S E N T J MENS
elles soknt punies , et non récompensées comme Mm
le sont en cet ouvrage. Nous parlerions ici de leur iné- Salicé , qui est un vicç dans l'art » qui n'a point été tesnarqué par l'Observateur , s'il ne suflfisoit de ce qu'il a • die pour nous faire approuvigr sa censure. Nous n'entendons pas néanmoins condamner Chimene de ce qu'elle aime le meurtrier de son pere , puisque son engagement avec Rodrigue avqpt précédé la mort du Comte , et qu41 n*est pas -en la puissance d'une per-
eonne de cesser d'aimer quand il lui plait« Nous la blSmons seulement de ce que son amour l'emporte sur son devoir, et qu'en même tems qu'elle poursuit Bodrigue, elle fait des voeux en sa fiiveur. Nous la bl&monsde ce qu'ayant fait , en scm absence» un bon dessein de
Le poursuivre , le perdre, et mourir après lui ,
si-tôt qu'iUe présente i elle » quoique teint du sang 4e son pere , elle le souffre en son logis et dans sa chambre même, ne le fait point arrêter » l'excuse de ce qu'il a entrepris contre le Comte , loi témoigne que pour
cela elle ne laisse pas de l'aimer , lui donne presque a entendre qu'elle ne le poursuit que pour en <tce plus esdmée , et enfin souhaite que les Juges ne lid accor*dent pas la vengeance qu'elle leur demande. C'est uop clairement trahie ses obligations naturellec en faveur de sa passion ; c'est .trop ouvertement chercher une couverture à ses désirs , et c'est.iaire bien moins le pec- •onnagede fille que d'mante. fille pouvoit , sane doute, aiiner encore Rodrigue après ce malheur » puisque son
s U K L £ C I itf
<Time n^étoic que d'avoir r^axé le dàbonneut de tnaison. Elle le devoit tn6me en quelque sorte , pour relever sa propre gloire , lorsqu'apics une longue agi* ution , elle eût doùni Tavantage i son honneur , sur une amour si violente et si juste que la sienne; et la beauci^ qu'eut produite dans l'ouvrage uuc si belle victoire de l'honneur sur Tamour , eût iU d'autant plut grande , qu'elle eût été plus raisonnable. Aussi n'estce pas le combat de ces deux mouvemens que nous d(5sapprouvons : nous n'y trouvons à dire « sinon qu'il ^e termine auucnient ^u'ilne devroit , et qu'au lieu de tenir au moins ces deux iatdr8ts en balance» celui 1 qui le dessus demeure, est celui qui raisonnablement devoir succomber. Ques*il eût pu être permis au Poète de faire que l'un de ces deux amans préférât son amour a son devoir, ou peut dire qu^il eût été plus excusable /^d'attribuer cette faute à Rodrigue qu'à Chimene. Rodrigue droit un homme» et son sexe qui est comme tn possession de fermer les yeux à toutes considcutions pour se satisfaire en matière d'amour, eût rendu son action moins étrange et moins insupportable. Mais au contraire % Rodrigue , lorsqu'il y va de la vengeance de son pere , témoigne que son devoir remporte absolu* ment sur son amour , et oublie Cbimcne » ou ne la considere plus. Il ne lui suffit pas de vouloir vaincre le Comte» pour venger l'affront fait à sa race , il agit encore comme ayant dessein de lui 6ter la vie » bien qu« sa more ne fût pas nécessaire pour sa satisfaction. Il pouvoit respecter le Comte en faveur de j^a âlle » sans rien diminuer de la haine qu'il étoit désormais oblig|é
tS8 SENTIME.NS'
d'avoir pour lui. £t puisque , pat cette même loi d'hoi^ neat qui TengagccMC au assentiment » il y avoit plus de gloire à k vaincre qu'à le tuer y il dcvolt aller au combat avec le seul désir d'en remporter l'avantage * et le dessein de rdpargncr autant qu'il lui seroit pos«> sibie , afin que, dans la chaleur de la vengeance qu'il ne pouvoit refuser i son pere , U rendît ce respect à Chtmene de considérer encore le sien 9 et que par ce moyen, il conservât Fespérance de la, pouvoir un jour épouser*. Cependant ce mGme Rodrigue, devenu ennemi de sà maîtresse , ennemi de soi-mcme » et plus aveugle de tolère que d^amour , ne voit plus rien que son affront , et ne songe plus qu'à sa vengeance. Dans son transport , il fait des choses qa*il n'dtoit pas obligé de faire » et , sans nécessité , cesse d'être amant , pour paroître seulement homme d'honneur* Chimene, au contraire» quoique pour venger la m6rt it son pere , elle âùt faire plus que Rodrigue n'avait ^ait pour venger i'af-* front - du ^en , puisque son sexe e^igeoit d'elle unÉ sévérité plus grande et qu'il n'y avoit que la mort de jftodrigue qui pût expier celle d» Comte , poursuit ll^ chcment cette mort , craint d'en obtenir l'arrôt, et le soin qu'elle devoit avoir de son honneur » cède entié^ tement in souvenir quelle a de son amour. Si maintenant on nous allègue pour sa défense , que cette passion de Chimene a été le principal agrément de lâ. Pièce , et ce qui lui a excité îc plus d'applaudissement , nous répondrons que ce n'est pas pour ce qu'elle est bonne ; mais pour ce que , quelque mauvabe qu^elle soit^ elle est heureuscn^m çx^timi^* Ses fu^&am
