DE P
pcce de Daphnis , et qu'il ne s'expliquât que sur les intérêts de sa fille ; mais il en a de si notables pouc lui 9 qu'ils font le nœud et le déaouemenc. Âinsi » €*est un dé£iut , selon moi , qu*on ne le connoisse
pas dès ce premier Acte. Il pourioit ctre encore soutien comme CéUdan dans la Veuve , si Horame i'aiioie toîr pour le £iire consentir à son mariage avec sa
fille > et que, par occasion ^ il lui j;>roposit celui de sa sœur pour lui-même s car :dors ce seroit Florame qui rintroduiroit dans la Pièce , et il seroit appellé par un Acteur apssant dis le commoicement. Clarimond qui ne paroft qu'au trolûeme > est in^nué dès le pre«* nuer, où Daphnis parle de l'amour qu'il a pour elle ^ et avoue qu'elle ne le d^daigneroit pai s'il tessembloit a Fiorame. Ce même Clarimond fait venir son onde Voldmon au cinquième t et ces deux Acteurs sont aiiui exempts du défaut que je remarque en Gdraste. L'entretien de Daphnis au troisième avec cet amant dd^ daigné , a une affectation assex dangereuse , de ne dire que cliacun un vers à la fois » cela sort tout-à-fait du ▼caisemblable , puisque naturellement on ne peut 6tft si mesuré en ce qu'on s'cntrcdit. Les exemples d'Eurixipide et de Sdneque pouiroicnt autoriser ceue affectation qu'ils pratiquent si souvent , et même par dis- • cours généraux > qu'il semble (^ue leurs Acteurs ne viennent quelquefois sut la Scène que pour s'7 battre i coups de sentences ; mais c'est une beauté qu'il ne leur faut pas envier. £Ue est trop fardée pour dormer un amour r;|ispnnable à ceu^ qui ont de bons yeux , et ne
prend pas assez de sotn de cacher l' artifice de ses parures ^ comme i'ordomie Ariscot'e*
ce Gdraste n'agit pas mal en vieillard amoureux y puisqu'il ne traite l'amour que par tierce personne 9 qu*U ne prétend 6tre considérable que par son bien » et qu'il ne se produit point aux yeux do sa maîtresse 9 4e peur de kii donner du dégoût pour sa présence. OA peut douter s*il ne sort point du caractère des vieillards ,
en ce qu'étant naturellement avares > ils considèrent le bien plus que toute autre chose dans les mariages de
leurs cnfansy et que celui-ci donne assez, libéralement sa fiUe à Florame^ .malgré son peu de fortune » pourvu qu'il en obtienne sa soeur. En cela , j'ai suivi la peinture que fait Quintiiien d'un vieux luaiiqui a épousé une jeune femme » et n'ai point £ait de scrupule de l'appliquer à un vieillard qui veut se marier. Les termes en sont si beaux 9 que je n'ose les gâter par ma traduction. Genus infirmissima servituiis est seneh maritus , et fiagraiius uxorLs charitatis ardorem frigidU eoneipimus ajfectihus. C'est sur ces deux lignes que fe me suis cru bien fondé à faire dire de ce bonhomme 9
ic Que s'il pouvoir donner trois Daphnis pour Florise » «> 11 la tiendroit encore heureusement acquise.
4c II peut naître encore une autre difficulté sur ce que Théame et Amarante fonnent chacun un dessein , ^our traverser les amours de Fiorame et Daphris »
et
DE P. CORNEILLE, yt
tt qu*ainsi ce sont deux intriguée qui rompent Punlié
d'action. A quoi je réponds, premièrement , que ces deux desseins form<£s en même tems» et continués tous deux jusqu'au bout « font une concurrence qui n*empcche pas cette unité > ce qui ne seroit pas , si après celui de Théante avorté , Amacante en fbnnote un nouveau de sa part. En second Heu , que ces deux desseins ont une espèce d'unité entre eux , en ce que tous deux sont fondés sur l*mour que Clarimoad a pour Daphnis , qui sert de prétexte à l'un et à l'autre , et» enfin > que de ces deux desscdns il n'y en a qu'un qui fasse effet » l'autre se détruisant de soi -tnCme , et qu'ainsi la fourbe d'Aramante est le seul véritable nœud de cette Comédie , ou le dessein de Théante nft sert qu'à un agréable épisode de deux honnfites gens qui jouent tour-i-tour ua poltron » et le touraent eu ridicule.
c( Il y avQÎt ici un aussi beau jeu pour les à parte qu'en . la Veuve ; mais j'y en ai fait voir la même aversion » avec cet avantage , qu'une seule Scène qui ouvre le Théâtre « donne ici l'intelligence du sens caché de ce que disent mes Acteurs , et qu'en Tautte j'en emploie quatui ou cinq pour rcciaircir.
ce L'unité de lieu est assez exactement gardée en cette Comédie , avec ce passe-droit toutefois dont j'ai déjà parié f que tout ce que dit Daphnis à sa poru « ou en la rue, seririt mieux ditdanssa ciuunl>re« oùlesScenee qui se font sans elle et sans Amarante » ne peuvent se placer» C'est ce qui m'oblige à la £aûre sortir au dehors t afin qu'il y puisse avoir» et unité de lieu eutieu, et
liaison de Scène perpétuelle dans la Pièce > CQ qui ne pottcroit être > si elk parlait dans sa chambre > et le| autres dans la rue.
c( J'aid<>a dit que je tiens impossible de choisir on^ place publique pour le lieu de la Scène , que cet inconvéoieAC n'arrive î j'en parlerai encore plus au long quand je m'expliquerai sur l'unité de lieu. J*aiditque la liaison de Scène est ici perpétuelle > et j*y en ai mi$ ét deux sortes > de présence et de vue» QuelquesMuis ne veulent pas que quand un Acteur sort du Théâtre pour n'être point vu de celui qui y vient » cela fasse une liaison > mats |e ne puis 8tre de leur avis sur ce point % et tietu que c'en est une sufEsante « quand r Aeceur qui entré sur le Thdatre voit celui qui eu sort » ou que celui qui sort voit celui qui entre > soit qu'il le cherche 9 soit qu'il le fuie 9 soit qu'il le voie simple*ment, sans avoir îhtër8t à le chercher, ni à le fuir. Aussi j'appelle en général une liaison de vue» ce qu'ils nomment une liaison de recherche. J'avoue que cette liaison est beaucoup plus imparfaite que celle de préeence et de discours, qui se fait lorsqu'un Acteur ne eort point du Thdatce sans y laisser un autre à qui il ait parlé» et dans mes derniers ouvrages , je me suis arrêté A cette-ci* sans me setirîr de l'autre; mais, enfin» je crois qu'on s'en peut contenter, et je la préférerois de i>eaucoup à celle qu'on appelle liaison de bruit , qui ne me semble pas supportable , s'il n'y a de tr£s-justes et de très-impoi tantes occasions qui obligent un Acteur à sortir du Th^trc , quand il en entend i car d'y venir toplcment par curiosité , pour savoii ce que veut dûf
^ bruit , c*est une si foible liaison , que je ne conseille-'
rois jamais i personne de s'en seivir* ^ ce La durée de Taction ne passetoit ]Kiint en cette
Com<5dîe celle de la représentation , si l'heure du dinec . n.'y séparoit point les deaz yremten Actes. Le re$t« n'emporte que ce temt - li , et je n^annrfs pu hri en donner davantage, que mes Acteurs n'eussent le loisir de s*éclaircir » ce qui les brouille n*étafit qo^imneiUntendu , qui ne peut subsister qu'autant que Géraste » Korame et Daphnis ne se trouvent point tous trois enseeiMe» Je n'ose dite que Je m'y suis assctvi à fiiire les Actes si égaux » qu'aucun n'a pas un vers plus que raiierei c'est une afSectatioa qui ne £sdc aucune beauté» Il faut, à la vérité, les rendre les plus égaux qu'il se peut i ixuis il n'^t pas besoin de cette exactitude. U snifit qu'il n'y ait point d'inégalité notable t qui iàtigua l'attention de l'Auditeur en quelques- uns f et ne les renopHise pas dans les autres, n
La. Place Royale » on i' Amoiaicox eztra?t«« gant » Comcdic en cinq actes , en vers , dédiée à M. j représentée en 1^51 , et imprimée , pour la première fois » à Paris ^ en r^)7> <^*4- s chez Angustin Courbé.
Kous rapporterons encore en entier l'Examen que Cometlle a fait de ceue Pièce. On y trouvera le su)ec suflbamment exposé , et une sévère critique des dé^
fwt$ que i on peut lui reprocher. Le lieu de la Scen^
en
Digitizcû by Cjcjo^Ic
lui a fourni le premier titre ^ comme dans U GaUrie
du Palais ; mais le second est encore le seul qui lui convienne*
ce Je ne puis Aire tant de bien de celle-ci que de la
pj:<Scddente. Les vers en sont plus forts» mais il y a manifostement une duplicité d'action. Alidor t done Tesprit extravagant se trouve incommode d'un amour qui l'attache trop » veut faire en sorte qu'Angélique sa maîtresse se donne à son ami Cléandte ; et c^est pont cela qu'il lui fait rendre une fausse Lettre qui le conymnc de légèreté, et qu'il joint i cette supposition des mépris assez piquans pour l'obliger dans sa colère A accepter les afiections d'un autre. Ce dessan avorte €t la donne à-Doraste contre son intention , et cela l'oblige à en faire un nouveau pour la porter à un enlèvement. Ces deux desseins, formés ainsi i'unapris l'autre , font deux actions , et donnent deux ames au Poème , qui , d'ailleurs , finit assez mal par un mari^^e de deux personnes épisodiques, qui ne tiennent que le second rang dans la Pièce. Les premiers Acteurs y achèvent bizarrement , et tout ce qui les regarde fait languir le cinquième Acte , où ils ne paroissent plus , i'ie bien prendre , que comme seconds Acteurs. L'épilogue d* Alidor n*a pas la grâce de celui de la Suivante , qui, ayant été trcs-intéressée dans l'action principale » et demeurant enfin sans amant , n*ose expliquer ses eentimens en la présence de sa maîtresse et de son pere , qui ont tous deux leur compte , et les laisse ren-% trer pour pester en liberté contre eux et contré sa mauvaise fortune » dont elle se plaint en cUe-mcme, «t fait
parJi connoftre aa Spectateur Tassiette de son esprit , apcàs un effet si contraire à ses souhaits*
€c Alidor est , sans doute ^ trop bon ami pour €tre si mauvais amant. Puisque sa passion l'importune tellement, qu'il veut bien outrager sa maîtresse pour s*en défaire , il dcvroit se contenter de ce premier effort , qui la fait obtenir à Doraste » sans s'onbarrasser de nouveau pônr l'intérêt d*an ami , et hasarder , en sa çonsidi^racion » un repos qui lui est si précieux. Cet amour de son repos n^empëche point qu'au cinquième Acte il ne se montre encore pas<;!onné pour cette maîtresse t malgré la résolution qu'il avoit prise des'ea défaire ^ et les trahisons qu'il lui a faites ; de sojte qu'il semble ne commencer à l'aimer véritablement que quand il lui a donné sujet de le haïr. Cela fait ^e iné^ galité de moeurs qui est vicieuse. î> * '
a Le caractère d'Angélique sort de la bienséance » en ce qu'ctie est trop amoureuse , et se résout trop t6t $ se faire enlever par un homme qui lui doit ctre suspect* Cet enlévemetit M réusrît mal » et il a été bon de lui donner un mauvais succis, bien qu'il ne soit pasbcsirinque les grands crimes soient punis dans la Tragédie» parce que leur peinture imprime as8c« d*horreur ptkir
en détourner les Spectateurs. Il n'en est pas de mcme des fautes de cette nature , et elles pourroient ehgaget un esprit jeune ce ainoureux à les imiter , si Ton voyait que ceux qui les conunetrent vinssent à bout » par ce mauvais moyeit , de te qu'ils dedrent.
