‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 2 sur 127 · DES PIECES · texte numérisé non relu

DES PIECES

* MJ Etourdi , ou Zes Contre-tems , Comédie, en cinq actes , en vers , représentée , pour la première fois , au Théâtre de Lyon , en , puis à Béziers, pendant la tenue des Etats de Languedoc , la meme année , et à Paris , au Théâtre du Petit Bourbon, le 3 Novembre im-

primée à Paris , en , chez Claude Batbin , ,

* Le Dépit amoureux , Comédie , en cinq actes , en vers , représentée , pour la première fois , à Béziers , pendant la tenue des Etats de Languedoc, en 1^54, et à Paris, au Théâtre du Petit Bourbon , à la fin de Décembre KÎ58 , et imprimée , à Paris , la même année , chez ClaudcBarbin, i/x-i».

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La femme de Sganarcüe a ramassé le portrait « sans savoir quel en étoic l’original et â qui il appartenoît. Sganarella s’en est emparé , et Lélie , en le voyant entre les mains de cet homme , le croii l’époux de Célic , qui , de son côté , trouvée par la faux lappoit de Sganaielle , pense, comme lui, que Lélie est amoureux de sa femme, Céüe , dans cette

tout s’explique , et Villebrequin , pere de Valcre » vient retirer sa parole , parce qu’il a découvert que ton fils s’est marié ailleurs , secrètement. Gorgibus donne Célic à Lélie , et Sganarcllc voit qu’il a eu tort de soupçonner sa femme de lui être infîdclle.

Ce sujet à quelques ressemblances avec celui d’un ancien canevas Italien, intitulé II ritrauo y ou Arliekino eornutto per opiaione , et joué depuis , à Paris, pat la Troupe Italienne, en trois actes, en prose , le 10 Kovembre 1716.

c* Le Cücu imaginaire fut représenté quarante fois de suite, quoique dans l’été , et pendant que le ma« riage du Ko! retenoit toute la Cour hors de Paris , observe Voltaire, dans les jugemens qu’il a donnés des Pièces de MoIiere , à Ta suite de la Vie de cet Auteur. Le Cdcu imaginaire est une l’iece où il entre un peu de caractère , et dont l’intrigue est comique par elle-même. On voit que Moüerc perfectionna sa maniéré d’écrire par son séjour i Paris. Le style du Coeu imaginaire l’emporte beaucoup sur celui de scs pcemieces Pièces en vers. On y trouve bien moins d«.

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f^timarest , dans sa Vie de Maliere, nous apprend ec qu’un Bourgeois de Paris fut assez sot pour vouloir se plaindre du Coeu imaginaire , qu’il disait lui ressembler , crorant que Molière l’avott eu en vue «n peignant son 5ganarelle. On lui Bt observer que les maris qui sur cette maticre en droienr quittes pour l’imagination éto ent les plus heureux , ecque s’il droit dans ce cas , il n’avoit rien à dire. U fur consolé pat un aussi bon raisonnement , et il se calma.

M. Brct nous apprend aussi que ce ce fut Moliere qui T dans la nouveauté de cette l'icce, joua le rôle de $ganarelle , avec une intelligence , un comique , une vérité qu’on ignoroit encore sur tous nos Théâtres. C’étoit exactement le Jtfime dont parle Cicéron , qui ore , vuliu , imiianiis moribut ^ voce ^ denique torpOTt videtur ipso» »

Z?. Garclt de Navarre , ou Le Prince jaloux Comédie-héroïque , en cinq actes , en vers , représentée > pour la première fois , au Théâtre du Palais-Royal » le 4 Février i66\ i imprimée • apres la mort de l’Auteur, dans la première édition de ses Œuvres , à Paris , en l6Z^ , chez Denis Thierry , en six volumes , in-ia.

