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chal de Séverac, il sait préserver Chaudes-Aigues contre les actes de brigandage de Renaud de Murat et surtout de Jean Raulet, chef de bande possessionné à Mallet et à Montbrun (paroisse de Lavastrie), qui ravage la Planèze. Malheureusement, ces incursions de gens de guerre propagent une nouvelle « impedimia » (épidémie) bientôt virulente à Chaudes-Aigues et dans tout les Caldaguès en juillet 1420. Elle remplit les maladreries et endeuille les populations, y taillant des coupes sombres.
L'assassinat d'Amaury de Séverac, source de nouveaux désordres
Eternels pêcheurs en eau trouble, incarnations de l'esprit régional et intéressé, les d’Armagnac vont alors se dresser face au duc de Bourbon, prince apanagiste d'Auvergne.
L'aîné, Jean IV, tient en son obéissance plusieurs chevaliers dont les Montvallat — neveu et petit-neveu de Louis — et Bertrand de Peyre, seigneur de Pierrefort, considérés comme ses vassaux. Son fils Jean V va recueillir bientôt la succession du maréchal de Séverac par testament du 7 mai 1426 : en plus de la baronnie de Séverac et du château de Beaucaire, il hérite de la ville, château et mandement de Chaudes-Aigues avec les revenus de Saint-Martin-sous-Visgouroux et de Turlande. Pressé de faire bénéficier sa famille de la totalité du legs, l’un des Armagnacs, probablement Bernard de Pardiac, fait assassiner par ses gens Amaury de Séverac dont le corps sera exposé sans sépulture, pendu à une fenêtre du château de Gages, près de Rodez. Ce crime investit la branche aînée d’Armagnac de la pleine propriété de Chaudes-Aïgues. Jean V se conduit alors en roitelet indépendant et cesse ses relations avec le duché d'Auvergne auquel il prétend soustraire trente paroisses de la prévôté de Saint-Flour, leur interdisant de verser au Roi les subsides votés à Riom en octobre 1428 pour secourir les Orléanais assiégés. Cet abus d'autorité accroît son prestige aux yeux des Chaudesaiguois : comment le peuple trop heureux de se soustraire à l'impôt ne suivrait-il pas ses directives ? Aussi quand Charles VII, ulcéré, confisque Chaudes-Aigues sur Jean d’'Armagnac et vend la seigneurie au duc de Bourbon, le fort parti qui, dans la ville, soutient le comte lui conserve sa fidélité. Il est vrai que le pays semble avoir ignoré la mission dévolue à Jeanne d'Arc, puisque les documents contemporains de la Haute-Auvergne n'en ont répercuté aucun écho. L'intérêt particulier n’a donc aucun mal à oblitérer un sentiment national que les d’Armagnac s’emploient à étouffer.
Rendons hommage cependant à Bernard d’Armagnac, comte de Pardiac, qui va réussir à débarrasser la région d’une des plus redoutables bandes de routiers, celle du Castillan Rodrigo Guttierez de Villandrando, capitaine brillant et sans scrupules, qui met son épée au service de qui le paie. Au cours de l'hiver 1427, il a pillé la Planèze, mais échoué contre Saint-Flour. Pour l’éloigner, Bernard le fait en-
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rôler par Jean II de Bourbon, son beau-père, qui guerroïe en Albigeois. Mais Rodrigue a pris soin de laisser dans le pays des Montagnes l’un de ses lieutenants, Jean Valette, avec une troupe de pillards appelés « Rodrigaïs ». Il les entraîne en Margeride et dans le Caldaguès, occupant Ruines et Chaudes-Aigues, jusqu’à ce que le comte de Pardiac les enrôle pour combattre dans le Midi où il les abandonnera.
Charles VII, se rendant à Saint-Flour, passe par Chaudes-Aigues (1437)
Grâce à Jeanne d'Arc, Charles VII n’est plus le «petit roi de Bourges » pâle, esseulé, timoré. L'exercice du pouvoir dans des circonstances dramatiques l’a mûri. En mai 1436, ses partisans, les « Français », peuvent enfin rentrer dans Paris tandis que lui parcourt encore le Languedoc avec une armée dans l'espoir de rallier à sa cause les villes du Midi. Imprudence qui faillit lui être fatale. Des courriers dépêchés par la Reine à Montpellier l’avertirent à temps d’un complot tramé à Angers entre Charles de Bourbon duc d’Auvergne, René d’Anjou, Jean d’Armagnac, alliés de circonstance, et plusieurs complices de ces grands princes qui comptent sur le concours de Rodrigue de Villandrando grassement payé : son rôle consistera à barrer au Roi la route de Paris.
