‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 89 sur 108 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

AM INTE, ÉSOPE.

M onsieür, vousvovez unemcre A qui l’on fait souffrir une douleur amcre.

Je ne saurois parler , tant je suis hors de moi.

De grâce , vengez-moi , mon cher Monsieur !

Ésope.

De quoi?

Qu’cst-cc qu’on vous a fait? expliquez-vous.

ÉSOPE

Je n’ose.

A-t-on pris votre bien ?

Ce set oit peu de chose.

Le bien n’est pas d’un prix à causer ma douleur.

A-t-on furtivement attaque votre honneur ?

Repondez.

Te ne puis , et cela doit suffire.

C’est vous en dire trop que de n’oser rien dire.

J’ai l'esprit un peu dur } parlez-moi sans façon.

r il)

c6 LES FABLES D’ÉSOPE,

I orsque l'on sc marie à quoi s’amuse-t-on ?

Je n’avois pour tout fruit de la foi conjugale Qu’une fille; mais belle à n’avoir point d’égale :

Elle étoità quinze ans l’objet de mille voeux.

Que c’est pour une fille un âge dangereux 1

La mienne d’un jeune homme éperdument aimée,

A l’aimer à son tour s’étant accoutumée ,

Quelques soins qu’on eût pris de la bien élever ,

A consenti sans peine à sc faire enlever.

Dépêchez un Prévôt avec tout son cortège :

Déjà le ravisseur a peut-être... Que sais-je ?

Ils s’aiment tendrement, ils sont seuls, sans témoins. Je tremble...

Ésope.

A dire vrai, l’on tremblcroit i moins.

Mais parlons de sang froid. Votre fille enlevée ,

Est-ce une vérité qu’on vous ait bien prouvée ?

II me seroit fâcheux d’agir en étourdi.

Je suis sûre , Monsieur , de ce que je vous di .

Faut-il d’autres témoins que ma douleur extrême î

Ésope.

Il est bon , s’il vous plaît , que j’en sois sûr moi-même. Qui l’a vue enlever i Où l’a-t-on prise ? quand ?

Je n’en n’ai qu’un témoin ; mais il est convamcanti- On ne peut contre lui donner aucun reproche.

Pour l’avoir toujours prêt , je le porte en ma poche.

COMÉDIE

Voyez , par cc billet , que je mets dans vos mains , Si j’ai lieu de douter du malheur que je crains.

Lisez.

Ésope, lit.

» Je suis aimée , et j’aime î « C’est , je crois , vous en dire assez :

Personne mieux que vous ne connoît par soi-mcme ,» Ce que c’est que deux coeurs que l’amour a blessés.

» Trois fois de vos amans épousant la fortune v* Vous les avez suivis , en tous lieux, à leur choix: a» Et qui s’est, comme vous , fait enlever trois fois « Doit bien me le pardonner une. »

Diantre J

Eh ! bien , ce billet parle-t-il clairement ? Etes-vous éclairci de la chose ?

Ésope.

Oui vraiment.

Je trouve ce billet assez intelligible.

A ma juste douleur soyez donc plus sensible.

Ésope.

Vous, contre votre fille ayez moins de courroux : Elle n’est point coupable.

Elle?

Non.

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