A. — L'ADMINISTRATION DE LA COMMUNE DE 1945 À
En 1945, Jean Julien est élu maire de Chaudes-Aigues; il bat aussi d'extrême justesse le Docteur Besson, conseiller général sortant, pour représenter le canton au sein de l'assemblée départementale. Exploitant agricole à La Pradelle, aux portes de la ville, c'est un homme au solide bon sens que sa formation et sa profession inclinent plutôt à se pencher sur les problèmes agricoles de la commune et du canton qu'à programmer des investissements jugés hasardeux et pourtant indispensables à une relance du thermalisme. De plus, il prend en charge la commune au sortir d’une longue et douloureuse épreuve. Le recensement de 1946 souligne son déclin démographique : 1175 habitants au lieu de 1 360 en 1936. L’exode rural lui a fait perdre en dix ans 7 % de sa population et 47 % en un siècle. Et, dans une période de forte natalité, son taux d’accroissement naturel restera presque nul, signe d’un vieillissement certain. Chaudes-Aigues a cessé de jouer un rôle industriel que quelques activités artisanales
secondaires n'ont pu remplacer. La dépopulation des campagnes se poursuit, amplifiée encore par la mécanisation. Les Thermes ne fournissent du travail que pendant la saison des baïns et encore à une main-d'œuvre limitée. Toutes ces contingences obligent la jeunesse à émigrer vers Paris et freinent le développement de la station.
L'unique filature tourne au ralenti faute de matières premières et de débouchés; seuls les agriculteurs qui lui confient la laine de leurs moutons lui permettront de survivre quelque temps encore. Les drapiers-toiliers se fournissent dans les maisons de gros et leur nombre a chuté de 8 en 1900 à 4 en 1945. La dernière tannerie a fermé ses portes avant guerre. En 1951, on ne comptera plus qu'un seul meunier dans la commune, celui de Filhon, qui moud le grain de plus en plus rare de quelques paysans, car la minoterie Mouthiez — ex-moulin Achard —-, qui faisait vivre une dizaine de familles et commerçait avec Saint-Flour et toute la Planèze, disparaît elle aussi. L'’hospice est clos depuis la guerre : vieillards et infirmes sont aiguillés sur Saint-Flour ou Saint-Urcize. De plus, les » petites sœurs des Pauvres » quittent Chaudes-Aigues en octobre 1948, malgré les démarches du maire Julien et du curé-doyen Coutarel, nouveau coup dur heureusement compensé par l'installation d’un second médecin, le jeune Docteur Pierre Raynal, venu seconder le Docteur Moure. La justice de paix, victime de la réorganisation de la justice en France, est supprimée. Les moyens de communication sont précaires en raison d’un réseau routier en mauvais état et de la pénurie en carburant et en accessoires automobiles : ne voit-on pas, en 1947, le percepteur de Chaudes-Aigues dans l'obligation de cesser ses tournées de recouvrement de l'impôt « faute de pneus ». Cependant, les routes coupées et les ponts détruits sont reconstruits, notamment celui de La Brauze élargi et achevé au printemps 1946. Reste pour maintenir quelques emplois l'hôtellerie et le commerce, dont la pleine activité coïncide avec la période d'ouverture de l'établissement thermal, un entrepreneur de travaux publics qui embauche une dizaine d'ouvriers, quelques scieries ou exploitations forestières, l’industrie du bâtiment très sollicitée par la reconstruction des villages d’Anterrieux et de Saint-Martial et la rénovation de nombreuses habitations et boutiques.
Car Chaudes-Aigues a vieilli : ses neufs hôtels n'offrent plus, dans l’ensemble, les conditions de confort nécessaires à une clientèle de plus en plus exigente; magasins et meublés sont pour la plupart vétustes. Et que dire de l’école publique de garçons dans un état déplorable, du bureau de poste étriqué et incommode, de certaines rues et places encore empierrées comme celles d’un village, du ruisseau qui sert de poubelle à toute heure du jour et de la nuit et dont les rives regorgent d'énormes rats. Tel curiste se déclare ravi par les sites du Caldaguès et les résultats du traitement suivi dans les « Thermes du Par »; il l'écrit dans « Le Montagnard » du 26 août 1947 : « Je suis un baïgneur de Chaudes-Aigues et je remercie le ciel d’avoir fait sourdre dans un paysage aussi charmant des eaux aux
qualités incontestables. Nombreux sont les rhumatisants et sciatiques qui bénéficient de leurs bienfaits. Je dois même, pour être franc, reconnaître que je suis, sinon guéri, du moins amélioré considérablement et, si certains à Lourdes laissent leurs béquilles, moi, je vais laisser mes cannes à Chaudes-Aigues… ». Mais il déplore en vrac l'exiguité des lieux de soins, l'insuffisance du personnel, le manque d'organisation, le ramassage des ordures ménagères trop tardif, les relents nauséabonds s’élevant du Remontalou.