ce Malgré cet abus introduit par la nécessité , et légitimé par rasage » de fairediredans iarue à nos amantes
G iîj
Oigitized by Gopgle
ifi Comédie ce que Tr^useroblaUenieiic elle» ^iroient
dans leur chambre , je n'ai osé y placer Angélique , du* cant U réflexion douiouicuse qu'elle fsàt suc U prompt titude et l'imprudence de ses ressehtimens , qui ta font consentir à épouser Tobjec de sa haine. J'ai mieux aimé tompre la liaison des Scènes , et l'unité de lieu qui se trouye'assez exacte en ce Pocme , à cela près , afin de
la faire soupirer dans son cabinet avec plus de bienséance pour elle , et plus de sûreté pour Fentretien d*Alklor« Phylis qui le voit sortir de chex elle , en auroit trop vu si elle les avoit apperç us tous deux sur le Théâtre i et» au lieu du soupçon de. quelque intelligence renouée entre eux » qui la porte à l'observer durant le bal , elle auroit eu sujet d*en prendre une entière certitude « et d'y donner un ordre qui eût rompu tout le nouveau dessein d'Alidor , et Tintrigue de la Pièce. ^
Cette Comédie eut assea de succis. Mais les fetnmet se plaignirent d'y être maltraitées ; c'est ce qui engagea Corneille » en Timprimant , à fm% rEpftte dédicatoire, qui est adressée à un Anonyme, et qui semble n'avoir été destinée qu'à offinr une espèce de réparation aux femmes*
ce Un Poète n'est jamais garant des fantaisies qu'il donne i ses Acteurs i et si les Dames trouvent ici quelfqucs discours qui les blessent, je les supplie de se souvenir que j 'appelle é^travagant cohii dont ils par«> tent» et que par d*autres Poèmes j'ai assez relevé leur gloire, et soutenu leur pouvoir, pour effacer les mauvaises idées que celui-ci kur pouna £sâtt concevoir de i mon eiptit» n
Claverett Auteur d'une Cornue du mcme titre > qui avoit été Taini de Corneille » mais qui se rangea
du parti de ses envieux ^ osa lui écrire la Letue suivante à l'occasion de cette Pièce.
ce l'entends parler de votre Place Royale , que vous cus&iezi aussi-bien appeilée la Place Dauphine, ou autrement , si TOUS eussiez pu perdre l'envie de me choquer > Pièce que yous résolûtes de faire des que vous sûtes que j*y travaiUois , ou pour satisfaire votre pac-^ sion jalouse , ou pour contenter celle des Comëdicne que vous servies. Cela n'a pas empcclié que je n'en aie reçu tout le contentement que j'en pouvois légitimement attendre , et que les honnêtes gens qui se
rendirent en foule à ses représentations 9 n'ayent ho» noté de quelques louanges Tinvention de mon esprit, l'ajouterai même qu'elle eut la gloire et le bonheur de plaire au Hoi , 4tant i Forges , plus qu'aucane des Pièces qui parurent lors sur son The'atre. 5>
4ftll est dommage» dit l'Auteur des Anecdotes dt^* mariqucs , tome second , page 78 , que la Pièce que Claveret compare à celle de Corneille ne soit pas imprimée ; on verroit clairement Toigueil ineappottable de ce foible rival»
Médée y Tragédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. P. T. N. G.i représentée en 16^^ 9 et imprimée , pour la première fois , à Paris , tn 16^9 9 iii-4. 9 chez François Targa.
Tout le monde connoît^ le sujet de cette Tm^iiie »
yt CATALOGUE DES PIECES
et n<ra« TâTons éotini dans notre septième rolmne,
au-devant de la Medét de Longepicrrc , qui avoît imité Euripide et S^neqae. Corneille les a suivis de fort pris aussi dans la plus grande partie de sa Pièce ; mais il y a ajouté plusieurs choses de son invention > telles que r Amour d'</Bgée pour Créuse. Corneille nous dit (Examen de Mddée) : ce Pour donner un peu plus d'intérêt à ce Monarque dans Taction de cette Tragédie, je le fti$ amoureux de Créuse, qui lui préfère Jason s et je porte ses ressentimens à l'enlever, afin qu'en cette en* treptise , demeurant prisonnier de ceux qui l'a sauvent de ses mains, il ait obligation à Médée de sa délivrance , et que la reconnoissance qu'il lui en doit , rengage plus fort e me n t i sa protection, et m8me i
Tcpouser, comme l'Histoire le marque Quant au
style , il est fort inégal en ce Poème, et ce que )*y ai mSIédu mien, approche si peu de ce que j'ai traduit de Séneque , qu'il n'est point besoin d'en metue ie texte en marge, pour faite discerner au Lecteur ce qui est de lui ou de moi. »> . *
L'IUttsioA Comique ^ Comédie en cinq actes^ en vers , dédiée à Mademoiselle M» F. D. »
et représentée en i 5 <^ ^ imprimée , pour la première fois, à Paris » ea ^^19% in-^.^ clies François Taïga.
Nous ne pouvons mieux faire que de laisser parler CcirneiUe lui-même, qui, dans ses £xamens, se £ùtcon« mitre ette juge toujours si équiublement.
DE P. CÔRNEILLE. 79
ce Je dirai peu de .chose de cette Piece« C'est om
gaianteiie extravagance qui a tant d*îrrcgulackc$ , qu'eUe ne vaut pas la peine de la considérer , bien que la nouveauté de ce caprice en ait rendu le succès asse:& favorable, pour ne me repenûr pas d*y avoir perdu qùelque tems* Le premier Acte ne semble qu'un pro^ loguc. Les trois sui\ ans forment une Pièce que je ne sais comment nommer. Le succès en est tragique: Adcaste y est tué , et Clindor en péril de mort ; mais le style ec les personnages sont entièrement de laComédie. Il y en a,m£me un qui n*a d'être que dans rimagination , inventé exprès pour faire rire , et dont il ne se trouve point d'original parmi les hommes. C'esn
un Capiran qui soutient asseï son caraaere de fanfaron, pour me permettre de croire qu'on en trouvera peu, dans quelque langue que ce soit, qui s*en acquitte mieux. L'action n*y est pas oomplette , puisqu'iDa ne sait, à la ân du quatrième Acte qui la termine, ce que deviennent les principaux Acteurs , et qu'ils se dérobent plutôt au pdril , qu'ils n'en triomphent. Le lieu y est assex régulier i mais l'unité de jour n'y est pas observée. Le cinquième est une Tragédie asseï courte pour n'avoir pas la juste grandeur que demande Aristotc , et que j'ai tâché d'expliquer. Clindor et Isabelle étant devenus Comédiens , sansqu*on le sache, y représcntent une histoire qui a du rapport avec la leur , et semble en être la suite. Quelques - uns ont attsibné cette conformité à un manque d'invention i mais c'est un trait d*art pour mieux abuser ^ par une fiusse nK>rt , le perc de Clindor qui les regarde , et rendre son
«o CATALOGUE DES PIECES
retour de la douleur i la |oie plus «urprenant et phia
agréable. »
a Tout cela cousu ensemble fait une Comédie » done Inaction n'a pour durée que celle de sa représentation s nais sur quoi il ne scroit pas sûr de prendre exemple. Les caprices de cette nature ne ee hasardent qu'une fois -, et quand l'original auroit passe pour merveilleux » la copie n'en peut januis rien valoir. Le style semble assex proportionné aux matières , si ce nVst que Lyse ^ en la sixième Scène du troisième Acte , semble s'élever un peu trop au-dessus du caractère de servante. Ces deux vers d'Horace lui serviront d'excuse , aussi-bien qu'au pere du Menteur , quand il se met en colère contre son fils , au cinquième Acte :
Ituerdum tamen etvocim Comœdia tottit^
Iratiuque Cl^remcs tumido deUtigat ore»
CK Je ne m'étendrai pas davantage sur ce Poone. Tout
irrdgulier qu'il est, il faut qu'il ait quelque mérite, puisqu'il a surmonté l'injure des tems, et qu'il parofil encore sur nos Théâtres « bien qu'il y ait plus de trente années qu'il est au monde » et qu'une aussi longue ré* volution en ait enseveli beaucoup sous la poussière » qui sembloient avoir plus de droit que lui de prétendre à une si heureuse durée.
♦ Le Cid , Tragédie en cinq actes ^ en vers ^ dédiée \ Madame de Combalct, çt précédée
d'un Aigiiment et de dem^ Romances Espa*
gBotes; représentée en 1^$^» et imprimëe»
poux la premicze fois ^ à Paris» en 1^37 > t chez Augustin Courbé et François Targa.
^ Horace » Tragédie en cinq actes , en rcn ; dédiée au Cardinal de Richelieu ^ précédée 4i'un Extrait de Titc-Live , en Latin , servant d'Argument K (^présentée en 1^39, et impri»
mce > à Paris , pour la première fois 9 en 2^41^ > cKez Augustin Courbé.
^ Cinna » on la Clémence d'Auguste f Ttt* gédie en cinq actes, en vers, dédiée à M. de Montoron , et précédée d'un. Extrait de Scncque le Philosophe , en Latin , servant d'Argument , et d'une Lettre de £alzac à Corneille ; iepré« sentée en 1^35» » et imprimée » pour la première fois , à Rouen , , sans nom d'Imprimeur i et à Paris ^ la même année et dans le même format , chez Toussaint Quinet.
Polyencte , Martyr , Tragédie Chrétienne »
en cinq actes , en vers , dédiée à la Reine Réjgente» précédée d'un Abrégé du Martyr de Saint Polyeucte » écrit par Siméon Métaphraste» et rapporté par Surius ^ en Exan^ois » poMr servir
Si CATALOGUÉ DES PIECES
d' Atgttment ; icprcscntfie en 1640 » impxir mce 9 pour la première fois ^ à Taris » en 1 640. , in- 4. y chez Antoine de SommavlUe.
* La Mort de Pompcc , Tragédie en cinq actes » en vers ^ dédiée au Cardinal Mazarin , précédée d'un Remerciement » en vers , à cette Éminence » d'une Préface , d'un passage de Lucain , et de. deux de Velléius Paterculus , en Latin , pour servir d'Argument i représentée en ic^i » et imprimée» pour la première fois» à Paris , en 1^44» i/x 4. , sans nom d'Imprimeur*
* Le Menteur, Comédie en cinq actes , en vers » dédiée à M. ^ ^ ^ , précédée d'un Avis an Lecteur » d'une Pièce de vers Latins adressés l Corneille » avec la traduction , par Constanter » et représentée en 1^41 ; imprimée , pour la pre« miere fols, à Rouen» en 1^44» » saw nom d'Imprimeur.
La suite du Menteur, Comédie en cinq actes, en vers » dédiée à M. ^ ^ ^ » représentée en 1^4} i imprimée» pour la première fois» à Rouen » en r 645 » in-^. » çt à Paris , la même
année I
année ^ dam le même format , chez Antoine de SommaYilIe et Augustin Couibé*
ce Te vous avois bien dit ( Epitre dédicatolre de la suite du Menteur ) que U Menteur ne scroit pas le ckerjiier emprunt ou larcin que je ferois chCL lt$ Espagnols. En voici une suite qui est encore tirée du même «original s'-et dont Lope a traité le sujet» sous le titre
de Amar fine sàbef à quien, Btte ft'a pas été si heureuse au Théâtre que Tautte, quoique plus remplie de beaux iientimens et de beaux vers. Ce n*est pa6 que j*en ireuîlle accuser ni le défaut des Acteurs , ni le mauvais jugment du peuple > la faute en est toute à moi qui derois mieux prendre mes mesures , et cholnr des aujets plus répondans au goût de mon Auditoire. Si *dtois de ceux qui tieœient que la Poésie a pour but de profiter aussi-bien que de plaire , je tâcherois de VOUS persuader que celle-ci est beaucoup meilieure que l'autre , i cause que Dorante y paroft beaucoup . plus honn6te homme 9 et donne des exemples de vertu à suivre ; au lieu qu'en l'autre il ne donne que des imperfections à éviter. Mais pour moi , qui tiens aveo AtJStote et Horace» que notre art n'a pour but que le divertissement , j'avoue qu'il est ici bien moâns à citimcr qu'en la première Comédie, puisqu'avcc ses mauvaises habitudes» il a perdu presque toutes ses paccs , et qu'il semble avoir quitté la mèUleure p«t de ses ;^rémens , lorsqu'il a voulu se corriger de ses débuts.. Ce nfest ici que le Valet qui fait rire ( Examen de la suite du Menteur ], au lieu qu'en l'autre f
les pâncipaïui agrëmeos sont dans la bouche du mal* tre. L^on a pu voir par les divers succès , quelle différence il y a encre les railleries spirituelles d'un honn6te hemine de bonne humeur , et les boufibnnedes froides d'un plaisant à gages. L'obscurité que fait eu celle-ci le rapport à l'autre , a pu contribuer quelque chose à sa disgrâce , y ayant beaucoup de choses qu'on ne peut entendre , si l'on n'a l'idée présente du AUuteun fille a encore quelques défiuts particuliers. Au second acte , CIdandre ( .Gentilhomme de Lyon > où se passe la scène ) raconte à sa soeut ( Mélisse » devenue subitement amoureuse du Menteur ) la générosité de Dorante, qu'on a vue au premier Acte» contre la maxime qu*it ne Êiut jamais raconter ce que le spectateur a déjà vu..., i> ( Dorante > ayant rencontré ce Cléandrc, qui se battoit contre un certain Florange , son rival f est allé pour les séparer; mais Florange avoit déjà ireçu .le coup mortel , et Cléandrc éroit disparu avant que Dorante appi^pchât du blessé. On a surpris et arrêté Dorante à la place du coupable, qui pourtant» soupçonné, à cause de ses anciennes querelles avec 4 e mprc f lui a été confronté et présenté au prisonnier Dorante, duquel ,trcs bieii reconnu pour le meurtrier, il n'a point été décelé. Mais Taffaire s'arrange. Cléandre se déclare, et Dorante recouvre la liberté* Un Fhi-> liste , amoureux de Mélisse , s'oppose quelques momens à ce que cette bonne sœur acquitte la leconnoîssahce de son frcrc envers Dorante. Cependant, entraîné par de si beaux exemples 9 Phîliste cède la
place i ce généreux rival. ) a U çînqMÂçme Acte w
DE p. CORNEILLE^
trop sérieux ponr une Pièce si enfouie» et n*a rien
de plaisant que la première Scène entre un valet (Cliton , le v^lct du Menteur ) et une servante ( Lyse » fuivante de Mélisse ). Cela platt si fort en Espagne , qu'ils font souvent parier bas les amans de condition > pour donner lieu à ces sortes de gens de s*entredire des badinagcs. Mais en France ce n'est pas le goût de rAudiroire.'... Bien que d'abord cette Pièce n*eût pas^ ^ande appr<^tidn , quatre ou cinq ans après , la Troupe du Marais la remit syr le Théâtre, avec un succès plus heureux ; mais aucune des Troupes qui courent les Provinces ne s*en est chargée.