D. Garcic aime Donc Elvîrc, Princesse de Léon", â laquelle on a ravi scs États , et il en est aimé: mats son caractère jaloux le porte à la soupçonner d’infidélité, tur le# plus légciei apparencti. Il s’inquiète «t

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’r^tnphitrioa , sont peut - 8tr« la raison la plus forte qui puisse empêcher de le reproduire aujourd’hui Eur notre Théâtre , où les efforts de nos Écrivains tendent tous à nous accoutumer au penre sérieux » toujours plus aisé à traiter que le genre plaisant. >9 et Ces morceaux sont de la scene sinquieme du second acte et de la scene huitième du quatrième acte , qu’il a placés dans la troisième scene du qua> teieme acte du Misannopt , et dans la sixième scent du second acre i'Àmphiirion. »

et Le caractère de D. Garice, dont Molicre s’étoit chargé , et qu’il fût obligé de céder à un autre Acteur , a servi de modèle d tous les Ecrivains qui depuis notre tuteur ont traité la jalousie sur no* Théâtres; mais il leur esc arrivé, à-peu-près, ce qu’éprouva Molieic , en ne prenant point cette passion du côté du ridicule. La jalousie ne peut-être fil mieux peinte , ni suivie avec plus de vérité et de gradation ; mais la tristesse de ce sentiment chez le* Grands en rend l’injustice et les excès peu soutenables ailleurs que dans le Tragique. Cette épreuve fut une Itçon utile pour Molière qui ne conserva plus la jalousie que dans l’ordre Bourgeois , où s* naïveté et sa folie furent désormais pour lui une *ourcc intarissable de gaiété. On appundra dan* If ïtincc Jaloux, le Cocu Imaginaire, George- Pan^ din , &C. à tinr d’une seule passion une si grande di* tersitd de sujets , dit Rlccoboni , dans scs obsen/atitlU sur la Comédie et sur le géait de MoUjre, » . ^

^ CATALOGUE DES PIECEÎ5 J

cc Le fonds de la Comédie- Héroïque de D. GarciV de- Vovarre , est pris de Cicognini , Auteur Espagnol,...

La fable de l’ouvrage est noble et sage, et n’a contre elle que le sérieux , qui la perdit- Les rires qu’avoient excités les Précieuses Ridicules et le Cocu Imaginaire sembloicnt avoir interdit à Moliere toute autre voie d’amuier scs Spectateurs. Il risqua presque toujours de déplaire lorsqu’il voulut prendre un ton plut élevé que celui de scs premiers ouvrages. Quoiqu’il en soit, il subit, avec modestie l’arrêt du Public. Il paroîc même qu’il avoir dessein. que cette Comédie-Héroïque ne parût jamais , puisqu’il en transporta beaucoup de vers dans deux de ses ■leillcurcs Pièces, n

* V Ecole des Marii , Comédie , en trois actes, en vers , représentée , pour la première fois , devant la Reine d’Angleterre , dans une fête donnée à Vaux , chez le Sur-Intendant des Finances ïouquet, le 12 Juin , et ensuite à Paris , au Théâtre du Palais-Royal, le 14 du même mois } imprimée, à Paris, en avec une

Epître dédicatoire , adressée au Due d’Orléans , fiere unique du Roi, chez Guillaume de Luynes,

, Les Fâcheux , Comédie-Ballet , en trois actes ,

•Il vers , précédée d’un Prologue , représentée ,

pour

'^ut la piemîere fois , devant le Roi , dans nne fête donnée à V§ux , chez le même Sur-Intendant , le 1^ Août 1661 f puis à Fontainebleau le aVdu même mois , et ensuite à Paris , au Théâtre du Palais-Royal , le 4 Novembre de la même année j imprimée , à Paris, en 1663 , avec une Epître dédicatoire , adressée au Roi , et une Préface, chez Guillaume de Luyncs , in-iz.

cc Pouquet , dernier Sur-Intendant des Finances , «ngagea Molière à composer cette Comddic , pour la fameuse fete qu’il donna au Roi et à la Reine Mere, dans sa maison de Vaux , aujourd’hui appelée -Villars , dit Voltaire , dans ses jugemens des Pièces de notre Auteur. Molicre n’eut que quinze jours pour SC préparer. Il avoit déjà quelques scenes détachées toutes peStes. Il y en ajouta de nouvelles , cc en composa cette Comédie , qui fut , comme il le dit dans sa piélacc , faite , apprise et représentée en moins de quinze jours. Il n’est pas vrai , comme le prétend Grimarest, dans sa vie de Molière , que le Roi lui eût alors fourni lui-meme le caractère du Chasseur. ( Scene septième du second acte. ) Molière n’avoit point encore auprès du Roi un accès assez libre. De plus , ce n’étoit pas cc Prince qui donnoit la fête ; c’éloit Fouquet , c6 il falloir ménager au Roi le plaisir de la surprise. « Cette Pièce ht au. Roi un plaisir extrême y