Sous la houlette de son maire, Chaudes-Aigues va s’efforcer de négocier au mieux ce virage difficile en parant au plus pressé. Le Syndicat d’Initiatives y contribuera pour une large part et l’Amicale de Paris, présidée par E. Ruc, le soutiendra financièrement. En 1946, elle envoie 80 000 F au président du S.I. et 20 000 F au Comité des Fêtes. L'année suivante, elle offre à la ville quarante plaques émaillées, qui tirent les rues de leur anonymat, et trente autres pour baliser les chemins d’excursions pédestres. Quelques dénominations nouvelles apparaissent : la rue Notre-Dame d’Août à la place de la rue Marchande, le cours Bernard-Clavières et l'avenue Pierre-Vialard en hommage à deux bienfaiteurs du pays, l’avenue Docteur-Mallet en mémoire du héros de la Résistance. Quand Emile Ruc se tue en voiture quelque part sur la route de Chaudes-Aigues à Paris, sa ville natale reconnaissante lui fera des funérailles émouvantes.
Le Syndicat d’Initiatives, qui reçoit désormais 3 % du montant des taxes de séjour encaissées par la commune pendant la saison thermale, se lance dans une campagne de publicité et d’embellissements qu'’exige la promotion du thermalisme et du tourisme : édition d’une brochure sur la ville d’eau, adoption d’une flamme postale, aménagements du Pré Michel, du parc public ombragé « Emile Ruc », du Randal, réfection complète du court de tennis, autorisation obtenue pour l’autocar Chassang d’assurer une fois par semaine la liaison Chaudes-Aigues - Aurillac. Ce service complète les liaisons régulières par autobus, l’une quotidienne Saint-Flour - Chaudes-Aigues - Laguio!e et retour, l’autre tri-hebdomadaire Chaudes-Aigues - Saint-Flour et retour. Et pour que la station thermale soit mieux connue des voyageurs, on convainc l'assemblée municipale sanfloraine de baptiser sa gare « Saint-Flour - Chaudes-Aigues ».
Le conseil municipal s'active également : le mur de soutènement qui borde l'avenue Bourbon est remaçonné; on a dû sacrifier la plupart des arbres, mais le parapet recouvert de dalles en ciment devient un siège de choix pour converser assis sur « l’aparet ». Le bitumage de toutes les rues est achevé en 1949, le nouvel hôtel des postes mis en service à l'emplacement de l’ancien hôtel Notre-Dame, une sirène d'alarme installée sur le toit de la mairie, le square Pierre-Vialard remis en état, l'école publique de garçons enfin relevée de ses ruines, trois cents logements construits ou rénovés; et la famille Valette surélève d'un étage l'hôtel du Midi, le plus vaste et le plus confortable de la ville.
En 1950, une association d'éducation populaire, présidée par M. Virolleau, directeur de l'établissement thermal, et placée sous le patronage du Docteur Raynal, conseiller général, de J. Julien, maire, et de S. Vialard, président de l’amicale de Paris, décide de transformer la chapelle des Pénitents désaffectée en salle de spectacle. Les Beaux-Arts donnent leur accord sous réserves de sauvegarder l’ensemble de l'édifice et de conserver son patrimoine artistique, en particulier son monumental retable, son bénitier en pierre sculpté de 1625, son plat en cuivre repoussé du xvI‘, son baiser de paix en argent gravé et doré du xvII°, ainsi que les statues et les instruments de la Passion. Exécutés en un temps record, les travaux aménagent la chapelle en cinéma, baptisé bien sûr « Le Thermal », qui ouvre ses portes le 22 avril avec la projection du film « Le voile bleu ». Cette initiative a le mérite de sauver peut-être le monument et d'offrir aux Chaudesaiguois et aux touristes une distraction dont ils étaient privés, mais les Pénitents ont dû se retourner dans leurs tombes.
Pourtant le thermalisme ne connaît pas le développement que pouvaient laisser espérer l'accroissement de la population française et l’appoint précieux de la sécurité sociale ! Certes, en 1946, 647 baiïgneurs ont fréquenté l'établissement thermal, soit un tiers de plus qu'en 1938. Mais c’est ensuite la stagnation, puis la régression qui frappe d’ailleurs la plupart des stations auvergnates : à Chaudes- Aigues, en 1950, on ne compte que 400 curistes. Cette désaffection s'explique d’abord par l'insuffisance de l'hôtellerie et des installations thermales qui ne satisfont plus aux critères d’une clientèle diversifiée, mais aussi par une publicité encore réduite, une politique des loisirs et de l’environnement trop timide et l’incrédulité, feinte ou réelle, de nombreux praticiens quant à l'efficacité des cures thermales.
