‹ Chefd'œuvres de P. CorneilleChapitre 69 sur 92 · SENTIMENT · texte numérisé non relu

SENTIMENT

èt Imt- manquant dé cifUit/. Mais en ce qui regarde Vi»

civilité , nous croyons que la répréhension n'est pas juste 9 pour ce que lesmouvemèHs naturels et Its timcns de pcrc, dans une occasion comme celle -ci , ne considèrent point ces petits détroits de bienséance ex^ térieure t et emportent viôleltmieiie «mu 4«u en sont possédés , sans que l'on s'avise d'y trouver à redire. Kous croyons bien que cette sortie de DIegue eût ëcé justement reprise, par une autre raison, si l'on eût 4it qu'il n'y avmt aocone apparence que ce grand nombre d'amîs étant chez D. Dieguc , ils le dussent laisser sortir seul , et à telle heure , pour aller cher- -cher son fils; car l'ordre voulcrit que ne rencontrant pas Rodrigue en son logis, ils empêchassent ce vieillard de sortir » et le relevassenl^ de la peine que le Poète lui faîsoit prendre* De sorte qu'on peut dire avec raison que ce n'est pasD. Dieguc qui manque de civilité envers ces Gentilshommes i mais que ce sont eux* mSmes qui en manquent envers lui. Quant à la sup^ putacion que l'Observateur fait ensuite du nombrç excessif de ces Gentilsbonunes « elle est bien introduite avec grâce et esprit s mais sans solidité, à notre avis, et seulement pour rendre ridicule ce qui ne l'est pas ^ car; premièrement, ces cinq cenn amis pouvoicnt n'être pas tous Geniibhommes , et c'étoit assez., qu'ils fussent soldats, pour $tre compris soos lenomd*amis 9 ainsi que D. Dicgue les appelle , et non pas Gentilshommes. JBn second lieu ^ vouloir qu'il y en eût une bonne quantité de neutres , et une quatrième partie de ceux qui ne bougeoient d'aupris de la pefsonne du ^oi^^

s U R L E C I D. aoi

ce n*cst pas se souvenir qu*en matière de querelles de Crands» la Cour &c partage toujours, sans qu'il en demeure guère de neutres, que ceux qui sont mépris sables à l'un et à l'autre parti : si bien que la Cour de Fecnand pouroit £tce pitis petite que celle des Roifrd*£»* pagne d*a présent , et ne laisser pas d'être composée, i un besoin, de nulle Gentilshommes, principalement •n un tetne ou il y a^eit guerre avec les Mores , ainsi que, peu après, TObservateur même le dit. Et quoiqu it sok vrai , comme il le remarque fore bien » que ces cinq cents amis de Rodrigue étcnent ptut^t assemblée * par le Focte, contre les Mores, que contre le Comte , nou» croyons que n*y ayant nulle répugnance qu'ils soient cmployiis contre tous les deux, le Poète seroit plutôt digne de louange que de bl&me , d'avoir inventé cette assemblée de gens en apparence contre le Comte , et en cffec contre les Mores ; car une dee - beautés dû Poème dramatique , est que ce qui a été imaginé et introduit pour une chose, serve, à la fin^ pour une autre.

La première SCene du quatrième Acte nous semble reprise avec peu de fondement , puisqu'il est vrai que ni Pamaur de Chlraene , ni Finquiétudeqn*!! lui cause, ne sont pas ce qu*il y a de rcprdhcnsible en elle ; mais seules ment te témoignage qu'elle donne en quelques autres lieux du Pocmc, que son amour remporte sur son devoir ; or , en celui-ci le contraire paroît » et l'agiution de ses pensées €nit cofnme elle doit*

La seconde a le défaut que remarque robscn^atcur ,

touchant l'inutiUté de rin£inte • et Von ne peut pa%

ioi s E N T I M E N s-

iirè qu'elle y est utile en quelque sorte , comme ccîtè qui flatte la passion de Chimenc , et qui sert à lui faire montrer de plus en plus cdmbien elle est affermie dam la rdsoiution de perdre son amant. Car Chimenc eût pu témoigner ausn-bien ^te résolution en parlant à £lvire, qu'en parlant à T Infante , laquelle agît entette occa;sion sans aucune nécessité.

