‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 112 sur 127 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ASCAGXE, FROSINE.

]L*atenturk est fâcheuse!

Ah ! ma chcrc Frosine , Le sort absolument a conclu ma ruine !

Cette affaire venue au point où la voilà,

X’est pas absolument pour en demeurer là ;

Il faut qu’elle passe outre ; et 1 ucile, et Valere, Surpris des nouveautés d’un semblable mystère , Voudront chercher un jour dans ces obscurités ,

Par qui tous Tnes projets se verront avortés.

Car enfin , soit qu’ Albert ait part au stratagème , Ou qu’avec tout le monde on l’ait trompé lui-même , S’il arrive une fois que mon sort. éclairci Mette ailleurs tout le bien dont le sien a grossi >

Jugez s’il aura lieu de souffrir m^ présence î Son intéiet détruit me laisse à ma naissance :

C’ést fait de sa tendresse ; et quelque sentiment Ou pour ma fourbe alors pût être mon amant ,

COMÉDIE

Voudra-t-il avouer pour épouse une fille Qu’il verra sans appui de bien et de famille i

Je trouve que c’est-Ià raisonner comme il faut ;

Mais ces réflexions dévoient venir plutôt.

Qui vous a jusqu’ici caché cette lumière ?

Il ne falioit pas être une grande sofcierc Pour voir, dès le moment de vos desseins pour lui , Tout ce que votre esprit ne voit que d’aujourd’hui ; L’action le disoit ; et dès que je l’ai sue ,

Je n’en ai prévu guère une meilleure issue.

Que dois-je faire enfin ? Mon trouble est sans pareil ! ' Mettez-vous en ma place , et me donnez conseil.

Ce doit être à vous-meme , en prenant votre place,

A me donner conseil dessus cette disgrâce ;

Car je suis maintenant vous , et vous êtes moi. Conscillez-moi , Frosine. An point où je me voi ,

Quel remède trouver ? Dites , je vous en prie i A s c A G N E.

Hélas î ne traitez point ceci de raillerie.

C’est prendre peu de part à mes cuisans ennuis Que de rire , et de voir les termes où j’en suis î Frosine.

Ascagne, tout de boif”, votre ennui m’est sensible , ït , pour vous en tirer , je ferois mon possible.

Mais que puis-je , après tout? Je vois fort peu de jour A tourner cette affaite au gré de votre amour !

Si rien ne peut m’aider , il faut donc que je meure ?

Ah ! pour cela , toujours il est assez bonne heure :

La mort est un rcmcde à trouver quand on veut ,

Et l’on s’en doit servir le plus tard que l’on peut&

Non, non , Frosine, non; si vos conseils propices Ne conduisent mon sort parmi ces précipices.

Je m’abandonne toute aux traits du désespoir 1,

Savez-vous ma pensée ? Il faut que j’aille voir ( Appercevaat Eraste, ]

Là.... Mais, Éraste vient , qui pourroit nous distraire» Nous pourrons en marchant parler de cette alFaire,.» Allons , retirons-nous.

( Elle s'en va , avec Aseagne. )

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