s U R L E C I D. li,
fnouvcmcns, joints à ses vives et naïves expressions, ont bien pu faire estimer ce qui en effet seroic plus «stlmable, si c'étoit une pièce séparée, et qui ne fût •point une partie d'un tout qui ne la peut souffrir 5 et, •en un mot, elle a assez d'éclat et de charmes, pooT/ avoir fiiit oublier les règles à ceux qui ne les savent guère l)ien , ou à qui elles ne sont guère présentes*
Ensuite de cet examen , l'Observateur fait l*anatomte .du Pocme, pour en montrer les particuliers défauts et les divers manquemens de bienséance. Mais Jl nous semble qu'il ouvre mal cette carrière , et nous croyons que sa première remarque n'est pas iuste , lorsqu'il trouve â redire q,ue le Comte juge avantagreusement de Sanchc ; car Rodrigue et Sanche ayant ctd tous deux supposés du plus noble sang de Castilte , le Comte avoit ^raison de penser qu'ils imitcroient également la valeut ,de leurs ancêtres : il n*étoit pas obligé de prévoir que
un d'eux seroit assez liche pour vouloir racheter sa .vie > en acceptant la condition de la part^ de son vainqueur. Ce n'est pas ici le lieu de reprocher au Poète là faute qu'il fiiit faire à Don Sanchc vers la fin de la Pièce j et cette faute ayant été postérieure à ce que dit main- ^nant le Comte, nous l'estimons vainen^ent alléguée*, pour condamner la bonne opinion que raisonnablesnent il devoir avoir de Don Sanche , avant qu'il l'eût • commise.
^ seconde objection nous semble considérable , et • nous croyons, avec TObservateur , q^'Elvire» simple suivante de Chimenc, n'dtoit pas une personne avec qui le Comcç dût avgii cet enuetien , principalement
en ce qui regardoit Pëlection que Ton alloit lâire d'vM
Gouverneur pour Tlnfaut de CastilUt et la parc qu'il 7 pensoit avoir. En cela ie Poète a montré 9 tinpn pe«. d'invention , au moins beaucoup de négligence , puisque s'il l'eût feinte parente du Comte» et compagne de sa fille , il eût pu rendre plus excusable le dkcours que le Comte lui fait. Nous trouvons encore que robser\'xteur l'eût pu raisonnablement reprendre d^avoir faie l'ouverture de toute la Pièce par une suivante , ce qui nous semble peu digne de la gravité du Sujet » et seulement supportable dans le Comique.
Quant à la troisième > nous pourrions croire d'un côté que le Comte , de quelque sorte qu'il parle de lu^ même» ne devroit point passer pour fanfaron , puisque, rhîstoire» et la propre confession de Don Diegne , lid donnent le titre de l'un des vaillans hommes qui fuseent alors en Espagne. Ainsi , dumoins» n'est-il pas (an^ faron 9 si l'on prend ce mot au sens que TObservateitt l'a pris , lorsqu'il Ta accompagné de celui de Capitan de la £urce « de qui la valeur est toute sur la langui» Si bien que les discours ou il s'emporte seroicnt plucôa des eStts de la présomption d'un vieux soldat > qu6 des fanfâronnerics d'un Capitan de farce , et des vanîtéi d'un homme vaillant , que des artifices d'un poltron, fiour cottvi^ le défaut de son courage. D'autre côté # les hyperboles excessives, et qui sont véritablement de Théâtre 9 dont tout le rôle de ce Comte est rempli 1 et l'insupportable audace avec laquelle fl parle du Bol maître, qui, à le bien considérer, ne Pavoit pas trop maltraité en f>téfiran€ Don Diegue k lui , nom ttm
troire que le nom de fanfaron loi esc bien dû , qu«
robservatcur le lui a donné avec justice. En effet , il le mddte , si nous prenons ce mot dans Tautre signification où il est reçu parmi nous, c'est-à-dire , homme de coeur > mais qui ne fait de bonnes actions que pour
en tirer avantage , et qui méprise chacun , et n*estimo
que soi-même.
