M. DE L A M O T T E
Elle a plus de vertus encore que d’appas;
C’est, je crois, dire assez qu’elle n’en manque pas. I De quelque autre que moi qu’elle soit la conquête»'? Des dangers de l’hymen je garantis sa tête î
j<; LE MERCURE GALANT,
Mais tout ce que j’entends , et tout ce que jevois ,
Tour m’appeller cocu semble prendre une voix. Ecoutez quatre mots, sans aucune incartade»
Et traitez-moi de fou si j’ai l’esprit malade.
{ A Claire. )
Ce fut jeudi dernier que l’enfer , en courroux Du plaisir que j’aurois si j’étois votre époux , Déchaîna contre moi tout ce qu’il crut capable De pouvoir me contraindre à me donner au diable.
Ce jour-là , que depuis j’ai maudit mille fois ,
Ayant beaucoup marché sans dessein et sans choix » Je fus me reposer vers les bornes de pierre Qui d’un jaloux voisin ont séparé ma Terre,
Pour rêver à mon aise au moment bienheureux Où l’amour dans vos bras rempliroit tous mes voeux. A peine étois-je assis sur une de ces bornes ,
Que deux gros limaçons me présentent les cornes i Plus je donnai de coups pour les faire rentrer,
Plus ils prirent de peine à me les mieux montrer;
Et de leur insolence ayant pris quelque ombrage »
Je fne levai sur l’heure et les tuai de rage ,
Etant persuadé qu’à moins d’un prompt trépas ,
Les affronts à l’honneur ne se réparent pas.
Je venois en héros de venger mon injure ,
Quand par méchanceté , pour confirmer l’augure *
Un misérable oiseau pensa me rendre fou ,
A force de crier : coucou , coucou , coucou 1 Enragé contre lui, mon fusil sur l’épaule,
J’çntre dans la foret , et je cherche le drôle , Fortement résolu , pour venger mes soupçons *
COMÉDIE. j 7
De lui faire éprouver le sort des limaçons.
Mais , zeste ! le coquin de branchage en branchage , De son maudit coucou, redoubla le ramage ,
Et quatre coups en l’air, loin de l’épouvanter, lui servirent d’appât pour le faire chanter.
Limaçons et coucou , mon âge et votre sexe ,
Tout rendoit à Penvi ma pauvre ame perplexe, lorsque dans mon chemin , et presque sous mes pas , Je trouve un bois de cerf fraîchement mis à bas ;
Et vois un peu plus loin cette maligne beto,
Qui sembloit m’annoncer que c’étoit pour ma têtes « Vous en aurez menti, malheureux animaux i » Je rendrai malgré vous tous vos présages faux , « M’éctiai-je ; et soudain je gagnai ma chaumière ,
Sans vouloir regarder ni devant, ni derrière.
Ainsi , vous avez beau menacer ou prier ,
Qui diable après cela voudroit se marier ?
Eh î Monsieur, donnez-nous des raisons plus honnêtesî Ma cousine est croyable un peu plus que vos bêtes.;
Et c’est de sa vertu faire trop peu de cas Que de les vouloir croire , et ne la croire pas.
Je suis las de souffrir un si cruel outrage.
M. DE I, AivlOTTI.
Je vous ai déjà dit que je la crois fort sage;
Mais si l’astre s’en mêle et veut me voir cocu , Pensez-vous que par elle il puisse être vaincu ?
Ce qu’avec un autre homme elle auroit d’innocence.
Deviendra contre moi fidele à l’influence i
JEt moins par son penchant que pour remplir mon sort.
fS LE MERCURE GALANT,
Je me verrai cocu , sans qu’elle ait aucun tort.
Je veux de ce malneur sauver Mademoiselle ;
Elle me touche assez pour r.e vouloir point d’elle :
S’il faut être cocu , c’est par un autre choix Que je veux ressembler à tous ceux que je vois.
( A Claire. )
Pour l’honneur de mon front et de votre mérite , Rendez-moi mon argent , et sortons quitte à quitte. O R O N T E.
Puisque par ces raisons Monsieur est convaincu Qu’on lui rendra justice en le faisant cocu,
La rupture qu’il cherche est une preuve insigne Que de remplir son sort il ne vous croit pas digne. Vous n’auriez pas l’esprit de lui manquer de foi. Finissez. Quel argenc lui devez-vous ?
Entrois mots , c’est me payer ma somme.
Claire.
Que me demandez-vous ? parlez en honnête -homme. Que vous dois-je ?
M. Dh Lamottï.
L’argent que vous me retenez ,
I es deux mille louis que je vous ai donnés.
Cl aire.
A moi, Monsieur ?
M. DeLamotte.
A vous. Pourquoi tant de grimaces ?
Claire.
lorsque je les reçus , je vous en rendis grâces}
Me les ayant donnés, ils ne sont plus à vous.
M. De La motte.
Je me flatois alors de me voir votre époux.
Jamais félicité ne me parut plus haute.
Claire.
St vous ne l’êtes pas. Monsieur, est-ce ma faute?
Tous les dons qu’en m’a tuant vous pouvez m’avoir faits» Me sont trop ptécieux pour les rendre jamais.