‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 113 sur 127 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ÉKASTE, GROS-RENÉ.

Éraste.

Encore rebuté ?

Gr os-Renié.

Jamais Ambassadeur ne fut moins écouté.

A peine ai-je voulu lui porter la nouvelle

lîu moment d’emretien que vous souhaitica d’elTe ».

COMÉDIE. 7

Qu’cMe m’a répondu , tenant ton quant-â‘-moi :

« Va ! va, je fais état de lui comme de toi !

>* Dis-lui qu’il se promene. « Ft , sur ce beau langage , Pour suivre son chemin , m’a tourné le visage ;

It Marinette aussi , d’un dégaigncux museau , Lâchant un : « Laisscx-nous , beau valet de carreau ! >> M’a planté là , comme elle ; et mon sort et le Vôtre N’ont rien à se pouvoir reprocher l’un à l’auttc i

X’ingrate ! recevoir avec tant de fierté Le prompt retour d’un cœur justement emporté f Quoi i le premier transport d’un amour qu’on abuse. Sous tant de vraisemblance , est indigne d’excuse »

Et ma plus vive ardeur, en ce moment fatal ,

Devoit être insensible au bonheur d’un rival?

Tout autre n’eût pas fait même chose à ma place ,

Et SC fût moins laissé surprendre à tant d’audace ?

De mes justes soupçons suis-jc sorti trop tard ?

Je n’ai point attendu de scimcns de sa part;

Et, lorsque tout le monde encor ne sait qu’en croire, Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire : .

Il cherche à s’excuser , et le sien voit si peu Dans ce profond respect la grandeur de mon feu 1 Loin d*^assurer une ame , et lui fournir des armes Contre ce qu’un rival lui vent donner d’alarmes , L’ingrate m’abandonne à mon jaloux transport,

Et rejette de moi , message , écrit , abord Ah! sans doute , un amour a peu de violence Qu’est capable d’éteindre une si foiblc offense !

Et ce dépit si prompt à s’armer de rigueur ,

»o LE DÉPIT AMOUREUX,

Découvre assez pour moi tout le fond de son coeur ; i c

£t de quel prix doit £trc à présent à mon ame de

Tout ce dont son caprice a pu flatter ma flamme} ce

Don , je ne prétends plus demeurer engagé r.i

Pour un coeur où je vois le peu de part que j’ai ; itc

£t, puisque l’on témoigne une froideur extrême if(

A conserver les gens , je veux faire de même I at

G R O s - R £ N é. oi

Bt moi de même aussi; Soyons tous deux fâchés , )u

Et mettons notre amour au rang des vieux péchés. :t

11 faut apprendre à vivre à ce sexe volage , in<

Et lui faire sentir que l’on a du courage ! -t

Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir. 'V

Si nous avions l’esprit de nous faire valoir, ut

Les femmes n’auroient pas la parole si haute. io

Oh ! qu’elles nous sont bien fieres par notre faute ! a

Je veux être pendu , si nous ne les verrions le;

Sauter à notre cou plus qip: nous ne voudrions , 1 1

S.ans tous ces vils devoirs , dont la plupart des hommes Les gâtent tous les jours dans le sicclc où nous sommes I ’o

Ê R A s T E. La

Pour moi , sur toute chose , un mépris me surprend i V

Et , pour punir le sien par un autre aussi grand , Cl

Je veux mettre en mon coeur une nouvelle flamme. I

Gros-René. C

Et moi , je ne veux plus m’embarrasser de femme : <

A toutes je renonce, et crois, en bonne-foi ,

Que vous fer iez fort bien de faire comme moi ;

Car, voyez- vous, la femme est, commeondit, mon maître ,

comédie; 2î

Ün certain animal difficile i connoitre r '

£t de qui la nature est fort enclin^ au mal i Et comme un animal est toujours animal »

Et ne sera jamais qu’animal , quand\sa vie Durcroit cent mille ans : aussi , sans repartie *

La femme est toujours femme , et jamais ne sera Que femme , tant qu’entier le monde durera.

D’où vient qu’un certain Grec dit que sa t8te passe Pour un sable mouvant ; car goûtez bien , de grâce ^

Ce raisonnement-ci , lequel est des plus forts.

Ainsi que la tête est comme le chef du corps ,

Et que le corps sans chef est pire qu’une bôte»

Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tête ,

Que tout ne soit pas bien réglé par le compas »

Nous voyons arriver de certains embarras :

La brutale partie alors veut prendre empire Dessus la sensitive , et l’on voit que l’iin tire A dia, l’autre à hurhautj l’im demande du mou, L’autre du dur ; enfin , tout va sans savoir où t Pour montrer qu’ici'bas , ainsi qu’on l’interprete ,

La tctc d’une femme est comme une girouette Au haut d’une maison , qui tourne au premier vents C’est pourquoi le cousin Aristote , souvent,

La.compare à la mer ; d’où vient qu’on dit qu’au monde On ne peut rien trouver si peu stable que l’onde.

Or , par comparaison ; car la comparaison Nous fait distinctement comprendre une raison ,

Et nous aimons bien mieux, nous autres gens d’étude > Une comparaison qu’une similitude.

Par comparaison donc , mon maître , s’il vous plaît ,

fl LE DÉPIT AMOUREUX,

Comme on voit que la mer , quand l’orage s’accroît. Vient i se courroucer , le vent souSle et ravage.

Les flots contre les flots font un remu-ménage Horrible; e' le vaisseau, malgré le nautonnier.

Va tantôt à la cave , et tantôt au grenier :

Ainsi, quand une femme a sa tête fantasque.

On voit une tempête, en forme de bourasque^

Qui veut compétiter par de certains.... propos ,

Et lors un., certain vent , qui par... de certains flots , De.... certaine façon , ainsi qu’un banc de sable..,. Quand.... les femmes enfin ne valent pas le diabli.

C’est fort bien raisonner !

Gr o s-René.

Assez bien, Dieu merci!....

Mais je les vols. Monsieur , qui passent par ici. Tenez-vous ferme , au moins !

Ne te mets pas en peine.

Gros-René.

J'ai bien peur que ses yeux resserrent votre chaîne 1

COMÉDIE

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