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nouveau seigneur, Amaury de Séverac, selon des règles coutumières non codifiées. Elus pour un an, ils prêtent serment entre les mains du bayle seigneurial et lui remettent symboliquement les clefs des portes, signe de vassalité. Ils portent un chapeau et une robe « mipartie rouge et noire » que leur fournit la communauté pour l’exercice de leurs fonctions. Dans un « clavaire », ils conservent les archives, les sceaux et les deniers de la ville. La tour carrée, édifiée sur le portail de l’Herm, sert provisoirement de maison commune. Ils gardent les clefs, peuvent si la situation l'exige imposer aux habitants le service du guet, sauf à ceux de Saint-Julien qui échappent encore à leur autorité. Pour défendre leurs droits et ceux de la communauté, ils se pourvoient à l’occasion devant le Grand Conseil ou devant le parlement. Leur esprit d'indépendance face au joug seigneurial se manifestera dans la résistance qu'ils opposeront à Jean de Salazar, puis au duc de Bourbon.
Mais les premières chartes écrites, consacrant officiellement les droits de la ville, furent accordées : la première en 1450, par Charles Ir de Bourbon, auquel Salazar venait de vendre la seigneurie; la deuxième en 1474 par son fils Jean qui cherchait à s’attirer la sympathie des habitants plutôt favorables aux Armagnacs. Dans ce dernier texte, le duc Jean rappelait les lettres de franchises accordées par son père et méconnues ou altérées, affirmait-il, « pendant le règne de la faction d’Armagnac ». Il confirmait les anciens titres de la ville et lui octroyait « à son plaisir » de nouveaux privilèges :
— acceptation du consulat et de la communauté;
— union définitive de la ville et des faubourgs y compris celui de Saint-Julien qui s’y était opposé jusque là, étant bien entendu que les habitants «extra muros » jouiraient des mêmes droits que ceux résidant «intra muros », c'est-à-dire à l'intérieur de l'enceinte fortifiée;
— institution de douze conseillers désignés par les consuls et la communauté avec lesquels « ils pussent avoir conseil et conférence »;
— autorisation d’avoir « un hostel commun à la Tour Ronde assise au-dessus des bayns », dans le communal de la Jarrige, et non plus à la Tour Carrée, afin d'y réunir l'assemblée des habitants, d'y délibérer, d'y élire les consuls, « avec arches, escraïins publiques pour la garde et conservation de leurs lictres, tiltres et enseignements »;
— élection annuelle des consuls par les habitants qui « seront tenus de les venir présenter à nostre baîle et juge ordinaire » pour la prestation de serment; |
— faculté pour les consuls et les habitants d'imposer sur eux « tailles et deniers » afin de faire face aux dépenses communes;
— obligation « en temps de péril » d'assurer « guetz, garde et repparacion » sur les directives du capitaine ducal qui pouvait les autoriser à porter « armes et bastons si nécessaire »;
— ordre de fermer les portes fortifiées avec deux clefs, l’une conservée par les consuls, l’autre par le capitaine qui avait la possibilité de la remettre à un habitant assermenté:;
Re: gore
— garde par les consuls des mesures, poids, étalons marqués aux armes du seigneur et sous la surveillance du juge seigneurial;
— mesures de police et de salubrité exercées par ces mêmes consuls, les contraventions étant portées devant le juge;
— permission de « faire jeus et esbattements licites et honnestes en la dicte ville. pourvu qu'ils ne les facent malicieusement »;
— élection d’un des sergents du seigneur par les habitants, entretenu à leurs frais;
— interdiction d’accuser ou d’incarcérer quiconque sans une information « précédente et suffisante et veues par nostre dit juge »;
— liberté de vente du vin et des denrées.
Ces lettres de franchises furent données et scellées dans le château de Moulins, au mois de février de l’an de grâce 1474, et enregistrées à la chambre des comptes de la même ville le 5 avril 1475.
Bien sûr, la justice restait entre les mains du bailli seigneurial pour les deux tiers de la ville et de la foraine, et d’un juge désigné par le sire du Couffour pour le tiers en sa mouvance, avec obligation, avant de rendre les sentences, « d'appeler les consuls et les parties au procès ». En général les jugements étaient assez bien acceptés depuis l’adoption du droit écrit. Le baïlli contrôlait les consuls, partageait avec eux les charges administratives, vérifiait leurs comptes, présidait l'assemblée communale, arbitrait les litiges. Il était l'œil et l'oreille du seigneur dans la ville, en même temps que le tuteur et l’auxiliaire des consuls. Aussi ne doit-on pas parler de véritables franchises communales octroyées à Chaudes-Aïgues, mais d’un ensemble, intéressant pour cette époque, de libertés, droits et privilèges que d’autres villes de Haute-Auvergne pouvaient lui envier.