Voici l'opinion de Voltaire sur cette Comédie, ce La suite du Menteur ne réussit point. Seroit-il permis de dire qu'avec quelques changemens, elle feroit au Tbéa« tre plus d'efifist que le Menteur m6me i L*intrigue de cette seconde Pièce Espagnole est beaucoup plus iatérâsante que la première. Dès que l'intrigue attache » le succès ne dépend plus que de quelques embellisse* mens 9 de quelques convenances que peut-être Cor* nëille négligea trop dans les derniers Actes de cette . Pièce. r> Préface de la suite du Menteur, édition avec des Commentaires*
♦ Rodogune , Princesse des Parthcs i Tragédie en cinq actes , en vers , dédiée à M. le Prince , et précédée d'un Argument , tiré d'Âp* pian Alexandxinj lepicsemce en 1^44 > et im-
primée > pour la première fois » à Paiis » en i Cj^j^ în*4. » chez Àugustin Courbé.
Théodore, Vierge et Martyre, Tragédie Chrétienne , dédiée à M. le P« C. B« ; xefté'
scntécea , et imprimée, pour U première fois , à Rouen , en 1^4^, , sans nom d'Ini« priment ; et à Paris , la même année , et dans le même format , chez Toussaii|.t Quinet.
« La représentation de cette Tragédie n*a pas en
grand éclat ( Epicre dcdicatoice de Théodore ) > et quoique beaucoup en attribuent la cause à diverses conjonctures qui pourroient me justifier aucunement, pour moi je ne m'en veux prendre qu'à ses défauts» et la tiens mal faite > puisqu'elle a été mal suivie, 1 l'aurois tort de m'opposer au jugement du Public : ^ il m'a été trop avantageux en mes autres Ouvrages t pour le désavouer en celui-ci ; et si je Taccusois d'erreur ou d'injustice pour Théodore, mon exemple donneroit lieu k tout le monde de soupçonner des m6mes | choses tous les arrêts qu*il a prononces en ma fa- | "veur. Ce n*est pas toutefois sans quelque sorte de sa- j tisfactlon, que je vois que la meilleure partie de mes juges impute ce mauvais succès à l'idée de la pros^ titutîon que Ton n*a pu souffirir , quoique Ton sût bien qu'elle n'auroit p:is d'cflFct, et que pour en exténuer rhorreur, j'aie employé tout ce que l'art et i'expétience m'ont pu fournir de lumières. Et » certes > 11 y a
DE p. CORNEILLE. «7
de quoi congratuler à la pureté de notre Théâtre , de ▼oîr qu'une histoire qui hit le plus bel ornement du second livre des Vierges de Saint Ambroise, se trouve trop licencieuse pour y 8tre supportée. Qu'eût-on die si , comme ce grand Docteur de TEglisc , j*cusse fait voir Théodore dans le /lieu infâme» si j'eusse décrit les diverses agitations de son ame durant qu'elle j: fut; si j'eusse figuré les troubles qu'elle y ressentit au premier moment qu'elle y vit entrer Didymej C'est U-dessus que ce grand Saint fiiit triompher son élo-* quence » et c'est pour ce spectacle qu'il invite particulièrement les Vierges à ouvrit les yeux. Je l'ai dé* robé à la vue , et autant que je l'ai pu , à l'imagination de mes Auditeurs > et après y avoir consume toute mon adresse » la modestie de notre Scène a désavoué, comme indigne d'elle, ce peu que la nécessité de mon' sujet m'a forcé d'en faire connottre. »
Théodore , Princesse d'Antiochc , qui s'est fait chrétienne , est aimée de Placide , fils du Gouverneur Va<» lens. Mais Marcelle , femme de Valens » a une fille nommdc FLivic , et elle veut la faire dpouser à Placide qu'elle aime. Rien ne peut déterminer Placide k cet hymen i Marcelle furieuse dénonce Théodore à Valens, qui la condamne à la pioscicution publique. Didyme , depuis long-tems amoureux de Théodore » obtient d'entrer le premier dans sa prison > mais elle le convertit , et il lui fait revêtir ses habits , à la fa- ▼eur desquels elle se soustrait à son infime supplice. Elle se tue , pour éviter d'y être expost^c de nouveau.
Didyme et Placide m peuvent iui survivre. Havie
H iij
tt CATALOGUE DES PIECES
mtutt de douleur» de n'avoir pu ramener à elle ce dernier ; et Marcelle de désespoir de perdre sa fille» et de voir échouer tous ses projets.
ce A bien examiner ce Poème » ( dit Corneille ) s*ii y a quelques caractères vigoureux et animés coitutic ceux de Placide et de Marcelle « il y en a de trainans qui ne peuvent avoir grand charme, ni grand feu sur le Théâtre* Celui de Théodore est entièrement froid, fille n*a aucune passion qui l'agite ; et là même où son lele pour Dieu , qui occupe toute son ame, devroit éclater le plus , c'est-à-dire , dans sa contestation avec Didyme pour le Martyre , je lui ai donné si peu de chaleur 9 que cette scène , bien que tr^scourte y ne laisse pas d'ennuyer. Aussi , pour en parler sainement, une Vierçe et Martyre sur un Théâtre, n'est autre chose qu'un terme qui n'a ni jambes 9 nî bras , et par conséquent point d'^acdon. si
ce Le caractère de Valens ressemble trop à celui de Félix dans Polyeuctf; et a m8me quelque chose de plus bas, en ce qu'il se ravale à craindre sa femme, et n'ose s'opposer à ses fureurs , bien que dans Tame il tienne le parti de son fils« Tout Gouverneur qu^il est, il demeure les br^s croisés au cinquième Acte, quand il .les voit prêts à s*entr*immoler l'un à l'autre , et attend le succès de leur haine mutuelle , pour se ranger du côté du plus fort. La connolssance que Placide sotK fils a de cette bassesse d^ame , fait qu'il le regarde si bien comme un esclave de Marcelle , qu'il ne daigne pas s'adresser à lui pour obtenir ce qu'il
«uhidte-en ftvcur de sa maîtresse, sadiantUenqu'it
DE P. CORNEILLE. 8y
Je fcroit inutilement. I! aîmc mieux se jettér aux pîci» de cette marâtre impérieuse , qu'il hait et qu'il a bra« vit t que de perdre des prières et des soupiti auprit
d'un pere qui l'aime dans le fond de l'ame, ce n'oseroit lien lui accorder. »
ic Le reste est assez ingénieusement conduit ; et la maladie de Flavie , sa mort et les TîoleQces des désespoirs de sa mcre qui la venge, ont assez de justesse. J'avois peint des haines trop envenimées pour finir autrement , et j'eusse été ridicule , si j'eusse (ait fiiira au sang de ces Martyrs , le même effeti sur les coeurs Marcelle et de Placide » que fait celui de Polyeucte sur ceux de Félix et de Pauline. La mort de Théodore
peut servir de preuve i ce que dit Aristote : Que quand un ennemi tue son ennemi, il ne s'exeite par-dà aucune jpitié dans Vame des spectauurs. Placide en peut faire naître t et purger ensuite ces forts attachemens d*ainour qui sont ceux de son malheur ; mais les funestes désespoirs de Marcelle et de Flavie » bien que l'une , ni Tautre ne fasse de pidé , sont encore plus capables de purger l'opiniâtreté à faire des mariages par force , et à ne se point départir du projet qu*on auroit pris par un accommodement de famille , entre des enfans dont les volontés ne s'y conforment point, quand ils sont venus en l'Sge de l'exécuter.
ce L'unité de j.our et de lieu se rencontre en cette Pièce; imus je ne sais s*il n*y a point une duplicité
d'action , en ce que Théodore échappée d'un péril ,
le rejcw dam un auuç de son propre mouvemeat*
fo CATALOGUE DES PIECES
L'Hiitoire le porte ; mais la Tragédie n'est pas obligée de représenter toute la vie de son héros , ou dé son héroïne % et doit ne s'attacher qu'à une action propre au Théâtre. Dans l'Histoire même, j'ai trouvé
toujours quelque chose i dire en ccue of&e volontaire qu'elle fkit de sa vie aux bourreaux de Didyme.
£Ue venoit d*dchapper de la prostitution, et n*avoic aucune assurance qu'on ne l'y condamneroit point de nouveau, et qu'on acccpteroit. sa vie en échange de sa pudicité , qu'on avoit voulu sacrifier. Je l'ai sauvée de ce péril , non-seulement par une révélation de Dieu , qu'on se contenteroit de sa mort, mais encore par une raison assex vraisemblable , que Marcelle qui vient de voir expirer sa fille unique entre ses bras, voudroit obstinément du sang pour sa vengeance. Mais, avec toutes ces précautions , je ne vois pas comment je pouriois justifier ici cette duplicité de péril, après l'avoir condamnée dans l'Horace. La seule couleur qui pourroit y servir de prétexte, c'est que la Pièce ne seroh pas achevée , si on ne savoir ce que devient Théodore, après être échappée de l'infomie, et qu'il n'y a point de fin glorieuse , ni morne raisonnable pour elle, que le Martyre, qui est historiques du moins rimagination ne m'en offire point. Si les maîtres de l'art veulent consentir que cette nécessité de faire connoître ce qu'elle devient , suffise pour réunir ce nouveau péril k l'autre, et empêcher qu'il n'y ait duplicité d'action , je ne m'opposerai pas i leur ju* •^ement; mais aussi je*n'cn appellerai pai , quand ils Ta voudront condamner. »
♦ Hérachus , Empereur d*Oricnt , Ttagédie en cinq act«s » en vers , dédiée au Chanceltcc Ségttiex , et f recédée d'un Avis au Lecteur i re« présentée en 1^47 j et imprimée , pour la première fois , à Paris , la même aimée , ih-j^. ^ chez Antoine de Soromaville.
Andromède , Tragédie en cinq actes , en ws»
avec un Prologue^ dédiée à Madame M» M. M. »
et précédée d'un Argument, tiré des quatrième et cinquième Livres des Métamorphoses d'Ovide 1 représentée avec des Machines ^ sur le Théâtre Koyal de Bourbon 9 en 16^0 i imprimée , pour la première fois, à Rouen 9 en i^yi , in-^. , chez Laurent Maulry , et i Paris » la même année » dans le même format , chez Charles de Sercy.
