, à leurs censitaires, aux familles de leurs bienfaiteurs, on peut penser qu'ils avaient le plus grand mal à faire rentrer l'argent et les cens en nature qui leur revenaient. Le rôle d’impositions sur les bénéficiers du diocèse établi par l’évêque précité tendrait à prouver la modicité de leurs ressources : il ne furent taxés qu’à 25 sols alors que les chanoines du chapitre cathédral devaient payer 27 livres. Dans la déclaration qu'ils firent de leurs biens et revenus « pour satisfaire à la délibération du clergé de France » de 1726, ils avouaient un revenu total de 873 livres 13 sols 9 deniers dont il fallait déduire 364 livres de charges : restait net 520 livres 13 sols 9 deniers pour dix chanoines et deux choriers, ce qui était effectivement peu. Aussi demandèrent-ils à l’évêque Paul de Ribeyre l'union de la cure à la mense du chapitre, afin d'augmenter leurs ressources. Par décret du 11 mars 1763, le prélat supprima la vicairie perpétuelle de Notre- Dame - Saint-Blaise de Chaudes-Aiïgues et l’unit au chapitre de la méme église avec tous ses biens et revenus. Le sieur Clavières, alors chanoiïne-curé, consentit au décret confirmé par lettres patentes du Roi et enregistré au Parlement le 14 janvier 1764.

A l’intérieur même du chapitre, tout n'allait pas pour le mieux : les intrigues, les influences extérieures jouaient leur rôle dans la collation des prébendes, preuve sans doute que la place n'était pas si mauvaise. Les chanoines s’en plaignent dans leur registre de déli-

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