SCENE III
ARIANE, PllRITHOUS, NERINE, PlRITHOVS.
a R ce que je vous dis , ne croyez pas , Madame , Que je veuille applaudir à sa nouvelle flamme. Sachant ce qu’il devoir au généreux amour Qui vous fit tout oser pour lui sauver le jour ,
Je partageai dès-lors l’heureuse destinée
Qu’à ses vœux les plus doux offroit votre hyménée ;
Et je venois ici , plein de ressentiment ,
Rendre grâce à l’amante, en embrassant l’amant. Jugez de ma surprise à le voir infidèle !
A voirque vers une autre une autre ardeur l’appelle. Es qu’il ne m’attendoit que pour vous annoncer L’injustice où l’amour sc plaît à le forcer ••
Et ne dcvois-jc pas , quoi qu’il me fit entendre , Pénétrer les raisons qui vous faisoient attendre.
Et juger qu’en un cœur épris d’un feu constant L’amour à l’amitié ne déféré pas tant ?
Ah ! quand il est ardent , qu’aisément il s’abuse î Il croit ce qu’il souhaite, et prend tout pour excuse. Si Thésée avoit peu de ces empressemens .
Qu’une sensible ardeur inspire aux vrais amans , le croyols que son amc , au-dessus du vulgaire , Dédaignoit de l’amour la conduite ordinaire ,
Et qu’en sa passion garder tant de repos ,
C’étoit suivre en aimant la route des Héros.
Je faïsoisplus , j’allois jusqu’à voir sans alarme*
Que des beautés de Naxe il estimât les charmes ,
Et ne pouvois penser qu’ayant reçu sa foi,
Quelques voeux égarés pussent rien contre moi.
Mais enfin puisque rien pour lui n’est plus à taire ,
Quel est ce rare objet que son choix me préféré?
PlRITHOUS.
C’est ce que de son cœur je ne puis arracher.
Ariane.
Ma colère est suspecte , il faut me le cacher.
J’ignore ce qu’il craint... Mais lorsqu’il vous outrage» Songez que d’un grand Roi vous recevez l’hommage :
Il vous offre son trône ; et , malgré le destin»
Votre malheur par-là trouve une heureuse fin.
Tout vous porte. Madame, à ce grand hyménéeî Pourriez-vous demeurer errante , abandonnée ?
Déjà la Crete cherche à se venger de vous »
Et Minos . . .
Ariane.
J’en crains peu le plus ardent courroux !' Qu’il s’arme contre moi , que j’en sois poursuivie »
Sans ce que j’aime , hélas ! que faire de la vie ?
Aux décrets de mon sort achevons d’obéir.
Thésée avec le Ciel conspire à me trahir :
Rompre un si grand projet, ce seroit lui déplaire. L’ingrat veut que je meure» il faut le satisfaire,
TRAGÉDIE
Et lui laisser sentir , pour double châtiment ,
Le remords de ma perte et de son changement.
Pirithous.
Le voici qui paroît. . . N’épargnez rien , Madame, Pour rentrer dans vos droits , pour regagner son ame ; Et si l’espoir envain s’obstine à vous flatter,
Songez ce qu’offre un trône à qui peut y monter.
( Il sort. )