Kous allons rapporter rArg;ument de cette Pièce •
qui , tout à-U-fois, en renferme le sujet > Télogc et la critique*
et Cassiopc , femme de Céphce , Hoi d'Égyptc , fut si vainc de sa beauté , qu'elle osa la disputer à celle des îiérifidcs, dont ces Nymphes îrrWcs firent sortir de la mer un monstre qui fit de si étranges ravages sur les terres de l'obéissance du Roi $011 mari » que les forces humaines ne pôuvant donner aucun remède à des ml-
scrcs si gtandos , on recourut i TOraclc de Jupiier Ammon. La réponse qu*en reçurent ces malheureux Princes, fut un commandement d'exposer à ce monstre Andromède leur fille unique, pour en 6tre dévorée. U fallut exécuter ce triste arrêt, et cette illustfc ▼îcrimc fut atuchée à un rocher , où clic n'attendoit que la mort , lorsque Persée , fils de îupiter et de Danaé , passant par hasard, jetta les yeux sur elle. Il revcnoît de la conquête glorieuse de la tfite de Méduse qu'il portoit sous son bouclier , et voloit au milieu de Tait , au moyen des ailes qu'il avoît attachées aux deux pieds , de la façon qu'on nous peint Mercure. Ce fut de cette infortunée Princesse même qu'il apprit la cause de sa disgrâce, et l'amour que ses premiers regards lui donnèrent, lui fit en m6me tems fermer le dessein de combattre ce monstre qui la devoit dévorci; , pour conserver des jours qui lui étoient devenus précieux, i»
ce Avant que d'entrer au combat , il eut le loiàr de tirer parole de" ses parens , que les fruits en seroient pour lui, et reçut les effets de cette promesse si-tôl qu'il eut tué le monstre. î>
ce Le Koi et la Reine donnèrent , avec grande joie t leur fille à son libérateur. Mais la magnificence des noces fut troublée par la violence que voulut faire Phintf e , frère du Roi , et onde de la Prmcesse , à qui elle avoir été promise avant son malheur. Il se jctta dans le palais royal avec une uoupe de gens armés , et Persée s'en défendit quelque tems sans autre secours que celui de sa valeur , et de quelques amis généreux > mais se «pyautpt ^ de succomber sous le nombre y il se servit »
enfiii, de cette honiblc tStedeMéduse, qu'il tira dedw
sous son bouclier , et l'exposant aux yeux de Plûnée et des assassins qui le suivoient , cette £ataie vue les conver* tit en des statues de pierre^ qui serrirentd'ônieiiient au mcmc palaisqu'ils vouloient teindre du sang de ce H^tos. Voilà conune Ovide raconte cette fable ^ oui j'ai changé beaucoup de choses, tant par la liberté de l'art, que par ia nécessité des ordres du Théâtre» et pour lui donner * plus d'agrément. »
ce En prenûer lieu, j'ai cru plus à prppos de faire Cassiope vaine de la beauté de sa fille , que de la slenm propre , d'autant qu'il est eictraordinaire qi^une femme dont la fille est en âge d'ctre mariée » ait encore d'assez beaux restes pour s'en vanter si hautement s et qu'il n'est pas vraisemblable que cet orgueil de Cassiope pour elle-même > eût attendu si tard à éclater » vu que c'est dans la jeunesse quo la beatité étant plus parfaite , et le jugement moins formé , l'un et l'autre donnent plus de lieu 1 des vanités de cette nature > et non pat aloit que cette même beauté commenced'Stva sur le retour , et que l'âge a. mûci l'esprit de la personne qui s'en seroit enorgudnieen un autre tons.
ce Ensuite , j'aî supposé que l'Oracle d'Ammon n'avoit pas condamné précisément Andromède k ccre dévorée par le monstre » mais qu'il avoit ordonné teu->> lemcnt qu'on lui exposât tous les mois une fille , qu'on tireroit att sort pour voir celle qui lui devoit être livrée f et que cet ordre ayant déjà été exécuté cinq foh , on étoit au jour qu'il le falloir suivre pour la sixième,
^ J'ai introduit pende comme un Cfacvaliv: errant
qui «'est arrêté depuis un mois dans la cour de CcphdCf et non pas comme se rencontrant par hasard dans le tems qu'Andromède est attachée au rocher. Je lui ai donné d« l'amour pour elle , que ce Prince n'ose découvrir , parce qu'elle étoit promise à Phiaéc i mais qu'il nourrit toutefois d*un peu d'espoir , parce qu'il voit leur ^riage différé >u$quc$ à U fin des malheurs publics. Je l'ai fait plus généreux qu'il n'est dans Ovide, où il n'entreprend la déUvrance de cette Princesse . qu'après que ses païens l'ont assuré qu'elle l'épouseroit ^ôt qu'il l'auroit délivrée. J'ai changé aussi , avec beaucoup de sagesse, la qualité de Phinée, que j'ai fait seulement neveu du Roi , dont Ovide le nomme frère, te mi^n^l^ 4c deux cousins me semblant plus supportable dans nos manières de vivre , que celui de l'oncle et de la nièce , qui eût pu smbler unpeu plus étrange à nos Auditeurs.
<c Les Peintres qui cherchent à faire paraître leur art dans les nudités » ne manquent jamais à nous représenter Andromède ixue au. pied du rocher ou elle esi attachée, quoiqu'Ovidc n'en parle point. Us me pardonnerontsi je ne les ai pas suivis en dbtteiavention , comme |'ai ialt en celle du cheval Pégase , sur lequel ils montent Persée ppur .combattre le monstre , quoiqu'Ovide ne lui 4onne que des ailes aux ulons. Ce changement donne lieu à une machine toute extraordinaire et merveilleuse > et empêche même que Persée ne soit pris pour Mercure, outre qu'ils ne le mettent pas en cet équipage sans fondement > vu que le mcmc Ovide
tapporte que si-tôtqua Pejcséc eû( coupé la monstrueuse
site
DE P, CORNEILLE. m
iStfrde Mddusct Pégase tout ailé sortit de ceue Goc^ fone , et que Persée s'en put saisir dès4or8 pouf faire ses courses par le milieu de Tair. )>
cft Nos globes célestes > où i*on marque pour corntcllations Ccphde , Cassiope , Perséc et Andromède , m*ont donné jour à les faire enleirer tous quapre dans (e ciel sur la fin de la Pièce» pour y âire les noces de ces amans, comme si la terre n'en ccoit pas digne. »
ce Comme Ovide ne nonune point la viUe ou il fait arriver cette aventure , je ne rae suis non plus enhardi à la nommer. U dit pour toute chose que Céphéê r^gnoit en Éthiopie » sans désigner sous quel climat* La topographie moderne de ces contrées-là n*est pas fort connue» et celle du tcms de Céphcc encore moins. Je me contenterai donc de dire qu'il falloir que Céphée régnât en quelque pays maiitime , que sa ville capitale f ût sur le bord de la mer , et que ses peuples fussent Uanci, quoiqu'Éthsopiens. Ce n'est pas que les Mores les plus
noirs n'aient leurs beautés à leur mode i mais il n*esc pas yraisemblable que Persée > qui étoit Grec et né dans Argos , fût devenu amoureux d'Andromède > si elle eût été de leur teint* J'ai pour moi le consentemmt des Peintres , et sur-tout l'autorité du grand Héliodore» qui ru: fonde la blancheur de sa divine Chariclce , que sur un ubleau d'Andromède. Ma Scène sera donc , s*il vous plaît, dans la ville capitale de Céphée proche àèUt mer; pour le nom, vous le lui donnèrent tel qu'il vous plaira.
a Vous trouverez cet ordre gardé dans les changc-
oiens du Théâtre, q.uç ebeauc AW, au^si-biea s^ue
k Prologue » a sadécotation particulière i et , du moinSy une machine volante 9 un cœceit de musiqw
que je n'ai cmploy<$c qu'à satisfaire les oreilles des Specuteurs » tandis que leurs yeux ^nt arrêtés à voir descendre ou remonter une machine , ou s*a€tachent 1 quelque chose qui leur empêche de prêter attention i «e que pourtoient dire les Aaeais 9 comme £ait le combat de Pcrsée contre le monstre imais je me suis bien gardé de faire rien chanter qui fi(kt nécessaire à l'intelligence de la Pièce , parce que communément les paroles qui se chantent éunt mal entendues des Auditeurs , pour la confusion qtt*y ,appotCé la diversité des voix qui les prononcent ensemble , elles auroient fait une grande obscurité dans le corps de TOuvrage » si elles avouent eu i insmihre PAtiditeur de quelque chose d'important. Il n'en va pas de même des machines qui ne sont pas dans cette Tragédie comme les agrémens détachés 9 elles en font le noeud et le dénouement, ce y sont si nécessaires , que vous n'en sauriez retranches aucune t que vous ne £assie& tomber tout l'édifice. été assez, heureux à les inventer , et à leur donner place dans la tissure de ce Poëme % tnais aussi 9 faut-il que l'avoue que le sieur Torelli s'est surmonté lui-même à en exécuter les dessins 9 et qu'il a eu des inventions admirables pour les (aire agir à propos 1 de sorte que s'il m'est dû quelque gloire pour avoir introduit cette Vénus dans le premier Acte, qui fait le «sud de cetteTra*gédie 9 par TOracle ingénieuic qu'elle prononce \ il lui en est dû bien davantage pour Tavoir fait venir de
^« «UeiccndceMinîU«u4«l'iùr,dM|ççi^m4^
fiquc étoile , avec tant d^art et de pompe , qu*eU« remplit tout le monde d'etonncmcnt et d'admiration. Il en faut dire autant des autres que j'ai incroduitef > et dont ii a inventé l'exécution , qui en a rtnàu le Spectacle si merveilleux , qu'il sera mal-aisé d'en faire un plus beau de cette nature. Eour moi , je confesse ingénument que quelque effort que j'aie fait depuis , je n'ai pu découvrir un sujet capable de tant d'orne* mens extérieurs , et où les machines pusseht 6trc dis^ tribuécs avec tant de justesse : je n'en désespère pas toutefois , et peut-être que te tems en fera ëckmr quelqu'un assex brillant et assez heureux pour me faire dcdlrc de ce qup j'avance. En attendant « recevez ce» lui-ci» comme le plus achevé qui ait encore paru su? nos Théâtres , et souffrez que la beauté àc ia représentation supplée au manque des beaux vers que vous n*f trouverez pis en si grande quantité que dans Cinna > ou dans Kodogune, parce que mon principal but ici a été de satisfaire la vue par l'éclat et la diversité du Spectacle, et non pas de toucher l'esprit par la force du raisonnement, ou le cœur par la délicatesse dea laissions. Ce n'est pas que j'en aie fui ou négligé aucunes occasions > mais il s'en est rencontré si peu » que j'aime mieux avouer que cette Pièce q'est que pouf les yeux.
