‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 18 sur 127 · HIPPOLYTE, MASCARILLE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE, MASCARILLE

Hippolyte.

traître! c’est ainsi que tu me rends service? Je viens de tout entcndic, et voit ton artifice ;

A moins que de cela , reuss<5-je soupçonné ?

Tu payes d’imposture , et tu m’en as donné.

Tu m’avois promis, lâche! et j’avois lieu d’attendre Qu’on te verroit servir mes ardeurs pour Lcandrc; Que du choix de Lélic , où l’on veut m’obliger , Ton adresse et tes soins sauroient me dégager >

Que tu m’aflfranchirois du projet démon perc.

Et cependant ici tu fais tout le contraire \

Mais tu t’abuseras! Je sais un sûr moyen Pour rompre cet achat où tu pousses si bien , le je vais de ce pas...

MASCARILLE, l’interrompant.

Ah ! que vous êtes prompte 1

Digilized by Goc^le

ta mouche tout d’un coup à la t6te vous monte î Et , sans considérer s’il a raison , ou non ,

Votre esprit , contre moi , fait le petit démon.

3’ai tort, et je devrois , sans finir mon ouvrage. Vous faire dire vrai , puisqu’ainsi l'on m’outrage,

HiPPOLYTE.

Par quelle illusion penses-tu m’éblouir?

Traître 1 peux-tu nier ce que je viens d’ouïr l

Non. Mais il faut savoir que tout cet artihee Ne va directement qu’à vous rendre service ;

Que ce conseil adroit , qui semble erre sans fard ,

Jette dans le panneau l’un et l’autre vieillard ;

Que mon soin par leurs mains ne veut avoir Célie Qu’à dessein de la mettre au pouvoir de Lélie ,

Et faire que l’effet de cette invention Dans le dernier excès portant sa passion ,

Anselme, rebute de son prérendu gendre.

Puisse tourner son choix du côte de Léandre.

Hippolyte.

Quoi ! tout ce grand projet , qui m’a mise en courroux^ Tu l’as formé pour moi , Mascarillc ?

Oui, pour vous.

Mais puisqu’on reconnoît si mal mes bons offices , Qu’il me faut de la sorte essuyer vos caprices ,

Et que , pour récompense, on s’en vient de hauteur Mc traiter de faquin , de lâche , d’imposteur ,

3 e m’en vais réparer l’erreur que j’ai commise ,

Et , dès ce même pas , rompre mon entreprise.

C ij

Hippolyte, l'arrêtant.

Ih! ne me traite pas si rigoureusement >

Et pardonne aux transports d’un premier mouvement I iM A s C A R 1 L L E.

Non, non, laissex-moi faire ; il est en ma puissance De détourner le coup qui si fort vous offense.

Vous ne vous plaindrez point de mes soins désormais î Oui , vous aurez mon maître, et je vous le promets î Hippolyte.

Eh 1 mon pauvre garçon , que ta colère cesse.

J’ai mal jugé de toi ; j’ai tore, je le confesse...

( Tirant sa bourse , d'où elle sort deux louis qu’ellelui o^rt.) Mais je veux reparer ma faute par ceci.

l*ourrois-tu te résoudre à me quitter ainsi 3

Mascarille.

Non , je ne le saurois , quelque effort que je fasse» Mais votre promptitude est de mauvaise grâce. Apprenez qu’il n’est rien qui blesse un noble coeur Comme quand il peut vo-ir qu’on le touche en i'houncur,

Hippolyte.

11 est vrai, je t’ai dit de trop grosses injitrcsi Mais que ces deux louis guérissent tes blcîstucs. Mascarille.

Eh ! tout cela n’est rien : je suis tendic à c^s coups...,

( Prenant les Jeux louis. )

Mais déjà je commence à perdre mon courroux,

11 faut de ses amis endurer quelque chose.

Hippolyte.

Eourras-tu mettre k fin ce que je me proposa,

COMÉDIE

ît croîs-tu que l’effet de tes desseins hardis Produise à mon amour le succès que tu dis ?

K’ayci point pour ce fait l’esprit sur des épines. J’ai des ressorts tout prêts pour diverses machines ; Et, quand ce stratagème à nos voeux manqueroit, Ce qu’il ne feroit pas , un autre le feroit.

Hippolyte.

Crois qu’Hippolyte, au moins, ne sera pas ingrate» Mascarille.

L’espérance du gain n’est pas ce qui me flatte.

H I P P O L Y T E , appercevant Le'lie qui s’approche. Ton maître te fait signe , et veut parler à toi ;

Je te quitte; mais songe à bien agir pour moi.

( Elle s'en va. )

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