Mais un Roi averti en vaut deux. Parti précipitamment de Montpellier le 9 mai 1437, avec une escorte d’une centaine de cavaliers, parmi lesquels le dauphin Louis, Charles VII brûle les étapes : Lodève, Millau, Espalion… et c'est ainsi qu'il passera par Chaudes-Aigues, franchira la Truyère au gué de Lanau, avant d'arriver le 14 mai à Saint-Flour à marches forcées, tant il languit de se mettre à l'abri dans la place forte et de tâter le pouls d’une ville aussi nécessaire à la sécurité de sa couronne. Huit jours lui suffiront pour gagner la partie et s'assurer la fidélité de la population sanfloraine. Deux ans plus tard, le 8 mai 1439, le dauphin Louis traversera une seconde fois Chaudes-Aiïgues, en route pour le Languedoc.
Ayant déjoué le complot, le Roi bannira Villandrando du royaume. Pourtant ce dernier est toujours là en ce mois de mars 1438, pillant le Caldaguès et la Planèze, secondé par son lieutenant et compatriote Jean de Salazar, écuyer du Roi de Castille et néanmoins brigand comme son chef. Si Rodrigue de Villandrando finit par quitter la Haute-Auvergne contre espèces sonnantes et trébuchantes, Jean de Salazar, lui, demeure sur les lieux et les Chaudesaiguoiïs en sauront quelque chose. D'autant plus que le remplacement en 1430 de Louis de Montvallat, baïlli des Montagnes, par Louis de Courcelles, seigneur d'Aurouze, sera calamiteux pour la Haute-Auvergne. Les Ecorcheurs, gens de guerre jetés sur le pavé par le traité d’Arras (1435), vivront sur le pays jusqu’à la réforme militaire qui portera ses fruits puisque beaucoup deviendront des soldats de métier et que la guerre de cent ans prendra fin en 1453. Maïs, revers de la médaille, les tailles de
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guerre prélevées pour payer cette armée royale pèseront lourdement sur le petit peuple.
Jean de Salazar, chef de bande castillan et néanmoins seigneur de Chaudes-Aigues (1443-1452)
Jean de Salazar fait partie de ces aventuriers qu'il vaut mieux avoir avec soi que contre soi, Charles VII en est convaincu. A la suite de négociations menées en avril 1439 par la famille d’Armagnac, il réussit à s'assurer les services de l’ancien lieutenant de Villandrando, avec comme appâts le titre d'écuyer d’écuries du Roi qui lui donne ses entrées à la Cour et la promesse de 6000 livres tournois, somme rondelette pour l’époque. Salazar occupe alors Chaudes-Aigues et y reçoit le dauphin Louis qui couche le 10 mai dans la ville avant de rencontrer à Rodez les d’Armagnac. Or ces derniers ont eux aussi contacté le Castillan pour l’attacher à leur parti en lui proposant la donation en jouissance viagère de la seigneurie de Chaudes-Aigues.
C'est une période de troubles qui recommence dont le jeune dauphin, ambitieux et rusé, est la cause directe. Ne trame-t-il pas une conspiration contre son propre père, connue dans l’histoire sous le nom de « Praguerie » ! Il entraîne dans le complot quelques princes de haut rang, parmi lesquels le duc Charles de Bourbon, Jean d'’Armagnac et plusieurs membres de sa famille qui règnent en maîtres sur les. vallées de la Truyère et du Remontalou. Vaincus en Poitou, les rebelles se replieront sur le Bourbonnaïs où, serrés de près par les troupes royales, ils capituleront. À Cusset, le Dauphin Louis .implorera à genoux le pardon de son père.
Jean de Salazar profite de la situation : cantonné à Chaudes- Aigues avec ses troupes, il est sollicité par les deux partis en raison de ses talents militaires. Finalement il met son épée au service de Charles VII qui a su payer le prix : 6000 livres ni plus ni moins. Mais son seul fait d'armes consistera à laisser piller Massiac et incendier l’église Saint-André, terre du dauphin, ennemi du roi. La reddition des conjurés a eu lieu avant qu'il ait pu combattre. Néanmoins, ayant fait le bon choix, il recevra en gage la châtellenie d’Issoudun, en attendant le versement de la somme promise.