* ce 11 y avoit plus de trois ans , dit Par£aict ( Histoire'
du Théâtre François, tome septième , page 289 et suivantes ) , que Corneille préparoit cet Ouvrage pour le divertissement de la Cour , qui attendoit avec em<* ptessement un Pocme dramatique françois , orné de
pn CATALOGUE DES PIECES
musique , de danses, de machines^ de décoratioas et
de frcqucns changomens de Théâtre > dans le goût des Poèmes Italiens , dont on avoit ddja vu quelques représentations. On dcvoit rcxécutcr dès le Csrtnarat de 1648 sur le Th<^atre du Palais Koyal : il ne le fut que vers la fin de Janvier 1650 , sut le Théâtre du Petit- Bourbon i mais son succès prodigieux dédommagea amplement le Poète du retardement qu'il avoit essuyé. Indépendamment du Poème qui fut trouvé a^ssi accompli qu'on pouvoit le souhaiter , on ne cessa d'admirer l'art du Machiniste ( Torelli ) , surtout le vol singulier de Mclpomcne dans le Prologue; i!arrivée de Junon sur son char > qui faisoit plusieurs tours en Pair, à droite, 1 gauche, en avant et en ar*» riere j à la Scène cinquième du quatrième Acte , et à la troisième du cinquième , la décoration de l'étoile de Vénus, qui étoit assise dans une nue, et dont le visage écoit si éclatant, que les rayons qui en sor* toîent , formoient une grande et lumineuse étoile qui sufHsoit à éclairer toute Tétendue de la Scène. On trouva encor^ le jeu du tonnerre et des éclairs parfaitement imité ; et le Peintre avoit si hîen secondé le Machiniste , que ses décorations éioient d*un goùc infini. Malgré un succis aussi marqué, cette Tragédie n'a pas été souvent remise au Thw^atrc. Les fiais considérables où cette entreprise jette les Comédiens , y ont plusieurs fois mis obstacle.... Il faut avouer que ce Poème est le plus foiblc de tous ceux de Corneille, qui ont paru depuis le Cid. Von peut répondre pour sa justification, qu'il a été gêné dans ce travail > et
DE p. CORNEILLE. 9;»
l*on sait combien il étoit ennemi de la contrainte. D'ailleurs la Tragédie d'Andromède ne doit pas être jugée avec la m8me sévérité que les précé<{entes > et peut ctre regardée comme une espèce de Poème lyri- , que dont il s'ensuivroit que Cotneilie nous auroic donné le plus ancien modèle. »
Voltaire remarque aussi dans ses Commentaires > ce que ce ne fut pas Quinault qui consacra le premier des Prologues i la louange de Louis XIV. Celui d'Androxnede en contient une plus outrée qu'aucun de ceux que Quinault adressa à ce Monarquet pendant le oouis de ses conquêtes, yy
ce On apperçoit dans Andromède ^ dit l' Auteur des Jknccdotes dramatiques « tome premier, pages 78 et 79 , quelque idée des Opéra de Venise , par rapport A la magnificence du Spectacle* Elle fut faite pour le divertissement du Roi , dans les premières années de sa minorité. La Reine mere , qui n'mtreprenoit rien que de grand , fit orner magnifiquement la salle du Petit-Bourbon : le Thdatre étoit beau , élevé et profond, U sieur Torelli » pour lors Mâchiniste du Roi» travailla aux machines d'Andromède ; elles parurent ai belles, ainsi que les décorations, qu'elles furent gravées en taille-douce. Les grands applaudissemens que reçut cette Tragédie, portèrent les Comédiens du Marais à la reprendre, apris qu'on eut abattu le Théâtre du Petit-Bourbon. Ils réussirent dans cette dépense ; et elle fut encore renouvcllée en 16H , par la Troupe -des Comédiens , avec beaucoup de succis. Comme on leuchéiit toujours sur ce qui a été fait, on représente
foo CATALOGUE DES PIECES
le Cheval Pégase par un Térîcable cheval 9 ce qui n*a-
voit jamais été vu. en France. Il jouoit admirablenient son r6le , *ec faisoît en Tair tous les mouvcmei» qu*U poUTOÎt filtre sur terre. 11 est vrai que Ton voit sou* vent des chevaux vivans dans les Opéra d'Italie i mais ils y paroissent liés d*uae nuiniere, qui ne leur laissant aucune action , produit un effet peu agréable à la vue. On s'y prenoit d'une façon singulière dans la Tragédie d'Andromède , pour faire marquer au cheval une ardeur guerrière. Un jeûne austère , auquel on le réduisoit , lui donnoit un grand appétit i et lorsqu'on le faisoît paroîtrc , un gagiste étoit dans une • coulisse» et vannoit de l'avoine. L'animal» pressé par la faim , hennissoit » trépignoit des pieds » et répon^ doit ainsi parfaitement au dessein qu'on s'étoit proposée Ce jeu de Théâtre du cheval» contribua fort au succès qu*eut alors cette Tragédie. Tout le monde s'empressoit de voir les mouvemens singuliers de cet animal y qui jouoit si parfaitement son rôle, n
Ce fut au Théâtre de Guénegaud» que cette dernière repdse eut lieu sous la conduite du sieur Dufert t
Ingénieur - Machiniste , avec quelques augmentations que Corneille ât dans les vers chantés.
On a encore deux Tragédies d'Andromède» l'une en cinq Actes , par Boissin de Galardotf, imprimée en
161S y SOUS le titre de la Persienne mais qu'on ne croie pas avoir été jouée ; et Tautre en trois Actes » par un Anonyme , représentée en i^j , et imprimée en 161$ dans le Kecueil du Théâtre François»
DE P. CORNEILLE. loi
Dans cette Tragédie, un jPrince dit i Penéei
Cl Érhiops commença d'habiter cette terre, ,
. Fils de ce Forgeron qui prit en adultère * » Son cpcruse V^nus avec le Dieu guerrier*
5> Or , d'autant que sur nous il rcgna le premier , » Kotre nom a reçu de lui son origine ;
»> Et il se tioiive ainsi dans les ccuvrcs de Pline .
ce Voilà la prcniicre Tragédie, pcut-ctrc, où Ton ait cité l'Auteur d'où Ton a tiré le fait qu^on rapporte.
Anecdotes dramatiques , tome premier, pages 77 et 78*
^ Don Sanche d'Aragon » Comédie héroïque, en cinq actes , en vers , dédiée à M. de Zuylichem f Conseiller et Secrétaire du Prince d'Ouage , précédée d'an Argument i repré^ sentée en 16^0 ^ et imprimée , pour la première fois, k Paris a en idji , '''•4-* chca Augustin Courbé.
* Nicomcdc , Tragédie en cinq actes , en vers » précédée d'un Avis au Lecteur , et représentée en 16^ Xi imprimée , la même année »
, à Rouen , sans nom d'Imprimeur^ et à Paris , chez Charles de Sercy.
Pertharite , Roi des Lombards , Tragédie en cinq actes , en itt% , précédée d'un Avii au
• lox CATALOGUE DES PIECES
Lecteur , d'un fragment d'Antoine du Verdicr," et d'un à'Eryeius Futeanus ^ servant d'Aigu* ment i représentée en 16^5, » et imprimée » i Paris , en i^î4> în ii , chez Augustin Cottxbc.
ce te sûccis de eette Tragédie a étd si maibeureox ,
( Corneille , Examen de Pertharite ) que pour m'é^ pargner le chagrin de m'en ressouvenir , je n'en dirai presque rien. Le sujet est écrit par Paul Diacre, au
i quatrième et au cinquième Uvies des Gestes des Lombards « et depuis lui , par Erycius Puteanus , au second livre de son Histoire des Invasions de Tltalie par les Barbares. Ce qui l'a £ait avorter au Théâtre, a été l'événement extraordinaire qui me l'a fait cbotsir* On n'y a pu supporter qu'un iloi ( Pertharite ) dépouillé de son Hoyaume ( par l'usurpateur Grimoald » Comte de Bdnévent ) , après avoir fait tout son possible pour
^ y rentrer , se voyant sans force et sans amis , en cède à son vainqueur les droits inutiles , afin de retirer sa femme (Kodciinde) prisonnière de ses mains : tant les vertus de bon mari sont peu à la mode !.. *
joute ici , malgré sa disgrâce , que les sentimcns en sQïit assex vifs et nobles, les vers assez bien tournés^ et que la façon dont le sujet s'explique dans la première Scène , ne manque pas d'artifice. »
Parfaict ( Histoire du Théâtre François , tome sep*tieme , page 41^ et suivantes ) nous apprend que cette Pièce n'a été jouée que deux fois. L'Auteur, fâché
du froid accueU du Public» en £t xcsm les lepréiel^
DE P. CORNEILLE, if^
tation» i ^ déclara dans VAms ma Lecteur, qu'il tm^
aonçoit au Th(5atre. »
<c la mauvaise réception que le Public a faite à cet
Ouvrage , dit-il > m'avertit qu'il est tcm$ que je sonne la retraite , et que des préceptes de mon Horace » je
ne songe plus à pratiquer que celui-ci :
Solve senesantem mature sanus equum, ne Ptecet aâ 4xtrtmium ridendus ét ilia dacai»
Il vaut mieux que je prenne congé de moknSme» que d'attendre qu'on me le donne tout-à-fait. Il esc juste qu'après vingt années de travail » je commence à m'appcrccvoir que je deviens trop vieux pour être encore à la mode. J'en remporte cette satisfaction que je laisse le Théâtre François en meiUeur état que je ne Tai trouvé i et du côté de l'art, et du côté des monirs. Les grands Génies qui lui ont prêté leuR veilles t de mon tcms, y ont beaucoup contribué; et je me flatte jusqu'à penser que mes soins n'y ont pas nui* Il en viendra de plus heureux après nous qui le mettront 4 sa peifcc^ion y et qui achèveront de Tdpurcr : je le souhaite de tout mon coeur. Cependant , agréei^ que je joigne ce malheureux Poème aux vingt et un qui l'ont prdci^dé avec plus d'éclat. Ce sera la dernière knportunité que je vous ferai de cette nature i non que j'en fasse une résolution si forte qu'elle ne se puisse rompre > mais il y a grande apparence que j'en demeurerai là. »
^ Si ComeiUe» ajoute FarÊûct, avoit tenu. ce laiH
to4 CATALOGUE DES PIECES
du. tems qw Racine commençoit à btUicr sul la. * Scène , on en auroit été moins surpris i mais en 165 j y que pouvoic-il redouter i Et à quels rivaux abandonnoit-il le Théâtre? Gilbert, Boyer et Montauban étoient alors les plus considérables , et trop en dtat, par la foîblêsse de leurs Ouvrages» dele venger du Public» dont il croyoît avoir lieu de se plaindre » et dont il avoit espéré plus d'indulgence.
Voltaire prétend , dans sa Pré£iee et ses Commen-
taîres sur Pertharitc , ce que le second Acte de cette Fiece a beaucoup servi i Kacine pour son Andronui* que. »
(Ëdipe 9 Tragédie en cinq actes » en vers ,
précédée d'une Piccc de vers adressés à M. le Procureur-Général Fouquet , Surintendant des Finances» et {cpiésentée le 14 Janvier i^s9 9 imprimée , pour la première fois ^ à Paris » la xtiême année , in-ii 1 chez Augustin Courbé.
Le sujet de cette Tragédie est trop célèbre > pour que nous le détaillions.
<Edipe, Boi de Thcbcs , involontairement parricide et incestueux» meurtrier du Koi Laïus son pere> et ifpoux de la Reine Jocaste sa mere « se creva les veux pour se dérober à la lumière du jour qui avoic éclairé ses cnmes, nous dit la fable. Sophocle et Séneque firent chacun une Trag^îdic sur ce sujet , que les An-
CKm rcgaxdoiem çomm Ifi plus beau qu'il y eût i
D£ P. CORNEILLE, tof
tktfteté Corneille 9 ayant renoncé au Théâtre» aptft»
. Pertharite , fut six ans sans rien donner , ce qui fit le désespoir de la Cour et de la France entière. Le Surintendant Fôuqoer, homme vraiment digne d*exciter»
de ranimer les taiens , essaya de le rengager dans la carriete : si lui proposa le choix entre trois sujets » donc Tun étoit (Edipe> et Corneille le préféra.
ce Je ne vous dissimulerai point , avoue-t-il , dans TAvis an Lecteur de cette Pièce , qu'aptès avoir arrêté mon choix sur ce sujet, dans la confiance que j'aurois pour moi les suffrages de tous les Savans ^ qui Tant regardé comme le chef-d'oeuvre de rantîquité » et que les pensées de ces grands génies qui Tont traité i. en Grec et en Latin j me faciliteroient les moyens d'en venir à bout assc* tôt pour le faire représenter dans le Carnaval , je n'ai pas laissé de trembler quand je rat envisagé de pris, et un peu plus 1 loisir qàe je n'avoîs fait en le ciioisissant. J'ai connu que ce qui avoit passé pour miraculeux dans ces siècles éloi-» gnés, pourroit sembler horrible au nôtre, et que cette éloquente et curieuse description de la manière dont CO' malheureux Prfaice se creva les yeux y «t k spectacle de ces mêmes yeux crevés, dont le sang lui distille sut le* visage, qui occupe tout le cinquième Acte chez ces incomparables originaux » feroit soi^ ver la délicatesse de nos Dames qui composent la plus belle partie de notre Auditoire , et dont le dégoût at« tire aisément la ceiisurc de ceux qui les accompagnent; et qu'enfin Tamour n'ajant point de part dans ce m|et| ni les femmes d'emploi ^ il ét^lt dénué dei piiflh
io« CATALOGUE D£S PIECES
cipaux onienKn* qoi nout gagtunt la voix pnUiqiic
J'ai tâché de lemédiei à ces désordres , aumoins mal que J'ai pu» en épargnant , d'un côté» âmes Auditeussce dangereux spectacle , et y ajouunt, de l'autre « l'heureux épisode des Amours de Thésce (Prince d'Athènes) et de Dircd , que ie Êûs fiUe de Laïaa , et seule hââticrc de sa couronne , supposé que son frcrc qu'on avoit exposé aux bctes sauvages» en eût été dévoré» comme on le croyoit ( peur le soustraire aux effets de r Oracle , qui, des la naissance, avoit prédit tous ses crimes )• J'ai retranché le nombre des oracles qui pouvoir Stre importun» et donner trop de jour à OUspc pour se connoître. J'ai rendu la réponse de Laius » évoquée par Tirésie (Grand- Prêtre d' Apollon) asse:^ obscure dans sa clarté pour faire un nouveau noeud , et qui» peut-ccrç, n'est pas moins beau que celui de nos Anciens. VA cherché même des raisons pour jus* tificr ce qu*Aristote y trouve sans raison , et qu'il excuse en ce qu'il arrive au commencenMDt de la fable; et î*ai fait en sorte qu*<Bdipe , encore qu'il se souvieime d'avoir combattu trois hommes au lieu même où fut tué Laïus , et dans le même ten» de sa mort , bien loin de s'en croire TAuccur , la croit avoir vengée suc tlois brigands» à qui ce bruit commtto4' attribue* Cela m'a fait perdre l'avantage que je m'étois promis de n'cire souvent que le Traducteur de ca grands hom« mes qui m*ont précédé. Comme j'ai pris une autre route que la leur» il m'a été impossible de me rencontrer avec eux) mais» en récompense» j'ai eu l'hoa* neur de £iire avouer- ft la plupart de mes Auditeurs,
que
que jc n'ai fait aucune Picce de Thcatrc où il se trouva tant d'art qu'en celle-ci , bien que ce ne soit qu'ua Ouvrage de deux mois, que l'impatience françoîse m'a fait précipiter , par un juste empressement d'exccutec les ordres favorables que j'avois reçus* )>
ce. Corneille eut tout lieu de se louer des applaudis*
scmcns que reçut CCdîpe ; et le Roi , pour qui il avoit étù composfif vint Thonorer de sa présence, et ne se contenta pas de lui donner de grands éloges , il vou** lut faire sentir ses libéralités à l'Auteur , et par-là l'engagée à continuer. L'Abbé d'Aubignac fit une sanglante critique de cette Tragédie ; et quoiqu'il y montre beaucoup de partialité , et qu'il s'y permette des personnalités insultantes , il faut convenir que sa cen* •ure n'est pas sans fondement, a» Parfalct, histoire du Théâtre françois» tome huitième, pages 250 et suh Vântes«
Ce sujet a été traité plusieiurs fois en France, avant et depuis Corneille. Nous ferons connoître les difFércnies Pièces qu'on en a tirées , lorsque nous donnerons celle de Voltaire , la seule qui soit restée aa Théâtre. /
La Toison d'Or , Tragédie en cinq actes , en Ters , précédée d'un Prologue et d^un Argument^ sepcéseatée au mois de Novembre 1660 , par la X^oupe Royale du Marais , chez le Marquis dc
Souidéac 1 dans soa Château dc t^eufbourg , en.
