‹ Chefs-d'œuvre d'éloquence françaiseChapitre 13 sur 87 · II. — Justification de M. FoucquetK · texte numérisé non relu

II. — Justification de M. FoucquetK

Je défendrai M. Foucquet de deux accusations principales , [qui sont] la mauvaise administration des finances, qu'on veut qu'il ait appliquées à son profit particulier; la mauvaise et excessive ambition qu'on a représentée à Votre Majesté comme suspecte et criminelle.

Piomier chef d'accusation ; crime de péculat. Quelle preuve en a-t-on donnée? Ses biens qu'il n'a pu acquérir, ses dépenses qu'il n'a pu faire, sans puiser dans le trésor de l'Etat, l'impossibilité où il se trouve de rendre compte des sommes qui ont passé par ses mains.

Sire, les apparences sont souvent trompeuses, surtout quand on juge des biens d'un homme qui a tout ensemble beaucoup d'esprit et beaucoup de cœur. Je ne crains pas de dire à Votre Majesté qu'il n'y a point d'homme dans son royaume assez hardi pour se charger en môme temps des biens et des dettes de M. Foucquet; et, au lieu de ces millions de réserve entassés les uns sur les autres qu'on a d'abord figurés h Votre Majesté, il me semble que je vois ce Romain ^, qui , après avoir bâti une trop belle maison qu'il fit néanmoins sagement abattre en un jour , pour apaiser l'envie , fut

' Titre ajouté. — L'orateur commence cette seconde partie de sa défense par écarter l'accusation tirée d'une foul« de papiers compromettants saisis cliez son ami. il reviendra sur cette difficulté dans son second mémoire; il se contente ici de déplorer le malheur d'un homme que sa charge obligeait à écrire sur toutes sortes d'aDfaires, et dont on a recherché les moindres billets. Notes hist. N" 11. — 2 Le consul Publius Valerius Publicola.

PLAIDOYER POUR POIT.QUET. Ai

trouvé si pauvre qu'il ne laissa pas de quoi se faire enterrer, et qu'il fallut que le public fît lui-même les frais de ses funérailles.

Je ne dirai rien ici de ses dépenses, en ce qu'on les lui reproche comme des marques d'ambition, puisque j'ai réservé ce sujet pour un autre article ; mais sans pompe , sans artifice, sans éloquence, je supplierai très - humblement Votre Majesté de considérer combien il avait de moyens légitimes d'y fournir».

Pellissou examine donc ici les ressources pécuniaires du surintendant, ressources fondées sur son patrimoine et sur celui de sa femme, qui lui avait apporté plus de douze cent mille livres ; sur son crédit ; sur les revenus ordinaires de sa charge ; sur les grâces extraordinaires qu'il recevait du monarque et de son premier ministre ; sur les immenses et légitimes profits qu'il relirait de ses avances d'argent faites à la couronne.

Quant à la reddition des comptes exigés du surintendant pour prouver son innocence, il faut distinguer deux époques. S'agit-il des six derniers mois ? Elle est inutile , puisque, depuis la mort du cardinal Mazarin, il n'a rien fait et rien pu faire que par l'autorisation de Sa Majesté, que sous la surveillance de Colbert, qui tenait un registre très-exact de tous les fonds du trésor et de toutes les dépenses. S'agit-il des six années qui ont précédé la mort du cardinal? Premièrement, cette reddition de comptes serait injurieuse à la mémoire de ce grand ministre^ ; secondement, elle est devenue impossible, en effet, non par la mauvaise administration de l'accusé, mais par la nature même des choses.

L'orateur prouve celte impossibilité, 1° en lappelant au roi que, depuis plus d'un siècle, il s'est toujours fait dans les finances, pour le bien même de l'Etat , une infinité d'opérations qu'il a fallu cacher, et dont on a effacé avec soin la mémoire et les traces; 2" en énumérant les cas où l'honneur et l'intérêt du gouvernement exigent qu'on accorde en secret des remises, des indemnités, des cadeaux, des pensions, des augmentations de prix dans les marchés, sans enregistrer ces grâces; 3° en expliquant la conduite de M. Foucquet par celle de Richelieu et de

* Notes hist. N» 12. — * Notes hist. No 13.

^^ PELLISSOX. — 1662.

Mazarin ^ qui, pour le bien de l'Etat et pour faciliter l'exécution des affaires , ont aussi fait des grâces secrètes avec le bon plaisir du monarque; 4" en rejetant certains comptes embrouillés sur les ruses des gens de qualité qui, pour se faire payer outre mesure, ont pu quelquefois s'entendre avec les commis du ministre des finances ; 5° en invoquant la voix- publique, qui affirme que la plupart des dépenses dont on accuse son ami ont été faites sur des ordres verbaux ou privés du cardinal -Mazarin - ; puis il conclut éloquemment ainsi.

Pour rendre raison de son administration , je demanderais, Sire , à ceux qui l'accusent , si sous le règne triomphant de Votre Majesté , et si sous cette surintendance , l'Etat de Milan s'est perdu , comme sous François I" % faute d'avoir envoyé aux troupes l'argent qui leur était destiné ; si , faute d'une somme très-médiocre — comme on l'a pourtant vu de nos jours, et avant lui — il a laissé reprendre aux ennemis une des plus importantes places de l'Europe \ qui avait coûté de si grandes sommes et tant de sang; si vos armées, Sire , ont jamais manqué de vaincre pour manquer de quoi vivre; si, nonobstant les dépenses effroyables de la guerre, du mariage de Votre Majesté, et de la conclusion de la paix % nonobstant les grandes aliénations qu'on a été contraint de faire, il ne se trouve point encore aujourd'hui que, par les augmentations qu'il a pratiquées, dans les grandes fermes , les revenus de Votre Majesté sont encore plus grands qu'ils n'étaient lorsqu'il commença d'être surintendant ^ ; si les peuples , par la manière dont il s'est conduit avec eux, n'ont point porté ces pesantes charges