quoique les Ballets des Intermèdes fussent mal in^ ventés et mal exécutés. Paul Pelisson , homme célebre dans les Lettres , composa le Prôlogue , en vers , à la louange du Roi. ( Le Prologue est récité par une Kayade , sortant des eaux , et i laquelle se joignent plusieurs Faunes » des Satyres et des Nayades , pour former un Divertissement : il servit depuis de modèle aux Prologues de Quinault. ) Ce Prologue fut très-applaudi de toute la Cour , et plut beaucoup à Louis XIV ; mais celui qui donna la fête et l’Auteur du Prologue furent tous deux mis en prison , peu de tems après. ( Pelisson étort l’ami intime , et avoir été le premier commis et le confident de Fouquet. ) On les vouloir meme arrêter au milieu de la fête. Triste exemple de l’instabilité des fortunes de Cour ! a

« Les Fâcheux ne sont pas le premier ouvrage en scenes absolument détachées qu’on ait eu sur notre Théâtre. Les Visionnaires de Desmarcts étoient dans ce goût , et avoient eu un succès si prodigieux , que tous les beaux esprits du tems de Desmarets l’appeloient l’inimitable Comédie. Le goût du Public s’est tellement perfectionné depuis que cette Comédie ne paroîc aujourd’hui inimitable que par son extrême impertinence , sa vieille réputation fit qute les Comédiens osèrent la jouer en 1719 v mais ils ne purent jamais l’achever. Il ne faut pas craindre que tes Fâcheux tombent dans le même décri. On igno- «•it le Théâtre du tems de Desniarsts. Les Acteurs

iftoîcnt outrés en tout , parce qu’ils ne connoisjoîcnt point la nature. Ils pcignoient, au hasard ^ des caractères chimériques. le faux, le bas, le gigantesque dominoient par 'tout. Molière fut le premier qui fit sentir le vrai , et , par conséquent , le beau. Cette Pièce le fit connoître 'plus particuliérement de la Cour et du Eoi 5 et Icsquc , quelques jours apres, Molière donna cette Pièce à Fontainebleau , le Koi lui ordonna d’y ajouter la scène da Chasseur. On prétend que ce Chasseur étoit le Comte de Soyecourt. Molière, qui n’entendoit rien au jargon de la cha.sse, pria le Comte de Soyecourt, Iui-m6me, de lui indiquer les tenues dont il devoit se servir. «

Voici comment l’anecdote de la scène du Chasseur est racontée, dans le Ménagiana.

3’ Dans la Comédie des Fâcheux , qui est une des plus belles de Molière , le Fâcheux Chasseur qu’il introduit dans une scene de cette Piece est M. de Soyecourt. Ce fur le Koi , lui-meme, qui lui donna le sujet , et voici comment. Au sortir ..de la première représentation de cette Comédie , qui se 'fit chei M. Fouquet , le Roi dit i Moliere , en lui montrant M. de Soyecourt , Chasseur jusqu’au ridicule: Voila un grand original que vous n’ave^ pas encart (opié. C’en fut assez dit. Cette scene fut faite et aprisc en moins de vingt- quatre heures, et le Roi «ut le plaisir de la voir en sa place, à la representafion sulvautc de ccue Piece.

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Biccobonl ( Ohsérvationr sur la Comédie et sur le Génie de Moîiere ) prétend que ccc Auteur avoir pris le sujet des Fâcheux dans une ancienne Comédie Italienne , intitulée le Case Svali^^iate , ou GU înte- Tompimenii di Penulont , et à laquelle on donna depuis le titre François A' Arlequin, dévalistur de Maisons y pour éviter celui des Fâcheux , dont Molière s’étoit emparé.... « Mais M. Bret ( Avertissement mis au devant des Fâcheux ) croit que c’est la première du premier Livre des Satyres d’Horace , Jbam forte vii sacra ^ &c. , qui donna à Molière l’idée de ses Fâcheux , puisque la première scène en est une imitation évidente, et qu’on l’avoit déjà vu puiser, chez ce meme Vocte Latin , la plus ingénieuse scene du Dépit Amoureux. «

te Le peu de tems qu’avoit eu Mollere pour satist faire le Sur-Intendant , l’avoit engagé i chercher des secours auprès d’un de ses amis , dit encore M. Brct. On sut qu’il avoit chargé le fameux Chapelle de la scene de Caritides, ( la seconde du troisième acte ; celle du savant ridicule ) et bientôt ce fut à ce rimeur voluptueux et facile qu’on attribua le succès de notre Auteur. Chapelle se défendit mal de ce bruit, et Moliete fut forcé de lui faire dire, par Despréaux , leur ami commun , de favoriser moins , à cet égard , l’opinion de ses ennemis , sans quoi il se verroit oblige de montrer la misérable scene qu’il lui avoit apportée , et qu’il avoit été forcé dfi refaire en entier , parce qu’il n’y avoir pas apperçu.

