AVIS AU LECTEUR
IL y a trente ou quarante ans que feu M. de la Calprénede traita le sujet du Comte d’Essex , et le traita avec beaucoup de succès. Ce que je me suis hasardé à faire après lui semble n’avoir point déplu , et la matière est si heureuse , par la pitié qui en est inséparable , qu’elle n’a pas laissé examiner mes fautes avec toute la sévérité que j’avois à craindre. 11 est certain que le Comte d’Essex eut grande part aux bonnes grâces d’Elisabeth. 11 étoit naturellement ambitieux. Les services qu’il avoit rendus à l’Angleterre lui enflerent le courage. Ses ennemis l’accuserent d’intelligence avec le Comte de Tyron , que les rébelles d’Irlande avoient pris pour chef. Les soupçons qu’on en eut lui firent ôter le commandement de l’armée. Ce changement le piqua. Il vint à Londres , révolta le peuple , fut pris , condamné , et, ayant toujours refusé de
demander grâce , il eut la tête, coupée le 15 Fé-
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ij AVIS AU LECTEUR.
vricr \6o\. Voilà ce que l’Histoire m’a fourni. J’ai été surpris qu’on m’ait imputé de l'avoir falsifiée , parce que je ne me suis point servi de l’incident d’une bague qu’on prétend que la Reine avoit donnée au Comte d’Essex pour gage d’un pardon certain , quelque crime qu’il pût jamais commettre contre l’Etat j mais je suis persuadé que cette bague est de l’invention de M. de la Calprénede } du moins je n’en ai rien lu dans aucun Historien. Camdenus , qui a fait un gros volume de la seule vie d’Elisabeth , n’en parle point , et c’est une particularité que je me serois cru en pouvoir de supprimer , quand même je l’aurois trouvée dans son Histoire.