Il ne rompt pas cependant avec la famille d’Armagnac en désaccord avec celle de Bourbon au sujet de Chaudes-Aigues. Jean IV cherche à y placer un homme dévoué, sans scrupules, mais habile capitaine, capable de transformer cette ville-frontière en sentinelle avancée de ses possessions rouergates. Le condottière, trop heureux de l’aubaine, accepte la seigneurie en jouissance viagère (novembre 1443), puis en pleine propriété quelques mois plus tard. Imaginons la tête que durent faire les Chaudesaiguois lorsqu'on leur jeta au visage le nom de leur nouveau seigneur, Jean de Salazar. Certes, la situation de leur ville et de ses dépendances aux marches du Languedoc les-avait contraints de supporter, bon gré mal gré et de généra-
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tion en génération, des maîtres d'origines très diverses : les Saint- Urcize, les Réveilhac, les Oradour, les Brezons, les Canilhac, les Peyre, les Séverac. Ils n’en étaient plus à un seigneur près. Mais quel malheureux sort leur infligeait maintenant ce reître, valeureux homme de guerre certes, mais formé à l’école de Villandrando et de ses écorcheurs. Comme son modèle, il avait vendu son épée au plus offrant, pillé, incendié. Mais pis que tout, c'était un Espagnol, un « étranger » au sens propre du terme. Ses prédécesseurs, qui n’avaient pas toujours valu plus cher, on les connaissait au moins, on les côtoyait, on comprenait leur langage, on les considérait comme « de chez soi ». Mais Jean de Salazar, leur seigneur ! sinistre plaisanterie, humour noir fort peu apprécié ! Qu'’à cela ne tienne, quitte à être déclarés rebelles, jamais ils n’accepteraient le Castillan. Ils allaient dans un premier temps le faire savoir de la façon la plus péremptoire en engageant contre lui une épreuve de force. Le droit était d’ailleurs de leur côté. En effet, au cours d'une guerre menée par les d’'Armagnac contre Charles VII à propos de l'héritage de Comminges, Jean IV fut fait prisonnier et le comté d’Armagnac confisqué. Or la clause de donation de la seigneurie de Chaudes-Aigues en faveur du vicomte de Lomagne stipulait qu'elle retournerait à la couronne en cas d’aliénation. Bien que le Roi maintînt Salazar à Chaudes-Aigues, les habitants considérèrent le don jadis consenti comme caduc. Soutenus par le vicomte de Lomagne, les consuls refusèrent de payer les cens à l’intrus, de reconnaître ses officiers et de lui ouvrir leurs portes. Une première fois, ses gens qui essayaient de pénétrer de force par le portail du Four furent dispersés par une grêle de traits et de pierres. Le Castillan appela alors à la rescousse le baïlli royal Amaury de Montal, muni de lettres patentes du Roi, et accompagné de sergents royaux. Les consuls, en robe et chaperon rouge et noir, acceptèrent de recevoir le baïlli, mais les portes demeurèrent closes pour Salazar qui s'installa au château-vieux désert et ouvert à tout venant. Plusieurs sommations, plusieurs tentatives pour s'emparer de la ville par la ruse (23 et 24 novembre 1466), plusieurs expédients imaginés par Amaury de Montal pour diviser les habitants se révélèrent inefficaces. Il fallut entrer par effraction en défonçant le portail du Four et obtenir la médiation des prêtres du chapitre pour que les mutins retranchés dans la Tour Neuve où sonnait le tocsin acceptassent un compromis : Salazar prendrait possession de la ville, mais les habitants garderaïent la Tour Neuve avec tous les titres d’affranchissement et objets précieux qu'ils y avaient déposés. Une longue procédure s’engagea ensuite devant le grand conseil siégeant à Tours, puis devant le parlement de Toulouse. Excédé par ces chicanes, le Roi adressa aux magistrats un mandement impératif. Les consuls durent se soumettre et prêter serment à leur seigneur. Mais, tenaces, ils eurent finalement Salazar «au souffle », si l’on peut dire. Les conflits et les altercations avec les agents du seigneur, la force d'inertie opposée à toutes ses initiatives, la mauvaise volonté des censitaires à s'acquitter de leurs impôts, l'antipathie manifestée en toutes occasions à l'égard d'un baron imposé par la contrainte mais rejeté
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par le cœur, découragèrent si bien Jean de Salazar qu'il vendit, trois ans plus tard, la seigneurie à Charles I, duc de Bourbon, et la quitta le 14 août 1450 pour ses terres de Champagne. Les Chaudesaiguois se félicitèrent de son départ et accueillirent le duc de Bourbon en libérateur.