1 Mazarin se faisait donner régulièrement 23,000,000 par an pour certains états secrets dont il voulait avoir seul la disposition. Jacques Bresson. Hist. financ.deFr., t. I,p. 300 (Paris, 184 3).— ^ Pellisson distingue par huit numéros ce que, pour abréQ:er,nous venons de réduire àcinq articles.— ' En 1521. Notes hist. N» 24. — * Casai, célèbre par la -victoire du comte d'Harcourt sur les Espagnols en 1640, et perdue , en 1652, faute d'argent nécessaire pour l'entretien de la garnison et des remparts. Notes hist. N» 14. — » Des Pyrénées, en 1660. — e En 1653.

autant et plus tranquillement que sous les règnes précédents ; si les compagnies souveraines , quoiqu'au milieu des tumultes de la guerre, au milieu presque des mouvements de l'Etat \ et en un temps bien différent de celui-ci, n'ont pas été heureusement ménagées , et portées avec beaucoup d'adresse à faciliter les affaires de Votre Majesté; si dans les trois dernières années, qui sont celles de la plus grande autorité de M. Foucquet -, bien que les dépenses augmentassent tous les jours, il n'a pas trouvé moyen de diminuer les tailles, chaque année, de plusieurs millions; si les remises des traites, qu'il avait trouvées au tiers et quelquefois à davantage, n'ont pas été réduites par lui au quart seulement , et les intérêts à dix pour cent , au lieu de douze et de quinze; si les gens d'affaires, si les officiers même du conseil , deux sortes de personnes qu'un surintendant bien corrompu ménagerait sans doute comme complices de ses crimes, n'ont pas été chargés de taxes sur taxes pour décharger les peuples de la campagne ; si, en traitant honnêtement les personnes de mérite et de service en toute sorte de conditions, il n'a pas conservé à Votre Majesté le cœur et l'affection de ses sujets, son grand et véritable trésor, ses seules et véritables richesses? C'est, Sire, la raison que je rendrais pour lui de son administration. Mais combien la rendrait-il mieux lui-môme, s'il était encore assez heureux pour le pouvoir faire de sa propre bouche aux pieds de Votre Majesté.

Mais, Sire, de quelque importance que puisse être cette pre^ mière partie de la justification de M. Foucquet , parlant nonseulement au plus grand roi , mais aussi au roi le plus occupé de la terre, il est temps de passer à la seconde...

1 Allusion aux troubles de la Fronde, qui furent suivis de sept années de guerre avec les Espagnols, commandés par le vainqueur de Rocroy devenu rebelle. — - Le comte de Servien, collègue de Foucquet, mourut au commencement de 1659. Notes hisf. N" 4.

ai PELLTSSON. — 1062.

Second chef d'accusation : ambition criminelle, témoignée parles bâtiments de Vaux, par l'acquisition et les fortifications de Belle-Ile, par les gratifications faites aux personnes de la cour*.

Sire, ce n'est pas une des moindres marques de la puissance et de la sacrée majesté de nos rois , que cet éclat , cette dignité, cette fortune qu'ils ont répandue dans tout temps sur ceux qui ont eu l'honneur de les servir et de leur plaire; et quand on fera réflexion sur tant de grandes et illustres maisons, aujourd'hui des principales de l'Etat, qui n'ont point eu d'autre origine; quand on se souviendra. Sire, de ce que les grâces et les bontés de Votre Majesté même ont fait avec tant de justice pour feu M. le cardinal Mazarin , et de cette pompe, de cette grandeur, de cette gloire qui l'ont accompagné jusque dans les bras de la mort, on s'étonnera peut-être bien moins qu'un particulier qui a de l'élévation dans l'esprit et dans le cœur, qui sent un zèle extrême pour le service de Voire Majesté, qui ne trouve en elle que faveur et que bonté, espère mieux qu'il ne devait de sa fortune, passe quelquefois dans ses pensées les plus justes bornes que la plus exacte raison leur devrait prescrire ^

Je ne prétends pas toutefois , Sire , louer en M. Foucquet ce qu'il a toujours condamné en lui-même. H y a plusieurs personnes d'honneur qui l'ont entendu souvent se reprocher ses bâtiments comme des faiblesses; qui lui ont entendu dire souvent qu'il aurait imité ce fameux Romain dont j'ai parlé % si désormais il n'eût trouvé plus de prodigalité à abattre qu'à achever ; mais que , si son ardeur pour toutes les belles choses, si les propositions et les conseils toujours engageants des personnes les plus célèbres dans les arts, si la facilité d'avoir de l'argent sur son crédit, si l'espérance d'un plus heureux avenir, si son ascendant enfin et son étoile , qui, n'étant* que

» Titre ajouté. — * Notes hist. N» 15.— ' Gi-dessus, p. 40. — ♦ Qui, lorsqu'il n'était que, etc.