Le rétablissement du comice agricole annuel, la reprise du marché hebdomadaire, les modifications apportées aux dates de certaines foires mensuelles, le développement du syndicalisme paysan, les ef. forts et initiatives du maire, agriculteur lui-même, ne pourront arrêéter l’hémorragie qui vide villages et hameaux de la commune de sa jeunesse et conforter Chaudes-Aigues dans le rôle de centre agricole de tout un canton joué jusque là. Le syndicat d'élevage de la race Aubrac est bien né à Saint-Urcize, en 1946, sous la présidence du conseiller général J. Julien, mais les bêtes sont vendues surtout sur les champs de foire de Laguiole, Nasbinals, Aubrac, Brion et Rodez, tout comme les fromages au label « Laguiole ». Car, dans tout le Caldaguès, l'élevage qui nécessite une maïn-d'œuvre réduite et convient mieux à la nature des sols a pris le pas sur la culture. En 1950, les terres labourables de la commune ne représentent plus que 4 % de la surface cadastrée contre 30 % en 1912; elles sont consacrées à des cultures de terrains pauvres : seigle, avoine de printemps et pommes de terre. Certaines ont été abandonnées à la lande et aux bruyères qui, avec les terres vaines, occupent 39 % du sol. Par contre, les surfaces réservées à l'élevage ont presque doublé, passant de 28,5 à
50,6 %. Cette spécialisation toujours plus poussée se conçoit bien aux marges de l’Aubrac, sur un terroir où la production de viande et de lait se révèle plus rentable, et dans les perspectives d’une vie moins pénible et d’un avenir plus sûr. Aussi s’attache-t-on à élever surtout des bovins (1089 en 1950) qui supplantent les ovins (1 012), tandis que les chevaux (18) et les caprins (une dizaine) tendent à disparaître. Malgré tout, la densité du cheptel reste faible en raison de l'extension des friches et terres vaines.
Dès 1947, nous l’avons noté, s’est installé à Chaudes-Aigues un jeune médecin-généraliste de 27 ans, le Docteur Pierre Raynal. Originaire de Saint-Urcize, il a choisi le pays de ses ancêtres pour y exercer son art. Deux ans plus tard, il sollicite la confiance des électeurs du canton, bat de 400 voix le conseiller sortant et maire du chef-lieu, Jean Julien, et devient l’un des plus jeunes conseillers généraux de France. En 1951, il occupe la présidence du Syndicat d'initiatives : le développement de la station thermale semble d'ores et déjà constituer son principal objectif. Le 10 mai 1953, il est élu par l'assemblée municipale comme premier magistrat de la commune : choix mémorable et décisif pour l'avenir de Chaudes-Aigues. Dès lors, il sera constamment reconduit dans ses fonctions à une écrasante majorité, voire même sans concurrent direct. Son action au conseil général, sa connaissance approfondie des problèmes posés à un département essentiellement rural, le sérieux de sa gestion municipale, son dynamisme et son dévouement le font apprécier de Georges Pompidou. Quand ce dernier, suite aux événements douloureux de 1968, brigue avec succès le siège de député de la circonscription de Saint-Flour, c’est le Docteur Raynal qu'il choisit comme suppléant. Un an plus tard, l'enfant de Montboudif accède à la plus haute charge de l'Etat, la présidence de la République, et abandonne son siège de député. P. Raynal, avec plus de 60 % des voix obtenus lors de l'élection partielle qui suit, lui succèdera tout naturellement. Il sera réélu, dès le premier tour, en 1973, comme candidat unique de la majorité présidentielle, malgré une forte opposition socialiste et communiste, et en 1978, avec 62 % des suffrages. Pour compléter un palmarès électoral éloquent, il a accédé entre temps, en mars 1976, à la présidence du conseil général du Cantal. Il est vrai qu'il est d’un abord facile, qu'il sait se mettre au service de tous et de chacun sans exclusive, qu’il occupe sa place d'élu de la Nation au parlement avec une compétence reconnue dans tout ce qui touche aux problèmes de l’agriculture, de l'équipement et de l’économie de montagne.
Sur le plan communal qui nous intéresse au premier chef, le député-maire, secondé par des conseillers municipaux dévoués et par un office du Tourisme actif, va entreprendre un effort sans précédent de modernisation et de rénovation qui fera de Chaudes-Aigues une station thermale et touristique de premier ordre, une vraie petite ville d’eau à la campagne, aussi agréable aux curistes qu'aux vacanciers, sans négliger pour autant l’agriculture mère nourricière d’une partie de la population communale.
