‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 27 sur 92 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

El ROI, LE PRINCE , LE DUC, GARDES.

Le R o 1 , ’ au Duc.

enez , heureux appui , que le ciel me suscite , Dégager ma promesse envers votre mérite.

D’un cœur si généreux ayant servi l’Etat,

Vous desservez son Prince, en le laissant ingrat. J’engage mon honneur engageant ma parole ;

Le prix qu’on vous retient , est un bien qu’on vous vole ; Ne me le laissez plus , puisque je vous le dois ,

Et déclarez l’objet dont vous avez fait choix.

En votre récompense éprouvez ma justice. -

Du Prince la raison a guéri le caprice :

I! prend vos intérêts , votre heur lui sera doux ,

Et qui vous desservoit , parle à présent pour vous.

• Le Prince, bas.

Contre moi , mon Rival obtient mon assistance !

A quelle épreuve, ô ciel ! reduis-tu ma constance ?

fx V E N C E S L A S,

Le Duc.

Le prix est si conjoint à l’heur de vous servir ,

Que c’est une faveur qu’on ne me peut ravir.

Ne faites point , .Seigneur , par l’offre du salaire , D’une action de gloire , une œuvre mercenaire. Pouvoir dire ce bras a servi Vcnceslas ,

N’est-ce pas un loyer digne de cent combats î

Le Roi.

Non , non , quoique je doive à ce bras indomptable , C’est trop que votre Roi soit votre redevable :

Ce grand cœur refusant , intéresse le mien ,

Et me demande rrop , en ne demandant rien.

Faisons . par vos travaux et ma reconnoissancc ,

Du maître et du sujet discerner la puissance.

Mon renom ne vous peut souffrir , sans se souiller,

La générosité qui m’en veut dépouiller.

Le Duc.

N’attisez point un feu que vous voudrez éteindre. J’aime en un lieu , Seigneur , où je ne puis atteindre; Je m’en connois indigne , et l’objet que. je sers , Dédaignant son tribut , dcsavoûroit mes fers.

Le Loi.

Les plus puissans Ftats n’ont point de souveraines , Dont ce bras ne mérite , t n’honorâ* les chaînes ;

Et mon pouvoir enfin , ou sera sans effet ,

Ou vous répond du don que je vous aurai fait.

Quoi ! l’hymen qu’on dénie à l’ardeur qui me presse , Au lit de mon Rival va mettre ma Maîtresse !

Le Duc.

Ma défense â vos loix n’ose plus répartir.

Le Prince, bas .

Non , non . lâche Rival , je n’y puis consentir.

Le Duc.

Et forcé par votre ordre à rompre mon silence.

Je vous obéirai , mais avec violence ,

Certain de vous déplaire en vous obéissant ,

Plus que n’observant point un ordre si pressant.

J 'avouerai donc, grand Roi, que l’objet qui me touche... Le P P i n c E.

Duc , encore une fois , je vous ferme fa bouche ,

Et ne vous puis souffrir votre présomption.

Insolent !

Le Roi.

Le Prince.

J’ai sans fruit vaincu ma passion.

Pour souffrir son orgueil. Seigneur , et vous complaire , J ’ai fait tous les efforts que la raison peut faire ;

Mais en vain mon respect tâche à me contenir :

Ma raison de mes sens ne peut rien obtenir.

Je suis ma passion , suivez votre colere ;

Pour un fils sans respect, perdez l’amour d'un percj Tranchez le cours du tems à mes jours destiné,

Et reprenez le sang que vous m’avez donné j Ou si votre justice épargne encor ma tête ,

De ce présomptueux rejetez la requête ,

Et de son insolence humiliez l’cxccs ,

Ou sa mort à l’instant en suivra le succès.

E îij

VENCESLAS

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