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Le poids de l'autorité royale

En 1195, le roi de France annexe la terre d'Auvergne, affaiblie par des luttes intestines. Déjà « souverain fieffeux », « Seigneur pardessus» de tout le royaume, il oblige de nombreux chevaliers à s'avouer ses vassaux. Au retour d’une expédition punitive dans le Midi, en 1226, Louis VIII vient du Rouergue s’abriter derrière les solides murailles de l’« Oppidum Sancti Flori » — la place forte de Saint-Flour. Il est possible qu'il soit alors passé par Chaudes-Aigues. Le roi en profite pour inféoder la Vicomté de Grèzes en Gévaudan à Béraud V de Mercœur afin de maintenir à la couronne ce trait d'union entre les terres d’Oil et les terres d'Oc et d'empêcher les châtelains auvergnats, possessionnés des deux côtés de la frontière, tels les Canilhac et les Saint-Urcize, de nuire à l’œuvre d'unité territoriale entreprise par les Capétiens.

À partir de 1241, Alphonse de Poitiers devient apanagiste de la terre d'Auvergne, dont il est investi par son frère Louis IX, le futur Saint Louis. Elle ne fera retour à la couronne que si le comte meurt sans postérité. Une période de paix relative s’instaure alors. Quelques années plus tard, Alphonse de Poitiers crée le « baïlliage des Montagnes », constitué par une grande partie de la Haute-Auvergne, y compris le Caldaguès, et placé sous l'autorité d’un bailli. À la fin du xIII° siècle, la subdivision du bailliage en prévôtés inclut Chaudes- Aigues, sa foraine et le village de Saint-Julien dans celle de Saint- Flour. Le prévôt et sept sergents sont chargés de faire régner l’ordre et la justice du baiïlli royal. Pour mettre un frein à la cupidité, à la turbulence, à l'esprit d'indépendance des seigneurs, c’est la maïn du roi qui s’appesantit sur toute la région. Et le petit peuple ne s’en plaint pas. Quand Alphonse décède sans héritier, les rois de France reprennent possession de la terre d'Auvergne et continuent l'œuvre de centralisation. Le seigneur du xIv° siècle, tel Marquès de Canilhac, reste un puissant personnage, mais il réside de moins en moins dans le Caldaguès; ses « hommes » le considèrent comme un étranger, car ils ont affaire le plus souvent à son baïlli ou à son receveur. Le roi grignote peu à peu son autorité et ses prérogatives, surtout en matière judiciaire. Bref, si l’ordre féodal demeure en place, il n’a plus au xIV° siècle la même solidité qu'autrefois. L’ascension, à Chaudes- Aigues comme ailleurs, d’une nouvelle classe sociale riche d'argent et ambitieuse contribuera à lui porter des coups fatals.

Toutefois, malgré les efforts du bailli royal, Chaudes-Aigues, le Caldaguès, l’Aubrac demeureront dans l'orbite du Languedoc jusqu’à la réunion définitive de l’Auvergne à la Couronne, sous François If, On y parle la langue d’oc, succédané du latin populaire — fora — dehors; hort — jardin... —, transmise de bouche à oreille, donc plus ou moins déformée, transformée, qui avait emprunté au gaulois quelques mots — braies, brayes : culottes; saie, saïle : longue cape de berger... — et aux idiomes germaniques certains néologismes. Parler essentiellement oral modifié, altéré, de génération en génération, mais

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resté à l'abri de toute ingérance étrangère dans cette contrée isolée par les gorges de la Truyère. Région du «Tcha» et du «Ja» — « Tcho» : chien; « Tchabre» : chèvre; « Tcharreyra » : petite rue. La dualité sur le plan juridique du droit écrit et du droit coutumier, aux limites imprécises et enchevêtrées, semble s’atténuer à partir de 1220 : le droit écrit se substitue à la coutume, d'autant plus aisément que Chaudes-Aigues et Saint-Julien sont pour partie en terres ecclésiastiques.

L'ours, emblème des sires de Saint-Urcize.