Une politique des loisirs et de l’environnement
Les deux œuvres primordiales seront à l'évidence l’agrandissement et la modernisation de l'établissement ainsi que le captage et l’utilisation rationnels de toutes les ressources énergétiques fournies par les eaux chaudes, conditions sine qua non de l'essor de la station. Elles ont été si déterminantes que nous leur consacrerons un chapitre spécial. Mais l’administration municipale a fort bien compris que ces réalisations d’envergure doivent s'accompagner d’une véritable politique des loisirs et de l’environnement, pour profiter pleinement à Chaudes-Aigues.
On va donc s’efforcer, dans un premier temps, d’embellir la ville et d'améliorer la qualité et les capacités d’accueil de la commune. Les parkings seront considérablement augmentés : place du Gravier dégagée en installant la bascule près du terrain de sports, place du quai de l’hospice créée artificiellement en bordure du Remontalou, place caïllouteuse du Par revêtue d’un bitume qui en double la surface, ruisseau couvert sur diverses parties de son cours. Devant le Château du Couffour, un terrain de camping deux étoiles offrira aux vacanciers en même temps que des installations confortables les perspectives d’un magnifique et vaste panorama. À deux kilomètres au sud de Chaudes-Aiïgues, près de la C.D. 921, un village de vacances complètera les possibilités d'accueil : les bungalows pour deux, cinq ou huit personnes sont éauipés d’une Kiïichenette, d'une salle d’eau avec baignoire, du chauffage et de l’eau chaude par appareillage électrique: en prime, une piscine chauffée. un court de tennis, un terrain de volley-ball et des jeux d'enfants. Le gai Remontalou cesse de jouer son rôle peu reluisant de poubelle municipale grâce à la pose d’un réseau d'’égouts complété ensuite par une station d'épuration. Les rues font assaut de coquetterie, les rives découvertes du ruisseau s’ornent de massifs floraux sur fond de verdure du plus bel effet, le parc Emile Ruc et des jardins sont aménagés avec l’aide financière de l’amicale de Paris, qui vaudront une certaine année à Chaudes-Aiïoues le titre de première « ville fleurie » dans sa catégorie, l'alimentation en eau potable complémentaire est réalisée à partir d’un captage effectué dans la commune des Deux-Verges. Toutes les initiatives privées allant dans le sens d’un accroissement des capacités d’hébergement et de l’embellissement du bourg sont encouragées : construction de trois nou-
veaux hôtels modernes, celui « des Thermes » à l'emplacement de l’ancienne auberge Baratin, le « Beauséjour» après rasement de la minoterie désaffectée, celui à l'enseigne des « Bouillons d'or » face au Gravier; rénovation de ceux qui existaient déjà; réfection des boutiques aux fonctions plus variées; modernisation des meublés. Chaudes-Aigues s’énorgueillit aujourd’hui de ses six hôtels deux étoiles, deux une étoile et trois de type « préfecture », mettant à la disposition de la clientèle 265 chambres. Sur 73 meublés, 60 sont classés et offrent un maximum de confort. Quant au bureau de postes, il a été récemment aménagé pour faciliter son accès aux handicapés.
Les loisirs n’ont pas été oubliés, bien au contraire. Au nord de la ville, a été tracé et équipé un vaste terrain de sports prolongé ensuite par un jardin d'agrément épousant les rives sinueuses du Remontalou. Chacun peut s'y livrer à l’activité sportive de son choix, s'y promener ou s’y reposer dans un cadre pittoresque, car leurs installations sont très complètes et diversifiés : terrain de boules, deux courts de tennis, piscine chauffée de 25 m, foyer des jeunes construit par la jeunesse elle-même avec des éléments préfabriqués, golf miniature, pièces d'eau où s’ébattent les fameuses « truites japonaises », jeux pour enfants, bancs de repos au milieu de la verdure et des fleurs. Un relais de télévision installé à l’Hert permet aux Chaudesaïiguois de capter les trois chaînes et un stade de football, proche du camping, sert tout autant aux jeunes de l’association sportive qu'aux vacanciers amateurs de ballon rond. La bibliothèque centrale de prêts laisse en dépôt suffisamment d'ouvrages pour contenter tous les lecteurs. En hiver, la station voisine de Saint- Ürcize - super-Blaise attire de nombreux adeptes du ski alpin ou de fond. Enfin, une animation touristique variée essaie de satisfaire petits et grands, curistes, touristes et autochtones avec la fête patronale du premier dimanche d’août, des spectacles folkloriques, des séances de projection, des expositions, des concerts dans l’église paroissiale, des randonnées pédestres, des excursions, etc.
