‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 2 sur 108 · DES PIECES · texte numérisé non relu

DES PIECES

LE Médecin volant. Comédie en un acte en vers , représentée à l’Hôtel de Bourgogne en xs6i i imprimée à Paris en i<S6j , et dans les Œuvres de l’Auteur.

Cette Piece est imitée d’une très-ancienne Comédie Italienne en trois actes , intitulée , Arlechino Medico volante ; et voici à peu près l’Extrait qu’en donnent les freres Parfaict , dans leur Histoire du The'atre François , et l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.

Lucrèce , amante de Cléon et fille de Fernand» voudroit qu’on la mariât, et feint d’etre malade, parce que son pere ne songe pas à la pourvoir, et qu’elle espere que cela l’y déterminera. Crispin , valet de Oléon , tire parti de cette feinte , à la sollicitation de son maître , qui lui apprend que Fernand est allé chercher un Médecin pour sa fille ;ct, prenant lui-m6me l’habit de Docteur, il se présente au pere de la fausse malade, et entre-

CATALOGUE DES PIECES , tcc. , ,

prend de la guérir, en dépit du véritable Médecin Cantéas , demandé par le pere. Toute la recette de Crispin consiste à faire changer d'appartement à Lucrèce , parce que celui qu’elle occupoit, étant sur le derrière , se trouvoit peu favorable au projet qu’a Ciéon de l'enleveri et il amuse ensuite le vieillard, en paroissant à ses yeux , tantôt Médecin , et tantôt un frère de ce Médecin , chassé par lui , pour quelqu’étourderie. Pendant ce tems là , Cléon enleve Lucrèce ; et Philipin, valet de Fernand , découvre à son maître les fourberies de Crispin , qui a sauté plusieurs fois d’une fénêtre à l’autre , pour entrer chez Fernand et pour en sortir, avec ou sans sa robe de Médecin. C’esu là ce qui donne le titre à la Pièce. Cléon amène Lucrèce à son pere , qui , après ce qui vient de se passer , se trouve trop heureux de les unir , et Crispin dpouse Lise , suivante de Lucrèce.

Le Mort vivant , Comédie en trois actes en vers, représentée à l’Hôtel de Bourgogne, en *66i ; dédiée au Duc de Guise , et imprimée à Paris la même année , chez Nicolas Pépingué , in-iz , et dans les Œuvres de l’Auteur.

«. Cette Comédie , tirée comme la précédente d’une Parce Italienne , intitulée , Il Moro vivo est le jeu d’une imagination folle , où l’on remarque à la fois «t la jeunesse de Boursault , et le goût étranger qui iégnoit alors au Théâtre } mais qui laisse entrevoir du talent pour un genre de comique qui n’est plus de

*o CATALOGUE DES PIECES 1

mode , « dit l’Auteur du Dictionnaire Dramatique Stéphanie, jeune, belle et riche a été élevée par le vieux Ferdinand Bourgeois de Séville , etdont elle se croit la fille. Elle est également étonnée d’apprendre qu’il n’est point son pere et de s’entendre faire une déclaration d’amour par ce vieillard. Pareils aveux dans la bouche d’un amant suranné sont toujours plaisans et ridicules? et Boursault a su tirer parti de cette situation. A peine Ferdinand a-t-il achevé sa déclaration que le jeune et beau Lazarille , fils de Henriqucx de Gallas , de Tolede , lui demande Stéphanie en mariage. Fabrice, ami de Lazatille, vient aussi se mettre sur les rangs. Il apprend qu’il a deux rivaux , et quels ils sont ; mais croyant n’avoir à redouter que Laxarille , il entreprend de l’éloigner de Séville » et lui fait donner d’abord la fausse nouvelle de la mort de son pere , et du désir qu’a sa mere de le revoie auprès d’elle à Tolede. Il lui persuade ensuite que l’Ambassadeur d’Afrique est amoureux de Stéphanie » et il fait travestir son valet Gusman en Ambassadeur pour soutenir cette feinte. Le prétendu Ambassadeur paroît , et charge Lazarille d’être l’intcrprctc de son amour auprès de Stéphanie. Laxarillc , par respect « n’ose refuser cet emploi , quoiqu’il en enrage ; mais les bouffonneries grossières de Gusman lui font perdre toute considération , et il se détermine à se défaire de lui , s’il persiste à être son rival. Gusman, redevenu valet, entend cette résolution, et ne veut plus aider son maître à éconduire Lazarille. Mais Fabrice l’encouragc de nouveau. Il lui fait jouer le rôle de l’cspri*

