LE MARQUIS , ORONTE , M. DE BOISLUISANT , CÉCILE , LISETTE , MERLIN
Le Marquis.
y* Serviteur. Vous voyez un Marquis distingué,
»» Que les plus grands emplois n’ont jamais fatigué; »Du Mercure Galant adorateur fidele, m J’ai fait un air nouveau sur la sa : son nouvelle.... Ah ! je croyois parier à Monsieur Licidas.
V> Est-il là ?
Oronte.
Non. Monsieur; mais il n’importe pas :
v» Je tiens ici sa place , et sais la tablature.
Le Marquis.
ï> Tous les mois de mes airs j’embellis le Mercure.
» S’il a ce grand débit dont chacun s’aperçoit ,
« A parler entre nous, c’est à moi qu’il le doit: s> L’éclat que je lui donne en est la seule cause.
Oronte.
*> Je crois vos airs fort beaux ; mais il faut autre choses a> Qui ne veut que des airs acheté un Opéra.
Le Marquis.
y> Parbleu ! je vais gager, tout ce que l’on voudra ,
» Que dans tout Phaëton, quelque bruit qu’on en fasse, » On ne verra point d’air qtic celui-ci n’cfface. t> Vous vous y connoissez , et cela me suffit.
» D’ailleurs ce que je dis ne s’est point encor dit, s> La route que je tiens est fraîchement tracée:
» Tout y sera nouveau jusques à la pensée ;
Et comme c’est un air à demi goguenard ,
» Je l’ai pris sur un ton entre doux et hagard.
( A Cécile. )
55 Je voudrois qu’en cet art Madame fût congrue »
« Il seroit inal-aisé qu’elle n’eût l’ame émue. Cécile.
si Pour tous les airs nouveaux j’ai de la passion , s> Et je vais écouter avec attention.
Le Marquis.
» Je vous demande à tous une équitable oreille.
( II prélude. )
51 Les paroles et l’air n’ont coûté qu’une veille,
( Il chante. )
si Tant que l’hiver a duré »ï Matgot m’a fait la grimace :
5 > Mon cœur n’a point murmuré >» De voir le sien tout de glace ; s* Mais le printems de retour, ai Elle doit changer de note ,
55 Ou bientôt avec la sotte 55 J’enverrai paître l’Amour.
55 Comment le trouvez-vous ?
Fort nouveau.
Le Marquis.
Je me piquft
S» D’avoir dans l’univers peu d’égaux en musique.
COMÉDIE
» Outre qu’avec plaisir les tons sont variés , s» Les paroles et l’air sont si bien mariés » Qu’il semble qu’on ait fait, sans préceptes frivoles , Les paroles pour l’air et l’air pour les paroles.... s» Vous faites tous des voeux pour un second couplet; r> J’en suis sûr ?
Cécile.
Le plaisir en scroit plus complet.
Le Marquis.
»■> Pour vous refuser rien , je vous trouve trop belle;
« Prctex-moi , je vous prie , attention nouvelle.
( Il chante. )
» Avant le tems des frimats ,
3>Dans une grotte champêtre,
» De ses plus charma ns appas s> Elle me faisoic le maître ;
Et je prétends, dès ce jour,
La ramener dans la grotte , w Ou bientôt avec la sotte » J’enverrai paître l’Amour,
Eh 1 bien , que vous en semble ?
II est beau, je vous jure.
Le Marquis.
» Il faut le faire entrer dans le premier Mercure.
» Le tems presse.
Il est vrai. L’avex-vous tout noté ,
» Monsieur î
Le Marquis.
Assurément, et de plus cacheté.
( Il montre le paquet , et lit le des tus .) v> A Monsieur Licidas , à son accoutumée.
Substitut de la Renommée....
» Mon air aura pou? lui des appas éclatans,..
» Adieu , mon cher.
( Il sort. )