Dans la troisième , robscrvateur s^étonne que les commandemens du Roi aient été mal exécutés» Mais comme il est assex ordinaire que les bons ordres sont mal suivis , il n'y avoit rien de si raisonnable que de supposer , en faveur de Rodrigue , qu'en cette occasion Fernand eût iti senri avec négligence. Toutefois ce n'est pas par cette raison que le Poète se peut défendre , la véritable étant que le Roi n'aveit point donné d'ordres pour résister aux Mores , de peur de mettre la Ville en trop grande alarme. Il est vrai que l'excuse est pire que la faute , pour tt quMI y auroit moins d'inconvénient que le Roi fût mal obci , ayant donné de bons ordres , que non pas qu'il pérît faute d'en avoic donné aucun : si bien qu'encore que l'obiection parJà demeure nulle en ce lieu i il nous semble néanmoins qu'elle eût été bonne et soUde dans la sixième Scène dusecond Acte , où Ton pouvoit reprocher à Fernand t avec beaucoup de justice , qu'il savoit mal garder ses places 9 de négliger ainsi les bons avis qui lui étoient donnés, et de prendre le parti le moins assuré dans une ndbvelle qui ne lui importoit pas moins que de sa

Xuine.

Ce qui suit du mauvais soin de Don Fernand qui de;»

SUR LE CID. lo»

Voit tenir le port ftoné avec une chaîne , seroit un^

rcprchcnsion fort judicieuse, supposé que îévitle eût un poct si étroit d'embouchure , qu'une chaîne Teàt pu clorre aisément , ce qu*il semble aussi que TAuteuc estime, faisant dire en un lieu:

Les Mores et la mer entrèrent dans le port ;

et en un autre, distinguant le fleuve du port:

Et la terre et lefieme , et leur flotte et te port ;

mais Sévilie étant assex avant dans la terre, et n'ayant pour havre que le Guadalquivir , qui ne se peut commodément fermer d'une chaîne , à cause de sa grande largeur , on peut dire que c'étoit assezi que Rodrigue fît la garde au port , et qu*en ce lieu TObservateur desire une chose peu possible , quoique l'Auteur lui en ait donné sujet par son expression. Pour le reste, nous croyons que la fiocce des Mores a pu ancrer , ahn que leur descente se ftt avec ordre, parce qu'en cas de retraite , si elle eût été si pressée qu'ils n'eussent pas eu le loisir de lever les ancres , en coupant les cables , ils se mettoient en état de la faire avec autant de promptitude que s'ils ne les eussent point jettés. C'est ainsi, ou

avec peu de différence , qu*Énée en use , quand il coupe

le cable qui tenoit son vaisseau attaché au rivage , plutôt que de l'envoyer détacher , dans la crainte qu'il avoir qu'en retardant un peu sa sortie du port , Didon n'eût assez de.tems pour le retenir par force dans Carthage.

Poii^ la cinquième Sçene , il nous semble qu'elle pe^

f,o4 SENT. I MENS

£tre jmumeoi: reprise} nais ce n'est pas absolument^ conune dft TObservâtair , parce que le Roi y fait un

j>er$onnagc xiioins sérieux qu'on ne devoit attendre de sa dignité et de son âge > lorsque y pour reconnoître le sentiment de Chimene , il lui assure que Rodrigue es| mort: au combat , car cela se pourroic bien dcfendre par Texemple de plusieurs grands Princes qui n'ont pas fai: difficukc d'user de feinte dans leurs jugcmcns, quand ils ont Toulu découvrir une vérité cachée. Nous tc« nons cette Scène principalement répréhensîble , en ce que Chimene y veut déguiser au Roi la passion qu'elle a pour Rodrigue , quoiqu'il n'y eût pas sujet de le âûre,. ce qu'ellc-mcme eût témoigné déjà auparavant avoir une contraire intention. Cela se justifie clairement pat la quatrième Scène du troisième Acte , ou elle dit i son amant, qu'elle veut bien qu'on sache son inclination , afin que sa glùife en soit plus élevéé, quand on verra fu'elU • le poursuit , encore qu'elle l'adore. Ce discours nous, paroîc contredire à celui, que le Pocte lui iait tenir mainteiiant pour céler son amour au Roi : qu*on se pame de joie ainsi que de tristesse i et c'étoit sur cette

contradiction que nous estimons que ro)>sarvateur eût

été bien fondé de le reprendre en ce lieu. En efFec , il eût beaucoup iiûeux valu la faire persévérer dans U fésolutionde laisser connoitre son amour > et lui faite dire que la mort de ilodrigue lui pouvoit bien être sensible « puisqu'elle avoit de raffiection pour lui; mais qu'elle lui était agréable > puisque son devoir l'avoit obligée à la poursuivre » et que maintenant elle n'avoit £li^ rien i de&jxer que le tombeau j après avoir obtenu

