HIPPOLYTE, MASCARILLE
Hippolyte.
traître! c’est ainsi que tu me rends service? Je viens de tout entcndic, et voit ton artifice ;
A moins que de cela , reuss<5-je soupçonné ?
Tu payes d’imposture , et tu m’en as donné.
Tu m’avois promis, lâche! et j’avois lieu d’attendre Qu’on te verroit servir mes ardeurs pour Lcandrc; Que du choix de Lélic , où l’on veut m’obliger , Ton adresse et tes soins sauroient me dégager >
Que tu m’aflfranchirois du projet démon perc.
Et cependant ici tu fais tout le contraire \
Mais tu t’abuseras! Je sais un sûr moyen Pour rompre cet achat où tu pousses si bien , le je vais de ce pas...
MASCARILLE, l’interrompant.
Ah ! que vous êtes prompte 1
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ta mouche tout d’un coup à la t6te vous monte î Et , sans considérer s’il a raison , ou non ,
Votre esprit , contre moi , fait le petit démon.
3’ai tort, et je devrois , sans finir mon ouvrage. Vous faire dire vrai , puisqu’ainsi l'on m’outrage,
HiPPOLYTE.
Par quelle illusion penses-tu m’éblouir?
Traître 1 peux-tu nier ce que je viens d’ouïr l
Non. Mais il faut savoir que tout cet artihee Ne va directement qu’à vous rendre service ;
Que ce conseil adroit , qui semble erre sans fard ,
Jette dans le panneau l’un et l’autre vieillard ;
Que mon soin par leurs mains ne veut avoir Célie Qu’à dessein de la mettre au pouvoir de Lélie ,
Et faire que l’effet de cette invention Dans le dernier excès portant sa passion ,
Anselme, rebute de son prérendu gendre.
Puisse tourner son choix du côte de Léandre.
Hippolyte.
Quoi ! tout ce grand projet , qui m’a mise en courroux^ Tu l’as formé pour moi , Mascarillc ?
Oui, pour vous.
Mais puisqu’on reconnoît si mal mes bons offices , Qu’il me faut de la sorte essuyer vos caprices ,
Et que , pour récompense, on s’en vient de hauteur Mc traiter de faquin , de lâche , d’imposteur ,
3 e m’en vais réparer l’erreur que j’ai commise ,
Et , dès ce même pas , rompre mon entreprise.
C ij
Hippolyte, l'arrêtant.
Ih! ne me traite pas si rigoureusement >
Et pardonne aux transports d’un premier mouvement I iM A s C A R 1 L L E.
Non, non, laissex-moi faire ; il est en ma puissance De détourner le coup qui si fort vous offense.
Vous ne vous plaindrez point de mes soins désormais î Oui , vous aurez mon maître, et je vous le promets î Hippolyte.
Eh 1 mon pauvre garçon , que ta colère cesse.
J’ai mal jugé de toi ; j’ai tore, je le confesse...
( Tirant sa bourse , d'où elle sort deux louis qu’ellelui o^rt.) Mais je veux reparer ma faute par ceci.
l*ourrois-tu te résoudre à me quitter ainsi 3
Mascarille.
Non , je ne le saurois , quelque effort que je fasse» Mais votre promptitude est de mauvaise grâce. Apprenez qu’il n’est rien qui blesse un noble coeur Comme quand il peut vo-ir qu’on le touche en i'houncur,
Hippolyte.
11 est vrai, je t’ai dit de trop grosses injitrcsi Mais que ces deux louis guérissent tes blcîstucs. Mascarille.
Eh ! tout cela n’est rien : je suis tendic à c^s coups...,
( Prenant les Jeux louis. )
Mais déjà je commence à perdre mon courroux,
11 faut de ses amis endurer quelque chose.
Hippolyte.
Eourras-tu mettre k fin ce que je me proposa,
COMÉDIE
ît croîs-tu que l’effet de tes desseins hardis Produise à mon amour le succès que tu dis ?
K’ayci point pour ce fait l’esprit sur des épines. J’ai des ressorts tout prêts pour diverses machines ; Et, quand ce stratagème à nos voeux manqueroit, Ce qu’il ne feroit pas , un autre le feroit.
Hippolyte.
Crois qu’Hippolyte, au moins, ne sera pas ingrate» Mascarille.
L’espérance du gain n’est pas ce qui me flatte.
H I P P O L Y T E , appercevant Le'lie qui s’approche. Ton maître te fait signe , et veut parler à toi ;
Je te quitte; mais songe à bien agir pour moi.
( Elle s'en va. )