Le problème de l'environnement thermal a donc trouvé à Chaudes-Aigues des solutions satisfaisantes. Outre l'attrait qu'il exerce sur les vacanciers, chacun sait qu'il entre pour une part non négligeable dans l'efficacité des cures, car il favorise l’adaptation, combat le stress du dépaysement et rend les malades plus réceptifs aux soins prodigués. Le rétablissement physique n'est-il pas conditionné par un équilibre psychique satisfaisant !
Constructions et restaurations
Faute de personnel hospitalier, l’hospice avait fermé le 1* novembre 1945 et les vieillards qui l’occupaient été dirigés en majorité sur Saïint-Flour : exil douloureux pour tous, fatal à quelques-uns. Pour utiliser une partie des locaux, on y avait installé, à l'initiative du Docteur Moure, un centre médical scolaire. Cette triste situation ne
pouvait s’éterniser. En 1954, une commission présidée par le Docteur Raynal envisage de le rendre à sa destination première. Des dons importants de l’amicale de Paris et une souscription publique bien accueillie encouragent la commune à lancer un programme d’aménagements dès novembre 1956. La maison de retraite-hospice rouvrira ses portes l’année suivante avec le concours tout de dévouement et d’abnégation des sœurs de la Présentation. Un enfant du pays, Auguste Clavières, lèguera par testament à la commune l'ensemble de ses biens immobiliers situés sur son territoire, dont la moitié du domaine du Couffour, ainsi que des valeurs mobilières, le tout représentant plusieurs millions de francs. C'est une bouffée d'oxygène pour les gestionnaires et une joie non dissimulée pour la population. En hommage au généreux donateur, la municipalité donnera son nom à la place située devant cet hospice et, quelques années après son décès, rapatriera le corps du défunt à Chaudes-Aigues pour respecter ses dernières volontés. Lors de la visite toute récente du nouveau sous-préfet, M. Penalva, le maire a fait part de la volonté du conseil municipal d'agrandir le bâtiment pour accueillir non seulement les vieillards et handicapés du canton, mais aussi quelques retraités venus de différentes régions du Cantal.
La construction du groupe scolaire public de Chaudes-Aigues a été réalisée au cours des années 1956-57, sur un emplacement en terrasse à l'entrée nord-ouest de la ville. Sa façade blanche s'étire sur une cinquantaine de mètres. L'ensemble sobre et fonctionnel dresse ses trois étages en retrait d’une cour spacieuse. Prévu à l’origine pour 120 élèves, il s’est avéré rapidement trop exigu et des classes préfabriquées lui avaient été adjointes. Lorsqu'il est nationalisé en 1973, la municipalité doit donc envisager son extension. Un bâtiment neuf est édifié deux ans plus tard et les élèves prennent possession, le 9 février 1976, des nouveaux locaux : préau, foyer socio-éducatif, atelier, diverses salles de pédagogie, deux dortoirs avec sanitaires, salles de restaurant et une aire de jeux. Il sert aussi de support pour des actions longues de formation continue avec le Greta du Haut- Cantal et de cadre à des séances alternées de « ciné-club » et de « connaissance du monde ». Outre son rôle avant tout éducatif, le collège de Chaudes-Aïgues, qui accueille des élèves de tout le canton et des communes de Lacalm et de Neuvéglise, est devenu un facteur indispensable d'activité économique et d’animation au cours de la rude période hivernale.