tl

d’Henriquex de Galas , mort, et l’envoie la nuit à l’hôtellerie où loge Lazarille pour lui ordonner de se rendre à Tolede, et d’y acquitter des dettes qu’il y a laissées en mourant. Cependant Henriquez s’est véritablement rendu à Séville , et dans cette meme hôtellerie. Il vient reconnoître Stéphanie pour sa fille, et, par conséquent , pour la soeur de Lazarille. L’hôtellerie , se trouvant pleine , on a précisément logé Henriquez dans la chambre de Lazarille , et Gusman , allant pour faire le revenant , se trouve pris par le pete qu’il contrefait, et le fils qu’il veut tromper. Mais Fabrice, au lever du jour , vient dans cette hôtellerie se faire connoître à Lazarille pour son rival. Ferdinand, qu’a fait avertir Henriqucz, amené Stéphanie} et Lazarille, voyant sa soeur en elle , la cede volontiers à Fabrice, avec le consentement d’ Henriquez , ce qui désole le vieux Ferdinand , parce qu’il avoic toujours conservé l’espoir de l’épouser.

Le Portrait du Peintre , ou la Contre-Critique de Y Ecole des Femmes , Comédie en un acte , en vers , représentée à l’Hôtel de Bourgogne , en 1 66} , dédiée à S. A. S. Monseigneur le Duc ; imprimée à Paris la même année , avec un Avis au Lecteur, chez Jean Guignard, in- u , et dans les Œuvres de l’Auteur.

« On prétend que Boursault crut se reconnoître dans U portrait de Lisidas de la Critique de l'Ecele des Femmes,

et que , pour s’en venger , il composa cette Comédie , « disent les frères Parfaict.

Nous avons rapporté , dans la Vie de Boursault, d’après son fils, le Théatin , et nous le répétons encore ici , d’après le Pere Niceron, que ce fut , malgré lui, qu’on l’engagea à faire cette Critique de l’Eeole des Femmes.

ce A l’imitation de La Critique de l’Ecole des Femmes , de Moliere , Boursault n’a mis aucune intrigue dans sa Piece , disent encore les frères Parfaict. C’est purement une conversation entre différentes personnes , et cette conversation rassemble routes les Critiques que les ennemis de Mo'icre faisoient courir dans le monde contre sa Comédie de l’Ecole des Femmes • Mais, selon la judicieuse observation de l’Auteur des Mémoires sur la Vie et les Ouvrages de Moliere , Boursault alla trop loin en supposant, une clef connue de l'Ecole des Femmes , qui indiquoit les originaux copiés d’après nature, »

Boursault répond , dans son Avis au Lecteur , placé à la tête de son Portrait du Peintre , au reproche que Moliere lui fait , dans l'Impromptu de Versailles , de n’être pas l’Auteur de cette Critique; et il se glorifie de ce qu’il l’attribue à plusieurs bons Auteurs , que Moliere dit être jaloux de scs succès.

Les Cadenats , ou îe Jaloux endormi , Comédie en un acte , en vers , représentée au Théâtre de Guénégaud , en 166 3 , dédiée au

Comte

DE BOURSAULT. t 5

Comte de Saulx , et imprimée à Paris , la même année, chez Jean Guignard, in- n, et dans les Œuvres de l’Auteur.

Spadarillc , Gouverneur de Toulon , a épousé une jeune personne , nommée Olympie , dont il est fort jaloux , et qu’il enferme dans son appartement , sous six cadenats. Cléandre, amant aimé d’ülympie, dès avant son mariage , et autorisé par son pete, Alcidor, qui se repent de ne lui avoir pas donné la préférence suc Spadarillc , trouve le moyen de pratiquer une ouverture à la ruelle du lit d’Olympic , et de la faire sortir , dans le dessein de l’emmener hors de Toulon, et de l’épouser , dès qu’on aura rompu le mariage, que l’excessive jalousie de l’époux rend susceptible de divorce. Mais ce départ de Toulon ne peut avoir lieu sans une permission du Gouverneur, à qui Cléandre présente Olympie, sous le nom d’Aspasie. Spadarille croit rcconnoître sa femme dans cette prétendue Aspasie ; et il va chez lui pour voir s’il y trouvera Olympie. Celle-ci se glisse aussi-tôt par l’ouverture cachée , et se retrouve dans sa chambre , avant que son mari y soit entré. Elle en ressort ensuite, et Spadarille, persuadé que ce n’est pas sa femme , donne la permission de départ à Cléandre, en admirant la ressemblance qu’il y a entre Olympie et Aspasie, et il laisse partir sa femme avec son amant. Alcidor , qui a été présent à tout ceci , fait rentrer Spadarille , et l’enferme dans sa maison , en lui apprenant qu’il vient de sous- ' sraire sa fille à U cruelle jalousie dont elle étoit victime.

i 4 CATALOGUE DES PIECES

Le Gouverneur se désole , et renonce pour jamais aux femmes , qu’il maudît de tout son ccrur.