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DE MOLIERE. jr

la moindre lueur de plaisanterie. Ce seroît une chose assez curieuse à ttouver que cct essai dramatique d'e Chapelle , pour faire voir combien ce qu’on appelle esprit dans le monde est au-dessous du gdnie et même du talent.... »

ce Le cdlebre T.e Brun avoit chargé , pour la représentation de Vaux , de ce que la décoration théâtrale pouvoit exiger de son-goût et de son pinceau.... et Molière s’arrangea pour les intermèdes de sa Bicce avec Beauchamp , Maître des Ballets , qui consentit à les attacher si bien à l’Ouvrage , que chacun parût n’en être qu’une suite. Il eût fallu plus de tems pour mûrir et pour perfectionner ce projet, qui ne fut exécuté qu’imparfaitement -, maia Molicre a grande raison de dire , dans sa Préface , que celle id/e peut strvir à d’autret choses , ^ui 'pourroiea tire m/ditdes avec p'us de loisir, »

C’est dans cette Pièce qu’on vit , pour la premier» fois , la danse unie à un sujet , pour ne faire qu’une seule et meme chose du Ballet et de la Comédie.

«* Avec quel chagrin ne doit- on pas voir dans cette meme Préface que Moliere se promettoit d’examine tm jour toutes scs Pièces , et d’y faire les remarques dont elles auroient besoin ? Quelle excellente poétique scs successeurs auroient eue sur un genre donc il ». possédé seul le secret et l’étendue ! » continue M. Bref.

«I Pour lier ensemble les difFérens caractères des fîb* cheux dont il 'avoit fait choix, { un Gentilhonu»* *-

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jî CATALOGUE DES PIECES

amateur de musique , et qui compose , un ami à’âpéCf un joueur malheureux , deux femmes qui se disputent sur une question d’amour , un chasseur ridicule , un faux savant, un faiseur de projets , un brétaillcur de qualité, et, en personnages muets, des joueurs de mail , des curieux , des joueurs de boule , des frondeurs , des savetiers , des jardiniers , des suisses, &c. ) il se servit , comme il le dit lui-ni8mc , dans sa Préface , du premier noeud qu’il put rrotzvfr. Un amant ^ ( nommé Eraste ) inquiet , et dont l’amour est traversé par un oncle, qui le hait, ( nomme Damis , oncle et tuteur d’Orphisc , aimée d’Érastc ) étoit un personnage excellent à faire tourmenter par des importuns. L’intrigue n’a que ce fil léger ; mais partout il s’apperçoit i par-tout il lie les scènes jusqu’au dénouement , qui se sent trop de la précipitation avec laquelle cette Comédie fut faite. On ne voit qu’avec peine Damis ( scène cinquième du troisième acre ) concevoir le projet de faire attendre Éiasce par des coupe- larrets à la porte de sa maîtresse, chci laquelle cet oncle a appris qu’il devoit venir , malgré sa défense. Les gens attaches à Érastc , qui sc trouvcnt-!à , tiçs heureuscment , et qui entendent le projet de Oamis , en l’attaquant, lui -même, fournissent, à la vérité, à Éraste , une occasion de défendre les jours de l’onde d’Orphisc , et d’éteindre sa haine pour lui ; mais ce moyen , trop romanesque , met en jeu trop de scélérats , et termine désagréablement une Picce inimitable jusques-là..it i»

DÉ MOLIERE. jj

■ ^ VScoU des Femmes , Comédie , en cinq actes , en vers , représentée , pour la première fois , à Paris , sur le Théâtre du Palais-Royal , le z6 Décembre i66z j imprimée, avec une Epître dédicatoirc , adressée à Madame , et une Préface , à Paris , en \66i , chez Gabriel Quinet, in-xx.

La Critique de V Ecole des Femmes , Comédie , en un acte en prose , représentée , pour la première fois , à Paris , au Théâtre du Palais-Royal , le premier Juin i66$ s imprimée, avec une Epître dédicatoirc , adressée à la Reinc-Mcre , à Paris , la même année , chez Guillaume de Luynes, in iz.