l'LAlDOÏER POUR FOl'CgiET. 45

maître des requêtes , lui faisait commencer des plans de surintendant; si toutes ces choses, dis-je, Tavaient porté plus avant qu'il n'avait cru lui-même devoir aller, il était résolu de corriger ses fautes, et d'en faire un bon usage , en donnant à Votre Majesté ce qu'il trouvait trop beau et trop grand pour lui. En effet, Sire, on sait qu'il a fait porter parole par M, de Brancas à cette sage, à cette grande et incomparable reine , mère de Votre Majesté, de donner Vaux ^ à monseigneur le dauphin aussitôt qu'il serait né, et Votre Majesté sait ellemême la supplication très-humble qu'il lui a faite de prendre Belle-Ile. Et, quant à cette dernière, Sire, je ne doute point que Votre Majesté ne soit aussi informée qu'il en fit l'acquisition par ordre exprès de M. le cardinal Mazarin, qui fut bien aise, en ce temps-là, d'ôler cette place à une maison puissante, et alors suspecte % ayant de plus quelque dessein de s'en accommoder lui-même, dans la pensée qu'on lui avait donnée pour le gouvernement de Bretagne; que ce fut ce cardinal enfin qui fit expédier des ordres pour fortifier celte place, et que jusqu'à sa mort il a laissé en incertitude s'il ne la prendrait point pour lui-même ou pour Votre Majesté. M. Foucquet ne l'a donc jamais regardée, ni possédée, ni fortifiée comme une chose qui fût à lui, d'autant plus que, par la nature de cette acquisition, qui a autrefois appartenu à la couronne. Votre Majesté était en droit de la retirer pour de l'argent toutes les fois qu'il lui plairait; et cela étant. Sire, si Vaux et Belle- Ile faisaient son infortune, la postérité se souviendrait-elle jamais , sans pitié et sans douleur, qu'il fut criminel pour avoir donné de nouveaux ornements à la France, encore qu'il se fût contenté de la peine de les faire, et du plaisir de les remettre à son roi?

* Vaux-le-Vicomte, auprès de Melun. Notes hist. N» 16. — ^ Belle-Ile avait été érigée en marquisat et donnée par Charles IX aux comtes de Rais,

-46 l'ELLisso.x. — 1(30:2.

Je passe, Sire, au reproche qu'on lui faft d'avoir accordé tant de gralificalions, de n'avoir rien épargné pour établir son crédit et sa puissance en engageant une infinité de personnes dans ses intérêts... H n'a eu , dit-on , pour but que de se faire des amis. Votre Majesté voit assez s'il en a beaucoup fait, s'il lui en reste beaucoup de véritables '. Mais quand , en servant Votre Majesté, il aurait eu dessein de se faire aimer des personnes de sa cour, où trouverait-on qu'il en soit blâmable , et que ce soit un fort beau secret pour servir utilement son maître, surtout en France, que de se faire haïr? Les amis que se fait un ministre zélé et fidèle, il ne les dérobe pas à son roi ; il les lui garde , il les lui ramène dans les temps difficiles... Vouloir qu'un roi, un grand roi, un roi tel que Votre Majesté, en prenne ombrage..., c'est mal concevoir sa force et sa grandeur, c'est juger trop indignement et trop bassement d'une si haute puissance. J'aimerais autant que le maître d'un grand et ample héritage se mît en peine du travail, de l'empressement, de la diligence, de l'union, des amas et des retraites de quelques misérables fourmis, comme s'il ne pouvait pas les écraser du pied quand il lui plaît, ou les disperser, en moins de rien, du moindre souffle de sa bouche.

III. — Si l'accusé était coupable, l'honneur et l'intérêt du roi demanderaient son pardon ^.

Jusqu'ici, Sire, je n'ai parlé qu'à la justice de Votre Majesté. Que cette justice me permette maintenant de m'adresser à ses autres vertus, à sa bonté, à sa clémence, à sa sagesse. Si j'ai défendu M. Foucquet comme innocent, que je parle encore pour lui comme coupable, en faisant faire à Votre Majesté certaines réflexions générales, mais impor-

1 Notes hist. N» 17. — - Titre ajouté.

PLAIDOYER POUR FUUCUL'i:!. 47

lanles, qui, le supposant même coupable, demandent son salut et sa grâce à un prince tel que Votre Majesté.

Et pourquoi, Sire, ne supposerais-je point que M. Foucquet est coupable, si la voix du peuple, si celle des sages disent également , qu'en entrant dans toutes les grandes charges , et surtout en celles qui ont un grand maniement , on met sa tête et sa vie entre les mains de son roi , pour ne dépendre que de sa bienveillance ? qu'il n'y a presque jamais en France de premier ministre, de surintendant, de général d'armée, de gouverneur de province ou de place , qui , étant examiné dans la dernière rigueur des lois, n'en puisse appréhender toute chose avec justice? Mais en même temps , Sire, et ces sages , et ce peuple, réclament contre cette justice si exacte, contre cette dernière rigueur , presque autant que contre une haute injustice.

C'est une chose très-remarquable que celle que je m'en vais dire à Votre Majesté, attestée cependant par l'histoire , la véritable, la sage, la fidèle conseillère des grands rois. Il n'y a point eu de surintendant , sans exception, qui, dans une administration un peu longue, à écouler les discours du peuple ou les jalousies de la cour , dans ce poste si grand et si envié , si sujet à la haine publique , n'ait paru digne de la mort. Mais de ce grand nombre il n'y en a eu, en tout, que quatre ou cinq de malheureux ; et de ces quatre ou cinq même , à peine y en a-t-il eu un qui, après sa mort, lorsque la colère des rois, la jalousie des concurrents ou des supérieurs , l'envie du monde sont mortes avec lui , n'ait été justifié par l'histoire , n'ait laissé, s'il faut ainsi dire , par sa condamnation , plutôt une ombre et une tache qu'un ornement à la vie de son prince, au moins sur ce fondement qu'il vaudrait mieux avoir sauvé mille coupables que d'avoir fait périr un innocent.