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«Us Mores ce qae le Roi sembloit ne lui youloir pas accorder. »

Quant à Toidonnance de Femand pour le mariag* de Chimene avec celui de ses deux amans qui sortifoit vainqueur du combat, on ne sauroit nier qu'elle ne soit très - inique , et que Chimene fasse une trîsgrande fiiutc de ne refuser pas ouvertement d'y obéir, itodiigue lui-même n'eût osé porter jusques-là ses pré« tentions > et ce combat ne pouvoît servir , au plus, qu'i lui faire obtenir rabolition de la mort du Comte : que si le Roi le vouloit récompenser du grand service qu'il venoit d'en recevoir , il falloir que ce fût du sien, et non pas d'une chose qui n'étoit point à lui » et que les loiz de la nature avolcnt mises hors de sa puissance. En tout cas s s'il vottloit lui fake épouser Chimene , il fal* îoit qu'il employât envers elle la persuasion plutôt que ie commandement. Or , cette ordonnance déraisonnable et précipitée , et par conséquent peu yraîsemblable, est d'autant plus digne de blâme , qu'elle fait .le ilénduement de hi Pièce , et qu'elle le fait mauvais et contre Part. En tous les autres lieux du Poème, cette bizarrerie eût fait un fâcheux effet i mais en celui'<i *clle en gâte l'édifice, et le rend défectueux en sa partie tia plus essentielle , le mettant sous le genre de ceux ^u' Aristote condamne , pour ce qu'ils se nouent bien es ' se dénouent mtt(,

La première Scène du cinquième Acte nous semble ^trèSHlîgne tsensute , parce que Rodrigue retourne

chcx Chimene , non plus de nuit , comme l'autre fois

* que l«s ténèbres favorisoiem aucunement sa témérité %

xoê SENTXMEMS

«Dais ai plein jour » avec bien plu«ile péril ietdescaaé dale. Elle nous semble encore digne de répréhension , parce que l'entretien qu'ils y ont ensemble esc si ruineux pour rbonnettc de Chimene , et décoime tdlc* ment Tavantage que sa passion a pris sur clic ^ qua nous n'estimons pas qu'il y air guère de chose plua blimable en toute la Pièce. U est vrai que Bodrigne j fait ce qu*un amant désespéré étoit obligé de faire, et ^u'il y demeure bien plus dan» les termes de la bien* séance qu'il n'avoit fait la première fois. Mais Chimene, au contraire » y abandonne xout ce qui luirestoit de pudeur; et , oubliant son devoir pour contenter sa passion , persuade clairement Rodrigue de vaincre celui qui s'exposoit volontairement i la moit pour sa «ue*

relie, et qu'elle avoit accepté pour son défenseur; et ce qui la rend plus coupable encore » esc qu'elle n% Texhotte pas unt à bien combattre pour la craintf qu'il ne meure , que pour l'espérance de l'épouser s'il ne mouroit point. Nous laissons i part Tingratituda et l'inhumanitc qu'elle fait paroître en sollicitant le 4éshonneur de Don Sancbe, qui sont de auiUFaiscf 4|ttaUcés pour on principal personnage. Cette Scène donc a toute l'impetfection qu'elle sauroic avoir , si

Ton considère la matière comme faisant une panie essentielle de ce Poème. Mais en récompense , la con-*

sidérant à part et détachée du Sujet , la passipn qu'elfaa

contient nous semble fore bien touchée et fort bien

conduite , et les expressions dignes dî; beaucoup de Jiguanges.

lia seconde et trm))»pe >C€jQiC»i Qn% 4é£iu$ ^cçont

tumé de îa superfluîté de PInfante , et font languir U Théâtre par le peu qu'elles contribuent i la pûncipale «vcntare ; il est vrai pourtant qu'elles ne manquent pas de beaux mouvemens , et que si elles ctoient ivices* saires, elles se pourroîent dire belles.

Nous croyons la quatrième moins inutîle que ne le pr(5tend l'Observateur , puisqu'elle découvre l'inquiétude de Chimene durant le combat de ses amans « et qu'elle sert à lui faire regagner un peu la réputation t^u'elle avoit perdue dans la prenûere.