<c C’est le premier Ouvrage de ce genre qu’on connoisse au Théâtre, dit Voltaire, dans scs jugemens sur les l'ieccs de Moliere. C’est proprement un Dialogue et non une Comédie. Moliere y fait plus la satyre de ses censeurs qu’il ne défend les endroits foibles de L’Ecoîe des Femmes, On convient qu’il avoic tort de justifier In Tarte i la crème { scene première du premier acte ) et quelques autres bassesses de style, qui lui étoient échappées; mais ses ennemis avoient plus grand tort de saisir ces petits dér £auts pour condamner un bon Ouvrage..,, n

€t Depuis cinq mois, les Marquis subalternes, les petits beaux-esprits et les maris infortunés se déchaw

noient contre un des plus grands et des plus justes succès qu’on eût vus sur la scene Françoise, observe M. Brct , dans son Avertissement mis au-devant de La Critique de l’Ecole des Femmes. Molière enfin perdit patience : U voulut se venger. On sait qu’il disoit quelquefois que le mépris étoit une pilule qu’on pouvoir avaler , mais qu’on ne pouvoir mâcher sans faire la grimace. »

€i Ce ne fut point une véritable Comédie qu’il donna ; ce ne fut point non plus un simple Dialogue , comme on l’a dit. Des caractères bien dessinés et soutenus , une progression successive de chaleur , une image vive des conversations et des moeurs du tems ) tout cela doit mettre cet Ouvrage au-dessus du genre froid que Platon rendit si grave V Lucien plus piquant et Fontcnclle plus joli , et dans lequel deux ©U trois interlocuteurs , toujours en scene et sans mouvement , dogmatisent sur un point de morale ou de critique, o

» Le plus acharné des ennemis de notre Auteur , Devisé, prétend qu’un certain Abbé Dubuisson avoit porté à Moliere cette Critique , qu’il parut dédaigner d’abord , mais qu’il mit ensuite au Théâtre , sous son propre nom. Rien n’est vraisemblable dans cette ancc^ dote. Cet Abbé Dubuisson étoit un des introducteurs en chef des Ruelles de Paris. ( C’est-à-dire , chex les Précieuses ) dès avant leur lever,} Pouvoit-il ^rendr^

DE MOLIERE. 5y

tin intérêt assez vif à MoIiere , qui avait détruit 1 » secte donc il étoic un des patrons?

Voici les propres termes de Devisé , tome troisième de scs Nouvelles-Nouvelles , pages et 237.

O . . . . Nous verrons , dans peu.. . une Pièce de Tdolicre intitulée La Critique de l'Ecole des Femmes , OÙ il dit toutes les fautes que l’on repren.i dans sa Piece > et les excuse , en meme-tems. Elle n’est pas de lui.... elle est de l’Abbé Dubuisson, qui est un des plus galans hommes de ce siecle.... Molière , à qui il la porta > trouva des raisons pour ne la poine jouer , encore qu’il avouât qu’elle fût bonne. Cependant , comme son esprit consiste principalement à se savoir bien servir de l’occasion , et que cette idée lui a plu , il a fait une Pièce sur le même sujet , croyant qu’il étoit le seul capable de lui donnes des louanges. »

ftt La Préface de L'Ecole des Femmes nous apprend » d’ailleurs , continue , M. Brct , qu’une personne de qualit/j dont l'esprit e'toit asse:^ connu, et qui faiseit à Moliere l'honneur de l'aimer , lui ayant ouï conter l'id/e qu'il avoit de cette petite Comédie , la lui apporta un jour toute faite ) mais d’une maniéré , dit Moliere , beaucoup plus galante et plus spirituelle que je ne puis faire Molière profita, sans douté, du travail de son illustre ami î et plus nous y réfléchissons , plus nous reconnoissons M. de Vlvonne au portrait qu’il en fait,» ajoute M. Brct,

(( A peine La Critique de l'Ecole des Femmes parut?

elle, que Devisé en donna une à sa manière, sou» It titre de Zt'-linde , ou La vt^ritable Critique de l’Ecolt des Femmes , et La Critique de la Critique, l/Ouvrage de ccc Auteur ne manvjue que de style, d’imagination» d’esprit et de griieté. Aussi ne fit-il aucun tort à celui de Molicrc.)>