« Cette Comédie est du plus bas Comique , et digne par le sujet et le dialogue de passer aux Acteurs du Préau de la Foire. Boursault y a rassemblé tout le mauvais goût qui régnoit de son tems , v* disent les freres Parfaict et l’Auteur du Dictionnaire Dramatique.

Les Nicandres , freres jumeaux , ou les Menteurs qui ne mentent point. Comédie en cinq actes en vers , représentée à l’Hôtel de Bourgogne , en 1664 , dédiée à M. d’Hervart , Contrôleur-Général des Finances -, imprimée à Paris la même année , chez Nicolas Pépingué , in 11 , et dans les Œuvres de l’Auteur.

« C’est la Comédie des MSnechmes de Plaute , habillée à la françoise , déjà par Rotrou , et depuis par Regnard , beaucoup mieux que par Boursault , disent les freres Parfaicc et l’Auteur du Dictionnaire Dramatique. Boursault , en empruntant ce sujet à l’Auteur Latin , l’a absolument défiguré , par les incidens dont il l’a rempli , et les basses plaisanteries que débitent la plupart de ses pcisonnagcs. Les deux Nicandres ont juré de ne prendre d’engagement que d’un consentement réciproque , ou après la mort de l’un des deux. Cependant, ils se trouvent engagés chacun dans une intrigue d’amour, l’un à Paris , l’autre à Lyon. Ils sc cherchent mutuellement et ne se retrouvent que dans la prison of<

DE BOURSAULT. x s

les pcres de leurs maîtresses les ont fait renfermer , et d’où ils sortent enfin pour conclure leurs mariages, »

« Cette Pièce ayant paru trop longue à l’Auteur , il \x réduisit à trois actes , et en ôta tout ce qui lui parut de moins intéressant et de superflu. Elle en étoit plus vive , plus comique et plus du goût du public , die le Pere Boursault , dans l’Avertissement qu’il a mis au-devant des Œuvres Dramatiques de notre Poète; mais quelques recherches qu’on ait faites pour la trouver en trois actes , on n’a pu recouvrer que la première édition, tous les exemplairs de la seconde ayant été bientôt enlevés , ce qui a forcé à la donner dans le recueil des Œuvres telle qu’elle a paru d’abord , et par conséquent moins bonne qu’elle ne l’a été , sans doute , après sa correction. »

Les yeux de Philis changés en astres , Pastorale en trois actes , en vers , représentée à l’Hôtel de Bourgogne , en 16G5 , dédiée au Marquis de Castelnau ; imprimée , la même année , avec un Avis au Lecteur, chez Jean Guignard , in- ii , et dans les Œuvres de l’Auteur.

tt Cette Pastorale , au jugement des freres Parfaict , est le plus passable Ouvrage que Boursault eût donné jusqu’alors au Théâtre. Le Poème de l’Abbé de Cérisy , sous le meme titre , et fort estimé de son tems , en a fourni le sujet , ajoutent-ils, avec l’Auteur du Diction - V noire Dramatique. »

« Philis , Bcrgcre de Délos , préféré Daphnis , Bcrgec

C ij

ta CATALOGUE DES PIECES

de Calcis , à Apollon. Ce Dieu , pour, s’en venger empoisonne l’eau d’une fontaine où les deux amans doivent aller boire. Daphnis y trouve la mort , et Philis, enlevée parles vents , rejoint son Berger dans l’ Olympe. Jupiter les unit , et change en astres les yeux de la Bergere. La tendre et naïve expression de la nature éclate dans le caractère des deux amans. On auroi» dû ménager avec plus d’économie les peintures, les descriptions et tous les ornemens que l’Abbé de Cérisy pouvoit employer dans son Poème ; mais qui ne conviennent pas également dans un Ouvrage Dramatique. Ces beautés de détail , malgré leur profusion , n* laissent pourtant pas d’être toujours agréables. « Boursault dit , dans son Avis au Lecteur, qu’il a été t< obligé à donner à Philis un frère , qu’il appelle Lisis , et à Daphnis une sceur , qu’il appelle Carite , pour suppléer à la stérilité du sujet; et que leurs- amours ne servent pas d’un petit ornement à la Piece , v» qu’il termine par leur union sur la terre , quand Jupiter a annoncé celle des deux principaux amans dans le Ciel. Il a aussi introduit dans sa Piece Diane qui vient chasser avec ses Nymphes , et que son frere prie de le seconder dans ses amours pour Philis, ainsi que le fait Mercure , tandis que l’Amour et Jupiter protègent Daphnis. Ce concours de Dieux , et une troupe de Bergers , parons et amis de Philis et de Daphnis, forment un spectacle brillant; mais d’un genre plus propre au Théâtre J.yrique qu’à celui qui doit être exclusivement consacré à Mclpomenc et à < Thalic,