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Chaudes-Aigues à la veille de la guerre de cent ans

En 1317, la création de l'évêché de Saint-Flour par démembrement de celui de Clermont place les Canilhac sous la dépendance de l'évêque, qui a supplanté le prieur en temps que seigneur féodal. C’est à lui, désormais, que Marquès IT doit l’hommage pour ce qu'il tient du monastère dans le Caldaguès. Afin d'éviter toute contestation, Canilhac fait dresser en 1332 le premier terrier connu de Chaudes-Aigues, c’est-à-dire qu'il fait recenser la totalité de ses possessions — parcelles, habitations et redevances — et enregistrer les reconnaissances faites à lui devant notaire par l’ensemble des tenanciers. Ce terrier, incomplètement utilisé par Ch. Felgères, a été récemment exhumé des archives de l'Aveyron par Mile Bouyssou, archiviste du Cantal, qui l’a publié intégralement dans la « Revue de la Haute- Auvergne » (1977), avec une interprétation serrant de plus près la réalité. Ecrit en langue d'oc, il permet de se faire une idée précise de la topographie de la ville de Chaudes-Aïgues et du village de Saint- Julien au xIv° siècle, en soulignant toutefois qu'il contient seulement l’'énumération des reconnaissances pour « Mossenhor de Canilhac, senhor de Chaldas-Ayguas », soit 197 pour la ville et 105 pour la foraine, et laisse donc de côté tout ce qui relevait de Géraud Réveilhac du Couffour, de l'évêque de Saint-Flour et vraisemblablement du collège des prêtres.

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Quartiers, rues et routes (1)

L'ensemble de la ville s’est développé sur la rive gauche du Remontalou — la « Ribeyra de Raymontalo » — et entreprend, timidement encore, la conquête de la rive droite. Elle est partagée en deux bourgs bien distincts par le « Rieu de Merdaric », nom qui évoque de façon réaliste le rôle d’égout collecteur à ciel ouvert qu'il jouait. Déformé plus tard, volontairement sans doute, en « Margueric » aux sonorités moins offensantes pour l'oreille, il a été récemment capté par une buse et recouvert. A l'époque, il coulait au fond d’une ravine depuis la Pradelle jusqu’à son confluent avec le Remontalou et à la levée qui alimentait un moulin (maison Juéry, détruite par un incendie). Au nord, le village de Saint-Julien; au sud et à l’ouest, la ville proprement dite structurée autour de ses deux éléments fondamentaux : la source du Par et l'église Saint-Martin.

A l'ouest du Remontalou, les quartiers du Par où coulent les principales sources et la vingtaine de maisons qui se sont groupées « sobre lo baynh » (sous la piscine publique) forment la partie la plus importante de la ville, celle qui sera entourée de fortifications au siècle suivant. L'eau chaude qui ruisselle dans la rue du Par (rue de la Source du Par) n'est pas captée en totalité par les riverains pour chauffer leurs maïsons; l'excédent se déverse dans un bassin public, le « baynh », autour duquel se pressent les habitations les plus huppées, celles qui paient les cens les plus élevés. Contrairement aux déductions de Ch. Felgères, il semble que ce « baynh », à l'usage des moins fortunés, se soit trouvé au centre de la partie haute de l’actuelle place du Marché, et non au sud-ouest (à l'emplacement de l'hôtel des Postes) où des maisons particulières disposaient de piscines alimentées par des sources de même nature. En effet, le repavement de la place a permis de découvrir dans le sous-sol des vestiges de voûtes fissurées à travers lesquels on put enfoncer des perches dans l’eau et la boue jusqu'à une profondeur de plus de 4 mètres. L'espace compris entre « sobre lo baynh » et le Remontalou était occupé par la « Plassa », car le porche de la place du Marché et la route qui longe le ruisseau n'’existaient pas encore.

Au sud, dans la direction du Couffour, le quartier de l’« Erm » (Bar de l’her); au nord, celui du « Forn » (du Four) jusqu’au Merdaric; au-delà, le village de Saint-Julien où le terrier dénombre trente reconnaissances. À l’ouest, des maisons groupées escaladent les « Costa » ou hauteurs qui dominent la ville : quartier de «la Jarriga » (la Jarrige) dont le nom s’est perpétué jusqu'à nous; celui de «la Serveleyra » dont le souvenir s’est effacé des mémoires sans qu'on ait

(1) Pour que le lecteur s'y retrouve, nous mettons entre parenthèses les noms que portent actuellement quartiers et rues de la ville.

