SCENE, III
PIERROT , COLINETTE , ayant vji enfant dans ses bras {
ÉSOPE
3P AtsANDiÉ ! je reviens, je ne suis pas damné.
J’arnene un orphelin, qui n’a pere, ni merc»
Et que je fais nourrir par notre ménagère. (
Il est gras comme un moine : il tette tout son sou.
Ésope.
Un bel enfant !
Ma femme est , pardié ! belle étou.
Voye*.
Ésope.
Elle est jolie , et parok bien instruite.
Pour un homme si grand , elle e$t un peu petite.
De méchante denrée , et de mince valeur ,
Tant moins que l’on en a, tant plus c’est le meilleur.
Esope.
II faut s’aimer , bien vivre , et l’hymen , en revanche...
COMÉDIE
lOf
Pierrot.
Je vivons , pardié ! bien. J’ons ce soir une éclanche Aussi belle....
. Ésope.
Jamais ne vous querellez-vous ?
. - Counittï.
Non, Monsieur, Dieu matei , Pierrot est assez doit*. Il est , quand il s’y boute , un tantinet ivrogne ;
Mais tenez, pour le reste il va droit en besogne:
Il n’a dans tout son corps , pas un endroit malin.
Ésope.
Et vous nourrissez donc ce petit orphelin.
Counittï.
Oui , Monsieur.
Vos enfans l’aiment-ils ?
COLINETTE.
Pour les nôtres.
Ils sont devenus morts 5 mais j’en referons d’autres : Pierrot est jeune.
Ésope.
Eh ! bien , à quoi vous suis-jc bon î
( A Pierrot. )
Qui te fait revenir ; cst-ce ta charge ?
Pierrot.
Oh ! non.
Si je venons vous voir , c’est pour ce petit drille ,
Qui , s’il pouvoit parler , vous diroit qu’on le pille. Comme il est mon neveu , j’sommes un peu païens.
io<? LES E AB LES D’ÉSOPE
Il avoit de bon bien , pour hait ou neuf cents francs» Mais j’avons pour Seigneur certain grand escogrifc.
Qui de tous les Seigneurs a la meilleure griffe ,
Et qui d’un petit pré voulant en faire un grand , Enchassit dans le sien le bien de cet enfant.
( A Colinette, )
Tu sais cela par cœur , jase un peu Colinette t Dis ce que c’est.
COLINÏTTI.
Monsieur , l’orphelin qui me tette Est un petit marmot que j’avons par emprunt :
Avant qu’il fût venu son pere étoit défunt.
Dîs qu’on l’eut débardé ce fut une vipere:
Sa mere le fessit , lui défesit sa merc ;
Et son trépassement lui laissit quelque bien Que ce vilain Monsieur a bouté dans le sien.
Il dit, brcdi breda ( mais on ne le croit guere ) ,
Qu’il pretit de l’argent à défunt son grand-percî Et quand je lui montrons que cela ne sc peut ,
Pour nous farmer la bouche , il nous dit , qu’il le veut. Jtfos meilleures raisons sont pour lui des vétilles :
Plus je trouvons de trous, plus il a de chevilles;
Et , comme il est h maître et qu’il a du crédit.
D’une seule menace , il nous abasourdit.
Un bichon contre un dogue a peine à se défendre.
Si vous n’y boutez ordre il est homme à tout prendre. Quand je l’allis prier d’un peu mieux en agir Il me disic des mois qui me firent rougir;
Et comme je suis douce , et qu’il a bonne gueule,...
io 7
( A Pierrot. )
Tiens, Piarrot, de mes jours, je n’y vas toute seule. Un loup dans un troupiau n’est pas plus mal- fanant.
PlERÎOT.
Rien n’est , mordié J pour lui , trop chaud , ni trop pesant.
Comme il est le Seigneur, quelque chose qu’il prenne, Il dit pour ses raisons que c’est un droit d’aubaine. Tous les jours de sa poche il tire un droit nouviau : Qu’on prenne une écrevisse , ou qu’on tue un moiniau , Il fait , tout sur le champ , dans sa furie extrême ,
Un biau procès de Dieu , fût-ce à son pere même.
Il prend à toutes mains , et de toutes façons ;
Il vendroit , s’il pouvoit , l’air dont je jouissons.
Il nous dîme nos choux , nos poiriaux , nos citrouilles.
COLINETTI. v
Les fossds du châtiau sont tous pleins dç grenouilles , Qui , par méchanceté, lui font un si grand bruit , Qu’il ne dort pas un brin tant que dure la nuit.
Par un papier qu’il a , grifonné d’un Notaire,
Il veut , bon gré , malgré , que je les faisions taire.
Et faute jusqu’ici d’empêcher leur cancan Chaque maison du bourg paye un écu par an.
C’est un dogue affamé , qui toujouts mord ou ronge.... Empêcher des crapauds de crier ! le pouvons- je ? Dités-moi.
De tout tems le foiblc eut toujours tort.
Le plus cruel des droits est le droit du plus fort.
ioS LES FABLES D’ÉSOPE
Il faut que le plus foible ait dans son infortune. Pour fléchir le plus fort, trente raisons contre une : Encore , assez souvent , celles qu’il peut avoir > Servent-elles de peu , comme vous allez voir.