io8 CATALOGUE DES PIECES
Normandie , pouc réjouissance publique du Ma« xiage du Roi » et de U Paix avec l'Espagne i et au mois de Jariricr i66i , à Paris , au Théâtre Royal du Marais ^ imprimée > pour la première fois 9 la même année , in-i x , à Rouen » sans nom d'Iuipiimcur^ et à Paris , chez Augui^tin Courbé»
Kapporcons T examen de cette Pièce qui en coatlenc Fargument entier.
ce L'antiquité n'a rien fait passer jusqu'à nous qui soit si généralement connu que lè voyage des Argo* i nautes > mais comme les Historiens qui ont voulu démêler la vérité d'avec la fable qui Tenveioppe » ne Raccordent pas en tout , et que les l'oëtcs qui Tont embelli de leurs âctions » ne se sont pas assez accordés poux prendre la m8me route y j*ai cru que pour en faciliter rv^tcUigence entière , il étoit à propos d'avertir le Lecteur de quelques particularités où je me suis attaché , qui, peut-être, ne sont pas conmies de tout le monde. £lles sont \ pour la plupart » tirées de Valérius Flaccus , qui en a fait un Focmc épique en latin , et de qui , entre autres choses » j'ai emprunte la métamorphose de Junon en Chaldopè.
a Phryxus étoit fils d'Athamas , Roi de Thébes , et deKéphélé) qu'il répudia pour épouser Ino. Cette seconde femme persécuta si bien ce jeune Prince , qu'il
lut obligé de s'enfuir Jtti un mouton dont la lame éto|t
PE p. CORNEILLE, lof
d'or , que sa mcre lui donna , après Tavoir reçu de Mercure. Il le sacrifia à Mars » si-tôt qu'il fut abordé à Colchos j et lui en appendit la dépounie j dans une forSt qui lui étoit consacrée. Aaete > iils du Soleil , et Boi de cette Province , lui donna pour femme Chalciope $k fille aînée, dont il eut quatre fils, et mourut quelque tems après. Son ombre apparut en^te à ce Monarque^ et lui rifvcla que te destin de son état dépendoit de cette Toison , qu'en même tems qu'il la pcrdroit , il perdroit aussi son royaume , et qu'il itoit résolu dans le ciel y que Médée » son autre Cite , autoit un époux , étranger. Cette prédiaion fie deux effets. D'un côté « Aacte t pour conserver cette Toison t qu*U voyoit si nécessaire i sa propre conservation , voulut en rendre la conquête impossible » par le moyen des charmes de Circé sa sœur « et de Médée sa fille. Ces deux savantes magiciennes firent en sorte , qu'on ne pouvoit s'en tendre mattre , qu'après avoir dompté deux taureaux » dont l'haleine étoit toute de fcu> et leur avoir fait labourer le champ de Mars , où ensuite il falloir semer des dents de serpent , dont naissoîent au$si-t6t autant de gens d'armes , qui , tous ensemble » attaquoient le téméraire qui se hasardoit à une si dangereuse entreprise ; et pour dernier péril , il falloit combattre un dragon qui ne dormoit jamais > et qui étoit le plus fidèle et le plus redoutable gardien de ce trésor. D'autre côté, les Kois voisins, jaloux de la grandeur d' Aaete, s'armèrent pour cette conquête , et entr'autres Persès son frère , Roi de la Chetsonnese Taurique , et lile #u Soleil comme lui. Comme il s'appuya du secours
des Scythes , Âsete emprunta celui de Styrus, Koi d*Ah* banic , à qui il promit Mcdcc , pour satisfaire à Tordre • qu'il croyoit en avoir reçu du ciel par cette ombre de Phryxus. Ils donnolent bataille , et la victoire pcnchoit du côté de Pcrsès, lorsque Jason arriva, suivi der ses Argonautes , dont la valeur la fit tourner du parti contraire j et , en moins d*un mois, ces Hcros firenc emporter tant d'avantages au Boi de Colchos sur ses
ennemis , qu'ils furent contraints de prendre la fuite , et d'abandonner kur camp. C'est ici que commence la Pièce ; mais avant que d*en venir au ddtail , il faut dire un niQt de Jason » et du dessein qui Tamcnoit à Colchos.
te II droit fils d'i^^son , Roi de Thessalie , sur qui P<5lias son frçre avoit usurpé ce royaume. Ce Tyran étoie fils de KeptuneetdeTyrOf fille deSalmonée , qui épousa ensuite Crcthcus , perc dMlson , que je viens de nommer. Cette usurpation lui donnant la défiance ordinaire à ceux de sa sorte > lui rendit suspect le courage de Jason , son neveu, et légitime héritier de ce royaume* Un Oracle qu'il reçut le confirma dans ses soupçons « si bien que pour Tcloigner , ou plutôt pour le perdre t il lui commanda d'aller conquérir la Toison d'or* dans la xroyance que ce Prince y périrott ^ et le lais* seroit par sa mort, paisible possesseur de Ttut donc il s*étoit emparé. Jason « par le conseil de Pallas y fie bitîr pour ce fameux voyage le navire Argo , où s'embarquèrent avec lui quarante des plus vaillans de toute la Grèce. Orphéefiit du nombre avec Zéthez et Calaïs» 'fis du vent Borée, et d'Orithic, Princesse de Thrace, <iui
DE P. CORNEILLE, itx
éroicnt avec des ailes comme leur pere^ et qui, par ce moyeif , ayant vu Phln^een passant, ledélivretent des Harpies qui fondoient sur ses viandes > si-tôi que sa table ëtoit servie t et leur donnèrent la chasse par le milieu de Tair. Ces Hcros , durant leur voyage , reçurent beaucoup de faveur de Junon et de Pailas » et prîrene terre à Lenrnos, dont ét^ Reine Hypsipile > où ils tardèrent deux ans , pendant lesquels Jason fit l'amour à cette Reine , et loi donna parole de Tépouser k son re« tour , ce qui ne rcrrrpccha pas de s'attacher auprès de Médée , et de lui faire les mêmes protestations » si-tâft ^u*il fiit arrivé à Cdlchos , et qa*il eut vu lelbesoin qu'il en avoir. Ce nouvel amour lui réussit si heureusement» qu'il eut d'elle les charmes pour surmonter tous ces périls , et enlever la Toison d'or , malgré le dragon qui la gardoitf et qu'elle assoupit. Un Auteur , que cite le mythologiste Koèl le Comte , et qu'il appelle Denis le Milésicn , dit qu'elle lui porta la Toison jusques dans ton navire , et c*est sur son rapport que je mesuis auto^ risé à changer la fin ordinaire de cette fable, pour la rendre plus surprenante et plus merveilleuse^ Je l'auroia sisseï été par la liberté qu*en donne la Poésie en de pareilles rencontres i mais j'ai cru en avoir encore plus de droit en marchant sur les pasd'un autre, que n j'avoia inventé ce diangcmcnt. î>
ce C'est avec un fondement semblable que j'aiintro-« doit Absyrte en âge d'homme , bien que la commune opinion n'en fasse qu'un enfant » que Médée déchira par morceaux. Ovide et Séneque le disent 9 mais Appolloaius Kliodius le fait son aîné î et si nous voulons Tcu
»ii CATALOGUE DES PIECES j
croire , Aaetc Tavoit eu d* Astérodic , avant qu'it épousât j la mcce de cette Princesse , qu'il nomme Idie » fille de l'Océan, Il dît de plus , qu'après la fuite des Argonautes , la vieillesse d'Aaste ne lui permettant pas de le& poursuivre , ce Prince monta sur mer , et les joignit autour d'une islc situce à rembouchure du Danube» et ^tt'il appelle Peucé. Ce fut là que Médit se voyant per* due avec tous ces Grecs qu'elle voyoît trop foibles pouv lui résister , feignit de les vouloir trahir, et ayant attiré ce frère trop crédule à conférer avec elle de nttit> dans le temple de Diane , elle le fit tomber dans une embuscade deJason, où il fut -tué. Valerius Fl^ccus dit les mêmes choses d'Absyrte que cet Auteur Grec ; et c'est sur rautoiitc de l'un et de l'autre > que je me suis enhardi à quitter Topinion commune , après l'avoir suivie 5 quand j'ai mis Mddée sur le Thdatrc. C'est me contredire moi-même en quelque sorte > mais Séneque, dont je l'ai tiré > m'en donne l'exemple , lorsqu'apris avoir fait mourir Jocaste dans l'CEdipe, il la fait revivre dans la Thébaïde , pour se trouver au milieu de ses deux fils , comme ils sont prêts de commencer le funeste duel où ils s' entretuent « si toutefois ces deux pièces sont véritablement du m8me Auteur. i» j ce Le Marquis de Sourdéac inventa toutes les machines ' de cette Pièce : on les exécuta k ses fraisier il fournit 4 la dépense de plusieurs représentations qui s'en donnèrent chez. lui. Ensuite , il fit présent des machines et des décorations aux Comédiens , qui la jouèrent deux hivers de suite , avec la plus grande aiHuencc de Specuteurs, u Keine mere » le Rgi et la Rcin« allereni
DE p. CORNEILLE, nj
inSme la voir , le 12 Janvier 1664. o> i ce que nÀus as^ surent Lorec , dans sa Muse historique » du i4JanvieK de cette année , de Visé , Mercure Galant du mois de Mai idpj , et Parfaict , tome neuvième de i*Histoirc du Théâtre François » page J4 et suivantes.
* Scrtorîus , Tragédie en cinq actes , en vers, précédée d'un Avis au Lecteur » et représentée sur le Théâtre du Marais, le z{ Février i66x i imprimée , pour la première fois , la même année , à Rouen , m-ix , sans nom é'Imprimcnc p et à Paris , chez Augustin Courbé.
Soplionîsbc , Tragédie en cinq actes , en vers , précédée d'un Avis au Lecteur ^ et représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne » le 15 Janvier 166} , imprimée, pour la première fois , à Paris , en 2 ^^4, m-it , chez Guillaume de Luynes»
Nous avons parlé de cette Tragédie dans la vie de Mairet , et dans le Catalogue des Sophonisbcs , au* devant de celle de cet Auteur ; tome premier de notre collection.
