‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 96 sur 127 · LUCILE , MARINETTE , ASCAGNE , FROSINE · texte numérisé non relu

LUCILE , MARINETTE , ASCAGNE , FROSINE

Lucile, à Marinette,

est fait : c’est ainsi que je me puis venger;

Et, si cetre action a de quoi l’affliger.

C’est toute la douceur que mon cœur s’y propose..«

( A Ascagne, )

Alon frere, vous voyez une métamorphose.

Je veux chérir Valcrc, apres tant de fierté,

Et mes voeux maintenant tournent de son côté. ^ A s c A G N E.

Que dites-vous, ma sœur ? Comment! courir au change? Cette Inégalité me semble trop étrange!

La vôtre me surprend , avec plus de sujet.

De vos soins autrefois Valero étoit l’objet.

Je vous ai vu pour lui m’accuser de caprice.

D’aveugle cruauté , d’orgueil et d’injustice;

Et quand je veux l’aimer , mon dessein vous déplaît.

Et je vous vois parler contre son intérêt !

Je le quitte , ma sœur , pour embrasser le vôtre.

Je sais qu’il est rangé dessous les loix d’une autre ;

Et ce seroit un trait honteux à vos appas ,

Si vous le rappelliex , et qu’il ne revînt pas.

Si ce n’est que cela , j’aurai soin de ma gloire,

Et je sais pour son cœur tout ce que j’en dois croire;

Il s’explique à mes yeux intelligiblement;

Ainsi dcconvrex-lui , sans peur, mon sentiment;

Ou , si vous refusez de le faite , ma bouche Lui va faire savoir que son ardeur me touche....

Quoi I mon ftere, à ces mots vous restez interdit?

Ah ! ma sœur , si sur vous je puis avoir crédit.

Si vous êtes sensible aux prières d’un frère.

Quittez un tel desseui , et n’ôtez point Valerc Aux vœux d’un jeune^bjet dont l’intérêt m’est cher.

COMÉDIE

It qui , sur ma parole , a droit de vous toucher.

La pauvre infortunée aime avec violence >

A moi seul de scs feux elle fait confidence,

Et je vois dans son coeur de tendres mouvemens A dompter la fierté des plus durs sentimens.

Oui , vous auriei pitié de l’état de son amc , Connoisrant de quel coup vous menacez sa flamme; Et je ressens si bien la douleur qu’elle aiita Que je suis assuré , ma soeur , qu’elle en mourra.

Si vous lui dérobez l’amant qui peut lui plaire. Eraste est un parti qui doit vous satisfaire.

Es des feux mutuels....

L U C I L s , l’interrompant.

Mon frère, c’est assez.

Je ne sais point pour qui vous vous intéressez ;

Mais , de grâce , cessons ce discours, je vous prie.

Et me laissez un peu dans quelque rêverie.

Allez , cruelle soeur ! vous me désespérez ,

Si vous effectuez vos desseins déclarés.

( Elle s’ea va , avec Frosine. )

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