SCENE PREMIERE
LE DUC, seul.
m’^vex-vous produit , indiscrettes pensées , Téméraires désirs , passions insensées ?
Efforts d’un cœur mortel pour d immortels appas , Qu’on a , d’un vol si haut , précipité si bas ;
Espoirs , qui jusqu’au ciel souleviez de la terre ; Deviez-vous pas savoir que jamais le tonnerre ,
Qui dessus votre orgueil enfin vient d’éclater ,
Ne pardonne aux desseins que vous osiez tenter ? Quelque profond respect qu’ait eu votre poursuite , Vous voyez qu’un refus vous ordonne la fuite.
Evitez les combats que vous vous préparez ;
Jugez-en le péril , et vous en retirez.
Qu’ai-jc droit d’espérer , si l’ardeur qui me presse , Irrite également le Prince et la Princesse ;
Si , voulant hasarder ou ma bouche ou mes yeux ,
Je fais l’une malade , et l’autre furieux ?
Apprenons l’art , mon cœur , d’aimer sans espérance , Et souffrir des mépris avecquc révérence.
Résolvons - nous sans honte aux belles lâchetés Que ne rebutent pas des dcvoiis rebutés.
TRAGEDIE
Portons sans intérêt un joug si légitime.
N’en osant être amant , sovons-en la victime. Exposons un esclave à toutes les rigueurs Que peuvent exercer de superbes vainqueurs.