‹ Chef-d'œuvres de T. CorneilleChapitre 16 sur 66 · PHEDRE, ARIANE, NÉ R IN E · texte numérisé non relu

PHEDRE, ARIANE, NÉ R IN E

A. H ! ma sœur ! savez -vous ce qu’on vient de m’apprendre ?

Vous avez cru Thésée un Héros tout parfait ?

Vous l’estimiez , sans doute , et qui ne l’eût pas fait ? N’attendez plus de foi, plus d’honneur ; tout chancelé» Tout doit être suspect, Thésée est infidèle.

Quoi 1 Thésée....

• Oui , ma sœur , après ce qu’il me doit.

Me quitter est le prix que ma flamme en reçoit :

Il me trahit au point que sa foi violée Doit avoir irrité mon ame désolée.

J’ai honte , en vous contant l’excès de mes malheurs, Que mon ressentiment s’exhale par mes pleurs.

Son sang devroit payer la douleur qui me presse.

C’est-là, ma sœur, c’est-là , sans pitié, sans tendresse. Gomme après un forfait si noir , si peu commun ,

On traite les ingrats , et Thésée en est un.

Mais quoi qu’à ma vengeance un fier dépit suggère , Mon amour est encor plus fort que ma colcre ,

Ma main tremble , et malgré son parjure odieux.

Je vois toujours en lui ce que j’aime le mieux.

ARIANE

PHEDRE

Un revers si cruel vous rend sans doute à plaindre ;

Et vous voyant souffrir ce qu on n’a pas dû craindre »

On conçoit aisément jusqu'où le désespoir....

Ariane.

Ah ! qu’on est éloigné de le bien concevoir !

Pour pénétrer l’horreur du tourment de mon am» «

11 faudroit qu’on sentît meme ardeur , même flamme # Qu’avec meme tendresse on eût aonné sa foi ;

Et personne jamais n’a tant aimé que moi.

Se peut-il qu’un Héros d’une vertu sublime !

Souille amsi.... Quelquefois le remords suit le crime»

Si le sien lui faisoit sentir ces durs combats....

Ma sœur , au nom des Dieux , ne m’abandonne! pas l Je sais que vous m’aimez , et vous le devez faire , Vous m’avez dès l’enfance été toujours sichcrel Que cette inébranlable et fidcllc amitié Mérite bien de vous au moins quelque pitié !

Allez trouver.... hélas! dirai-ie mon parjure? Peignez-lui bien l’excès du tourment que t'endure » Prenez pour l’attacher à ce nouveau, penchant ,

Ce que les plus grands maux offrent fle plus touchant : Dites lui qu’à son feu t’immolcrois ma vie,

S’il pouvoir vivre heureux après m’avo>r trahie;

D’un jusre et long rcmoids avanccz-lo 1 les coups:

Enfin , ma saur , enfin , je n espere qu'en vous.

Le Ciel m inspira bien, quand par t amour séduite» Je vous fis malgié vous accompagner ma fuite.

11 semble que dcs-lors il me faisoit prévoir

TRAGÉDIE

Le funeste besoin que j'en devois avoir.

Sans vous , à mes malheurs où chercher du remede ?

PHEDRE

Je vais mander Thésée ; et si son coeur ne cede , Madame , en lui pailant vous devez présumer.... Ariane.

Hélas ! et plût au Ciel que vous sussiez aimer ,

Que vous pussiez savoir par votre expérience Jusqu’où d’un fort amour s’étend la violence l Pour émouvoir l’ingrat , pour fléchir sa rigueur Vous trouveriez bien mieux le chemin de son cocur^ Vous auriez plus d’adresse à lui faire l’image De mes confus transports de douleur et de rage ;

Tous les traits en scroient plus vivement tracés. N’importe, essayez tout, parlez, priez, pressez:

Au défaut de l’amour , puisqu’il n’a pu vous plaire p Votre amitié pour moi fera ce qu’il faut faire.

Allez , ma sœur, courez empêcher mon trépas....

( A Nerine. )

Toi, viens, suis-moi , Nérine, et ne me quitte pas, •

fin du second Acte *

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