À compter de l’année 1972, ce n’est pas sans une certaine nostalgie, teintée d’amertume, que les Chaudesaiguois voient s’effacer la belle perspective de l’ancien établissement Clavières. Sur son emplacement et sur la portion du Remontalou converte depuis le pont de la place jusqu'au Randal, s'édifiera le « centre de rééducation fonctionnelle ». Ce projet, inscrit en 1967 dans le VIe plan, date en réalité de 1955, année où la « société pour le développement de la station thermale de Chaudes-Aigues » a acquis plus de 5 % des droits sur les immeubles des Consorts, Clavières-Huguet. Quelques
années s'écoulent et la commune achète ces droits à la dite société et ceux que détenaient encore les héritiers Clavières. L'imposante bâtisse, destinée à abriter le centre et conçue par le cabinet Terrisse d’Aurillac, est construite en 1974, malgré un glissement de terrain plus spectaculaire que dévastateur. Le 4 novembre, le « centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelles », unique en Auvergne et l'un des douze plus importants de France, ouvre ses portes. Les premiers handicapés physiques y sont accueillis dans un cadre agréable, une atmosphère douillette qui n'évoquent ni l'hôpital ni la clinique : couleurs chaudes, larges baies, chauffage électrique, chambres à un, deux ou quatre lits parfaitement équipées avec, notamment poste téléphonique et radio, salle de séjour spacieuse et bien distribuée avec restaurant, caféteria, jeux, bibliothèque, télévision, dicothèque, et deux ascenseurs. Viennent y chercher guérison ou soulagement ceux dont l'appareil locomoteur est défaillant, qui traînent les séquelles de traumatismes ou d'accidents du travail et de la route, qui ont besoin de séances de rééducation après certaines interventions chirurgicales ostéoarticulaires, qui souffrent de lombalgies, de sciatiques tenaces ou même d'’affections neurologiques particulières. Une soixantaine de personnes y sont employées à temps complet dont un rhumatologue, plusieurs kinésithérapeutes, des infirmières, des aides-soignantes et des moniteurs. Les malades bénéficient des techniques les plus modernes de rééducation : baïgnoires en trèfle pour bains complets, piscine en couloir de marche, gymnastique corrective dans une salle équipée de six boxes de massage, mécanothérapie, ergothérapie, service radiologique, laboratoire d’analyses médicales, travaux manuels éducatifs Fonctionnant sans interruption, ce centre a permis la création d'emplois et maintenu dans la ville une activité liée au thermalisme et une animation qui manquaient en période hivernale. Il a surtout offert à de nombreux handicapés d'Auvergne et des provinces voisines des possibilités de rééducation qu'ils devaient auparavant aller chercher fort loin.
Outre ces multiples créations d'emplois, il faut, pour fixer au maximum la population, lui proposer des logements décents et confortables. La municipalité encourage alors toutes les initiatives privées quand elle ne se fait pas elle-même promoteur : ainsi naissent la cité Saint-Michel, avec ses villas et son immeuble à usage collectif où la gendarmerie s’installera après l'incendie de son casernement sis avenue Pompidou, le lotissement du foyer Cantalien, accroché à la colline, entre la route de Tréboul et La Jarrige; celui du pré Clavières et la résidence de la Croix-de-Sansard dont les dix-huit pavillons sont tous occupés malgré l'altitude de 910 m.
Depuis de très longues années, l’église Saint-Martin et Saint- Blaise n'avait pas bénéficié de restauration d'envergure. M. le curédoyen Boutoute obtient, en 1974, le feu vert de la municipalité et des Beaux-arts pour entreprendre des travaux conçus et exécutés avec un goût très sûr grâce aux subventions obtenues ici et là, aux fonds débloqués par la commune et à la générosité des Paroissiens.
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Ils commencent le 18 novembre et dureront un peu plus de cinq mois. Des entreprises locales ou venues de régions voisines décapent, sablent et rejointent à la chaux blanche des voûtes, les murs et les acrs, mettant à nu la pierre aux tons nuancés, d’une qualité rare. L'une des tribunes, la plus haute, est supprimée, mais celle qui surplombe la première travée de la nef est plafonnée en lambris et murnie d’un garde-corps en bois ouvragé, qui servait autrefois de table de communion. Les lustres bas, qui coupaient malencontreusement la ligne de l’élégant vaisseau, sont remplacés par des spots omnidirectionnels et la sonorisation entièrement rénovée. L'abside en hémicycle, particulièrement belle, conserve son mobilier de valeur : l'autel monumental, des stalles du XV: siècle, les boiseries, le lutrin de pierre d'époque Louis XVI: à l'aigle aux ailes déployées. Au centre du chœur, un autel en pierre taillée en totale harmonie avec l’ensemble de l’église est installé face aux fidèles, sous la protection des deux plus belles statues, celles des saints patrons, disposées face à face. L'aménagement de la nef et des chapelles latérales confirme le souci des maîtres d'œuvre de donner au vaisseau plus de sobriété et d'unité : des bancs éliminent les chaises disparates; les pierres de la chaire sont sablées et son fin bandeau mouluré prend du relief; la très ancienne chapelle des Montvallat accueille les fonds baptismaux discrètement éclairés par le vitrail de la Sainte-Famille, avec sa robuste cuve de pierre au couvercle de métal et sa niche abritant la Vierge à l'enfant Jésus. Les confessionnaux en bois ouvragé trouvent refuge dans deux autres chapelles symétriques. Le bénitier en pierre travaillée du XVII: siècle s’adosse à une colonne, à droite du portail d'entrée, bien campé sur son fût où est sculpté en relief un Saint-Pierre. Quelques tableaux dans les chapelles, plusieurs autels, cinq statues, un grand Christ au-dessus de la porte latérale et un nouveau chemin de croix en métal peint complètent l'essentiel du mobilier. Restauration d’un goût si sûr que l’église paroissiale semble avoir retrouvé sa beauté et sa dignité originelle. A l'extérieur, le « Planol » a conservé ses quarante et une marches et, sur un imposant socle de pierre, sa croix métallique soutenue par deux anges; mais l'aménagement de l’ancien cimetière en esplanade gazonnée et sillonnée de petits sentiers a servi l'édifice gothique en dégageant ses abords et en améliorant son environnement.