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pu en expliquer l’origine, mais vraisemblablement situé entre le chemin qui monte à la cité de Pré Michel et l’ancien cimetière accoté à l’église; enfin, ceux de « La Pradela » (La Pradelle) et de Fertalhier (Forthaler) au-dessus de Saint-Julien; près de « La Serveleyra », un lieu dit Chastel Bec n’a pu être identifié et nous ne croyons pas qu’il pût s'agir de ce « Chastel vieilh » (Château-Vieux) placé par Felgères sur le rocher où s'élève aujourd’hui la chapelle de Notre-Dame de Pitié. Cette situation lui permettait de commander l'entrée dans les deux agglomérations et de vérouiller le « cami ferrat » (chemin ferré) de Saint-Flour. Entre le quartier du Four et la rive gauche du ruisseau s’étendait « La Gravieyra » d’où la place du Gravier tirera plus tard son nom.

« Ostral rieu » (sur l’autre rive), le faubourg naïssant de la « Verneda » (Faubourg d’Outre) se prolongeait en direction du cimetière actuel par quelques maisons échelonnées le long de la « Colobre » (rue Sainte-Elisabeth) qui aboutissait à « Las Forchas » où s’élevaient probablement les fourches patibulaires, c’est-à-dire le gibet seigneurial. Surplombant la vallée sur ce versant, le quartier de la « Runhosa » (la Rouniouze) avec deux maisons seulement. Quelques territoires de la foraine sont aussi mentionnés dans le terrier, par exemple « Frey dieras » (Fridières).

La plupart des rues que nous parcourons aujourd’hui étaient tracées dès cette époque, l'exception principale étant constituée par la route nationale longeant le Remontalou dont la percée date du xix° siècle. Les plus importantes sont appelées « via », « via publica »; les autres « charreyra », « chami » ou « viol ».

De la grande source partaient deux rues : l’une, « via publica », vers l’église (rues de la Tour et de la Chazelle); l’autre, « charreyra publica del Par », aboutissant à la « Plassa » sous le bain public. De cette place, diverses rues irriguaient les autres quartiers de la ville : « charreyra publica » qui conduisait à la Jarrige, « charreyra de la Plassa » (rues Saint-Jean et Saint-Jacques) qui s'étirait jusqu’au « barri » (faubourg) de l’Erm (Bar de l’her) où sont énumérées une cinquantaine de reconnaissances, « charreyra del Forn » (rue Notre- Dame d’Août) qui prenait la direction du four public, près de l’emplacement où fut édifiée plus tard la fontaine du Gravier.

Une « charreyra publica » longeait le Merdaric. Perpendiculairement à celle-ci et sur l’autre rive prenait naissance la rue Saint- Julien avec sa petite place, prolongée par la « via publica del Chastel-Vieïlh » : l'ensemble constituait la « via que vay a S. Flor », mettant en communication la ville et le village avec le chemin ferré de Saint-Flour. Difficile à situer avec exactitude, une petite voie dite « chami del Chastel » pouvait être un chemin longeant le Remontalou et rejoignant la « via publica » déjà citée.

La rive gauche de ce ruisseau était desservie par la « charreyra dreyta » (possible rue des tanneurs), «lo charreyro » encore pavée

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il y a quelques années et appelée tout simplement le charreyrou (rue du Moulin), enfin le petit chemin qui descendait à la « Gravièyra ».

Deux voies montueuses desservaient Montvallat : l’une, par la Pradelle, gravissait la pente de Radondette; l’autre serpentait sans doute sur le versant de la Jarrige jusqu'au plateau dominant le bois de la Pradelle. Pour se rendre au Couffour, il fallait emprunter la « via publica que vay a la Gleola » (rue de la Rase), utilisée encore au xiIx° siècle comme le prouve le plan cadastral de 1832. La route actuelle du Gévaudan et de l’Aubrac, tracée derrière l'établissement thermal, n'existait pas. Mais par la « colobre » (rue Saïnte-Elisabeth), point de départ de la « via publica que vay a la Rocha », on pouvait se rendre à la « Rocha-Canilhac » où se dressait la forteresse seigneuriale. On comprend mieux l'emprise du système féodal sur la vie médiévale de la population quand on constate que les quatre voies permettant de quitter la ville desservaient les quatre principaux châteaux du Caldaguëès.

