‹ Chaudes-AiguesChapitre 18 sur 36 · NT · texte numérisé non relu

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bération où on peut lire, à la date du 22 novembre 1666 : « Il a été délibéré que, comme il arrive souvent par respect humain ou par crainte de se faire des ennemis, on nomme, on confère vocalement dans les charges de notre chapitre des sujets qu'on voudrait secrètement exclure, que l’on agit ainsi contre son inclination, quelquefois contre sa conscience, et très souvent contre l'intérêt du corps, que lors de la vacance des prébendes ou canonicats dont nous sommes patrons et collateurs, chacun de nous est sollicité, tourmenté par plusieurs postulans, dont la plupart dans une petite ville comme Chaudesaigues sont presque toujours parens ou amis de plusieurs chanoines et qu'on craint de désobliger ou se faire un ennemi de chaque postulant exclus; qu'il se trouve souvent dans le chapitre des chanoïnes très proches des postulans, qu'on n'ose exclure ouvertement et par là on est souvent empêché de choisir le meilleur sujet; qu'il se trouve souvent des confrères assez indiscrets pour publier ce qui s’est passé dans le secret de nos assemblées et découvrir le sentiment de chacun de ses confrères, et de là des haïnes et inimitiés qui ne finissent quelquefois qu'avec la vie. » En foi de quoi, le chapitre décida que désormais le scrutin secret serait obligatoire, « le moindre nombre » étant « obligé de souscrire au sentiment du plus grand... ».

Vers un déclin de la vie économique

L'économie de Chaudes-Aigues va connaître pendant deux siècles des hauts et des bas pour aller inexorablement vers un déclin patent à la veille de la Révolution.

Le terrier de la seigneurie de Chaudes-Aigues dressé en 1615 semble indiquer une reprise de la vie économique stagnante ou en baisse depuis le xv° siècle. Le nombre des marchands est passé de 11 à 42, celui des cordonniers de 8 à 22, celui des tisserands de 1 à 21. Il fait état de 7 potiers, 14 tanneurs, 9 bouchers, 10 chapeliers, 2 selliers, 3 tailleurs, 1 orfèvre qui ne figuraient pas dans le terrier de 1494. Par contre, si l’on s'en tenait à ces seuls dénombrements, il n'y aurait plus à Chaudes-Aigues ni meunier, ni teinturier, ni sabotier, ni coutelier. Déplacement d'activité ou lacunes dans le terrier qui recensait dans la ville les seuls biens compris dans la seigneurie principale ? Probablement un peu des deux. La présence de 9 bouchers prouve que la bourgeoisie s'est sérieusement étoffée et enrichie. Mais remarquons surtout l'importance de plus en plus grande prise par le travail du cuir — tanneurs, cordonniers, selliers — et par l'artisanat textile — tisserands, chapeliers —. En 1697, Lefèvre d'Ormesson l’a constaté : les tanneries sont assez prospères à Chaudes-Aigues grâce aux bœufs et aux vaches engraissés dans les montagnes voisines, dont les cuirs sont traités successivement à la chaux et à l'écorce de chêne en dissolution dans l'eau chaude: elles alimentent un petit commerce de colle forte « se faisant des rognures qui restent quand les cuirs sont préparez, lesquels on fait bouillir et on broye jusques à ce

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qu'elles soient réduites effectivement en colle ». Toutefois, les tanneries et leurs annexes déclinent à partir du xvirr° siècle. Les tanneurs se heurtent à la concurrence de ceux du Rouergue qui emploient l'huile de noix moins onéreuse à la place du suif utilisé à Chaudes- Aigues pour graisser les peaux et pratiquent des prix plus bas pour une marchandise de meilleure qualité. Et les cordonniers de Rodez ne se privent pas de dénigrer la « mauvaise fabrication » des cuirs du Caldaguès. Lefèvre d'Ormesson mentionne également l'existence d’une petite industrie textile : production de cadis, petites étoffes de laine croisée, d’une « serge étroite et légère » et de « buraïlles ». Au milieu du xvirI siècle, on comptera à Chaudes-Aigues et dans la foraine jusqu’à 180 métiers de cadis malheureusement trop sévèrement contrôlés pour laisser libre cours à l'esprit d'initiative. Depuis 1724, chaque pièce doit être frappée d’une double marque : une avant la teinture faite d’une « empreinte. d’une ancre (sic) composée de noir de fumée, de térébenthine et d’huile de noix »; la seconde, après la teinture, consistant en un plomb. L'industrie y est si en vogue qu'en février 1729 Chaudes-Aigues est le lieu d’une assemblée de fabricants de cadis demandant qu’on proscrive l'emploi des laines de bêtes mortes et des laines de Barbarie, et qu'on fixe l'ouvrage à 6 aunes de Montpellier. Mais c’est en vain qu’un sieur Flouvet-Lavoge, d’Aubusson, essaiera d’implanter à Chaudes-Aigues, au cours de l’année 1736, des rouets perfectionnés, équipés de broches plus solides montées sur des platines : il se heurte à l'hostilité des fabricants méfiants à l'égard des nouveautés. En 1765, dans son « Etat de l’Auvergne », l’intendant Ballainvilliers signale le commerce considérable des cadis de Chaudes-Aigues, étoffes de laine légère, fabriquées sur 18 pouces 4 lignes de largeur, 32 aunes de longueur, propres à la doublure des habits, filées par femmes et enfants, mises en œuvre par les tisserands, teintes et apprêtées, enfin vendues dans les provinces limitrophes et jusqu’à Lyon, principal débouché. Avec la laine lavée à l’eau chaude naturelle, on fabrique aussi des tricots grossiers mais confortables à l'usage du peuple et des petits bourgeois. Deux gardes-jurés sont préposés à la visite et aux marques de fabrique, remplacés dans le dernier quart du xvitr* siècle par un commis apointé. Quand les pièces de cadis ne sont pas conformes à la réglementation — largeur, longueur, nombre de fils — elles sont saisies par le commis à la manufacture et le contrevenant est frappé d'une lourde amende. C’est ce qui arrive le 3 janvier 1777, jour de foire : le commis Jean Baldran « s'étant transporté sur la place publique pour y faire sa visite » a dû confisquer un cadis auquel il manquait 80 fils et 1 pouce et demi de largeur.

Les marchands sont organisés en confrérie avec leur bannière — « d'azur à un lion d'argent, au chef de gueules, chargé de 3 fleurs de lis d’or ». Arborent aussi leur oriflamme — « gironné d'or et d'azur à huit pièces » — les corps de métiers regroupés en une seule association, les médecins et apothicaires — « d'argent à une fiole d'azur, entortillée d’une vipère de même » —, et les notaires et pro-

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