‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 103 sur 108 · É S O PE · texte numérisé non relu

É S O PE

Parce que je vous aime.

Euphrosine.

Eh ! bien , Monsieur , eh ! bien, puisqu’il en est ainsi, Accordtz-moi le tems de vous aimer aussi.

Puis-je venir à bout , quelque effort que je fasse , D’oublier Agénor , de vous mettre en sa place ; D’immoler au devoir un si parfait amour ;

Le puis-je , dites- moi, dans l’espace d’un jour î J

COMÉDIE

Je ne refuse point de tâcher à le faire ;

Mais pour y réussir le tcmsest nécessaire.

Quand deux cœurs sont unis par des liens si forts On ne les brise point sans d’extrêmes efforts.

A ma juste prieie ayez l’ame sensible :

Si je ne les romps pas , j’y ferai mon possible.

Sur vous seul désormais tous mes sens occupés...

Ésope.

Levez un peu les yeux.

EUP H ROSINE.

Moi ?

Ésope.

Oui. Vous me trompez.

Ce langage est trop doux pour être véritable ,

Et dans si peu de rems on n’est point si traitable, le pénétré aisément dans votre intention.

Oh! Monsieur, là-dessus, je suis sa caution.

J’ai le cœur sur la langue, et jamais je n’affecte...

Ésope.

Tout franc , la caution m’est encor plus suspecte.

Je veux bien toutefois , pour contenter vos vœux , Différer notre hymen, et d’un jour et de deux.

Je vous trouve si belle, et ma flamme est si flirte Que je puis en mourir de chagrin ; mais n’importe,

D o R i s. , à part.

Plût aux Dieux!

ÉSOPE

Plaît-il ?

loz LES FABLES D’ÉSOPE,

Quoi?

Ésope.

Vous invoquez les Cieux î D o R i s.

Je dis que de la mort vous préservent les Dieux.... Quelle perte !

ÉSOPE

Vraiment , je vous suis redevable!

, Euphrosi ne.

Un jour ou deux , Monsieur , Êtes-vous raisonnable ? Tour un effort si grand , est-ce un terme assez long ?

Ésope.

Et quel tems , s’il vous plaît , me demandez-vous donc? Voyons.

E TJ P H R O s I N E.

Un an ou deux. Je ne puis moins prétendre ;

Je suis jeune....

Ésope.

Et moi vieux. Je ne saurois attendre. Avant qu’il soit deux ans , ridicule et barbon ,

Je voudrois bien savoir à quoi je serai bon ?

Qui me fuit maintenant , qui soupire , qui pleure, F.n auroit dans deux ans une raison meilleure. Différer de deux jours est tout ce que je puis». Encore est-ce beaucoup dans l’état où. je suis.

Si vous saviez...,

EUP H ROSINE.

De grâce , ayez plus de tendresse Peut-on rien refuser aux vœux d’une Maîtresse?

Je suis sourd.

COMÉDIE

Ésope.

loi

Euphrosine.

Eh ! Monsieur , ne vous prévalez pas.

De ce qu’à vos désirs mon perc tend les bris : Songez que vous m’aimez , et que je vous en prie.

Arrêtez-vous ... Je sens que j’ai l’ame attendrie.

Dons, à Euphrosine.

Continuez, Madame, attendrissez encor.

Ésope, à Euphrosine.

Amenez votre perc , et qu’on cherche Agénor.

Je vous donne du tems , j’ai cette complaisance; Mais, enfin , c’est un pacte où je veux leur présence. Afin qu’au bout du terme on en use si bien..., Euphrosine.

Ah! Monsieur, Agénor n’en fera jamais rien.

Lui , me céder !

Ésope.

Je veux qu’il vienne , et qu’il s’oblige.., Euphrosine.

Il ne le fera point ; je le sais bien , vous dis-je. Quand je l’en presscrois je le ferois en vain.

Ésope.

Si vous ne l’amenez soyez prête à demain....

Quelqu’un entre.

Euphrosine, à Doris.

Ah Doris ! c’en est fait , je suis morte !...

Sortons.

104 lES FABLES D>ÉSOPE,

DoiIS, bas.

Maudit gobin ! que le diable t’emporte ï Voilà pour Euphrosine un amant bien tourné !

( Elles sortent. )

Page 1