‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 95 sur 127 · VALERE, ASCAGNE, FROSINE · texte numérisé non relu

VALERE, ASCAGNE, FROSINE

ValeRï,à Aseagne,

Si vous êtes tous deux en quelque conférence Où je vous fasse tort de mêler ma présence ,

Je me retirerai.

Non , non , vous pouvez bien , Puisque vous le faisiez, rompre notre entretien.

Moi ?

Vous-même.

Et comment?

Je disois que Valcre

Auroit, si j’étois fille , un peu trop su me plaire i Et que, si jè faisois tous les voeux de son coeur,

} e ne tardetois guère à faite son bonheur.

Ces protestations ne coûtent pas grand’chose ,

Alors qu’à leur effet un pareil si s’oppose}

Mais vous seriez bien pris> si quelque événement Alloit mettre à l’dprcuve un si doux compliment !

Point du tout: je vous dis que > régnant dans votre ame. Je voudrois de bon cesur couronner votre flamme.

Et si c’étoit quelqu’une , où, par votre secours.

Vous pussiez être utile au bonheur de mes jours? .

Je pourrbis assez mal répondre à votre attente.

Cette confession n’est pas trop obligeante !

Eh! quoi ! vous voudriez, Valere, injustement. Qu’étant fille , et mon cœur vous aimant tendrement. Je m’allasse engager avec une promesse De servir vos ardeurs pour quelqu’autre maîtresse?

Un si pénible effort pour moi m’est interdit,

Valere.

Mais cela n’étant pas?

Ce que je vous ai dit.

Je l’ai dit comme fille, et vous le devez prendre Tout de meme,

Valere.

Ainsi donc , il ne faut rien prétendre, Ascagne, à des bontés que vous auriez pour nous ,

COMÉDIE. n

A moins que le Ciel fasse un grand miracle en vous; Bref, si vous n’etes fîilc , adieu votre tendresse i Il ne vous reste rien qui pour nous s’intéresse.

J’ai l’esprit délicat plus qu’on ne peut penser.

Et le moindre scrupule a de quoi m’offenser.

Quand il s’agit d’aimer, enfin, je suis sinr.crc.

Je ne m’engage point à vous servir, Valcte,

Si vous ne m’assurez , au moins absolument.

Que vous avez pour moi le même sentiments Que pareille chaleur d’amitié vous transporte.

Et que , si j’étois fille . une flamme plus forte N’outrageroit point celle où je vivrois pour vous.

Je n’avois jamais vu coscrupule jaloux;

Mais , tout nouveau qu’il est, ce n:\puvemenc m’oblige» Et je vous fais ici tout l’aveu qu’il exige.

Mais, sans fard ?

Ou], sans fard.

S’il est vrai, désormais

Vos intérêts seront les miens, je vous promets.

J’ai bientôt à vous dire un important mystère,

OÙ l’effet de ces mots me sera nécessaire.

Et j’ai quelque secret de même à vous ouvrir ,

OÙ votre coeur pour moi se pourra découvrir.

Hé , de quelle façon cela pourroit il être ?

C’est que j’ai de l’amour , qui ne sauroit paroître;

Et vous pourriez avoir sur l’objet de mes voeux Un empire à pouvoir rendre mon sort heureux.

Expliquez-vous, Ascagne, et croyez, pat avance ,

Que votre heur est certain, s’il est en ma puissance.

Ascagne.

Vous promettez ici plus que vous ne croyez,

Non , non, dites l’objet pour qui vous m’employez. Ascagne.

11 n’est pas encor tems; mais c’est une personne Qui vous touche de près.

Votre discours m’étonne, '

Plût à Dieu que ma sœur!...

Ascagne, l'interrompant.

' Ce n’est pas la saisoa

De m’expliquer , vous dis- je.

Eh ! pourquoi ?

Ascagne.

Pour raison.'

Vous saurez mon secret , quand je saurai le vôtre.

J’ai besoin pour cela de l’aveu de quelque autre.

Ascaghe.

COMÉDIE

Ayez-lc-donc,’ct lors, nous expliquant nos voeux, üous verrons qui tiendra mieux parole des deux.

Adieu, j*en suis content.

Et moi content , Valerc.

.{ faler* s’en va. )

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