♦ Othon , Tragédie en cinq actes , en vers ^ précédée d'un Avis au Lecteur ; représentée à Fontainebleau, au mois de Juillet 166^^^ et au
Théâtre de rHôtel de Bourgogne , le ; Novembre de la même année ; imprimée , pour la première fois » à Paris ^ en 166^ » in-i% » ches Guillaume de Luynes.
Agésilas » Tragédie en einq actes » en irets
libres 9 précédée d'un Avis au Lecteur « repré* sentée en ic6^ 3 imprimée , pour la prciaicre fois , à Rouen » iVii » sans nom d'Imprimeur; et à Paris » la même année , chez Guillaume de Luynes.
ce II ne hat , dit Corneille , ( aTis au Lecteur de cette
Picce , ) que parcourir les vies d'Agdsilas et de Lisandcr chez Plutarque, pour démêler ce quUi y a d'historique dans cette Tragédie. On sait qu'Agésilas , second fils d'Archidamus , Koi de Sparte « lui succéda » par préférence à son frère Agis > moyennant les puissans secours de Lisandcr, fameux Capitaine Spartiate, { de la réputation duquel il devint jaloux. ) La manière dont je l'ai traité n*a point d'exemple parmi nos François , ni dans ces précieux restes de l'antiquité qui sont venus jusqu'à nous , et c'est ce qui me l'a fait choisir. » ( U y met une triple intrigue d'amour, en donnant deux £llcs à Lisander , dont Tune Aglatide ânit par épouser Agésifais , et l'autre Elpiniee , devient le lot de Spitridate, Seigneur Persan, avec lequel Agésilas a fait amitié , pendant son incursion en Perse. Ce Spitridate a une sœur appelléc Mandane , qu'Agwilas fait aussi
DE P. CORNEILLE, nç
épouser à Un de ses alliés, Cotys, Roi de Paphlagonic. ) ce Les premiers qui ont travaillé pour le Théauc» ont travaillé sans exemple y et ceux qui les ont suivis y ont fait voir quelques nouvcnutés de temsentems. Nous n'avons pas moins de privilège • • On court » i la vérité, quelque risque de s'égarer > et mSmeons'égaro assez souvenc , quand on s'écarte du chemin battu s maison ne s* égare pas toutes les fois qu'on s'en écarte* Quelques-uns en arrivent plus tôt où ils prétendent » et chacun peut hasarder à ses périls.
ce Cette Tragédie fut représentée la même année que , l'on joua V Alexandre de Racine, obseive îoly > ( Édition de P. Corneille, iit-12, 1747. ) La révolution qui se fît alors dans les scntimens du Public , ci le parti quo iprit le grand nombre en faveur du nouveau Poète » forment une époque à laquelle on peut rapporter la naissance d'un genre 'nconnu de Tragédie, oiiTamouf dominottsur toutes les autres passions. Quinautt l'avoie ébauché avec quelque succcs , dix ans auparavant « mais non pas avec autant d'éclat, i"» •
ce Or prétend , dit Voltakc , que la mesure det vef» qu'employa Corneille dans Agésilas, nuisit beaucoup au succès de cette Tragédie. Je crois , au contraire « que cette nouveauté auroit réussi-, et qu'on auroit prodigué les louanges à ce génie si fécond et si varié ». s'il n'avoit pas entièrement négligé dans Agésilas 9 comme dans les Pièces précédentes, l'intérêt et le style. Les vers irréguliers pourroient faire un tris-bel effet dans une Tragédie. Ils exigent, à la vérité, un nthmc diffi^reiit de celui des vers alçxandrins et des
vers de dix syllabes. Ils demandent un art singulier: vous pouvez voir quelques exemples de la perfection de ce genre dans QuinauU. Préface d* A gdsilas , Édition avec des Commentaires»
tout le monde sait , par coeur , répigramme de Boiicau :
a rai vu l'Agi^silass » Hélas ! ii> .
Le Pcrc Tourneminc la combat d'une manière assez victorieuse » dans sa défense du grand Corneille,
et L'Agdsilas^ dit-îl, n'est pas comparable aux Chcfd'CEuvres de Corneille > mais c'est se jouer du Public , que de traiter de Pièce misérable , une Tragédie d'un goût nouveau > où > parmi des Personnages d'un caractère singulier, Agésilas et Lisander pa-» roîssent tels que Thistoirc nous les fait connoître ; une Pièce dont le dénouement est un effort héroïque d' Agésilas , qui triomphe en mSme tems de Pamour et de la vengeances une Pièce , où l'on retrouve le grand Corneille en plus d'un endroit. »
Attila , Roi des Huns , Tragédie en cinq actes , en vers , précédée d'an Avis an Lecteur , représentée sur le Théâtre du Palais Royal » aa mois de Février ics-j i imprimée » pour la prc* miere fois , à Paris , en iS€t ^ in-ii » chez Guil« laume de Luynes.
Le nom d'Attila est assez connut nous dit Cor-
DL P. CORNEILLE, iiy
HdUe ( dans Tavis au Lecteur de cette Pièce ) ; mais tout le monde n'en ^ônnolt pas tout le caractère. Il écoift plus homme de tctc que de main, tâchoit de diviser ses ennemis > savagcok les peuples indéfendus^ pour donner de la terreur aux autres , et tirer tribot de lear éponvante i et s'étoit hit un tel empire sut les Rois qui fa^ompagnoient» que quand ni8me 11 leur eût commandé des parricides , ils n'eussent osé lui désobéir. Il
est pcksd aisé de savoir quelle étoii sa religion > le surnom de Fléau de Dieu qu'il prenoit liû^^nSmev montra qu'il n'en croyoit pas plusieurs. Je Testimerois Arien ^ iaosame les Ostrogoths et les Gépidts de son armée « si ce n'étoit la plnrsHté des femmes que je lui ai retran-^ chée ici. Il crovoit fort aux devins i et c'étoit peutfitffeeonc ce qu'il croyait. U envoya demander» par deœe Ails s i TEmpereur Valcntinian , sa sœur Honoric , avec de grandes menaces » et, en attendant, H épousn Bd!one , dont tons les HMoriens marquent la beauté » sans parler de sa naissance : c'est ce qui m'a enhardi à ia fiiue eoeur d'un de nos jnemier» Rois , afin d'opposet
la France naissante au dcciin de l'Empire. U est constant qu'il mourut la première nuit de son mariage aveç cUe. MarceUin dit qu'elle le ma elle-mAme, et je lui en ai voulu donner l'idée, quoique sans effet. Tous les suittes rapportent qu'il avois la coutume de saigner d» nez , et que les vapeurs du vin et des viandes dont il se icbargea, fermèrent le passage de ce sang , qui , aprc« l'avoir étouffé, sortit avec violence pat tous les con« 4luit^« Je les ai suivis sur U manière de sa mouî maif
n« CATALOGUE DES PIECES
f ai cm plus à propos d^n attribwr Ii( causé à tm elcèê 4ccoiece, qu'à un cx(;fis.d'ia);coipés;aac^* - *
Crâicmeoffi» donc AttUt, accompagné d'Ardatic, Koi àos Gdpides, et de Va^amir, Roji des Qs^cogo^hs, tom les deux ses Vassaux» lOt iueestatii entre le projet
épouser Honorie , soeur de rSinpereur Valentînian , amante aimée de Valamir > ou UdiQue > 9fWt de Mé* foué. Rot de Vrance« amame sàméù d'Ardaric. Attila
découvre cette double rivalité , et en devient si furieux»
^tt'il en meurt. Les Peoplea qui gémissoiem sous le joug de ce ïyrân , se partagent entre les deux Rois Valamit et Ardaric, qui, n'éprouvant plus d'obstacles dans leurs Miouts , s'unissent aux deux :Princessesi
L'Auteur du Dictionnaire dramatique , tome premier , p^ge X48 , s'expmne ainsi sur cette Pièce : et Un intérêt tfiop divisé, et dte^* tors trop feible, un dé* nouement presqu' aussi vicieux que seroic une mont subite 1 ne fieront jamats^d^Aitsla t^^'un Brame mddto*
crc. On y trouve cependant quelques traits sublimer: et cette Tragédie ressemble à son héros qui joigoaijt i quelques grandes qualités» des vices beaucoup pliK grands.^)
' Attila perut la mSme âlinée que if Andromaque im
Racine-, et Corneille, <s piqué de la prdfdrence que tes €omédiens de i'ilÀtel de Bourgogne donnoient A ee jeune Auteur , que le Foblte goôtoît de plus en plus > £t jouer sa Pièce par la Troupe du Palais Royal* le célèbre la TorrtlHere , qui rempOssoît avec succès les personnages de Rois, fut chargé de celui d'Attila»
DE P. CORNEILLE, iip
et s^attiia de nouveaux applaudi&semcns.... Cette Tizr ' gédie eut dans sa nouveauté assez de réussite , et fut conservée au Théâtre jusqu'à la fin du siècle dernier; et mcmc au commencement de celui-ci , elle étok encore sur les répertoires des Pièces que les Com£« diens jouoicnt journeiieinent. ii> Parfaict , Hist. du Théâtre François » tome dixième , page i^j et 154.
Despréaux fit sur cette Pièce une Epigrammc plus sanglante encore que celle qu'il avoit faite sur la précédente 9 en ajoutant seulement ainsi un même nom^ brc de syllabes à la première :
ce J'ai vu l'Agésilas ;
h<^las 1
>iMais après TAttila; ^ 3) Holà 1 »
Tite et Bérénice, Comédie-héroïque , en cinq actes f en vers , précédée de deux passages latins de Xyphilin , d'après Dion Cassius ^ et ser^vant d'Argument i représentée sur le Théâtre du Palais Royal, le Vendredi 2^8 Novembre X 670 i imprimée , pour la première fois ^ à faris^
en ic-ji ^ in- 11. , chez Louis Billaine»
ce Un amant et une maîtresse qui se quittent, ne sont pas sans doute un sujet de Tragédie. ( VoUaire, Préface dé Tite et Bérénice , édition de P. Corneille ^ avec des Commentaires. ) Si on avoit propose un tel
plan à Sophocle ou i Euripide 9 ils Tauroient renvoyi
izo CATALOGUE DES PIECES
à Aristophane. L'amour qui n'est qu'amour , qui n'est point une passion terrible ét fmieste , ne semble fait
que pour la Comcdic > pour la Pastorale > ou pour riglo&ue. »
ce Cependant Henriette d'Angleterre » belle-sœar de
Louis XIV, voulut que Racine ec Corneille fissent chacun une Tragédie des Adieux de Titus ec de Bérénice. Elle crut qu'une victoire obtenue sur Tamour le plus vrai et le plus tendre anoblissoit le sujçt , et en cela elle ne se trompoit pas ; mais elle avoit encore un intérct secret à voir cette victoire -représentée sur le Théâtre : elle se ressouvenoit des sendmens qu'elle avoît eu îong-tems pour Louis XIV , et du goût vif de ce Prince pour elle* Le danger de cette passion , la crainté de mettre le trouble dans la Famille Royale « les noms de beau -frère et de belle -soeur mirent un frein à leurs désirs > mais il resta toujoius dans leurs Cœurs une inclination secrette , toujours chère à i*un et à l'autre.
ce Ce sont ces sentimens qu'elle voulut voir développer sur la Scène, autant pour sa consolation que .pour son amusement. Elle chargea le Marquis de Dangeau , confident de ses amours avec le Roi > d'engager secrètement Corneille et Racine à travailler l'un et l'autre sur ce sujet , qui paroissoic si peu fait pour la Scène. Les deux Pièces fdrent composées dans Tannée 1670 , sans qu'aucun des deux sût qu'il avoit un rival. 3>
« Elles furent jouées , en même tems , sut la fin de la même année; celle de Bacine à FHôtel de Bour** gognc I et celle de Corneille au Palais IWyal,
DE p. CORNEILLE, m
<c II est étonnant que Corneille tombât dans ce piège : il devoit bien sentir que le sujet étoit l'opposé de son talent. Entellus ne terrassa point Darès dans ce combat -, il s'en faut bien i La Pièce de Corneille tomba : celle de Racine eut trente représentations de suite i et toutes les fois qu'il s'est tiouvé un Acteur et une Actrice capables d'intéresser dans les rôles de Titus et de Bérénice, cet Ouvrage dramatique , qui n'est pourtant pas une Tragédie , a toujours excité les appiau^ dissemens les plus vrais > ce sont les larmes. ii>
Dans la Pièce de Corneille , Tite , Empereur Romain , est amoureux de Bérénice » Reine de Judée ,
qu'il a amenée k Rome dans le dessein de Tépouscr» mais qu'il est obligé de renvoyer , par.ce qu'un Empereur ne peut pas épouser une Reine. Domitian , fi-ere de Tite, et qui lui doit succéder» est amoureux de Domitie y fille de Corbulon y laquelle aime les deux frères, ou plutôt TEmpire, car elle n'est qu'ambitieuse et prête à se donner à celui qui la fera régner. Cependant, Bérénice cède à la nécessité, et abandonne Tite et Rome. Tite ne se rend point aux voeux secrets de Domicie : il la fait épouser à son frète, enatten* dant qu'il leur laisse à tous deux l'Empire.
