‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 114 sur 127 · LÜCILE, MARINETTE, ÉRASTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

LÜCILE, MARINETTE, ÉRASTE, GROS-RENÉ

Marinette, <i Lucile,

J E l'apperçois encor i mais ne vous rendez point !

Lucile.

Ne me soupçorfne pas d’être foible à ce point !

Marinetts.

II vient à nous.

Ê R A s T E y à Lucile.

Non, non , ne croyez pas , Madame, Que je revienne encor vous parler de ma flamme. C’en est fait; je me veux guérir, et connois bien Ce que de votre coeur a possédé le mien !

Un courroux si constant pour l’ombre d’une ofFcnse > M’a trop bien éclairci de voire indifférence ;

Et je dois vous montrer que les traits du mépris Sont sensibles, sur-tout, aux généreux esprits.

Je l’avoûrai, mes yeux observoient dans les vôtres Des charmes qu’ils n’ont point trouvés dans tous le# autres;

Et le ravissement où j’étois de mes fers ,

Les auroit préférés à des sceptres offerts.

Oui, mon amour pour vous, sans doute, étoit extrême, Je vivois tout en vous; et, je l’avoûrai même. Peut-être qu’après tout j’aurai , quoiqu’outragé , Assez de peine encore i m’en voir dégagé ;

Possible que , malgré la cure qu’elle essaie ,

Mon ame saignera long-tems de cette plaie ,

Et qu’a6franchi d’un joug qui faisoit tout mon bien 11 faudra me résoudre à n’aimer jamais rien....

Maïs enfin, il n’importe ; et , puisque votre haine b

Chasse un coeur tant de fois que l amour vous ramène , 1:

C’est la dernière ici des importunités ^

Que vous aurez jamais de mes voeux rebutés !

Vous pouvez faire aux miens la grâce toute entière* Monsieur , et m’épargner encor cette derniere,

Eh ! bien , Madame, eh ! bien , ils seront satisfaits î Je romps avccque vous , et j’y romps pour jamais. Puisque vous le voulez, que je perde la vie.

Lorsque de vous parler je reprendrai l’envie i

Tant mieux; c’est m’obliger.

' Non , non , n’ayez pas peur

Que je fausse parole ! eussé-je un foible coeur Jusques à n’en pouvoir effacer votre image.

Croyez que yous n’aurez jamais -cet avantage Hc me voir revenir.

Ce seroit bien eu vain !

Moi-même de cent coups je perccrois mon sein ,

Si j’avois jamais fait cette bassesse insigne De vous revoir , apres ce traitement indigne 1

Page 1