Pour la cinquième , outre qu'elle donne juste sujet i l'Observateur de remarquer le peu de tem$ que Rodrigue a eu pour ce combat , lequel se devant faite dans la place publique, et p^r la permission du Hoî t demandoit beaucoup de cérémonies » elle a encore le défaut de l'action que Don Sanchc y vient faire de présenter son épéc à Chimene , suivant la condition que lui a imposée le vainqueur. Puis, pour achever de la rendre tout-à-fait mauvaise , au lieu que la surprise qui trouble Chimene devoir 6tre courte, le Poète* l'a étendue jusqucs- à dégoûter les Spectateurs les plus pa* tiens , qui ne se peuvent assesi étonner de cequeDbn Sanche* ne réclairdssc pas du succès de son combat avec une parole , laquelle il lui pouvoir bien dire ^

puisqu'il lui peut bien demander audience deux. ou

trois fois pour l'en éclaircir : à quoi Ton peut ajouter

qu'il y a beaucoup d'iniusticc dans le transport de Chimene contre lui qui Tavolt servie et obligée, et que si elle eût fait paroîtrc sa douleur avec plus de tendresse et de civilité , elle eût plus excité de compassion qu'elle

loS SEMTIMENS

ne fait par sa violence. D'ailleurs « il y pourroit tfoit

encore à redire , à ce qu'ayant promis solemnellement d'épouser celui qui la vengeroic de Kodiigue % maiaic* nant qu'elle croit que Don Sanche l'en a vengc^e » elle ' tranche nettement qu'elle ne lui tiendra point parole 9 et le paye d'injures et de refus 1 au lieu de se plaindre de sa mauvaise fortune qui lui a ravi , par son propre ministère» celui qu'elle aimoit , et qui la livre k celui qu'elle ne pouvoit soufl&ir.

' ' Dans la sixième Scène , où elle avoue au Roi qu'elle aime Rodrigue» nous ne la blâmons pas* comme fait l'Ob* seivatcur, de ce qu'elle Tavouc; mais de ce qu'oubliant la résolution qu'elle avoit faite dans la quatrième Scène du troisième Acte , de nt point céler sa passion pour sa plus grande gloire, elle semble l'avoir voulu dissi« inulcr jusqu'alors , et par conséquent l'avoir jugée criminelle. Par cette incgalitc de Chimcnc , le Poète fait douter s'il a comiu l'importance de ce qu'il lui avoit fait dire lui-mcme:

Voyani que jt Vaiore et que je le pounuit f

et laisse soupçonner qu'il ait mis cette gén(5rcusc pensée dans sa bouche » plutôt comme une fleur» non nécessaire > que comme la plus essentielle chose qui servit i la constitution de son Sujet*

Dans la suivante » nous trouvons qu'il lui (ait faire une faute bien plus remarquable , en ce que, sans autre raison que celle de son amour» elle consent à Tinjuste ordonnance de Fernand ; c*est4-dire » à épouser celui qui avok lui ion pete. Le Poctc;. voulant que cc Pocmc

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fîiikhcureimtmiit f pour mûm les règles de la Tragt*

oSpRe, fait encore en cet endroit que Chimcnc foule ijWtfeds celles que la nature a établies , et dont le n^^s et la transgression doivent donner de Thorreut aux ignorans et aux habiles.

Quant au Th^itre^U n*ya personne i qui il ne soît i^vîdent qu'il est mal entendu dans ce Poème , et qu'une même Scène y représente plusieurs Ceux* Il est Trai que c'est» un ddfaut que Ton trouve en la plupart de nos ^oëmes dramatiques , et auquel il semble que la n(Sgl^> /gence des Poètes ait accoutumé les Spectateurs ; mais TAutcur de celui-ci s'dtant mis si à l'étroit pour y faire

rencontrer 1* unité du jour , devoir bien aussi s'efforcer d'y faire rencontrer celle du Heu , qui est bien autant jidcessairc que l'autre > et , faute d'être observée avec soin y produit dans Pesprit des Spectateurs autant oa plus de confusion et d'obscurité.

A Pexamen de ce que l'Observateur appelle coivrànitt j succède celui de hi versification , laquelle aysome été reprise sans grand fondement en beaucoup de lieux , rt passée pour bonne en beaucoup d'autres » ou il y avoir grand sujet de la condamner, nous avons jugé nécessaire , pour la satisfaction du Public ^ de montrer en quoi la censure des vers a été bonne ou mauvaise, et en quoi l'Observateur eût eu encore juste raison de les reprendre. Toutefois nous Savons pas cru qu'il noua fallût arrêter à tous ceux qui n'ont d'autre défaut que *d'être foibles et rampans , le nombre desquels est trop

f rand et trop facile à connoîuc pour y employer notre

SENTIMEN

SUR

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