DE BOURSAULT. xy

La Satyre des Satyres , Comédie en un acte , en vers , non représentée j mais dédiée au Prince de Soubise , et imprimée avec une Préface , à Paris , en 1669 , chez Gabriel Quinet , in-iz , et dans les Œuvres de l’Auteur.

Nous avons dit dans la Vie de Boursault ce qui l’engagea à faire cette Pièce, qui n’est encore autre chose, comme son Portrait du Peintre , qu’une conversation entre quelques personnes du grand monde , telles qu’un Marquis, un Chevalier, une Marquise et deux autres femmes , avec Boursault lui-même, et dans laquelle on critique un grand nombre de vers des Ouvrages de Despréaux.

La Princesse de Clêves , Tragédie en cinq actes , vers , avec un Prologue ^ représentée au Théâtre de Guénégaud , le zo Décembre 1670 5 non imprimée.

Cette Tragédie n’eut que deux représentations > après lesquelles l’Auteur la retira. Il nous apprend , dans une de ses Lettres, adressée à une Dame de ses amies , qu’étonné que l’on n’ait pas encore songé à mettre sur la sccne d’autres sujets Tragiques que des sujets Grecs et Romains , il a voulu essayer à en traiter un plus moderne. «Ic ne vois rien, dit-il, dans notre langue de plus agréable que le petit Roman de La Princesse de Clêves. Les noms des personnages qui le composent sont doux à l'oreille et faciles à mettre en vers , l’intriguo

C iij

intéresse le l.ccteur, depuis le commencement jusqu’à la. fin , et le coeur prend part à tous les mouvemens qui se succèdent l’un à l’autre. J’en fis une Piece de Théâtre donc j’espérois un si grand succès que c’étoit le fonds le plus liquide que j’eusse pour le payement de mes créanciers , qui tombèrent de leur haut quand ils apprirent la chute de mon Ouvrage. Faites-moi la grâce , Madame , de ne point trembler pour eux , je les satisfis l’année suivante ; et comme La princesse de Clêves n’avoit paru que deux ou trois fois , on s’en souvint si peu un an après que, sous le nom de Germanicus , elle eut un succès considérable. J’avois pris cependant toutes les précautions possibles pour faire réussir La Princesse de Cleves ; et, persuadé qu’il est dangereux d’exposer de trop grandes nouveautés , je croyois qu’un Prologue que je fis pour préparer les Auditeurs à ce qu’ils alloient voir me les r|pdroit favorables •, mais leurs oreilles ne purent s’accommoder de ce qu’elles n’avoient pas coutume d’entendre , et le Prologue attira plus d’applaudissemcns que la Picce.»

Germanicus , Tragédie en cinq acres , en vers, représentée au Théâtre de Guénégaud, en 167 1 j dédiée au Cardinal de Bonzi , et imprimée , avec ur. Avis au Lecteur , à Paris , en chez Jean Guignard , in 11 , et dans les Œuvres de l’Auteur.

Germanicus , neveu de l’Empereur Tibere , ayant appris , pendant son absence que , son oncle lui ôte Agrippine , qu’il aime , et dont il est aimé , et qu’il

la donne à son fils Drusus , qui aime Livic , sa sœur , il quitte l'armée et revient à Rome pour s’opposer à cette violence. Agrippine Instruite par l’un des deux freres Pison , duquel elle est .aimée aussi , que l’Empereur l’a choisi pour assassiner Germanicus , clic l’en avertit et l’exhorte à fuir. Mais l'2utre Pison , jaloux de la gloire de Germanicus , et voulant plaire à l’Empereur , se hâte d’exécuter l’ordre donné à son frere, qu’il rencontre dans l’obscurité , sortant de l’appartement de Germanicus, et il le frappe d’un poignard , croyant frapper ce Prince. Le peuple qui chérit Gcrmanicus se révolte au bruit de cet attentat , que l’Empereur se voit contraint à désavouer ; et pour faire cesser tous les troubles , il conscot à unir Agrippine à Germanicus et Drusus à Livie.