Parmi les restaurations réussies, citons encore celle de la remarquable maison, sise au 5 de l’avenue Pierre-Vialard, en face du centre de rééducation fonctionnelle. Elle fut, au XIX:* siècle, la propriété de la famille Rougier, qui joua son rôle dans l’histoire de Chaudes-Aigues. Au début de ce siècle, elle fut acquise par les chanoines Dommergue, après l'incendie de leur immeuble de la petite place du Marché. « La maison des Chanoiïnes », — ainsi la surnomment les Chaudesaiguois depuis cette époque —, appartient aujourd’hui à Madame Charbonnier. Le ravalement de la façade, intelligemment exécuté, a donné du relief à ses pierres jointes au ciment, aux arcs en segment
de ses fenêtres, au porche couronné d’une imposte en demi-lune avec clef en légère saillie, qui encadre un tympan vitré, au bandeau sur lequel s'appuie une grille en fer forgée finement ouvragée. Ceux qui ont le plaisir de pénétrer à l'intérieur de cette demeure de caractère et de style, datant du XVIII: siècle, ne manquent pas d’admirer l'escalier monumental et la cour intérieure avec sa remise pour les chevaux.
Si les maisons à encorbellement ont disparu, quelques demeures bourgeoises d'autrefois ne laissent pas indifférents ceux qui savent les regarder. Rénovées ou délabrées, certaines ont conservé l’accolade moulurée qui orne le linteau de leur porte d'entrée. Il suffit pour les découvrir de parcourir les vieux quartiers du Par, de la Canche et de l'Eglise. La plus anciennement datée s'ouvre sur la « Charreyre » débouchant sur la rue Notre-Dame d’Août, parallèlement à la rue de l'Eglise : l’écusson sculpté dans son linteau de pierre exhibe fièrement le millésime 1614. A l'angle dessiné à l’ouest par cette ruelle et la rue de la Canche, une croix de pierre au fût rond à godrons imposait autrefois une courte halte aux cortèges funèbres, comme si le défunt désirait la saluer respectueusement une dernière fois.
Des travaux routiers considérables pour dévérouiller Chaudes-Aigues
Les deux routes nationales draïinant l'essentiel de la circulation à travers la commune ont été transformées en routes départementales d'intérêt régional : la Nationale 121, de Saint-Flour à Rodez, est devenue la C.D. 921; la N. 589, de Chaudesaigues à Saiïnt-Chély, la C.D. 989. Ce nouveau classement a produit d’heureux effets, car les deux voies par où transitent voyageurs et marchandises ont ainsi bénéficié d'importants crédits de l’E.P.R. et du département. Ceux-ci ont été et continuent d’être surtout employés sur la C.D. 921, où des travaux d’une ampleur inégalée jusque là et particulièrement spectaculaires en raison de la topographie des lieux contribuent au désenclavement routier de Chaudes-Aigues.
Dans un premier temps, entre le pont de Lanau et la station thermale, la route a été sérieusement élargie, son tracé remodelé pour éliminer les virages les plus secs, la chaussée entièrement bitumée. Au nord du bourg, un autre chantier a permis de couper les deux courbes les plus difficiles à négocier et de sauter le Pont-Rouge trop étroit.
Deux autres tranches de travaux sont actuellement en cours : d'une part, des entreprises spécialisées se sont attaquées au gros morceau que constitue la descente de Lanau, terreur des voyageurs d'autrefois. Au-dessus du plan d’eau de La Truyère, artificiellement créé par le barrage de Lanau, la route serpentant à flanc de coteau est élargie et les virages les plus dangereux adoucis. Plus haut, entre la Croix de l'Hert et Cordesse, des travaux gigantesques sont enga-
gés : d'énormes engins mordent dans la montagne et avec leurs puissantes machoires d’acier lui arrachent de gros blocs de roche et des masses de terre qui vont ensuite combler les dépressions et certaines portions du ravin. D'élargissements en terrassements, la C.D. 921 empruntera d'ici 1982, sur près de quatre kilomètres, un tracé plus rectiligne : elle gagnera en sécurité et en rapidité ce qu’elle perdra en pittoresque. De même, les deux virages en épingles à cheveux du Couffour, cauchemars des chauffeurs des poids lourds en période hivernale, ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Sur 80 mètres environ, le ruisselet de Lescure a été canalisé par une buse, le pont qui l’enjambait supprimé; le remblaiement du ravin constituera l’assise d’un nouveau ruban de route au profil moins tourmenté.