Je ne parle point de Pierre de la Brosse sous le roi Philippe le Hardi , qui n'était pas proprement surintendant, mais chani-

AS rELLijJSU-N. — 1(50:2.

bellan, et ne lïil point recherché pour finances, mais convaincu, par ses lettres, d'intelligence avec les ennemis de l'Etat, et que néanmoins plusieurs auteurs, entre autres un italien de grand nom et de grand jugement', ont mis au rang des innocents, comme ces lettres ayant été supposées. Enguerrand de Marigny, sous Philippe le Bel et Louis Hutin son fils, est, à vrai dire, le premier, comme le plus connu et le plus illustre des surintendants malheureux , poursuivi chaudement, disent les auteurs, par Charles de Valois, oncle et comme tuteur du roi, et qu'il avait irrité sous le règne précédent. Il fut condamné solennellement à Vincennes , non point par des commissaires, mais par une assemblée de pairs, ses plus naturels et ses plus légitimes juges. Jamais homme ne passa pour plus coupable : ce n'était pas seulement péculat, c'était neuf ou dix crimes énormes, trahison, intelligence avec les ennemis; c'était même empoisonnements et images de cire, armes accoutumées de la calomnie, renfortordinaire défausses ou faiblesaccusations. Les grands, jaloux de son élévation, furent ravis de le voir condamner; le peuple même, qui le haïssait à cause des grandes levées qu'il avait clé contraint de faire pour soutenir la guerre, se jeta avec fureur sur ses statues. Cependant, quelque temps après, ce même Charles de Valois tombe malade d'une espèce d'apoplexie ou paralysie, d'autres disent d'une langueur inconnue. Il examine sa conscience, et, pour obtenir de Dieu sa guérison, qu'il n'obtint pas toutefois, il fait faire des aumônes publiques par tout Paris , et fait dire à ceux qui les distribuaient : Priez Dieu pour Vâme de Monseigneur Enguerrand de Marigny , et pour Monseigneur Charles de Valois, mettant toujours Marigny devant Valois, ce qui étonna fort, dit l'histoire, ceux qui avaient cru que cette condamnation était juste. On ouvre les yeux alors, on met sa femme en liberté^ qu'on avait tenue

» Dante, Purgatoire, ch. vi, v. 28, — ' On met en liberté sa fcmnie , qu'on avait tenue, etc.

aussi coupable que lui, on rétablit ses enfants dans leurs biens, qui avaient été confisqués, on ne lu regarde plus que comme une victime de Charles de Valois , tant l'envie , la jalousie, la colère, ont de pouvoir, même sur l'esprit des grands hommes, et sont dangereuses auprès de leurs rois^

Ensuite, et quelques années après seulement, vient Gérard de la Guette, surintendant, mort à la question, que toute l'histoire reconnaît pour innocent, et sacrifié, par un très-dangereux exemple, à la passion du peuple, qui, ayant pris cœur — chose très-remarquable — de la condamnation de Marigny pour murmurer contre les finances, et passant dans sa fureur, suivant sa coutume, du moindre au plus grand, du ministre au prince, des hommes, pour ainsi dire, à Dieu, avait bien eu l'insolence et l'audace d'appeler publiquement aux états généraux des impositions faites par son roi'.

L'histoire, pour ne rien oublier, parle encore d'un Pierre Remy, sous Philippe de Valois, dont la condamnation est assez obscure; car on n'en sait pas de détail. Il est dit seulement qu'on lui trouva, non pas des dettes et de la misère, mais des richesses immenses pour ce temps-là ; et si son arrêt mérite d'en être cru , il fut condamné non-seulement pour péculat, mais encore pour trahison \

Quel bon effet produisirent ces recherches et ces condamnations de surintendants en douze ou treize ans de temps, l'une en 1315, l'autre en 1322, l'autre en 1328?— Ceci, Sire, mérite la réflexion de Votre Majesté. — Yeut-il plus d'intégrité dans les finances? les rois en furent-ils mieux servis ? les peuples en furent-ils plus contents? Au contraire Jamais tant de plaintes qu'en ce temps-là; jamais tant de crieries et tant de vacarme contre ces mêmes désordres, ou véritables ou supposés. Cette bête , non pas à cent têtes seulement , mais à cent

Notes historiques. N" 19. — 2 Ibid, N» 20. — 3 Ibid. N" 21.

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millions de têtes, à qui il est toujours dangereux de découvrir, de laisser même entrevoir le secret et les mystères de l'Etal , s'efTaroucha tellement qu'en ce même siècle, même dans la calamité publique, sous le roi Jean, prisonnier, et Charles V, lors dauphin, son fils % ce ne furent que brigues, que factions, que séditions, pour demander compte des finances à tous les ministres de ce temps-là... de sorte qu'en l'espace d'environ quarante ans — car il n'y en a guère davantage de la condamnation d'Enguerrand de Marigny, qui fut en 1315, jusqu'à ces mouvements sous le roi Jean, qui furent en 1357 — ; en cet espace d'environ quarante ans, depuis qu'on eut une fois commencé d'entamer cette délicate et épineuse matière des finances, il se voit plus de recherches , plus de condamnations, plus de bruit et de désordres dans l'Etal et contre les rois pour les finances, qu'il ne s'en trouvera presque en tout le reste de douze cents et tant d'années de monarchie. [Ce fut] en un siècle néanmoins oii les finances n'étaient presque rien..., en un siècle si éloigné de la gloire, de la pompe et de la richesse du nôtre, que les registres de la chambre des comptes nous semblent faits pour se réjouir quand nous y voyons des articles de 7 sous 6 deniers par jour pour les voyages des chanceliers de France, de beaucoup moindres encore pour réparer les habits du roi.

Ainsi, après ces surintendants, mais seulement cinquante ans après, ou environ, on trouve Jean de Monlaigu , sous Charles le Simple. C'est celui dont le bon religieux de Marcoussis disait à François 1" qu'il n'avait pas été condamné par justice, mais par commissaires'. Nul historien presque n'a douté de son innocence : il fut immolé à la faction du duc de Bourgogne, pour avoir été de celle du duc d'Orléans.