« Cette Tragédie mit mal ensemble les deux premiers hommes de notre tems , pour la Poésie , dit Boursault dans son avis au lecteur. Je parle du célébré M. Corneille et de l’illustre M. Racine , qui disputoient tous deux de mérite et qui ne trouvent personne qui en dispute avec eux. M. Corneille parla si avantageusement de cet ouvrage à l’Académie qu’il lui échappa de dire qu’il ne lui manquoit que le nom de M. Racine pour être achevé, dont M. Racine s’étant offensé, ils en vinrent à des paroles piquantes; et, depuis ce momcnt-là , ils ont toujours vécu , non pas sans estime l’un pour l’autre , cela étoit impossible , mais sans amitié. Je cite cet endroit avec plaisir parce . qu’il m’est extrêmement glorieux. Trouver Germanicus digue d’un aussi grand nom que celui de M. Racine»

*o CATALOGUE DES PIECES

c’cst , en peu de mots , en dire beaucoup de bien ; et que ce témoignage ait été rendu par un homme aussi fameux que M. Corneille , c’est le plus grand honneur que je puisse recevoir. Le Lecteur jugera , s’il lui plaît , qui des deux eut le plus de raison , l’urr de dire ce qu’il dit , ou l’autre de s’en offenser. «

cc S’il est échappé à Corneille de dire ce que Boursault rapporte -, au sujet de la Tragédie de Germanicus , observent fort judicieusement les frères Parfaict , il faut croire que l’envie de mortifier Racine fut des plus marquées , car rien ne peut soutenir le jugement que ce grand Poète a porté de cette Piece , soit qu’on en considère le plan , la conduite , la peinture des personnages et la versification. Ainsi il n’est pas étonnant que Racine se soit cru avili par une comparaison si odieuse. »

* Le Mercure Galant, ou la Comédie sans titre , Comédie en cinq actes , en vers , représentée au Théâtre de Guénégaud, le f Mars 168 j , dédiée au Duc de Saint-Aignan , et imprimée , avec un Avis au Lecteur , à Paris , la même année , chez Thomas Guiilain , in-xz , et dans les Œuvres de l’Auteur,

Marie Stuart, Reine d’Écosse , Tragédie en cinq actes , en vers , représentée au Théâtre de Guénégaud, le 7 Décembre 1685, dédiée au

DE BOURSAULT. 5 t

Duc de Saint-Aignan , et imprimée , avec un Avis au Lecteur , à Paris , la même année , in- 1 1 , et dans les Œuvres de l’Auteur.

Marie Stuart est aimée du Duc de Norfolc, autrefois Favori et premier Ministre d’Élisabeth, Reine «l’Angleterre. Mais le Comte de Morray , frère naturel de la Reine d’Écossc , dévoré d’ambition , projette d’épouser Élizabeth , et de réunir ces deux couronnes sur sa tête. Pour y parvenir , 11 détruit la faveur de Norfolc , dans l’esprit d’Élisabeth , et il seme le faux bruit d’une conspiration de la Reine d’Écosse contre la Reine d’Angleterre. Celle-ci, autant excitée par la jalousie que par le désir de soutenir scs droits au irône , fait assembler les Pairs de son Royaume, qui condamnent Norfolc et Marie à la mort. Cet Arrêt s’exécute. Mais le Comte de Neucastel , protégé du Duc qu’il a trahi , pour plaire à Morray , avoue à Élizabeth que Marie étoit innocente , et que le Duc n’a agi que pour la délivrer de son injuste poursuite. Elisabeth, confondue, accable Morray de reproches.

Il avoue tout, et même le meurtre du Roi, dernier dpoux de sa sœur , ainsi que le projet de faire périt le fils de cette malheureuse Heine, après elle, afin de régner seul, sur l’Écosse et l’Angleterre; mais pour se soustraire au supplice qu’il voit bien ne pouvoir pas éviter , il sc poignarde , aux yeux d’Élisabeth , qui déplore la foiblcsse qu’elle a eue d’en croire ce monstre et de sacrifier , par ses conseils , le Duc de Norfolc et la Reine d’Écossc,

te Marie Stuart , par le malheur qui semble être attaché à ce nom , ne fut pas reçue avec de grands applaudisscmcns , dit le Pere Bou.sault , dans son Avertissement placé au devant des Œuvres Dramatiques de notre Auteur. Les vers en sont toutefois fort beaux et les sentimens très-nobles ; mais elle ne fut pas du goût du Public , qui respecte plus les sujets que 1 antiquité a consacrés que les faits qui sont plus récens, et que l’Histoire moderne familiarise trop avec nous , en les rapprochant de notre âge. » te Pitoyable raisonnement , répondent à cela les freres Parfaict , avec assez de justice. Le Comte d’Estex * de T. Corneille, et le Bajazct de Racine ne sont-ils pas de l’Histoire moderne ? Marie Stuart tomba , parce que cette Tragédie ne valoir rien. Malgré son mauvais succès son Auteur ne laissa pas d en retirer un profit assez considérable. Voici com-

ment ce rare événement arriva , continuent les freres arfeict. C’est Boursault qui parle dans une Lettre qu ,1 a adressée à l’Evêque de Langrcs. »

