‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 105 sur 108 · LE LOUP ET L’AGNEAU · texte numérisé non relu

LE LOUP ET L’AGNEAU

Pabli.

Un Loup se trouvant à boire ,

©ù buvoit un jeune Agneau ,

Eut d’abord l’ame assez noire Pour lui vouloir faire accroire Qu’il avoir troublé son eau :

«Qui te rend si téméraire ? «

Lui dit ce traître , en courroux.

L’Agneau, qui justement craint sa dent sanguinaire, Prenant, pour le toucher , un ton flatteur et doux:

« Eh ! comment , Monseigneur , cela se peut- il faire i « Je me suis , par respect , mis au- dessous de vous. »

« J’ai toujours sur le cœur une vieille querelle , a Répondit la b8tc cruelle ,

«t Où tu re déclaras mon mortel ennemi :

» Depuis six mois entiers j’en cherche la vengeance.

« Je n’ai , répond l’Agneau, que deux mois et demi î » Comment pouvois-je alors vous faire quelque offense ? «

e« Ta mere, qui me hait, et qui ne S3it pourquoi,

» Hier , par deux mâtins , me fit long-tems poursuivre. y*

« Ma mere cessa de vivre , î> Quand clic accoucha de moi : »

y* C’est

COMÉDIE, 109

» C’est donc ton pere ? » Mon perc VDu Bouchet inhumain a senti la fureur. «

« C’est donc ta sœur, ou ton fierc. «

«Je n’ai ni frere, ni sœur.»

« Oh î bien , qui que ce soit , il faut que je me venge :

» Je suis las d’écouter tout ce que tu me dis.»

Lors , sans plus de raison , il l'égorge et le mange.

Force grands font de mêm| à l’égard des petits ; N’cst-il pas vrai ?

Colinbttb , a Pierrot.

Piarrot , le joli petit conte !

Pierrot.

F.h ! vü ! mordié J le Loup devroit mourir de honte : L’Agneau buvoit à patt, et ne lui disoit mot.

ÉSOPE

Ma pauvre Colinctte et mon pauvre Pierrot,

Voilà comme , à-pcu-piès , par le commun usage , Font envers leurs vassaux les Seigneurs de village. Quand d’un bois , ou d’un champ il leur plaît un morceau ,

Des Agneaux malheureux troublent toujours leur eau ; Et pour peu qu’on résiste aux raisons qu’ils sc forgent , Non contens de les tondre , on voit qu’ils les égorgent. Il sera bientôt nuit, et vous êtes de loin;

Adieu. De cet enfant , ayex beaucoup de soin.

Je ne partirai point sans lui rendre justice.

Pierrot.

Ecoutex , je savons comme on paye un sarvice :

Si vous en usex bien , à biau jeu biau retour.

îto LES TABLES D’ÉSOPE ,

COLINETTE.

N’allez point nous bailler d’ieau-bénite de Cour.

On dit qu’en ce lieu-là l’on fait semblant qu’on s’aime , Et que promettre et rien , c'est quasiment de même.

Allez, je suis sincère, et le suis en tout lieu.

Pierrot.

Adieu; je vous quittons $ voici du monde.

Ésope.

Pierrot, à part.

Adieu.

Mordié ! plus je le vois moins je devine comme Ou a mis tant d’esprit dans un si vilain homme.

( Pierrot et Colinette sortent avec l'enfant. )

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