Les édifices

Les principaux édifices de Chaudes-Aigues étaient ceux indispensables à la vie d’une petite ville sans franchises communales et sans fortifications. D'abord, sur une éminence dominant le quartier du Four et le vallon du Merdaric, l’église primitive — « ecclesia insuper de Calidis Aquis » — bâtie vraisemblablement au x° siècle, en même temps que le Château-Vieux, et consacrée à Saint-Martin et à Saiïnt- Julien, deux saints particulièrement honorés en Gévaudan où les sires de Saint-Urcize avaient été largement possessionnés. Nous avons dit comment elle fut donnée au monastère de Saint-Flour, en 1095. Jusqu'à l'érection, à la fin du x1v° siècle, du collège des prêtres en chapitre collégial, la cure appartint au prieur, puis à l'évêque qui déléguait un ecclésiastique pour y exercer les fonctions curiales. Près de l'église, le cimetière utilisé jusqu'au x1x° siècle et le « prat del obi » appartenant à ce collège de prêtres qui vivaient essentiellement des « obit » ou fondations pieuses : contre le versement d’une rente en espèces et parfois en nature, « li senhor del collegi » s’engageaient à dire un certain nombre d'offices pour les défunts de la famille du fondateur. Le four public occupait à peu près la même place que l'actuelle fontaine dite du « Griffe » (place du Gravier). Nous avons déjà situé dans le village de Saint-Julien la « Capela » (petite église) et la «Tor» (Tour) et indiqué leurs origines.

Enfin, deux « malauteyra » (maladreries) avaient été construites : l’une, très ancienne, à l'extrémité sud-ouest de la ville, dans un terrain vague entre les rues de l’Her et de la Rase; l’autre au nord-est du quartier Saint-Julien, sur la rive gauche du Remontalou. Elles accueillaient les pestiférés et tous les contagieux, condamnés à mourrir dans l'isolement le plus complet afin d'éviter la propagation de épidémies.

Bien que le terrier n’en fasse pas mention, un second cimetière devait exister près de la « Capela » Saint-Julien. En 1960, des ouvriers qui ouvraient une tranchée dans le sol de la rue Saint-Julien mirent à jour des ossements très anciens, à l'entrée de la place de la Mairie.

La population

Sur la population, le terrier ne nous donne aue des renseignements incomplets, d’abord parce qu’il manque de précision, ensuite parce qu’il concerne seulement les «hommes » du seigneur de La Roche-Canilhac. De son analyse, il appert que Chaudes-Aigues et Saint-Julien réunis comptaient, à cette époque, au moins 300 familles, ce qui, à raison de 4 à 5 personnes par feu, donnerait une population totale oscillant entre 1200 et 1500 habitants et une densité plus forte qu'aujourd'hui (1096 en résidence principale lors du recensement de 1975). Ce n'est pas une surprise, car on a constaté partout une expansion démographique importante au cours du xIrI° siècle à laquelle mettra fin la terrible peste des années 1348-1350.

La plupart des « hommes » sont désignés par un prénom suiv: d’un nom, quelques-uns par un prénom suivi d’un nom de métier — « Jacme lo fabre » (le forgeron) —-, trois seulement par un surnom. Des femmes, le terrier ne donne que le prénom auquel s’ajoutent parfois un nom de lieu — « Agnès del Erm » —, le nom du mari ou du père — « Garina, filha d’Andrieu del Erm, molher de J. Vergas » —. Il est peu bavard en ce qui concerne les métiers; on n'y découvre que deux forgerons, deux bâtiers, un barbier, un mercier et un cornayre (sobriquet ? ou fabricant de cornes ? ou sonneur de corne ?). Une dizaine de noms sont précédés du titre honorifique de « Maistre », réservé sans doute aux notaires, ou de Moss., abréviation pour « Mosseu » ou « Mossenhor », signes qu’une première aristocratie bourgeoise s'était dégagée de la masse par ses richesses, ses fonctions, son influence.