Château-Vieux, victime de la rivalité des Bourbons et des Armagnacs (1461-1470)
En 1450 meurt Jean IV d’Armagnac. Son fils aîné, vicomte de Lomagne, lui succède sous le nom de Jean V. Brave guerrier mais prince impulsif et rancunier, il supporte mal les amoindrissements que le Roi de France a fait subir aux domaines de ses ancêtres. La mort de Charles VII (1461) lui permet de recouvrer l’année suivante la presque totalité des territoires confisqués que Louis XI restitue à son ancien complice, à l'exception toutefois de Chaudes-Aigues régulièrement vendue au duc de Bourbon par Salazar et trop longtemps demeurée dans l'orbite du Languedoc alors qu'elle se situe en terre d'Auvergne. C'est aller contre le désir de la plupart des habitants. Plébiscité par les Chaudesaiguois et par les « hommes » du faubourg Saint-Julien que son père a exemptés de garde et de guet en 1427, soutenu par les Montvallat, ses compagnons d'armes, par les Champagnac originaires du Rouergue et très influents dans le Caldaguës, Jean V prétend que Chaudes-Aigues lui est restituée et exige des consuls, fort embarrassés, un serment inconditionnel. Prévenu, Jean de Bourbon, successeur de Charles décédé en 1456, dépêche dans la ville Jean Roux et le bailli des Montagnes, Jean de la Roque, qui ramènent la majorité des habitants à l’obéissance du duc, sauf les principaux meneurs.
Et l'affaire se corse quand une troupe armée par Jean V et commandée par Georges Colombi fait irruption à Chaudes-Aigues et veut extorquer par la menace le serment des consuls qui en appellent au Roi. En août 1464, Louis XI envoie dans la ville le lieutenant du sénéchal de Rouergue avec mission de la placer sous la maïn du monarque en attendant l'issue du procès qui doit trancher le différend. Chaudes-Aigues est en train de vivre des jours de complète anarchie; les officiers des factions rivales s'y livrent une lutte sans concession, chacun prétendant exercer la justice, prélever les cens, gérer la seigneurie au nom de son maître pour le plus grand malheur de la population tirée à hue et à dia et ne sachant plus à quel seigneur se vouer. Finalement, en novembre 1464, le comte d’Armagnac doit s’incliner et le sénéchal proclame que toute autorité civile appartiendra désormais aux seuls officiers du duc de Bourbon. Par mesure de prudence, les consuls acceptent de se dessaisir d’une partie de leurs prérogatives en confiant les clefs des tours au capitaine de la ville, Jean Blanc, tant ils craignent les représailles de Jean d’Armagnac.
Comme ils ont raison ! Car Jean V ne manquera pas de prendre sa revanche. Il profite pour cela d’un complot ourdi contre Louis XI
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par son propre frère et auquel Jean II de Bourbon a la maladresse d’adhérer. Les rebelles seront battus en Bourbonnais par les troupes royales en juillet 1465 avec l'aide de Jean de Salazar. Lors des tractations du Roi avec Jean de Bourbon, le comte d’Armagnac réclame au souverain tous les domaines de ses ancêtres. Dans l'espoir de calmer ses ardeurs guerrières, Louis XI lui accorde le 5 novembre, « comme ayant appartenu à son père et son aïeul.… la ville et terre de Chaudesaigues ». Hélas pour lui, le Roi se réconcilie avec le duc de Bourbon, révoque cette décision et réintègre la ville au duché d'Auvergne. Et voici Chaudes-Aigues à nouveau divisée en deux camps : d’un côté les partisans de Jean de Bourbon, groupés derrière son officier Jean Roux; de l’autre les factieux rangés aux côtés des Champagnac qui livrent les clefs des portes à Louis de Montvallat, neveu de l’ancien bailli royal, et à son fils Guillaume, nommés illico capitaines de la ville pour le comte d’Armagnac. Ceux-ci réquisitionnent bombardes, épées, arbalètes, se lancent avec la populace à l'assaut de la Tour Saint-Julien que la petite garnison bourbonnaïise doit fuir pour s’enfermer dans Château-Vieux, assaillent la Tour Grosse où quelques fidèles du duc résistent, commettent dans tout le Caldaguès des actes de brigandage qui interdisent aux « étrangers » l’approche de la ville. Deux missions dépêchées à Chaudes-Aigues par Louis XI pour éteindre la rivalité et ramener les rebelles en l’obéissance au duc de Bourbon échouent. Les défenseurs de la Tour Grosse sont contraints à capituler; ceux de Châteaux-Vieux aussi auxquels Montvallat a promis la vie sauve. Mais l'antique forteresse des Saint- Urcize fera les frais de l'opération : Montvallat et les partisans du comte d'Armagnac s’acharneront à la détruire de fond en comble. Le « four des Angles » sera mis à nu jusqu’à la construction, au méême endroit, ou presque, de la chapelle Notre-Dame de Pitié. En décembre 1465, Pierre de Beaumont, lieutenant du baïilli royal, passé dans le camp des Armagnacs, prend possession armée de Chaudes- Aigues pour le compte de Jean V.