De 1474 à 1483, Jean Roux exerça la charge de bailli seigneurial. Parmi les consuls élus de 1445 à 1789 figuraient les représentants de familles dont les noms se sont perpétués jusqu’à nous, à savoir : des Felgères, Brioude, Moisset, Albaret, Costerousse, Clavières, Roux, Chaudesaigues, Podevigne, Valette, Soulier, Abrial, Girion, Lacombe, Pécoul, Fabre, Bonnefoy, Gastal, Touzery, etc. Comme Dieu, chacun pourra y reconnaître les siens.
L'établissement des fortifications
La physionomie de la ville et de ses faubourgs n’a guère changé depuis 1332. Le terrier établi à la demande de Jean de Bourbon en 1474 permet cependant de saisir les principales transformations qui concernent essentiellement la construction d’une enceinte fortifiée. La ville proprement dite —, c'est-à-dire les quartiers compris entre la rive gauche du Remontalou, la montagne de la Jarrige et le Merdaric, — a été enclose de murs et de fossés entre 1416 et 1426. Le maréchal de Séverac, homme de guerre, a compris l'importance stratégique de cette place, sentinelle de la Haute-Auvergne aux marches du Rouergue et du Gévaudan, et la nécessité pressante de la
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fortifier. De plus, les notabilités chaudesaïiguoïses savaient que leurs voix ne se feraient entendre aux Etats qu'à cette condition.
Les remparts dessinaient une sorte de trapèze. La grande base longeait le Remontalou à peu près à la hauteur de la rangée de maisons s'étirant à l’heure actuelle le long de la place du Gravier et de l'avenue G. Pompidou, depuis l’hôtel du Midi jusqu'à la rue de la Raze. La petite base était construite sur le communal de la Jarrige, légèrement en retrait du chemin du Pré Michel; elle était renforcée par deux tours : au centre la Tour Grosse ou Tour Ronde, accessible seulement par un escalier de pierre, et, à l’angle formé par la rue de la Raze (du fossé) et la ruelle baptisée « Mes armes Roland !» débouchant sur le Par, la Tour de Roland, ainsi dénommée en: hommage à un seigneur de Cromières qui s'était illustré au cours des guerres anglaises — du moins peut-on le supposer. Les deux côtés non parallèles et incurvés bordaient : au nord le chemin du Couffour, face au vieux cimetière, et la rue de l'Eglise jusqu’à la Gravière; au sud, la rue de la Raze de bout en bout. « Intra muros » se serraïent donc tout le vieux quartier du Par, les bains publics, la « Plassa » et les rues qui s’y jetaient; «extra muros », tous les faubourgs aïnsi que l'église Saïnt-Martin et Saint-Blaise, le cimetière, les fours, les moulins et les maladreries. Trois portails donnaient accès à la ville fortifiée : celui de Lherm (Lher) à l'extrémité sud de l'actuelle rue Saint-Jean, couronné par la Tour Carrée ou Tournelle, qui servit au début du consulat de maison commune et, de ce fait, était l’objet d'une garde vigilante; celui de la place ou portail Notre-Dame, qui existe toujours; enfin celui du Four, au carrefour des rues du Four (N.-D. d’Août), Saint-Julien (Saint-Joseph) et de l'Eglise. La « Plassa » (place du Marché) restait le centre de la ville, autour de laquelle de belles habitations et des auberges s'étaient édifiées : parmi elles, celle des Religieux de la dômerie d’Aubrac (près de l'hôtel des:postes actuel), avec sa piscine d’eau chaude à l'usage des pauvres recueillis par les moines. À gauche du portail s’élevaient les quatre « pialos» ou piloris, symbole de la haute justice seigneuriale. Une rue curieuse, aujourd’hui bouchée, s'amorçait à l'angle supérieur gauche de la place et courait presque parallèlement à celle du Par : c'était la rue de l'Horloge, car au faîte d'une solide charpente avait été hissée l'horloge publique. Trois ponts permettaient de franchir le Remontalou : le pont Vieux, à hauteur du moulin du Ban (hôtel Beauséjour); le pont de la Place, face au portail; le pont de la Vernède à l'extrémité nord du «Barri del Pont» (quai du Remontalou). Ces deux derniers, bien que remaniés, n’ont pas changé d'emplacement:
Une petite ville florissante Malgré les troubles des xIv° et xv° siècles et leurs conséquences néfastes, malgré l'épidémie importée à Chaudes-Aigues depuis Saint-
Flour en octobre 1506, la ville se releva rapidement et devint à-la fin du xv° et au début du xvr siècle, aux dires des contemporains; l’une