SCENE PREMIERE
ASCAGXE, FROSINE.
]L*atenturk est fâcheuse!
Ah ! ma chcrc Frosine , Le sort absolument a conclu ma ruine !
Cette affaire venue au point où la voilà,
X’est pas absolument pour en demeurer là ;
Il faut qu’elle passe outre ; et 1 ucile, et Valere, Surpris des nouveautés d’un semblable mystère , Voudront chercher un jour dans ces obscurités ,
Par qui tous Tnes projets se verront avortés.
Car enfin , soit qu’ Albert ait part au stratagème , Ou qu’avec tout le monde on l’ait trompé lui-même , S’il arrive une fois que mon sort. éclairci Mette ailleurs tout le bien dont le sien a grossi >
Jugez s’il aura lieu de souffrir m^ présence î Son intéiet détruit me laisse à ma naissance :
C’ést fait de sa tendresse ; et quelque sentiment Ou pour ma fourbe alors pût être mon amant ,
COMÉDIE
Voudra-t-il avouer pour épouse une fille Qu’il verra sans appui de bien et de famille i
Je trouve que c’est-Ià raisonner comme il faut ;
Mais ces réflexions dévoient venir plutôt.
Qui vous a jusqu’ici caché cette lumière ?
Il ne falioit pas être une grande sofcierc Pour voir, dès le moment de vos desseins pour lui , Tout ce que votre esprit ne voit que d’aujourd’hui ; L’action le disoit ; et dès que je l’ai sue ,
Je n’en ai prévu guère une meilleure issue.
Que dois-je faire enfin ? Mon trouble est sans pareil ! ' Mettez-vous en ma place , et me donnez conseil.
Ce doit être à vous-meme , en prenant votre place,
A me donner conseil dessus cette disgrâce ;
Car je suis maintenant vous , et vous êtes moi. Conscillez-moi , Frosine. An point où je me voi ,
Quel remède trouver ? Dites , je vous en prie i A s c A G N E.
Hélas î ne traitez point ceci de raillerie.
C’est prendre peu de part à mes cuisans ennuis Que de rire , et de voir les termes où j’en suis î Frosine.
Ascagne, tout de boif”, votre ennui m’est sensible , ït , pour vous en tirer , je ferois mon possible.
Mais que puis-je , après tout? Je vois fort peu de jour A tourner cette affaite au gré de votre amour !
Si rien ne peut m’aider , il faut donc que je meure ?
Ah ! pour cela , toujours il est assez bonne heure :
La mort est un rcmcde à trouver quand on veut ,
Et l’on s’en doit servir le plus tard que l’on peut&
Non, non , Frosine, non; si vos conseils propices Ne conduisent mon sort parmi ces précipices.
Je m’abandonne toute aux traits du désespoir 1,
Savez-vous ma pensée ? Il faut que j’aille voir ( Appercevaat Eraste, ]
Là.... Mais, Éraste vient , qui pourroit nous distraire» Nous pourrons en marchant parler de cette alFaire,.» Allons , retirons-nous.
( Elle s'en va , avec Aseagne. )