La Sceius qui suit nous sèndile condamnée sans fondement 5 car la refadon qu^Tire y fait à Chîmene , de ce qu*elle vient d'entreprendre , est trcs-succinte, et ne tombe point sous le genre de celles qui se doivent
plutôt faire derrière les rideaux que sur la Scène. Ellè
«st même nécessaire pour £ûre paroitre Chimene dès le commencement de la Pièce , pour faire connottre au Spectateur la passion qu'elle a pour Kodiigue , et pour faire entendre que Don Diegne la doit demander en ma* riage pour son fils.
Quant à la troisième , nous sommes entièrement db ravis de l'Observateur , et tenons tout Pdpisode de rinfante condamnable. Car ce personnage n'y contribue rien, ni à la conclurions ni i la rupture 4e cemariage , et ne sert qu'à représenter une passion rtîaise , qui , d'ailleurs» est peu séante à une Princesse, étznt conçue pour un jeune homme qu! n'avoit enrote donné aucun témoignage de sa valeur. Ce n'est pas que nous ignorions que tous tes épisodes , quoique non néce^ saircs, ne sont pas pour cela bannis de la Poésie -, maïs * nous savons aussi qu'ils nesontestimés que dans la poésie 'épique , que la dramatique ne soufire que fort eourti » et qu'elle n'en reçoit point de cette nature qui rcgncnc
4an$ toute U Pièce. La plupart ite ce que VObsexvaceur
' i^i SENTIMENS
dît ensuite pour appuyer sa censure , touchant la liak. «on des épisodes avec k su)et principal 9 est pure doc^ trine d'Aristote, et très-conforme au bon sensj mais nous sommes bien éloignés de croire avec lui , que Don Sanche soit du nombre de ces personnes épisodiques f qui ne font aucun effet dans le Pocmc. Et , certes , il esc mai-aisé de s'imaginer quelle raison il a eu de prendrç une telle opinion, ayant pu remarquer que Don Sanche est rival de Don Rodrigue en l'amour de Chimene p qu*apris la mort du Comte il la sert' auprès du Roi > pour essayer d'acquérir ses bonnes grâces , et qu'enfin il se bat pour elle contre Rodrigue, et demeure vaincu i si bien que les actions de Don Sanche sont mSIée^ dans toutes les principales du Pocme > et la dernière , quji est celle du combat , ne se fait pas simplement « afia «qu'il soit battu , comme prétend l'Observateur \ mais afin que , par le désavantage qu'il y reçoit , Rodrigue puissp fitre purgé de la mort du Comte » et en même temt obtenir Chimene. L'objection semble plus forte contre Arias , qui , sans doute, a moins de part dans le sujet» que Don Sanche. Toutefois on ne peut pas dire absor ' lument que ce persoimage 7 soit aussi peu nécessaire que l'Infante i car en le bannissant , il faudroit bannir: des Tragédies tous les Conseillers des Princes , et cbndamner généralement tous les Poètes anciens et mçydernes , qui les y ont introduits : outre que sur la fin il sert de juge de camp > lorsque les deux Rivaux se battent > ainsi » il ne peut passer pour fitre entièrement * inutile» comrne l'Observateur Rassure. Il est vrai« ^u*eacare qu'on entende Inen ce qui Tamene dans U
premieci
premiece Scène 4u second Aae, tt que cela ne mérite point censure 9 TObsenrateur toutefins , selon notre avis, ne laisse pas de reprendre en ce lieu le Pocte avec raison ; car , au lieu que le Roi envoie Arias vers le Comte , pour le porter à satisfaire Don Diegue , il £aUoit qu'il lui envoyât des Gardes » pour em-i pêcher la suite que pourroit causer le ressentiment de cette offense, et pour l'obliger de puissance absolue 4 la réparer , avec une satisfa^on dighe de la personne dtcnsde.