« Feu m. le Duc de St. Aignan étoit un des Seigneurs ,* - our qui joignoit le plus d’agrémens aux grâces qu i pouvoir faire. Je le sais par moi-meme. Par reconnoissance de la protection qu’il m’avoic accordée je lu. dtdiai ma Tragédie de Marie Stuart. Il ] a reçut de la man.ere du monde la plus obligeante , me ditque ce «eroir désormais le livre de «bibliothèque qu’il aimeroil P us , et me pria de ne pas trouver mauvais que ,

pour s’acquitter feiblcntene de i’obligetion qu'il mevort. ,1 ra c fît u „ prfsent de « n f ^

DE BOURSAULT. n

moi , Monseigneur , lui dis-je , qui suis au de'sespoir dt m'acquitter si mal des grâces dont je vous suis redevable. Jl n'est pas juste que vous achetiez si ché ement un hommage si peu digne de vous ; et l’Ouvrage que je prends la liberté' de vous offrir est trop payd par la bonti que vous avegde le recevoir. M. de St. Aignan , qui parJoit aussi bien qu’homme de France , m’ayant répondu touc ce que la plus délicate honnêteté peut faire dire : Je vois bien ce que c’est , ajouta t-il , Vons ne me croye ç pas asseg riche pour vous donner cent louis tout d’un coup. Eh ! bien , puisque vous vouleg avoir la complaisance de vous accommoder à ma fortune , souffre ç, au moins , que je vous en donne vingt présentement , et que je continue , de mois en mois , jusqu’à ce que je sois quitte. Quoi que Je pusse dire , et quoique je pusse faire , quelque honte même que je pusse avoir de voir payer mon Ouvrage plus qu’il ne valoit , je fus contraint à recevoir vingt louis avant que de sortir. Ce que vous trouverez de beau. Monseigneur, c'est l’exactitude de M. de $t. Aignan pour le reste. Pendant quatre mois, il jne manqua pas le premier, ou, tout au plu» tard , le second jour, de m’envoyer un Gentilhomme avec vingt louis et vingt honnêtetés dont il les accompagnoit ; et quand je fus le remercier , ce fut lui qui me remercia lui-même. »

Le sujet de Marie Stuart avoit déjà été traité avant Boursault , en 1639, pat Régnault , dont la Pièce ne réussit point; et il le fut encore depuis, par un Anonyme , en 1734, avec aussi peu de succès,

La Fête de la Seine , Divertissement en un acte , en vers et en musique , représenté chez la Duchesse de Brunswick , à Anieres , en 1690 j imprimé à Paris la même année , in-11 , et dans les Œuvres de l’Auteur.

L’Océan et Thétis rassemblent dans cette Piece les Fleuves du Gange , du Nil, du Danube et du Pactole pour fêter la Seine et Louis XIV , qui régne sur elle. Les Tritons , les Néréides , les Amours , les Jeux et les Plaisirs se réunissent aux Fleuves , et célèbrent avec eux les louanges de ce Monarque, C’est tout ce qui forme ce petit Opéra , qui , sans doute , n’eut d’autre succès que celui du moment où il parut.

* Les Fables d’Ésope , ou Ésope à la Ville , Comédie en cinq actes , en vers , précédée d’un Prologue , représentée au Théâtre François le Janvier 1690 j dédiée au Duc d’Aumont , et imprimée avec une Préface , à Paris , la même année , chez Théodore Girard, in- 1 2. , et dans les Œuvres de l’Auteur.

Phaéton , Comédie Héroïque , en cinq actes , en vers libres , représentée au Théâtre François le îtf Décembre 1691 j dédiée aux Comédiens François , et imprimée , à Paris , en 1 69 j , chez

Jean

Jean Guignard , in- n , et dans les Œuvres de . l’Auteur.