Les biens

Les 197 reconnaiïissances nous fournissent des renseignements précieux sur la nature des biens et les charges des tenanciers du seigneur de Canilhac. Elles portent sur 199 maisons — les 2/3 à peu près — appelées « mayo », « mayso » ou «ostal». Deux « sobre lo baynh » ont des colombiers et appartiennent à des « mossenhors ». Certaines sont indivises entre deux possesseurs : la « mayo soteyrana » (rez-de-chaussée) à l’un; la « mayo sobeyrana » (premier étage) à l’autre. Quelques locaux à usage commercial ou artisanal sont appelés « Estra », « obrador », « sotel » ou « crota » (cave). Il faut ajouter à cette liste le moulin combier de Guilhem Jussieu, sur le Remontalou, à l'emplacement du Centre de rééducation fonctionnelle, qui foule les laines et prépare les tissus, et les moulins à grains Achart et de Saint-Julien, ce dernier proche de la maladrerie, situés l’un et

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l’autre sur une levée à quelque distance de la rive gauche du ruisseau; enfin, « l’ostal del forn » ou maison du four.

212 jardins sont reconnus. Les simples potagers sont désignés par le mot «ort », dérivé du latin hortis, et qui a subsisté dans le patois du pays. Certains ont plusieurs propriétaires, comme les maisons. Les plus remarquables, probablement couplés avec des vergers, sont appelés « plantiers » ou « parras ». Ils sont attenants aux « ostals », surtout dans les quartiers les plus aérés de l’Erm et de Saint- Julien, ou bien longent le Remontalou et le Merdaric, ou encore s'étagent sur les « Costas » de la Jarrige, de la Serveleyre et de Runiouze. Six «pratz» (prés), treize « chams », une dizaine d’«afars» et de « territori», trois « pedas» (petites pièces de terre) ceinturent la ville.

Les redevances versées au seigneur par les tenanciers sont très variables. Tous paient un cens en argent, le plus imposé étant le propriétaire du moulin foulon avec 110 sols. Enrichi par la fabrication des draps, il possède aussi deux maisons et le moulin Achart. Les moins riches ne versent que quelques deniers (1). S'y ajoutent pour certains des redevances en nature : avoine, seigle, gélines, beurre, correspondant sans doute à d'anciens champs ou pâturages transformés en jardins.

Enfin, presque tous doivent au seigneur la taille aux cinq cas. Aux quatre cas habituels — un fils armé chevalier, le mariage d'une fille ou d’une sœur, le paiement de la rançon si le seigneur est fait prisonnier, la participation aux frais de la croisade ou d’un pèlerinage — est prévue pour les tenanciers de Chaudes-Aigues l’adjonction d'un cinquième : l'achat d’une terre. En ces cinq circonstances, le cens est alors doublé pour une centaine d’entre eux (« doblador a V cas ») et la taille variable selon les tenures pour une soixantaine d’autres. Plus de quarante sont astreints aux corvées. Les exemptions ne concernent qu'une vingtaine de Chaudesaiguois.

Trois reconnaïissances seulement font allusion aux eaux chaudes, captées en partie et utilisées par les propriétaires de maison situées « sobre lo baynh », autour de « la Plassa ». C’est le début de l’appropriation privée de certaines eaux chaudes considérées jusque là comme biens publics.

L'administration de la ville

Le terrier reste muet sur ce point, sans doute parce qu'il n’existait alors aucune communauté organisée, aucun consulat octroyé par quelque charte de franchise. Pourtant, cinquante ans plus tard, les

1 livre = 20 sols; 1 sol = 12 deniers.

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registres consulaires de Saint-Flour parlent du « sindic de Chaldas- Ayguas ». Il est donc probable qu'entre les années 1332 et 1377 se constitue une communauté des habitants qui ont obtenu le droit de s’assembler et d'’élire un syndic gérant les affaires d'intérêt général, sous la tutelle étroite du bailli seigneurial. Bien sûr, le village de Saint-Julien et la foraine échappent à son autorité très restreinte.

Un bourg médiéval

Chaudes-Aigues a bien tous les caractères d'un bourg médiéval : paysage rural verdoyant et quartiers urbains sans hygiène étroitement mêlés. Malgré son isolement dans ce Caldaguès au relief tourmenté, au sol infertile, à l'habitat dispersé, que les gorges de la Truyère coupent de la Planèze, il se classe tout de suite après Saint- Flour et Murat en Haute-Auvergne orientale. Un chemin de fortune, très étroit pour les chars à bœufs, fort dangereux pour les cavaliers, le « cami ferrat », est son seul lien avec la cité épiscopale. Encore les voyageurs doivent-ils franchir la rivière de « Trueyre » sur un bac ou « nau », dont les maisons construites sur la rive gauche prendront le nom — «la Nau» — car le pont de Ventuéjols a disparu en ce XIV° siècle, emporté vraisemblablement par une crue. Dans le terrier de 1332, les habitants de Ventuéjols reconnaissent la « nau » (le bac) sur la rivière à Marquès II de Canilhac.

