JUGEMENS ET ANECDOTES
SÜR VENCESLAS.
ïtOTROU doit le sujet de cette Tragédie au Poëtc Espagnol Dom Francisco de Roxas , qui l’a traité , sous le titre d 'On ne peut être Fere et Roi , et il en a même emprunté une partie des événemens. Cependant, les beautés de détail que Rotrou a répandues dans cette Picce , l’ont fait regarder comme son- chef-d’œuvre , et ont obtenu grâce pour les défauts essentiels que l’on pourroit lui reprocher. Voici comment Fontenelle a peint le principal Personnage de cette Tragédie. « Ladislas est impétueux , fou- >» gueux , violent , téméraire , injuste : cepen- » dant , avec tous ces vices , il est aimable. » Tout ce qui a un air de hardiesse , d’clevation, s> d’indépendance , flatte naturellement notre » inclination , qui va toujours à donner plus à »> la force qu’à la raison , et au courage qu’à la » prudence. Au contraire, ce qui est régulier et
JUGEMENS ET ANECDOTES, ix
3* sage , a je ne sais quoi de froid , qui quelquea» fois même peut donner prise au ridicule. Ce m n’est pas , cependant , qu’il fallût souvent hasarder sur le Théâtre de jeunes fous , comme » Ladislas. Les caractères raisonnables et ver- 33 tueux sont , sans doute , préférables j mais il faut leur donner tout ce qu’ils peuvent rece- 93 voir de la vigueur et de la chaleur du caractère >3 vicieux de Ladislas. »
M. de Marmontel s’exprime ainsi sur Venceslas. « Le sujet de cette Pieçe est vraiment tra-». » gique : il est terrible , touchant et moral. Les 33 trois caractères sur lesquels l’action roule , 93 sont grands et fortement conçus. Les Caracas teres subordonnés sont en action , et à leur sa place. Le nœud de l’intrigue est une erreur >3 très-vraisemblable , et prolongée avec assez- 33 d’art. 11 n’y a guere d’action mieux combinée , 3 > et de grouppe mieux composé. L’intérêt croit 33 d’acte en acte , et tout est bien conduit jusqu’à 33 la conclusion , &c. 39
Pour satisfaire le goût difficile d’une personne de considération qui l’y avoit engagé , M. de Marmontel a retouché le dénouement de Ven-
X JÜGEMENS ET ANECDOTES.
ceslas , parce qu’en effet il blesse autant la bienséance que la vérité $ et il parut au Théâtre , avec ces changemens, le 30 Avril 1759*
On rapporte qu’au moment où cette Pièce venoit d’être finie , Rotrou alloit la lire aux Comédiens, lorsqu’il fut arrêté et conduit en prison , pour une dette qu’il n’avoit pu acquitter. La somme n’étoit pas considérable ; mais, comme il étoit joueur, il se trouvoit souvent sans argent. Il envoya chercher les Comédiens , et leur offrit , pour vingt pistoles, sa nouvelle Tragédie. Le marché fut bientôt conclu , et Rotrou sortit de prison. Venceslas fut joué, et eut un tel succès, -que les Comédiens crurent devoir ajouter au prix qu’ils l’avoient payé , un présent honnête. Mais on ignore si Rotrou l’accepta.
Il est à remarquer que ce fut par les deux principaux rôles de cette Piece , que le célébré Baron prit congé du Public. En 1691 , il termina par le rôle de Ladislas j mais étant remonté sur le Théâtre , vingt-neuf ans après , il finit sa carrière en 1719 , par le rôle de Venceslas : il ne put en dédamer qu’une scène , et se retira après ce vers : « Si proche du cçrcucil où je m’en vais descendre, ôcc.j»
CATALOGUE
VENCESLAS
TRAGÉDIE
Repréfentée en 1647.