« Cette Comédie fut mal accueillie du Public , disent les frères Parfaict , elle ne méritoit pas un sort plus favorable , quoique l’Auteur et son fils , le Théatin , aient crié à l’injustice. Le premier dans son Épitre dédicatoire aux Comédiens , où il a inséré une fable , imitée de Phèdre , intitulée , La Prévention , et où il tâche à prouver que c’est lui qui a empêché qu’on trouvât sa Piece bonne ; le second dans son Avertissement mis au-devant des Œuvres Dramatiques de son pere , où il s’exprime ainsi, tt Boursault avoit travaillé son Phaëton avec plaisir , et il s’en promettoit encore plus d’honneur que ne lui en avoit fait son Esope ; mais les Comédiens l’ayant trop vanté , avant de le représenter , se croyant trop assurés du succès que leur promettoit cette Piece et ayant refusé toutes les autres qui leur furent offertes , une cabale d* Auteurs piqués la décria si fort dans le Public qu’on en étoit dégoûté presqu’avant de l’avoir vue , et qu’on y portoit un esprit mal intentionné, ou prévenu. Ce n’étoit pas, disoit-on , que l’Ouvrage ne fût plein de beautés. On convenoit aisément que tout y pétilloit d’esprit ; mais on se plaignoit que cet esprit y fût répandu avec plus de profusion que de choix , plus de vivacité que d’ordre.

Bortrsault rappelé aux Comédiens , dans son Epîtré dédicatoire , que lorsqu’il leur lut sa Piece elle leur donna,

tant de plaisir gu' il en reçut les plus grands applaudissement ; que depuis le Jugement tumultueux que le Public en a porte' , il l'a montrée à des gens qui sont sur la cime du Parnasse et ne voient qu’ Apollon au dessus d'eux , et qu’ils ont été du même sentiment que les Comédiens.

et Comme je sortois un jour de la Comédie, continuet-il, un de vos gardes me donna un billet cacheté, où quelqu’un assex généreux pour me consoler d’une disgrâce qu’il crut apparemment que je ne méritois pas , avoit eu la bonté de mettre ces quatre vers :

es Plus je vois ton ouvrage et plus j’en suis avide. m C’est ainsi qu’au tems ancien » Écrivoient le galant Ovide » Et l’ingénieux Lucien. i>

et Je ne sais à qui je suis redevable de cette grâce; mais, à qui que ce soit, j’y dois être assez sensible pour ne pas garder un silence ingrat dans une conjoncture où tout l’honneur est pour celui qui m’en a voulu faire. «

et Ces quatre vers sont de Thomas Corneille , ajoutent les frères Parfaict. Mais malgré les éloges donnés à la Comédie de Phaëton nous osons assurer qu’elle est du dernier médiocre. Le plan est à peuprès semblable à celui de l’Opéra de Quinault ; et meme cette Piece pourroit passer pour une espece de Parodie de cette Tragédie Lyrique. ( Voyez le troisième volume de nos Opéra. ) Tout le changement que Boursault y a fait , c’est d’introduire Momus , qui

tst le plus mauvais plaisant et le plus grand verbiageur que l’on puisse citer. Ainsi loin de regarder la chute de cette Comédie comme un effet de la mauvaise humeur du Public, ou d’une cabale d’Autcurs , on doit plutôt être étonné qu'un si foible ouvrage aie eu neuf réprésentations. »

Les Mots à la mode , Comédie en un acte , en vers , représentée au Théâtre François le 1 9 Août r j dédiée à M. de Lomellini , Envoyé de Genes , et imprimée , avec un Avis au Lecteur , à Paris , la même année , chez Jean Guignard , in- ii , et dans les Œuvres de l’Auteur.

et Un petit Livre , intitulé , les Mots à la mode , qui a toute la réputation qu’il mérite , m’inspira la pensée de faire cette Piece , « dit Boursault , dans son Avis au Lecteur.

Les principaux Personnages de cette Comédie sont des Bourgeois qui veulent passer pour nobles, et qui emploient dans leurs discours des mots nouveaux , aussi bisarres que peu honnêtes, ce qui en fait faire de fausses interprétations , très -défavorables à ceux qui s’en servent.

et Cette Piece fut reçue avec beaucoup d’applaudissement et de plaisir, dans le tems que les ridicules qu’elle frondoît étoient en vogue. C’est une des jolies bagatelles qui aient paru sur la scene , « au jugement de Léris , dans son Dictionnaire des Théâtres de Paris y et à celui du petc Boursault , dans l’Avertis-

sement des Œuvres Dramatiques de notre Auteur, qui termine ainsi son Avis au Lecteur des Mots à la Mode.

