‹ Chef-d'œuvres de T. CorneilleChapitre 17 sur 66 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

P 1 K I T II O ü S , PHEDRE.

PlRITHOTJS.

C^E seroit perdre tems , il ne faut plus prétendre Que rien touche Thésée & le force à se rendre. J’admire encor , Madame, avec quelle vertu Vous avez de nouveau si long-tcms combattu, l’ar son manque de foi, contre vous-meme armée. Vous avez fait paroître une sœur opprimée ,

Vous avez essaye par un tendre retour

2)e ramener son cœur vers son premier amour ,

Et priere , et menace , et fierté de courage ,

Tout vient pour le fléchir d’ôtre nus en usage ;

Jdais sur ce changement qui semble vous gêner , L’ingratitude en vain vous le fait condamner ,

Vos yeux rendent pour lui ce crime nécessaire}

j-t s’il ccdc aux remords quelquefois pour vous plaît e ,

Quoi que vous ait promis ce repentir confus ,

Si-tôt qu’il vous regarde , il ne s’en souvient plus.

P h é dsi.

les Dieux me sont témoins que de son injustice

TRAGÉDIE

Je souffre malgré moi qu’il me rende complice.

Ce qu’il doit à ma soeur méritoit que sa foi Se fît de l’aimcrsçulc une sévere loi ;

Et quand des longs ennuis où ce refus l’expose ,

Par ma facilité je me trouve la cause ,

Il n’est peine , supplice où pour l’en garantir La pitié de ses maux ne me fît consentir.

L’amour que j’ai pour lui me noircit peu vers elle ;

Je l’ai pris sans songer à le rendre infidèle;

Ou plutôt j’ai senti tout mon cœur s’enflammer Avant que de savoir si je voulois aimer.

Mais si ce feu trop prompt n’eut rien de volontaire .

11 ddpendoit de pioi de parler ou me taire :

J’ai parlé ; c’est mon crime , et Thésée applaudi A l’infidélité par-là s’est enhardi.

Ah !■ qu’on se défend mal auprès de ce qu’on aime ! Ses regards m’expiiquoient sa passion extrême ,

Les miens à la flatter s’échappoient malgré moi; N’étoit-ce pas assez pour corrompre sa foi ?

J’eus beau vouloir régler son ame trop charmée.

Il fallut voir sa flamme et souffrir d’être aimée:

J’cn craignis le péril ; il me sut éblouir. . .

Que de foiblcsse ! ... Il faut l’empêcher d’en jouir , Combattre incessamment son infidelle audace.... Allez , Pirithoüs ; reroycz-le , de grâce !

De peur qu’en mon amour il prenne trop d’appui, Otez-lui tout espoir que je puisse être à lui ;

J’ai déjà beaucoup dit , dites-Iui plus encore.

Pirithoüs.

Nous avancerions peu , Madame , il vous adore;

4o ARIANE;

Etqunnd pour l’étonner, à force de refus.

Vous vous obstineriez à ne l’écouter plus.

Son amc toute à vous n’en seroit pas plus prête A suivre d’autres loix et changer de conquête.

Quoique le coup soit rude, achevons de frapper:

Pour servir Ariane , il faut la détromper ;

11 faut lui faire voir qu’une flamme nouvelle Ayant détruit l’amour que Thésée eut pour elle*

Sa sûreté l’oblige à ne pas dédaigner La gloire d’un hymen qui la fera régner.

Le Koi l’aime , et son trône est pour elle un asyltf,

Quoi ! je la trahirois, elle qui trop facile,

, Trop aveugle à m’aimer, se confie à ma foi ,

Pour toucher un amant qui la quitte pour moi ?

Xt quand elle 'Sauroit que par mes foibles charmes# Pour lui percer le cœur, j’aurois prêté des armes.

Je pourrois à ses yeux lâchement exposer Les criminels appas qui la font mépriser ?

Je pourrois soutenir le sensible reproche Qu’un trop juste courroux. . . .

Pirithous.

Voyez qu’elle s’approche.. . i Parlons.... Son intérêt nous oblige à bannir Tout l’espoir que son feu tache d’entretenir.

TRAGÉDIE

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