Cl Boursau’.t , homme alors de la plus grande médiociité, et qui jusqucs-là n'avoit encore rien offert des taicns qu’il dévoie montrer par la suite dans scs deux Escpes , se reconnut dans le personnage du l’octc L/sidas , ( qui paroît à la septième scene de La Critique de l’Ecole des Femmes , et, jusqu’à la fin de cette Pièce , fronde L'EcoU des E'emmes ) et il présenta bientôt sur le Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne f,e Portrait du Peintre , espece de petit Drame misérable, modelé exactement, pour la forme, sut celui de notre Auteur , mais pesant , ennuyeux c» fade , par la triste ironie qui y régné, o ( Nous avons déjà fait connoîrre cette petite Comédie dans le Catalogue des Pièces de Boursault , tome huitième des Comédies du Théâtre François de notre Collection.) « Il y eut un trait dans cette Piece qui put offenser Moliere; ce fut celui qui annonça une clef imprimée de la Comédie de L’Ecole des Femmes. L'Impromptu de Versailles ^ qui suivit de pics La Critique de l’Lcolt des Femmes , prouve assez que Molicte fut trop sensible à ce trait du Portrait du Peintre , puisque Boursault y fut joué , sous son propre nom , aussi-bien que les Acteurs de l’Hotcl de Bourgogne..,. » ^

L'Impromptu de Versailles » Comédie , en im acte , en prose , représentée , pour la première fois , devant le Roi, à Versailles , le 14 Octobre m66^ 3 et à Paris , sut le Théâtre du Palais- Royal , le 4 Novembre suivant ,* imprimée , après la mort de l’Auteur , à Paris , en i6'3x , chez Denis Thierry , m-it.

« MoHerc fit ce petit Ouvrage en partie pour sc justifier devant le Roi de plusieurs calomnies , et , en partie , pour répondre à la Picce de Boursault ( Le Portrait du Peintre ) , observe Voltaire ( jugcmcns sur les Pièces de Molière ^ . L’impromptu de Versailles est une satyre cruelle et outrée. Boursault y est nommé par son nom. La licence de l’ancienne Comédie Grecque n’alloit pas plus loin. Il eût été de la bienséance et de l’honnêteté publique de supprimer la satyre de Boursault et celle de Molière. Il est honteux que les hommes de génie et de talent s’exposent par cette petite guerre â être la risée des sots. Il n’est permis de s’adresser aux personnes tjuc quand ce sont des hommes publiquement déshonorés.... Molîere sentie d’ailleurs la foiblesse de cette petite Comédie et ne la fit point imprimer. «

<1 Ce fut dans le courant de la même année ( lééj ) que Moliere reçut les preuves les plus fortes de la satisfaction qu’avoitson Maître des plaisirs qu’il lui proculoit, dit M. Uret. (Avertissement placé par lui au-devant

i» CATALOGUE DES PIECES

àt L'Impromptu de Versailles.) Louis XIV le ütcomprendrfi dans la liste des Gcns-de-Lcttrcs qui curent part à scs libéralités et qui annoncèrent à toute l’£urope le goût et la magnificence de ce Prince. Moliere fit ses remcrcicmens au Roi , pat une Épître, en vers libres..., qui ne brille pas moins par le beau naturel que tous scs autres Ouvrages. Dans cette Épître, il conseille à sa Musc de se présenter chez le Roi pour le remercier, sous le masque d’un Marquis , personnage ridicule alors à la Cour, et auquel ont succédé nos petits-maîtres Le portrait qu’il fait de cette espece d’être , moitié Seigneur , moitié boutfbn , est un des meilleurs tableaux qu’il ait dessinés. »

« Louis XIV , qui venoit de se déclarer le Protecteur de Moliere, fut indigné qu’à l’occasion de L'Ecole des Femmes , dont ce Monarque , ami des Arcs , sentoit toutes les beautés , on se fût permis contre lui des personnalités odieuses , et que des gens qu’il n’avoit jamais attaques, tels que Devisé et Boursault , ainsi que les Acteurs des différens Théâtres de Paris , cherchassent à le diffamer par des écrits insipides et plus méchans encore. Ce Prince , si digne , à tant d’égards , que son règne fût celui du génie , prit les intérêts de .Moliere si fort à cœur qu’il lui ordonna de se venger; et c’est à cet ordre que L'Impromptu de Versailles dut sa naissance. Ce fut aussi à Versailles qu’il parut d’abord , et que le Roi souffrit que, dans la seconde scène, celle du Marquis importun, Moliere y parlât de l’ordre qu’il avoit reçu d’imposer

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