Plusieurs dizaines de millions de francs ont aussi été consacrés à la C.D. 13, « itinéraire prioritaire » car « route du plan d’eau » de Garabit à Chaudes-Aiïgues et voie de communication importante entre la ville et Saint-Urcize, le plus gros village du canton. La C.D. 11 vers Espinasse et Tréboul, hautement touristique elle aussi, a été l'objet de soins attentifs, alors qu'elle était restée longtemps empierrée.
Cet effort sans précédent de désenclavement a failli subir un rude coup avec la suppression, le 1° octobre 1980, du courrier Saint-Flour - Chaudes-Aigues - Laguiole inauguré, nous l'avons vu, en grande pompe ïl y a 70 ans. La concurrence des voitures particulières a causé un tort considérable à la société Seyt adjudicataire. On ne pouvait cependant concevoir l'arrêt définitif de ce service régulier indispensable à la station thermale. Les maires et conseillers municipaux des communes intéressées s'en sont préoccupés et ont trouvé une solution satisfaisante. Depuis le 1% avril 1981, la liaison en car Saint-Flour - Chaudes-Aigues - Laguiole et retour a repris grâce à la création d’un syndicat intercommunal, présidé par le Docteur P. Raynal, groupant cinq communes de l'Aveyron dont Lacalm et Laguiole, et cinq du Cantal : Jabrun, Chaudes-Aïigues, Neuvéglise, Les Ternes et Villedieu. De plus, pendant la saison thermale, ce service régulier sera doublé par un second assurant la correspondance de Saint-Flour à Chaudes-Aiïgues et de Chaudes- Aigues à Saint-Flour avec les trains du soir. Mais qu’il est loin le temps où l’arrivée de l’autobus sur la place du Gravier constituait l'événement majeur et le spectacle de la journée !
Des campagnes qui se dépeuplent, mais une agriculture plus solide
Les campagnes autour de Chaudes-Aigues se meurent ! Oui, si l'on considère le nombre de feux qui se sont éteints à tout jamais dans les villages et hameaux de la commune; non si on tient compte de la vitalité et de la modernité des exploitations qui ont affermi leur implantation. Certes, le canton de Chaudesaigues est celui qui
a accusé les pertes de population les plus lourdes dans tout le Can-
tal : la moitié des générations d’après-guerre a déserté la campagne: de 1968 à 1972, l'indemnité viagère de départ a incité 81 exploitants à quitter la terre; et le recensement de 1975 a rendu un verdict impitoyable puisque ce canton s’est avéré le moins densément peuplé du département, avec 11,2 habitants au km°. Mais pour ceux qui ont persévéré ou qui se sont installés à la place des émigrants et des retraités, tous ces départs se sont révélés bénéfiques. En effet, ils se sont vu” octroyer des primes, des subventions et des indemnités résultant du classement de la région de Chaudes-Aigues en zone de montagne; la superficie de leurs exploitations a augmenté en moyenne de moitié; ils ont pu ainsi moderniser leurs bâtiments et se mécaniser. Aujourd'hui, ils délaissent de plus en plus la culture pour l'élevage des bovins — certains de la race indigène d’Aubrac —, à la rentabilité mieux assurée en raison de la nature des sols. La majorité d’entre eux élèvent entre 30 et 50 bêtes à cornes et disposent d’un matériel agricole évolué. Récemment encore, le « contrat de pays » a permis à la coopérative d'utilisation de matériel agricole (C.U.M.A.) du canton d'acquérir une ensileuse automotrice et divers accessoires. Et la vie a bien changé : le laitier vient sur place « ramasser » le lait; les maisons d'habitation se sont dotées du confort souhaiïitable; la création des collèges public et privé a mis l’enseignement du 1% cycle à la portée immédiate de tous; les réseaux téléphonique et électrique ont été perfectionnés; l'installation au chef-lieu d’une succursale du Crédit Agricole a facilité les emprunts et les transactions financières; le maïntien du comice agricole cantonal continue d'inciter les éleveurs à produire des bêtes de qualité; enfin, la voiture a libéré l’agriculteur de son isolement passé. Alors, peut-être, l'hémorragie de la population rurale finira-t-elle par s'arrêter.