‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 15 sur 92 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

THEODORE, Infante , CASSANDRE, THEODORE.

Enfin, si son respect ni le mien ne vous touche, Cassandre , tout l’état vous parle par ma bouche.

Le refus de l’hymen qui vous soumet sa foi ,

Lui refuse une Reine , et veut ôter un Roi.

L’objet de vos mépris attend une couronne ,

Que déjà d’une voix tout le peuple lui donne ;

Et de plus , ne l’attend qu’afin de vous l’offrir ,

Et votre cruauté ne le sauroit souffrir.

, Cassandre.

Non , je ne puis souffrir , en quelque rang qu’il monte. L’ennemi de ma gloire , et l’amant de ma honte ;

Et ne puis , pour époux , vouloir d’un suborneur , Qui voit qu’il a , sans fruit , poursuivi mon honneur j Qui , tant que sa poursuite a cru m’avoir infâme ,

Ne m’a point souhaitée en qualité de femme ;

Et qui , n’ayant pour but que ses sales plaisirs ,

En mon seul déshonneur bornoit tous ses désirs.

In quelque objet qu’il soit à toute la province ,

VENCESLAS

Je ne regarde en lui , ni Monarque , ni Prince ,

Et ne vois sous l’éclat dont il est revêtu ,

Que des traîtres appâts qu’il tend à ma vertu ;

Après ses sentimens , à mon honneur sinistres ,

L’essai de ses présens, l’effort de ses Ministres ,

Ses plaintes , ses écrits , et la corruption De ceux qu’il ch t pouvoir servir sa passion j Ces moyens vicieux, aidant mal sa poursuite.

Aux vertueux enfin , son amour est réduite ;

Et pour venir à bout de mon honnêteté ,

Il met tout en usage , et crime et piété :

Mais en vain il consent que l’amour nous unisse. C’est appcUer l’honneur au secours de son vice.

Puis ;~s’ étant satisfait, on sait qu’un Souverain ,

D’un hvnacn qui déplaît , a le remede en main :

Pour en rompre les noeuds, et colorer scs crimes , L’rtat ne manque pas de plausibles maximes.

Son infidélité suivroit de près sa foi ;

Seul il si considéré , il s’aime , et non pas moi.

THEODORE

Scs voeux, un peu bouillans, vous font beaucoup d’om- ' brage.

Il vaut mieux faillir moins , et craindre davantage.

THEODORE

La foi tune vous rit , et ne rit pas toujours.

Cassandre.

Je crains son inconstance , et scs courtes amours.

Et puis , qu’est un palais, qu’une prison pompeuse , Qu’à notre ambition bâtie cette trompeuse.

T R A G É D I E. ij

Où l’amc dans les fers gémit à tout propos.

Et ne rencontre pas le solide repos?

THEODORE

Je ne vous puis qu’offrir après un diadème.

Cass andre.

Vous me donnerez plus , me laissant à moi-même. THEODORE.

Seriez-vous moins à vous , ayant moins de rigueur ? Cassandre.

N’ appelleriez- vous rien la perte de mon coeur?

THEODORE

Vous feriez un échange , et non pas une perte.

Et j’aurois cette injure impunément soufferte !

Et , ce que vous nommez des vœux un peu bouillans. Ces desseins criminels , ces efforts insolens ,

Ces libres entretiens , ces messages infâmes , E’espérance du rapt, dont il flattoit ses flammes ,

Et tant d’offres enfin , dont il crut me toucher ,

Au sang de Cunisbcrg se pourroient reprocher î THEODORE.

Ils ont votre vertu vainement combattue.

Cassandre.

On en pourroit douter , si je m’en étois tue ;

Et si , sous cet hymen , me laissant asservir ,

Je lui donnois un bien qu’il m’a voulu ravir.

Excusez ma douleur : je sais , sage Princesse,

Quelles soumissions je dois à votre Altesse :

Mais au choix que mon cœur doit faire d’un époux ,

Si j’en crois mon honneur, je lui dois plus qu’à vous.

VENCESL AS,

Page 1