La £aute de jugement que l'Observateur remarque dans la troirîeme Scène » nous semble bien remarqu^e> et encore qu'à considérer l'endroit favorablement > Chimene n'y veuille pas dire que Kodiigue n*cst pas Gentilhomme, s'il ne se venge du €omtei mais seulement qu'elle a grand sujet de craindre, qu'étant né Gentilhomme , il ne se puisse résoudre A aoufifrir un tel affront , sans en rechercher la vengeance : U £aut avouer néanmoins que le Poète se fût bien passé de faire dire à Chimene , qu*eUe setoit honteuse pour Rodrigue s'il lui obéissoit. Elle ne de- Toit pas balancer les senrimens de son amour avec ceux de la nature, ni la part qu'elle prenoit à l'honneur de son amant , avec riotérêt qu'elle devoii: prendre à la vie de son père. Quelque honte qu'il y eût pour Rodrigue à ne se point vpiger , ce n'dtoit point à elle à la considérer , puisqu'il y avoit plus à perdre pour elle , s'il entreprenoit cette vengeance ♦ que ^il ne l'entreprenoit pas. En l'un , son pere pouvoir Être tiié.i en l'autre > son amant pouvoit Être
blâmé. Ces deux choses étoient trop inégalés pônr*
entrer en comparaison dans Tcspiic de Chimcnc > et elle ne devoit point sdnger à la c6nsenration de rhon<* ncur de Rodrigue , lorsqu'il ne se pouvoît conserver que par la perte de la vie» ou de l'honneur du Comte. D*aillears, si elle avoît |ugé Rodrigue digne de son affection , elle Tavoit sans doute cru ^énéreux, et, par conséquent , elle devoit penser qu'il eûe fsdt une action plus grande et plus difficile , de sacrifier ses ressentimcns à la passion qu'il avoît poA^ elle , que de les contenter au préiudice de cette même passion. Ainsi il ne lui auroit point été honteux , au moins à l'égard de Chimene , d'observer la défense qu'elle lui eût pu faire de se battre» Peut6trc que la Cour n'en eût pas jugé si favorablement. Mais Clû-* mené ayant tant d'intérêt à désirer qu*il ftt en apparence une lâcheté , ne devoit point alors avoir assez de tranquillité d'esprit pour en considérer les suite^* Dans le péril où étoîc son pere , sa première pensée devoit être, que si son amant l'aimoit assez, il respecteroit celui à qui elle étoit obligée de la naissance t et relâcheroit plutôt quelque chose de cette vaine . ombre d'honneur , que de se résoudre i perdre son Affection, et Pespétancc de la' posséder en le tuant. La réflexion qu'elle fait sur ce qu'étant né Gentilhomme , il ne pouvoit , sans honte s manquer à poursuivre sa vengeance , ayant semblé belle au Poète; il l'a emplo) (;e en deux endroiu de cette Pièce ; mais moins à propos en Tun qu*en l'autre. Elle étoit cx« cellentc dans la bouchç de Rodrigue > lorsqu'il veut
SURLECIIX i9{
justifier son action envers Chimene » disant qu'um
• homme suas honneur ne la mériioit pas ; mais elle nous
semble mauvaise dans celle de Chimene , laquelle se doutant que Rodrigue prdfdroit Thonneur de sa mai- SOA à son amour, dévoie plutôt dire, qu*u/i homme sans amour ne la m/ritoit pas» Nous croyons donc que to Poète a principalement failli, en ce qu'il fait entrer, Wis nécessité et sans utilité , parmi la juste crainte de Chimene, la considération de la part qu'elle devoir picndic au dt^shonneur de Kodrîgue.
Quant à Tobjeaion suivante , qu'elle devoit pleurer
enfermée chez elle , au lieu d'aller demander justice ,
nous ne l'approuvons point, et estimons que le Poctc eût manqué s*il lui eût fait verser des larmes inutiles dans sa chambre , «tant mcmc si proche du Iqgis du J^oi » où elle pouvoit obtemr la vengeance de la mort de son pcre. Si clic eût tardé un moment à l'aller demander , on eut eu raison de soupçonner qu'elle prcnoit du tems pour délibérer si elle la demanderoit , et qu'ainsi Tintécct de son anunt lui étoit autant ou plus considérable que celui de son pere. Aussi TObser* vateur n'insistant point sur cette censure, semble la condamner lui-n\eme tacitement. £n un mot , soit qu'elle ne le voulût pas , elle étoit toujours obligée de
témoigner qu'elle en avoir l'intention , et de partir au même instant , afin de le poursuivre. Maintenant , si .elle avoir ce désir ou non , c'est une question qui se ^▼uidera dans la suite, mais en ce lieu il a été inutile
de la mettre w ayant » et quelque chose que l'Ob^
Rij