LVCII.X
COMÉDIE
Soit i n*cn parlons donc plus.
£r A s te*
Oui , oui , n’en parlons plus i tt , pour trancher ici tous propos superflus ,
£t TOUS donner, ingrate 1 une preuve certaine Que je veux,, sans retour , sortir de votre chaîne »
3e ne veux rien garder qui puisse retracer Ce que de mon esprit il me faut effacer....
( Tirant de sa poche le portrait de Lucile.)
Voici votre portrait.... Il présente à la vue Cent charmes merveilleux dont vous 8tcs pourvue-;
Mais il cache sous eux cent défauts aussi grands,
£t c’est un imposteur enfin que je vous rends»
( Il lui rend son portrait. )
Gaos-RENi, à part.
Bon !
Luc ILE, à Eraste.
Et moi , pour vous suivre au dessein de tout rendre. Voilà le diamant que vous m’avez, fait prendre.
( Elle lui rend son diamant. )
Marinette, à part.
Fort bien !
Ê R A s T E , à Lucile , en tirant de sa poche un iraeelet ^u'U areit reçu d'elle , et le lui rendant,
11 est à vous encor , ce bracelet.
Lucile, tirant aussi de sa poche un cachet qu’il lui avoit donné , et le lui rendant.
Et cette agathe à vous , qu’on fit mettre en cachet»
Éras T 1 , tirant de sa poche une lettre de Lueile ^ et U li
Usant,
«Vous m’aimei d’une amour extrSme,
« éraste , et de mon coeur voulez être éclairci ; K’
« Si je n’aime Éraste de môme ,
» Au moins aimé-je fort qu’Érastc m’aime ainsi. »
( .^près avoir lu. ) 1.
Vous m’assuriez par-là d’agréer mon service ;
C’est une fausseté digne de ce supplice. Ir
{ Il de'chire la lettre. ) ^
L U C I L E , tirant aussi de ta poche une des lettres d’ Eras te , et la lisant.
« J’ignore le destin de mon amour ardente , Il
« Et jusqu’à quand le souffrirai ;
» Mais je sais , ô beauté charmante ! .X
ai Que toujours je vous aimerai. >i
( /fprès avoir lu. )
Voilà qui m’assuroit à jamais de vos feux ;
Et la main, et la lettre , ont menti toutes deux.
( Elle de’chire la lettre. )
Gros-Rxné, bas, a Eraste. ‘
Poussez !
Éraste, tirant- une autre lettre de Lucile , et la déchirant.
Elle est de vous ? Suffit , même fortune.
Marinxtts, bas . à Lucile,
Ferme 1
COMÉDIE. 87
L V C I L E , tirant une autre lettre d’Erast: et la d/chirant, J’aurois regret d’en épargner aucune 1
Gros-René, Erastt.
lî’ayex pas le dernier !
MARlNlTTE,Sax^j Lucile.
Tcncibon , jusqu’au bout î
L V C I L E , tirant encore une lettre d’Eratte , et la ii-
chirant.
Infin , voilà le reste 1
£ R A s T ■ , tirant la derniere des lettres de Lucile ^ et la d/ebirant aussi.
Et , grâce au Ciel î c’est tout.
Je sois exterminé , si je ne tiens parole 1
Lucile.
We confonde le Ciel , si la inicnne est friv^e !
Adieu donc !
Lucile.
Adieu donc !
Marinette, à Lucile.
Voilà qui va des mieux l Gros-René, bas , d E raste.
Vous triomphez !
Marinette., las , à Lucile.
Allons , ütC7.-\'ous de scs yeax.
Gros-René Jar , à Erasie, Retirez-vous , après cet cfForr de courage.
Mar inette, bas j à Lucile.
Qu’attendez-vous encor i
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«s LE DÉPIT AMOUREUX,
GROS-RENé, las , à Eraste.
Que faut'il davantage 2 Xi
Ah ! Ludlc ! Lucile ! un cœur comme le mien y
Sc fera regretter > et je le sais fort bien !
Éraste ! Éraste ! un cœur fait comme est fait le vôtre ^
Se peut facilement rdparer par un autre.
Non , non , cherchex par-tout , vous n*en aurez jamais ^
De si passionné pour vous , je vous promets!
Je ne dis pas cela pour vous rendre attendrie ; ^
J’aurois tort d’en former encore qiiciqu’envic.
Mes plus ardens respects n’ont pu vous obliger :
Vous avez voulu rompre ; il n’y faut plus songer..». ’
Mais personne , après moi, quoi qu’on vous fasse entendre ,
N’aura jamais pour vous de passion si tendre !
Lucile.
Quand on aime les gens on les traite autrement ;
On fait de leur personne un meilleur jugement,