Chaudes-Aigues connaît déjà une extension, une activité, un peuplement de bourgeois aisés, d'artisans, de commerçants, de tenanciers laborieux, assez respectables pour qu'elle soit considérée comme un bourg d'importance. Les cordonniers y sont assez nombreux pour célébrer saint Crépin, leur patron, dans une chapelle de l'église. Tisserands et chapeliers se sont déjà placés sous le patronage de saint Sébastien. Mendiants et infirmes viennent chercher en hiver, autour du baynh public et le long des rigoles où l’eau du Par coule à ciel ouvert avant d’être canalisée vers les habitations riveraines, une chaleur que la nature leur dispense si généreusement. Aux alentours, la dispersion de l'habitat est le trait caractéristique, favorisé par l’abondance des points d’eau et l’individualisme des habitants : boriages isolés, « mas » de quelques « feux » rayonnent autour du groupement humain principal, avec leurs murs de pierres empilées sans liant et leur coiffe de paille de seigle qui abritent famille et bestiaux.

Mais Chaudes-Aiïgues ne peut encore se prévaloir du titre de « bonne ville », car elle est toujours sans consulat, sans fortifications et ne députe pas aux Etats provinciaux. De plus, elle ne peut se parer encore du titre de «baronnie», comme l’a écrit à tort M. Felgères : jusqu'au xvr: siècle, la « Villa de Caudesaygues » et ses « barri» constituent une simple châtellenie,

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Cent ans de guerres et de troubles

Les seigneurs de Séverac

Marquès II de Canilhac était mort entre 1350 et 1359, à quelque temps des guerres anglaises. Marié au moins trois fois, il ne procréa que des filles. L'une d'elles, Guérine, épousa un frère du pape Clément VI, Guillaume Roger, et lui donna un fils, Marquès III: du nom qui perpétua la descendance des Canilhac, mais en ajoutant à ce nom celui du fief paternel de Beaufort en Anjou : il devint donc Marquès III de Beaufort-Canilhac, dont l’illustre lignée posséda jusqu'au XVIII: siècle Saiïint-Urcize mais perdit Chaudes-Aigues à la suite d’un accord conclu entre Guillaume Roger et son cousin Guy de Séverac.

Cette famille de Séverac, l’une des plus illustres du Rouergue, s'était alliée à celle de Canilhac grâce à Guy IV, époux de Dauphine de Canilhac, elle-même petite-fille de Déodat. Guy IV mourut avant la naissance de Guyonnet ou Guy V le posthume, et son épouse le suivit bientôt dans la tombe. Jeanne de Narbonne, la grand-mère, devint tutrice de Guyonnet et réclama pour lui aux Beaufort-Canilhac ses droits maternels. Ceux-ci lui promirent une compensation de 300 livres qu'ils n’avaient pu payer entièrement en avril 1359. Un arrangement à l'amiable eut alors lieu à Avignon (3 octobre 1359) sous l’arbitrage de deux cardinaux accepté par les deux parties : à la place de la somme impayée de 48 livres, Guy de Séverac recevrait la ville de Chaudes-Aigues, le Château-Vieux, la tour de Saint-Julien, tous les

hameaux de la foraine et divers manses situés hors du mandement. Et le comte de Beaufort, Guillaume Roger, qui agissait au nom de son fils mineur, délia ses tenanciers de tout lien de vassalité à son égard pour bien montrer que les « hommes » de la ville et de ses domaines ne tenaient plus rien de Marquès III. Le 27 mars 1360, Guy V, « majeur de 18 ans », assisté de son parent le cardinal Raymond, prêta le serment de fidélité à son suzerain Astorg de Peyre, « pour la ville et le château de Chaudesaigues et tout ce qu'il a dans le Caldaguès, qu'il ne tient pas de l’église de Saint-Flour ». Il devenait donc, à la place de Marquès III de Canilhac, le nouveau coseigneur de Chaudes-Aigues. Il épousa, en 1364, Jeanne Dauphine, sœur de Béraud III de Mercœur, dauphin d'Auvergne, et Guillaume de Montvallat fut l’un des principaux témoins de la conclusion de ce beau mariage.

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