Pulchërie , Comédie-héroîqae » en cinq actes» en vers 9 précédée d'un Avis au Lecteur , représentée sur le Théâtre du Marais , au mois de No-
vembxe 1^72. 5 imprimée ^ poiu la première fois^
lit QATALOGUE DES. PIECES
à Palis t en 1^7}, in^iz , chez Guillaume de Laynes«
ce Pulchdrie , fille de rEmpcrcur Arcadiiis , et soeur du jeune Thcodosc, a été une Princesse très- illustre » et dont les talens étoient tnerveîlleux. Tous les histo* riens en conviennent. Des l'âge de quinze ans > elle empiiita le gouvernement sur son frère , dont elle avoit reconnu la foibicssc, et s'y conserva tant qu'il vccut, à la réserve d'environ une annde de disgrâce , qu'elle passa loin de la cour, ec qui coûta cher à c€ùx qui Tavoic^ic réduite à s*en éloigner. Aptes la mort de ce Prince , ne pouvant retenir l'autorité souveraine en sa personne, ni se nifoudte ù la quitter, elle proposa ,son mariage k Martian, à la charge qu'il lui permet* troit de garder sa virginité , qu'elle avoit vouée et consacrée à Dieu. Comme il étoit dcja assez avancé dans la vieillesse , il accepta la condition aisément » et clic le nomma pour Empereur au Sénat , qui ne voulut, ou n'osa l'en dédire. Elle passoit alors cinquante ans , et mourut deux ans apris. Martîan en régna sept » et eut pour successeur Léon > que ses excellentes qualités firent surnommer le Grand. Le Patrice Âspar le servit à monter au trône , et lui demanda pout récompense l'association à cet Empire, qu'il lui avoit fait obtenir. Le refus de Léon le fit conspirer contre ce maître qu'il s*é*oit choisi i la conspiration fbt découverte « et Léon s^en défit.. Voilà ce que m'a prêté l'histoire. Je ne veux point prévenir
^otre jugement sur ce que j*7 ai changé % ou ajouté ,
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P. CORNEILLE, ttf
et me contenterai de dire , que bien que cette Pièce ait été reléguée dans un lieu où on ne vouioit plus se souvenir qu'il y eût un Théâtre y bien qu'elle ait passé par des bouches pour qui on n'éioit prévenu d'aucune estime j bien que ses principaux caracterte soient contre te goût du tems , elle n*a pas laissé de peupler le désert, de mettre en crédit des Acteurs, dont on ne connoissoit pas le mérite , et de faire ^éAt qu'on n'a pas toujours besoin de s'assujettir aux entêtemens du siècle, pour se faire écouter sur la Scène» J'aurai de quoi me satisfaire , si cet Ouvrage est aussi Ixeurcux à la lecture qu'il Ta été à la représentation» et si j'ose ne vous dissimuler rien , je me flatte asses pour l'espérer. Corneille, Avis au Lecteur de Pulchdiie.
Corneille a donné deux rivaux à Martian» Léon qui est mSme aimé de Pulchérie , mais que son vœu de conserver sa virginité l'empêche de rendre heureux; et Aspar , amant d*Irene , sœur de Léon , mais que Tambition porte à tenter de se faire aimer de Pulchérie. Le choix que celle-ci fait de Martian remet tout dans le prellier ordre* Aspar revient à Irène et l'épouse 9 et Martian a une fille nommée Justine, qui «ime Léon, et à laquelle Pulchérie le donne..
ce La grande réputation de l'Auteur a soutenti Pulchérie dans sa nouveauté au Théâtre , et l'y a même conservé quelques années après , dit ParÊdct ( Histoire du Théâtre François , tome onzième, page 246 ). Il n'en faut pas être surpris : Corneille avoit un grand nombre de partisans que son mérite lui avoit acquis. . C€S partisans» jaloux de la gloire que le jeune Racine
Lui
acquéroit de jour cii jour , tâchoicnt à la diminuer en élevant l'ancien Pocte, et s'ccrioient avec Madame de Sévigné ( Lettre du i6 Mars 1672 ) : suU foîU^dt Corneillti II nous donnera encore Pulchérie ^ oîi l'oa
verra :
ce La main qui crayonna
v> La mort du grand Pompée et l'amour de Ciona. ^
17 faut que tout cède à son g/nie* »
L'Auteur du Dictionnaire dramatique observe , tome iecond , page 494 » que » le caractère de Martian dut paroftre neuf. C'est la première fois y dit-il , qu*on eût placé sur la Scène un vieillard amoureux , qui se rend justice. Pulchérie n'est pas moins remarquable ; c*est une jeune Princesse, adois^c d'un jeune homme qu'elle aime > et à qui elle préfère un vieillard. Il est vrai que le mariage ne doit pas être consoqimd : cette convention qui> dans toute autre xnain> pouvoit faire tomber la Pièce , en fit le succès.
Suréna » Général des Parthcs , Tragédie en cinq actes » en vers , précédée d^un Avis au Lecteur i représentée sar le Théaue de THotel de Bourgogne , en i ^74 » et imprimée 9 pour la pre« ' micre fois , ï Paris, en 1^7 s 9 îri'ii , chez Guillaome de Luynes.
ce Corneille avoit en vue deux sujets de Tras:t5die , iorà>qu*a s'arrëu à celui-ci , nous apprend Joly { édi-
tîon de P. Conicîllc, iVii, 1747); le premier étâit l/s.inguiy^ Prince Chinois , dont les Histoiicns font de grands éïo%ts i et le second > tiré de Tacite , étoit le fameux Gaule -s , nommé Antonius Primus , lequel avoit contribué plus que personne à mettre Vespasien sur le trône , et dont les services furent mal reconnus» Ce nom lui paroissant peu propre à entrer dans un vers » il prdféra celui de Suténa , dont PHistoire lui foiirnissoît les mêmes circonstances , et le caractère d'un héros qui n'avoit point encore paru sur la Scène. »
et Le sujet de cettt Tragédie est tiré de Plutarque et d'Appian Alexandrin. Ils disent tous deux que Surdna étoit le plus noble , le plus riche , le mieux fait et te plus vaillant dcsParthes. Avec ces qualités , il ne pou- Tcdt manquer d'être un des premiers hommes de son mecle ; et , si je ne m^abuse , la peinture que j'en ai faite ne Ta point rendu mdconnoissable. Vous en jugerez. >i Corneille , Avis au Lecteur de cette Pièce.
<c Tel est le caractère que Corneille s'cioit proposé, dit Farfaicc ( Histoire du Théâtre François , tome onxieme, page 199 et mirantes). Ce projet ^toit sans doute digne de lui : il posscdoit encore ce même génie qui lui fai&oit imaginer des sujets toujours noii« veaux et eittraordihairesi mais il n^avoit plus » comme autrefois» ce feu et ce talent admirable qui lui étoient nécessaires pour les traiter. Suréna n'est grand qu^ par le récit que l'on fait de sa personne. Ses actions n'y répondent pas assez. Un héros tel qu'on le dcpeint y devoit-il avoir tant de foiblesse , et sacrifiée aussi imptudemment sa vie » sa fortune , et celle de
iitf CATALOGUE DES PIECES
toute famille t ^out satisfaire le caprice d'une mai-
tiessc ? îi
u Euridicc > Princesse d'Arménie , amante aimée de Snrëna , est promise par le Roi pere à Pacorus « fils d*Orodc, Roi des Paithcs. Cette alliance est une des clauses du traifd de paix conclu entre les deux Couronnes. Comme Ton ignore la passion d*Iurldice et de Surcna , k Koi des Farthcs propose de marier la Princesse Mandone sa fille * avec ce dernier , pour le récompenser des grands services qu'il en a reçus. Euiidice « sachant qu'elle ne peut être unie i son amant, exige de lui qu'il n*épousera point Mandone > et veut même l'obliger à prendre une épouse de sa main , pour ne plus craindre qu'il accepte celle de son odieuse rivale. Surcna , se piquant de belle passion et d'une exacte fidélité , cherche des raisons pour éluder poliment la proposition du Hoi. Ses excuses ne scr-> vent qu'à faire naître des soupçons » et le Boi ^ s*abandonnant à son naturel ombrageux , suit les conseils des ennemis de Suréna , et consent à la mort de ce grand homme, qui n*^toit criminel que parce qu'il avoit trop de mérite. Euridice nè peut survivre J4 Surcna 9 mats Palmîs , sa scsur , qui aime Pacorus , et t'en voit si cruellement dédaignée, demande aux Dieux de ne point mourir qu'elle n'ait vengé sa gloire et la mort de son frère. i>
Voltaire, (édition de P. Corneille, avec des Commentaii;cs , Préface de cette Pièce ) observe que Surina n'est point un nom propre, ce C'est , dit-il , un titre d'honneur , un nom de dignité. LcSurciui des Parthee
étoit VEthmadaulet des Persans d'aujourd'hui, le Grand* Visir des Turcs. Cette méprise ressemble à celle de plusieurs de nos Ecrivains qui ont parié d'un Ai^em^ Grand- Visir de la Porte Ottomane , ne sachant pas que Fisir Aiem signifie Grand - Fisir. Mais la méprise est bien plus pardonnable à Corneille qu'à ces Historiens, parce que THistoirc .des Pacthes nous est bien moins connue que celle des nouveaux Persans et des Turcs,
ce Suréna fut le trente -deuxième et dernier Pocme dramatique de Corneille. On y retrouve toute la noblesse de son génie. Le sujet en est d'ailleurs intéres^ sant. C'est un homme devenu suspect à force de services , et qu*ôn veut perdre » parce qu'il est au-dessus des iccompenses. Suréna a réussi , et Corneille finit par un triomphe. i> Dictionnaire dramatique , tome tcoJ$ienie> page 198.
On sait que P. Corneille eut paît à ces deux
Pièces des cinq Auteurs.
La Comédie des Tuileries ^ ou La grande Pas^ torale , en cinq actes , en vers , dédiée au Comte d'igby, par l'Éditeur Baudouin i représentée au Palais Cardinal, le 16 Avril i^5J > devant Gasron de France , Duc d'Oilcans , et ensuite \ la Cour i imprimée à Pais | en > ^i-4* > chea Augustin Courbé,
JJ Aveugle de Smyrne , TragUComUie ^ en cin^
t%% CATALOGUE DES PIECES , &c.
actes 9 en vets , précédée d'un Avis au Lectear , et; dédiée au Marquis de Coalin , Colonel des Suisses » par le même Editeur Baudouin i icpiesentcc en 1538 , et imprimée à Paris , la même année , chez le même , et dans le même format.
Le Cardinal de Richelieu avoic imaginé les sujets de ces Pièces qu'il donna à composer aux cinq Auteurs, P. Corneille, Rotrou , l'Etoile, Boisrobert et Colletet» Chacun d'eux se chargea d*un Acte de chacune; mais on ne sait pas quel fut précisément le travail de Corneille 9 et Us deux Pièces sont si mauvaises 9 qu*on ne peut le reconnoftre en aucun endroit, et II faut avouer, dît Parfaict ( Histoire du Théâtre François, tome cinquième, page 428 ) que le Cardinal étoit bien mat servi pat les cinq Auteurs. Corneille travaiiioit aux Horaces et à Ciana} pouvoit-il entrer pour quelque chose dans des Ouvrages semblables à la ComédU des Tuileries, et à l* Aveugle de Smyrne / 5>
Plus de trente ans apris, il s'assujettit encore â tr%»
vailler sur les idées d'autrui ; mais il fut bien mieux
associé , piùsqu'il eut Molière pour collègue. H s'agissoit des plaisirs dt| Roi , pour lequel la Tragi-Comédie-Baiiet de Psyché devoit être achevée en très-peu de jours. Corneille se chargea d'une tris*grande partic de l'entreprise , i^ui r<iu&sit completcement.
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TRAGÉDIE
A PARIS
An Bitiean delà Petite BibliothequedesThéatrei » tue des Moulins » butte S. Roch, n^. ii*