« Le grand défaut de cette petite Comédie est que les Auditeurs ne l’ont pas trouvée assez longue , ce qui m’a fait ajouter à l’impression plusieurs vers , qui n’onc pas été dits sur le Théâtre ; et qui , à ce que je crois, donneront une nouvelle satisfaction à ceux qui ont trouvé du plaisir à la voir réprésenter. »

Méléagre , Tragédie Lyrique, en cinq actes , en vers , avec Prologue , non représentée , précédée d’un Argument , et imprimée à Paris en 1694 , chez Jean Guignard , in- 1 1 , et dans les Œuvres de l’Auteur.

Ce fut Madame de Maintenon qui ordonna à Boursault de composer les paroles de cet Opéra , dont elle lui indiqua le sujet , et qu’elle projettoit , en secret , de faire réprésenter dans son château , devant Louis XIV. « Boursault l’exécuta , avec autant de promptitude que de génie et de délicatesse , dit son fils , le Théatin. Ce projet n’ayant pu être si secret qu’il ne transpirât à la Cour, Madame de Maintenon , n’espérant plus lui donner le mérite de la Surprise , ne voulut plus que Lully en mît les paroles en musique , nî qu’on en entendît parler* v»

Le Prologue est formé par le Destin , les Parquas, Thémis, Minerve , Mercure , les Amours , les Grâces, les Jeux et les plaisirs, qui se réunissent tous pour

DE BOURSAÜLT. J?

chanter les louanges de Louis XIV , et occuper ses loisirs.

Voici l’argument de la Tragédie,

ic Ce Sujet est tout entier dans le huitième livre des Métamorphoses d’Ovide. Althée , femme d’Œnéc , Roi de Calydon , au moment de la naissance de Méléagrc, son fils , aperçut les Parques qui décidoient de la durée de sa vie ; et leur ayant demandé si le cours en seroit long, elles lui répondirent qu’elle ne durerait ni plus , ni moins qu’un tison qui btûloie alors , dont cette mere fut si touchée qu’elle se saisit promptement de ce tison fatal , l’éteignit et le conserva précieusement. Il arriva dans la suite du tenu qu’Œnée, pere de Méléagre , ayant rendu grâces à tous les Dieux d’une récolte abondante, oublia uniquement Diane. Cette Déesse fut si offensée de ce mépris qu’elle envoya un Sanglier horrible sur les terres de Calydon , qui pendant assez long-tems , y fit de si grands ravages que toute la Grèce assembla ce qu’elle avoit de plus vaillans Princes pour délivret ce malheureux pays d’un monstre si dangereux. Atalante , fille de Jasius , Koi d'Arcadie , et qui n’avoic rien des foiblesses de son sexe , fut de la partie , et meme cc fut elle qui blessa la première le sanglier. Méléagre , qui en étoit éperduement amoureux » ayant achevé de tuer le monstre , lui en présenta la dépouille ; mais Agénor et Toxéc , tous deux oncles de Méléagre , et freres d’Althée , en furent si jaloux qu’ils la lui ôterent. Leur insolence ne demeura pas sans punition. Mélcagre , outré de l’affront qu’ils* avoient fait à sa maîtresse , les tua tous deux » et

4 o CATALOGUE DES PIECES , &c.

Althée étoit au Temple , où elle rcmercioit les Dieux de la victoire de son fils, lorsqu’on lui apprit la mort de ses deux freres. Elle changea à l’instant scs voeux en imprécations , et s’abandonna toute entière à la rage qui la possedoit. Il ne lui importe à quel prix elle apaise les mânes de ses frères , et son fils , coupable de leur mort , est un monstre à ses yeux plus effroyable que celui qu’il a vaincu. Elle n’hésita point sur le parti qu’elle avoit à prendre. Le tison qu’elle avoit en son pouvoir lui offrit de quoi satisfaire sa vengeance ; et , après plusieurs combats, qu’elle ne put refuser à la nature ,clle abandonna aux flammes ce tison funeste , où étoit attachée la vie de son fils, qui diminuoit à mesure qu’il se consumoit , et qui finit entièrement lorsqu’il n’en resta plus aucune étincelle. » Le sujet de Méléagre a été traité plusieurs autres fois , par Pierre de Boussy , en 1582 , Jean Boissin de Gallardon , en 1617, Alexandre Hardi , en 1624, Benserade , en 1640, le Médecin Collet, en 1645,11 Grange Chancel , en 1699 et Joliveau,en 1709.

* Ésope à la Cour, Comédie Héroïque, en cinq actes , en vers , avec un Prologue , Ouvrage posthume , représenté au Théâtre François le 16 Décembre ryoi ; dédié à la Duchesse de Villequicr par la veuve de l'Auteur , et imprimé avec un Avis au Lecteur , à Paris , l’année suivante , chez François le Breton, in- 11, et dans les Œuvres de l’Auteur.

Page 1