Ensuite l'histoire parle de Jacques Cœur , sous Charles VII,

1 Notes hist. No 22. — î Ci-dessus, p. 37. Notes hist. N" 23.

PLAIDOYER POUR FOUCQUET. Sj

condamné non par des commissaires, mais par un arrêt authentique du parlement de Paris, sur une infinité de chefs ^ tenu sur l'heure pour très-coupable, et pour qui le pape n'obtint qu'à peine que la mort fût changée en rélégalion ; et cependant l'histoire dit encore qu'après sa mort il fut trouvé innocent \

Enfin on voit, sous François 1", Jean de Semblançay , sage et vénérable vieillard , qui avait véritablement laissé perdre l'Etat de Milan faute d'envoyer à l'armée les sommes que le roi avait ordonnées, mais malgré lui... el forcé par l'autorité, par les menaces el par la rapine d'une puissance supérieure à la sienne, qui détourna cet argent ailleurs, el qui ne songea depuis qu'à sa perte \ L'histoire, Sire, ne l'excuse pas seulement, mais déclame contre cette puissance, et contre un ministre de ce temps-là, son ennemi , qui avait été le second instrument de sa mort par un choix affecté de commissaires, tous de sa cabale. Ce sont les termes d'un fort sage historien '\

En dernier lieu , Sire , el de nos jours , on a vu M. de la Vieuville poursuivi, condamné par une chambre de justice. S'il ne se fût mis à couvert de ses crimes supposés par un crime véritable, mais pardonnable , en rompant les prisons de son roi. Userait peut-être aujourd'hui au rang des autres. Mais quand l'envie , la haine et l'intrigue ont été dissipées , on a vu sa réputation solennellement rétablie, [on l'a vu] luimême rétabli enfin dans son emploi , finir ses jours en paix

1 Notes liist. N» 23. — * Ibid. N» 24. — ' Franciscus Belcarius Pcguillio episcop. Metens. Comment, rer. gall. At Pratus Cancellarius, bipedum omnium nequissimiis, qui Samblancaeo, ob summam ejus auctoritatcm , invidebat (hune enim ob venerandam ejus senectutem patrem suum rex appellare solebat) illi judices a sua cohorte, hoc est, etc., dédit : tametsi non Samblancœum in œre Ludovicœ , sed Ludovicam in œre Samblancœi certo esse norat. Addicti certis deslinalisque sententiis judices et Ludovicae et Prati raetu horainera innocentera , ut ferebatur , extrême supplicio addixerunt. — Note de Pellisson,

52 PELLÏSSON. ^— 1662.

et avec honneur sous le règne auguste et équitable de Votre Majesté \

S'il en faut dire la vérité, Sire, je ne vois point quelle gloire ont acquis aux roisvos prédécesseurs les condamnations de tous ces surintendants; je vois même que la plupart ont fait quelque tort à leur mémoire. Mais Votre Majesté veut-elle voir une gloire véritable et solide , une gloire où les voix ne se trouvent point partagées, où il n'y a ni contestation, ni difficulté? C'est celle de Henri IV, votre grand aïeul , qu'on a loué unanimement d'avoir trouvé M. d'O dans les finances, [ministre] contre lequel on criait plus qu'on n'a jamais fait contre nul autre, son ennemi de plus , et qui lui avait fait mille peines à son avènement à la couronne; et de s'être pourtant contenté, avec une bonté presque divine , d'empêcher les désordres dans les finances, sans lui ôter même son emploi jusqu'à sa mort \ Ce n'est pas mon dessein. Sire, de traiter ici le lieu commun de la clémence ; mais celle de ce grand prince m'emporte et rae ravit en admiration , et son siècle ni la postérité ne l'ont point laissée sans récompense. INe pensez pas. Sire, que le combat de Fontaine-Française , les batailles de Centras , d'Arqués et d'ivry, lui aient acquis le surnom de Grand. 11 avait déjà désarmé la ligue , conquis son royaume et fait tous ses grands exploits, qu'on ne lui donnait point encore ce grand et auguste titre. Mais quand on a vu que Paris , qui lui avait tant résisté , n'a trouvé en lui qu'un père ou plutôt qu'un roi ; que le duc de Mayenne , qui lui avait opiniâtrement disputé la couronne , n'a été puni que d'une simple raillerie et d'une longue promenade à pied, fort incommode à un homme de sa taille'; que ce bon prince n'a jamais perdu qu'avec une extrême violence sur lui-même ses plus mortels ennemis , ses amis les plus perfides et les plus ingrats , et

'- Notes htst. N» 25. - ^ Ibid. N» 26. — ^ Jbid. N» tl.

ceux-là seuls qui n'ont pas voulu implorer sa grâce; qu'en un mol, il savait encore mieux pardonner que vaincre ; alors, Sire, alors, le genre humain tout entier..., surpris de trouver en un même homme le cœur d'un lion avec la bonté d'un ange, a rompu , pour ainsi dire , toutes les premières bornes de son admiration, et, ne la pouvant plus contenir en ellemême , l'a exprimée comme d'une seule voix par ce nom de Grand , qui le fera triompher et régner sans cesse dans les siècles à venir, et ne durera pas moins que le monde...

Que l'envie et la lâcheté insultent aux malheureux tant qu'il leur plaira : c'est leur coutume. Votre Majesté est trop éclairée pour s'y méprendre : elle n'ignore ni les grands talents de M. Foucquet , ni les services qui lui ont fait mériter souvent tant d'éloges de la propre bouche de Votre Majesté, Et si les Romains , la nation du monde la plus sévère, ont tenu pourtant , comme il paraît par leurs lois et par leurs histoires , que les belles actions devaient quelquefois couvrir les mauvaises , le mérite exempter de la peine, et la gloire emporter le crime i , que Votre Majesté se souvienne , Sire , non pas de la longue administration de M. Foucquet , puisqu'on la calomnie , quoique grande et illustre en plusieurs choses, comme je pense l'avoir fait voir..., mais au moins de deux ou trois actions de sa vie, où son zèle a paru avec tant d'éclat et de gloire que l'envie même ne le saurait nier.

