‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 97 sur 127 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

lUClLE, MARINETTE.

Marinette.

SL A résolution , Madame , est assez prompte!

Un cœur ne pèse rien , alors que l’on l'afFronte;

Il court à sa vengeance, et saisit promptemene Tout ce qu’il croit servir à son ressentiment.

Le traître i faire voir cette insolence extrême !

Marinette.

Vous m’en voyez encor toute hors de moi-même; Et , quoi que là-dessus je rumine sans fin , L’aventure me passe, et j’y perds mon latin.

Car , enfin , aux transports d’une bonne nouvelle. Jamais coeur ne s’ouvrit d’une façon plus belle : De récrit obligeant , le sien , tout transporté ,

Ne me donnoit pas moins que de’ la déité;

Et cependant jamais , à cet autre message.

Fille ne fut traitée avecque tant d’outrage.

Je ne sais, pour causer de si grands changemens. Ce qui s’est pu passer entre ces courts momens.

Bien ne s’est pu passer dont il faille être en peine, Puisque rien ne le doit défendre de ma haine.... Quoi ! tu voudrois chercher hors de sa lâcheté, La secretc raison de cette indignité i

COMÉDIE. ‘4t

Cet écrit malheureux , dont mon amc s’accuse. Peut-il à son transport souffrir la moindre excuse î

MilfRINETTE.

En effet , je comprends que vous avex raison ,

Et que cette querelle est pure trahison.

Nous en tenons , Madame!... Et puis prêtons l’oreille Aux bons chiens de pendards qui nous chantent merveille ,

Otti , pour nous accrocher, feignent tant de langueur; Laissons à leurs beaux mots fondre notre rigueur-, Pendons -nous à leurs voeux, trop foibles que nous sommes !...

Foin de notre sottise , et peste soit des hommes !

F.h ! bien donc , qu’il s’en vante et rie à nos dépens »

Il n’aura pas sujet d’en triompher long-tcms;

Et je lui ferai voir qu’en une amc bien faire te mc'prissuit de près la faveur qu’on rejette î

Marinette.

Au moins, en pareil cas , est- ce un bonheur bien doux Quand on sait qu’on n’a point d’avantage sur nous, Marinette eut bon nc7. , quoi qu’on en puisse dire.

De ne permettre rien un soir qu’on vou’oit rire ! Quciqu’autre , sous l’espoir du matrimonion ,

Aurgit ouvert l’oreille à la tentation;

Mais moi , nef cio vosl

Que tu dis de folies ,

Et choisis mal ton tems pour de telles saillies I

D iij

4t LE DÉPIT AMOUREUX,

Enfin , je suis touchée au coeur sensiblement;- £t, si jamais celui de ce perfide amant »

Par un coup de bonheur , dont j’aurois tort, je pense ■y De vouloir à présent concevoir l’espérance,

( Car le Ciel a trop pris plaisir de m’affliger ,

Pour me donner celui de me pouvoir venger î )

Ouand, dis-je , par un sort à mes désirs pjopice.

Il reviendroit m’offrir sa vie en sacrifice.

Détester à mes pieds l’action d’aujourd’hui.

Je te défends , sur-tout , d: me parler pour lui.

Au contraire , je veux qac ton lelc s’exprime A me bien mettre aux ^eux la grandeur de son crimes Et même , si mon cœur étoit pour lui tenté De descendre jamais à quelque lâcheté.

Que ton affection me soit alors sévere,

Et tienne, comme il faut, la main à ma colcreî

Marinette.

Vraiment, n’ayee point peur , et laisscx faire à nous.,

J’ai , pour le moins, autant de colere que vousi

Et je setois plutôt fille toute ma vie

Que mon gros traître aussi me redonnât envie....

S’il vient....

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