« La grande mortalité »
Les épidémies qui suivent les gens de guerre à la trace comme de mauvais génies n'ont pas manqué, une fois de plus, de s’abattre sur le pays. Elles épouvantent plus que le fracas des armes. Le 9 septembre 1465, Chaudes-Aigues est atteint par « la grande mortalité », qui fait rage, s'’attaquant principalement aux intestins. Les consuls se voient dans l'obligation d'employer les grands moyens : sans ménagement, leurs sergents jettent dehors les gens contaminés. À l'époque, quand un membre est malade, une seule solution : le couper pour préserver les parties saines. Les Chaudesaiguois en proie au mal cherchent à se réfugier en d’autres lieux. Quelques-uns d'entre eux, naïvement, se présentent sous les murs de Saint-Flour; ils sont expulsés « manu militari » du faubourg de Fridières avec vingt deniers pour aller boire. ailleurs. Les chaleurs du printemps 1466 ramèneront l'épidémie à Chaudes-Aigues, taillant des coupes sombres
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dans -la population. Puis elle s’en ira comme elle est venue et les familles en deuil n'auront plus qu’à compter leurs morts.
Les Bourbons maîtres de Chaudes-Aigues
Trois ans seront nécessaires à Louis XI et aux Bourbons pour rétablir la situation à leur profit dans le Caldaguès. Dans le courant de 1468, le Roi décide d’en finir une fois pour toutes avec les agitateurs. Il donne à Antoine de Chabannes, comte de Danmartin, les pouvoirs d’un véritable vice-roi dans le Rouergue, l’Agenais, le Quercy et l’Auvergne haute et basse. Avec environ 6000 hommes, Chabannes s'empare de presque toutes les places du Rouergue, occupe Lacalm et obtient sans rencontrer de résistance la soumission des habitants de Chaudes-Aigues, y compris des Champagnacs. Les officiers du duc de Bourbon prennent possession de la ville en son nom, le 30 septembre 1469, et tous les habitants prêtent serment, les deux genoux à terre, main sur l’'évangile; après quoi les clefs des portes sont restituées aux consuls. L’amnistie générale promise à tous les rebelles par Louis XI est appliquée sans réserve : la clémence plus que les représailles gagne les cœurs. Jean II de Bourbon, surnommé « le bon », confirme en février 1474 les anciennes franchises. Chaudes- Aigues devient membre à part entière et définitivement de la terre d'Auvergne en pays de « France ».
Plus sévère s’est montré Louis XI envers Jean V d'Armagnac. Un arrêt du parlement de 1470 confisque ses biens partagés entre tous ceux qui ont concouru à sa ruine. Lui-même est assassiné le 5 mars 1473 dans sa ville de Lectourne; il ne laisse aucune descendance. Quant à son cousin Jacques de Nemours, champion d’une féodalité décadente, il est décapité à Paris en 1477. La famille d’Armagnac, étroitement mêlée à l’histoire de Chaudes-Aigues, s'éteint ainsi. En brisant les derniers soubressauts de la féodalité, Louis XI ouvre la voie à la monarchie absolue. En même temps, il faut le reconnaître, il met fin à cent ans de guerre et de troubles et favorise l’avènement d'une période de paix et de prospérité.
La disparition des Armagnacs de la Haute-Auvergne consacre la prépondérance des Bourbons. En 1489, ils acquièrent la vicomté de Carlat et possèdent toutes les grandes seigneuries laïques du haut pays : outre la vicomté de Carlat et de Murat, le duché d’Auvergne et la baronnie de Mercœur. Le 12 mars 1490, le duc Pierre II de Bourbon fait don de Chaudes-Aigues à son neveu Charles de Bourbon-Malause, fils naturel de son prédécesseur et frère aîné, le duc Jean II, et époux de Louise, vicomtesse de Lavedan. Mais il se réserve les droits de suzeraïineté sur cette terre. Les rois de France s’inquièteront de cette puissance et saisiront à l'avenir toutes les occasions favorables pour porter atteinte aux domaines de la maison de Bourbon.