Quand, dans les funestes désordres de cet Etat, dont on ne peut se souvenir qu'avec peine , le parlement quittait Paris pour se ranger à Pontoise, par une fidélité à laquelle Votre Majesté vient de donner des récompenses glorieuses. . . ,ne fut-il pas chargé par Son Eminence du plus grand soin , de la principale confiance de cette importante négociation... que Ton

1 L. Florus , liv. I, cfi. 3, parlant d'Horace : Citavere leges nefas; sed abstulit virtus parricidam; et facinus intra g-loriam fuit, — Note de Pellisson.

regardait alors comme devant affermir la couronne presque chancelante sur la tète de Votre Majesté*? ne s'exposa-t-il pas, mille fois le jour, pour votre service, aux outrages du parti contraire dans sa compagnie, aux plaintes publiques, aux fureurs d'un peuple irrité? n'éluda-t-il pas cent fois , et ne fit-il pas, presque lui seul, retomber à rien ces tempêtes fatales qui devaient nous écraser ? ne s'y gouverna-t-il pas avec tant d'esprit, tant de vigueur, tant d'adresse, tant de fermeté, tant de courage, que Son Eminence... ne pouvait se lasser de l'admirer comme un des plus grands hommes, comme un des plus nobles, des plus vastes, des plus beaux et des plus rares génies que la France eût jamais produits?

Quand, par une maladie qui fait encore frémir les bons Français, nous faillîmes à perdre Votre Majesté % [et lors]qu'il ne fallut pas moins d'un miracle pour nous la rendre, comme il en avait fallu un pour nous la donner; [lors]que la France, dans ce grand malheur, ne voyait devant ses yeux qu'horreur, que confusion et que ténèbres; [lors]que tous les plus grands tremblaient de l'incertitude des événements , que les plus puissants ne songeaient qu'à s'assurer de tous côtés, ou qu'à mettre à couvert leurs richesses; [lor?]que nul traitant, nul homme d'affaires ne pouvait, ou ne voulait, Oii n'osait donner le moindre secours aux affaires de Votre Majesté , que faisait alors M. Foucquet? Avec un courage digne de l'ancienne Rome — mais pourquoi parler de l'ancienne Rome? disons plutôt avec un courage digne d'un ministre de Votre Majesté — il ne s'endettait pas seulement au delà de ses forces pour elle , il vendait même à Jacquier une terre considérable ^ de madame sa femme , pour envoyer sur l'heure même l'argent à l'armée de Votre Majesté devant Dunkerque.

Mais, Sire, toute sa vie n'est pleine que dépareilles actions;

' Notes hist. N» 28. — 2 A Mardick, au mois de juillet 1658. — ^ Belassisse.

et jamais surintendant ne s'est engagé pour les affaires publiques plus franchement, plus hardiment et plus noblement que lui. On n'aurait jamais fait, si l'on voulait dire toutes les marques de son zèle , ou de son respect pour la personne de Votre Majesté. Quelle se souvienne seulement de la dernière qu'il lui a donnée immédiatement avant sa prison.

Votre Majesté ne lui commanda pas de quitter sa charge de procureur général; elle lui laissa seulement entendre de loin, et comme en passant, que peut-être ne serait-il pas mal qu'il la quittât pour votre service , oi^i il était obligé de donner désormais en autre chose trop d'assiduité \ Balança-t-il un moment, Sire, pour se défaire de la chose du monde qu'il avait toujours tenue pour la plus précieuse? écouta-t-il la voix de ses amis alarmés de celte pensée? ne répondit-il pas avec toute la confiance qu'on pourrait presque prendre en Dieu même , qu'il ne voulait — ce furent ses propres termes — ni protection, ni support, ni bien, ni honneur, ni vie qu'en la bonté de Votre Majesté? et n'employa-t-il pas, sur l'heure même, pour votre service tout ce qu'il avait reçu du prix de sa charge? Certes, Sire, je ne puis croire que Votre Majesté en puisse rappeler le souvenir sans en être attendrie. Que serait-ce si elle voyait encore cet infortuné [lui] même, à peine connaissable , mais moins changé et moins abattu de la longueur de sa maladie et de la dureté de sa prison que du regret d'avoir pu déplaire à Votre Majesté , et qu'il lui dît : Sire, j'ai failli , si Votre Majesté le veut; je mérite toute sorte de supplices; je ne me plains point de la colère de Votre Majesté ; souffrez seulement que je me plaigne de ses bontés. Quand est-ce qu'elles m'ont permis de connaître mes fautes et ma mauvaise conduite? Quand est-ce que, par un clin d'œil seulement. Votre Majesté a fait pour moi ce que les maîtres font pour leurs esclaves les

» Notes hist. N° 6.

se PELLISSON. — 1662.

plus misérables , ce qu'il est besoin que Dieu fasse pour tous les hommes et pour les rois même, qui est de les menacer avant que de les punir? Et de quoi n'aurais-je point été capable, de quoi ne le serais-je point , si Votre Majesté avait mieux aimé , si elle aimait mieux encore me corriger que me perdre ?

Récapitulation des preuves, et conclusion du discours^.

