‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 39 sur 127 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LÉANDRE, MASCARILLE, Mascarille;

^^^oNsiEUR , j’ai perdu tems , votre hommese dédit. Léandre.

De la chose lui-même il m’a fait le récit.

Mais c’est bien plus j j’ai su que tout ce beau mystère ,

COMÉDIE

D’un rapt d’égyptiens , d’un grand Seigneur pour pere, Qui doit partir d’tspagne, et venir en ces lieux ,

N’est qu’un pur stratagème , un trait facétieux »

Une hisroirc à plaisir, un conte dont Lélie A voulu détourner notre achat de CéliCi

Voyei un peu la fourbe î

Pt pourtant Trufaldin ïst si bien imprimé de ce conte badin ,

Mord si bien à l’appât de cette foibic ruse ,

Qu’U ne veut pas souffrir que l’on le désabuse.

Mascarille.

C’est pourquoi désormais il la gardera bien,

£c je ne vois pas lieu d’y prétendre plus rien,

Si d’abord à mes yeux elle parut aimable ,

Te viens de la trouver tout à fait adorable;

Et je suis en suspens , si , pour me l’acquérir ,

Aux extrêmes moyens je ne dois point courir »

Par le don de ma foi rompre sa destinée.

Et changer ses liens en ceux de l’hyménée.

Mascarille.

Vous pourriez l’épouser ?

Je ne sais; mais, enfin}

Si quelque obscurité se trouve en son destin,

Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces ,

Qui, pour ^irerlcs cceurs, ont d’incroyables forces.

Fij

Mascarilli.

Sa vertu , dites-vous ?

Quoi ! que murmures-tu î Achève, explique-toi sur ce mot de vertu.

Mascarille.

Monsieur, votre visage en un moment s* altéré ,

Et je ferai bien mieux , peut-être , de me taire»

Non , non , parle.

Mascariilh.

Kh ! bien donc, très-charitablcmcnt.

Je vous veux retirer de votre aveuglement.

Cette fille....

Poursuis.

Ma scarills.

N’est rien moins qu*inhumaine :

Dans le particulier , clic oblige sans peine ;

Et son coeur, croyex-moi, n’est point roche , après toutt A quiconque la sait prendre par le bon bout.

Elle fait la sucrée , et veut passer pour prude i Mais je puis en parler avecque certitude.

Vous savez que je suis quelque peu du métier A me devoir connoître en un pareil gibier è

Célie?.... •

Mascarillx.

Oui , sa pudeur n’est que franche grimacti^ Qu’une ombre de vertu , qui gàrde mal la place ,

COMÉDIE;' as

It qui s’évanouit , comme l’on peut savoir ,

Aux rayons du soleil qu’une bourse fait voir.

Lasî que dis-tu? croirai-je un discours de la sorte?

M ASCARILLE.

Monsieur, les volontés sont libres > que m’importe? Non , ne me croyez pas, suivez votre dessein , Prenez cette matoise, et lui donnez la main i Toute la ville en corps rcconnoîtra ce zèle,

Et vous épouserez le bien publie en elle,

Quelle surprise étrange 1

Mascarille, à part.

Tl a pris l’hameçon.

Courage ! s’il se peut enferrer tout de bon ,

Nous nous ôtons du pied une fâcheuse épine!

Oui, d’un coup étonnant ce discours m’assassine!

Mascarille.

Quoi I vous pourriez

L Ji A N D R E , Vinierrompant,

Va-t- en j usqu’à la poste , et vo3 îe ne sais quel paquet qui doit venir pour moi.

( Mascarille s’en va. )

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