‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 99 sur 108 · M. FURET, ÉSOPE · texte numérisé non relu

M. FURET, ÉSOPE

M. Furet.

JF E viens de vos bontés implorer une grâce ,

Monsieur.

Ésope.

Qu’est-ce? parlez : que faut-il que je fasse M. Furet.

Crésus dans son Royaume a fort peu de sujets A qui , sans vanité , soient mieux dus scs bienfaits.

ÉSOPE

Qu’avez-vous fait pour lui ? voyons , je rends justice. M. Furet.

On ne peut faire plus pour lui rendre service.

Si les sujets du Roi m’avoienttous ressemblé Jamais aucun Etat n’eût été' mieux peuplé :

Ses voisins trembleroient \ et pour de foibles sommes , 11 auroit toujours prêts quatreou cinq cens mille hommes. J’ai quatorze garçons , tous aussi grands que moi,

Et qui sont tous quatorze au se£ice du Roi.

Assez brave autrefois » et ma femme assez belle ,

Nous voulûmes au Roi témoigner notre zele:

Pour bien faire ma cour je ne ménageai rien ;

Et ma femme eut un zele aussi grand que le mien. Nous montrer bons sujets étoif^notre délice.

Ésope.

Quatorze enfans ! •

M. Furït.

Quatorze.

Ésope.

Et tous dans le service?

Jamais envers l’Etat on n’en n’a mieux usé ;

Il faut que vous soyiez un gentilhomme aisé :

Tant d’enfans au service ont besoin d’une somme Qui doit faire suer le plus gros Gentilhomme.

M. Furet.

Monsieur , je ne suis pas Gentilhomme.

Ésope.

Tant mieux :

Je n’en connois aucun qui soit pécunieux.

La noblesse et l’argent sont brouillés, ce me semble >

A ne pouvoir jamais se bien remettre ensemble. Qu’êtes-vous ?

M. Furet.

J’ai l’honneur d’être un vieil Officier.

Ésope.

Vous vous nommez?

M. Furet.

Furet.

çi s o P E.

Et v ous êtes ?

COMÉDIE. 9 j

M. Furet.

Huissier.

Pour le repos de l’ame il n’est que cet office.

É 5 OPE

Huissier! Et vous avez tant d’enfans au service,^ Vous vous mocquez. Portez vos mensonges ailleurs. M. Furet.

J’en ai fait sept Huissiers, et quatre Procureurs;

Un qui de la patrouille est l’Atcher le plus brave ;

Un Contrôleur d’exploits , et l’autré Rat-de-cave. Onze et trois font quatorze, en tout pays, je croi.

Ésope.

Ils font belle figure au service du Roi !

Au diable vos enfans , tant ils m’ont fait de peine !

Je croyois que le moindre étoit un Capitaine;

Et je trouve en mon compte une si grande erreur Que le plus honnête homme à peine est Procureur. Le bel honneur au Roi d’avoir à son service Le précis , l’élixir de toute la malice.

M. Furet.

Crésus, dont j’ai sur moi la déclaration,

Quand on a douze enfans donne une pension :

J’en ai quatorze , et tous d’une tige féconde.

C’en est trop des trois quarts , pour le repos du monde. Il est vrai que Crésus , juste en toutes scs loix ,

Four se faire des bras qui soutiennent ses droits , Veut que de ses bienfaits on honore les pères ;

Mais le cas , à mon sens , ne vous regarde gucres. Avoir beaucoup d’tnfans pour marcher sur vos pas ,

f 4 les fables d’ésofe.

C'est donner à l’Lrat des mains, et non des bras; Je ne vois là pour vous nulle chose à prétendre :

Le Roi ne donne rien à qui sait si bien prendre.

M. Furet.

J’ai fait quatorze enfans sur la foi des édits :

Pour le bien de l’État, j’ai la goutte.

Ésope.

Tant pis.

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