SCENE II
ARIANE , NERINE , PIRITHOUS , PHÈDRE, Arumk
E H ! bien , ma soeur , Thésée est-il inexorable ? N’avez-vous pu surprendre un soupir favorable î Et quand au repentir on le porte à céder ,
Croit-il que mon amour ose trop demander?
Phèdre.
Madame, j’ai tout fait pour ébranler son ame,
J’ai peint son changement lâche , odieux , infâme i
Pîrithoiis lui-meme est. témoin des efforts
Par où j’ai cru pouvoir le contraindre au remords,
II connoît et son crime et son ingratitude ,
Il s’en hait, il en sent la peine la plus rude ,
Ses ennuis de vos maux , égalent la rigueur :
Mais l’amour en tyran dispose de son coeur.
Et le destin , plus fort que sa reconnoissance ,
Malgré ce qu’il vous doit , l’entraîne à l’inconstance,
Ariane.
Quelle excuse! et pour moi qu’il rend peu de combat i Il hait l’ingratitude et se plaît d’être ingrat !
Puisqu’en sa dureté son lâche coeur demeure.
Ma sœur , il ne sait pas qu’il faudra que j’en meure i Vous avez oublié de bien marquer l’horreur Du fatal désespoir qui regne dans mon cœur ,
Vous avez oublié , pour bien peindre ma rage ,
D il)
4 t ariane;
D’assembler tous les maux dont on connoît l’image ;
Il y seroit sensible , et ne pourroit souffrir ,
Que qui sauva ses jours fût forcée à mourir.
Phèdre.
Si vous saviez pour vous ce qu’a fait ma tendresse , Vous soupçonneriez moins.. • .
J’ai tort , je le confesse J
Mais dans un mal sous qui la constance est à bout.
On s’égare , on s’emporte et l’on s’en prend à tout*
P i r r T H o us.
Madame , de ces maux , à qui la raison ccde ,
Le tems qui calme tout est l’unique remedei C’est par lui seul. . . .
Ariane,
Les coups n’en sont guère impdrtansj
Quand on peut se résoudre à s’en remettre au teins! Thésée est insensible à l’ennui qui me touche.
Il y consent: je veux l’apprendre de sa bouche.
Je l’attendrai , ma sœur; qu’il vienne.
PlRITHOUS.
Je crains bieii
Que vous ne vous plaigniez de ce triste entretien.
Voir un ingrat qu’on aime , et le voir inflexible ,
C’est de tous les ennuis l’ennui le pies sensible;
Vous en souffrirez trop , et pour peu de souci. . . . Ariane.
Allez i ma sœur , de grâce, et l’envoyez ici.
( Vhedre son. )
TRAGÉDIE