Mais, Sire, je détourne mes yeux de cette triste pensée. Votre Majesté voit combien il est digne de sa bonté et de sa grandeur de ne point faire juger M. Foucquet par une chambre de justice , dont même plusieurs membres sont récusables ; [elle voit] qu'on ne saurait prouver les malversations dont on l'accuse, ni par son bien, car il n'en a point, ni par ses dépenses non plus , car il y a fourni par ses dettes et par plusieurs avantages légitimes; qu'un compte du détail des finances ne se demanda jamais à un surintendant; qu'homme vivant, en sa place, ne le pourrait rendre ; que cette discussion est sujette à une infinité d'erreurs. . . ; qu'il n'a point failli depuis que Votre Majesté lui adonné ses ordres elle-même; que la mort de Son Eminence , dont il les recevait auparavant, peut-être même que la soustraction de ses lettres lui ôte tout moyen de se justifier ; qu'en plusieurs choses , comme on ne le peut nier, son administration a été grande, noble, glorieuse, utile à l'Etat et à Votre Majesté; que son ambition, quand elle passerait pour excessive, a mille sortes d'excuses, et ne doit être suspecte d'aucun mauvais dessein; que ses services, ou du moins son zèle en mille rencontres, surtout dans les temps fâcheux et au milieu de l'orage, méritent quelque considération; que la recherche de quelques surintendants, sujette à mille artifices de la calomnie et de l'envie, n'a produit aucune gloire aux rois

1 Titre ajouté.

PLAIDOYER POUR FOUGQUET. 57

prédécesseurs de Votre Majesté; que la douceur, que la bonté du grand Henri, son aïeul, et en cette occasion et en mille autres, a été célébrée de mille louanges.

C'en est assez , Sire , pour espérer toutes choses de Votre Majesté. Qu'elle n'écoule plus rien qu'elle-même et les mou-^ vements généreux de son cœur. Que l'histoire marque un jour dans ses monuments éternels : Louis XIV, véritable-^ ment donné de Dieu pour la restauration de la France, fut grand en la guerre, grand en la paix. Il effaça, par son application et par sa conduite, la gloire de tous ses prédécesseurs. 11 n'aima à répandre que le sang de ses ennemis , il épargna celui de ses sujets. Il sut connaître les fautes de ses ministres, les corriger et les pardonner. Il eut autant de bonté et de douceur que de fermeté et de courage; et ne crut pas bien représenter en terre le pouvoir de Dieu, s'il n'imitait aussi sa clémence.

Td est le litre original de ce nouveau mémoire , que sa péroraison et quelques phrases de l'exorde , adressées à Louis XIV, ont fait mal à propos nommer, dans les éditions modernes, Second discours au roi.

Pellisson , du fond de la Bastille , ne tarda pas à savoir que le jeune monarque , sous l'influence de Colbert et des autres ennemis de Foucquet , avait l'esprit trop prévenu pour être attaqué directement : il tourna ses efforts vers l'opinion publique ; la soulever en faveur de son maliieureux ami était le seul moyen possible d'émouvoir le trône et de le contraindre à pardonner. 11 voulut donc mettre les gens d'affaires et de robe au courant du procès. Le nouveau discours fut pour eux : le roi n'y eut que ce qu'il fallait, d'abord pour ménager sa susceptibilité, puis pour assurer l'action de celte manœuvre habilement déguisée, c'està-dire, de l'encens au début et des supplications à la fin.

Cette composition oratoire est plutôt un factum qu'un discours pro-

58 PELLissON. — i662 ou 1663.

prement dit; elle n'a dans son plan ni l'imite, ni la marche progressive qui se trouvent dans la précédente, et qu'exige la perfection de l'éloquence. Pellisson distingue ses adversaires en cinq groupes, et les réponses qu'il leur fait partagent son travail en cinq parties , où sont examinées tour à tour , 1° la question de cojnpétence ; 2° l'énormité des profits tirés des avances d'argent faites au roi , avances qui sont des services rendus à l'Etat et non des prêts usuraires; 3° la nature et les garanties du privilège qui exempte le surintendant de la reddition de ses comptes ; 4° une affaire embrouillée concernant six millions , somme fictive représentée par des billets sans valeur et qu'on prenait pour un vol fait au trésor; 5° la critique des abus inhérents à l'administration de la justice aussi bien qu'à celle du trésor.

Ce second mémoire , plus long du double que le premier, moins à la portée du commun des lecteurs , à cause des détails de finances dont il est rempli, est en outre d'un style beaucoup plus négligé. Son éloquence pleine de verve , de logique, d'adresse, quelquefois même d'originalité, mais jetée currente calaino , pèche à chaque instant contre le goût et la grammaire ; à peine y reconlre-t-on une page sans incorrections , et par conséquent digne de figurer , sans réserve , dans une galerie de modèles. Elle occupe pourtant une trop belle place parmi les monuments du barreau français pour ne pas entrer dans ce recueil. Nous allons extraire de ce plaidoyer quelques fragments choisis , dont le mérite et les incorrections justitieront à la fois sa renommée historique et notre retenue. Nous déguiserons cependant la plupart des défauts, soit en abrégeant des périodes longues à l'excès, soit en remplaçant par des points des incises vagues et obscures, soit en ajoutant, entre des crochets, des mots indispensables à la clarté de quelques phrases.

Réponse à l'objection th^ée des avances d'argent qu'on reproche à M. Foucquet.

Ces avances, qu'on appelle malicieusement des prêts usuraires , ravalent , dit-on , un surintendant à la condition d'un homme d'affaires et sont incompatibles avec la charge d'un ministre, qui, réglant par là ses propres intérêts , devient tout ensemble juge et partie. L'orateur, après avoir énoncé l'objection , promet de démontrer deux choses : la première, que M. Foucquet, dans l'état oii se trouvaient les affaires publiques, ne pouvait agir autrement ; la seconde, que, cela étant, nonseulement il n'en doit pas souffrir, il n'en doit pas être blâmé, mais

qu'il faut l'en louer , malgré l'envie ; et qu'en agissant autrement , il eût été blâmable et même ridicule.

