É S O PE
Parce que je vous aime.
Euphrosine.
Eh ! bien , Monsieur , eh ! bien, puisqu’il en est ainsi, Accordtz-moi le tems de vous aimer aussi.
Puis-je venir à bout , quelque effort que je fasse , D’oublier Agénor , de vous mettre en sa place ; D’immoler au devoir un si parfait amour ;
Le puis-je , dites- moi, dans l’espace d’un jour î J
COMÉDIE
Je ne refuse point de tâcher à le faire ;
Mais pour y réussir le tcmsest nécessaire.
Quand deux cœurs sont unis par des liens si forts On ne les brise point sans d’extrêmes efforts.
A ma juste prieie ayez l’ame sensible :
Si je ne les romps pas , j’y ferai mon possible.
Sur vous seul désormais tous mes sens occupés...
Ésope.
Levez un peu les yeux.
EUP H ROSINE.
Moi ?
Ésope.
Oui. Vous me trompez.
Ce langage est trop doux pour être véritable ,
Et dans si peu de rems on n’est point si traitable, le pénétré aisément dans votre intention.
Oh! Monsieur, là-dessus, je suis sa caution.
J’ai le cœur sur la langue, et jamais je n’affecte...
Ésope.
Tout franc , la caution m’est encor plus suspecte.
Je veux bien toutefois , pour contenter vos vœux , Différer notre hymen, et d’un jour et de deux.
Je vous trouve si belle, et ma flamme est si flirte Que je puis en mourir de chagrin ; mais n’importe,
D o R i s. , à part.
Plût aux Dieux!
ÉSOPE
Plaît-il ?
loz LES FABLES D’ÉSOPE,
Quoi?
Ésope.
Vous invoquez les Cieux î D o R i s.
Je dis que de la mort vous préservent les Dieux.... Quelle perte !
ÉSOPE
Vraiment , je vous suis redevable!
, Euphrosi ne.
Un jour ou deux , Monsieur , Êtes-vous raisonnable ? Tour un effort si grand , est-ce un terme assez long ?
Ésope.
Et quel tems , s’il vous plaît , me demandez-vous donc? Voyons.
E TJ P H R O s I N E.
Un an ou deux. Je ne puis moins prétendre ;
Je suis jeune....
Ésope.
Et moi vieux. Je ne saurois attendre. Avant qu’il soit deux ans , ridicule et barbon ,
Je voudrois bien savoir à quoi je serai bon ?
Qui me fuit maintenant , qui soupire , qui pleure, F.n auroit dans deux ans une raison meilleure. Différer de deux jours est tout ce que je puis». Encore est-ce beaucoup dans l’état où. je suis.
Si vous saviez...,
EUP H ROSINE.
De grâce , ayez plus de tendresse Peut-on rien refuser aux vœux d’une Maîtresse?
Je suis sourd.
COMÉDIE
Ésope.
loi
Euphrosine.
Eh ! Monsieur , ne vous prévalez pas.
De ce qu’à vos désirs mon perc tend les bris : Songez que vous m’aimez , et que je vous en prie.
Arrêtez-vous ... Je sens que j’ai l’ame attendrie.
Dons, à Euphrosine.
Continuez, Madame, attendrissez encor.
Ésope, à Euphrosine.
Amenez votre perc , et qu’on cherche Agénor.
Je vous donne du tems , j’ai cette complaisance; Mais, enfin , c’est un pacte où je veux leur présence. Afin qu’au bout du terme on en use si bien..., Euphrosine.
Ah! Monsieur, Agénor n’en fera jamais rien.
Lui , me céder !
Ésope.
Je veux qu’il vienne , et qu’il s’oblige.., Euphrosine.
Il ne le fera point ; je le sais bien , vous dis-je. Quand je l’en presscrois je le ferois en vain.
Ésope.
Si vous ne l’amenez soyez prête à demain....
Quelqu’un entre.
Euphrosine, à Doris.
Ah Doris ! c’en est fait , je suis morte !...
Sortons.
104 lES FABLES D>ÉSOPE,
DoiIS, bas.
Maudit gobin ! que le diable t’emporte ï Voilà pour Euphrosine un amant bien tourné !
( Elles sortent. )