Imaginez-vous le plaisir que vous auriez de trouver un jour dans l'histoire de M. de Mezeray, ou dans quelqu'une de ces relations particulières et curieuses qui se plaisent à remarquer les petites causes des grands événements : Cette année nous manquâmes deux grands succès, non pas tant faute d'argent que par quelques formalités des finances. On attendait un grand et infaillible secours de quelques affaires extraordinaires, rentes et augmentations de gages; mais la vérification n'en put être faite assez promptement. Un rapporteur de l'édit s'alla malheureusement promener aux champs; un autre perdit sa femme; on tomba dans les fêtes...; les expéditions de l'épargne... étaient longues par la multitude des quittances et des contrats. Girardin , le plus hardi des hommes d'affaires, avait promis deux millions d'avances, mais il était malade à l'extrémité ; Monerot , le jeune , qui ne lui cédait ni en crédit ni en courage, pour quelque indisposition, était aux eaux de Bourbon; Marchand était mécontent d'une taxe qu'on faisait payer, disait- il, avec injustice; et le bonhomme Languet ne voulait rien faire sans eux; nul des autres n'était assez fort ou assez entreprenant. Le surintendant trouvait de l'argent sur ses promesses, mais la prudence ne lui conseillait pas d'engager si avant sa fortune particulière dans la publique : il allait pourtant passer pardessus, quand de grands et doctes personnages lui montrèrent clairement qu'il ne pouvait. Car de prêter ces grandes sommes sans en tirer aucun dédommagement, c'était ruiner impitoyablement sa famille; d'en prendre le même intérêt qu'un homme d'affaires, cela était indigne et même usuraire; de faire un prêt supposé sous le nom d'un autre , c'était une fausseté. Et par toutes ces circonstances malheureuses l'armée

60 PELLissoN. — 1662 ou 1663.

manquant de toutes choses, et le ni;il étant plus prompt que le remède, nous ne pûmes jamais prendre Stenay ni secourir Arras K

L'histoire en serait bien ridicule sans doute ; et si elle est feinte ici, sachez qu'elle a été mille et mille fois véritable, et que ces grandes machines si belles et si pompeuses au dehors, où l'on ne voit briller que des dieux et des héros, que des pierreries et que des lumières, ne se soutiennent, ni ne se meuvent, n'avancent, ni ne reculent, ne montent et ne descendent que sur des mouvements, sur des cordes, sur des poulies de cette espèce qu'on cache autant qu'on peut à la vue des spectateurs.

Réponse à ceux qui parlent malignement du désordre des finances.

Il y a de grands abus dans les finances, sans doute; maison est-ce qu'il n'y en a point? La corruption s'y est glissée, il est vrai; mais où est-ce qu'elle n'a point pénétré? Cette partie de l'Etat est bien malade; mais quelle autre jouit d'une pleine et d'une entière santé? Soyez sévère, vous trouverez une infinité d'autres maux autant ou plus grands que celui-ci. Soyez indulgent, vous verrez qu'au milieu de nos prospérités et de nos triomphes, lorsque toutes les nations étrangères portent envie à notre bonheur, nous ne devons pas nous croire si misérables pour ce mal que l'on nous veut tant faire sentir, puisque nous en avons mille autres plus grands et plus fâcheux, que la seule coutume nous rend insensibles.

Je ne vois presque rien de considérable en France que l'Eglise , l'Epée et la Robe.

* Turenne, en 165t, avait assiégé Stenay et secouru Arras, assiégé par Condé et par les Espagnols

L'Eglise est sacrée; n'y touchons point. 11 fallait, disent les théologiens , une mission expresse au Fils de Dieu même pour chasser les marchands du temple ^ Quand même nous appréhenderions qu'ils y fussent revenus, quand nous y verrions des abus et des péculats en des richesses bien autres, en des trésors bien plus précieux que ceux du monde, ce ne serait pas à nous d'en parler.

Voici cette belle et florissante noblesse, la gloire et la force de notre nation. Si nous lui disions qu'on murmure fort des violences , je ne veux pas dire tyrannies, dont elle fait gémir en paix et [en] guerre les provinces éloignées, elle nous dirait que le bruit des armes l'empêche le plus souvent d'entendre les lois; elle nous montrerait peut-^être son corps tout couvert de blessures et de cicatrices pour le service du prince et du public. Ne la pressons point, et, pour la traiter plus noblement encore, réjouissons-nous plutôt avec elle de ce qu'elle renonce désormais à ces combats singuliers si peu chrétiens, si peu humains, si peu sages, si inconnus aux autres nations et aux autres siècles...

Mais que nous dira la justice, la mère de l'ordre^ de la tranquillité et du repos, la protectrice des lois, la correctrice des mœurs, si nous nous plaignons que, malgré ses lumières presque divines , malgré ses soins infinis , malgré son application extrême , continuelle et infatigable, malgré son pouvoir que nous révérons, malgré ses ordres et généraux et particuliers..., je ne sais quel poison fatal et invincible , mêlé et incorporé désormais à ses remèdes les plus salutaires , les tourne à notre ruine, jette dans nos vies et dans nos fortunes une incertitude éternelle, une longue et déplorable confusion? [si nous nous plaignons] qu'en nul antre temps, en nul autre pays on ne plaida jamais tant qu'en France pour savoir où

1 Inexactitude.

62 PELLissoN. -^ 1662 ou 1663.

l'on plaidera, puis sans savoir encore ce que Ton plaide, puis sans le savoir plus^? que la chicane désole tout le royaume; qu'il n'y a particulier ni famille qui ne s'en ressente, ni ville, ni campagne, ni lande même... où Ton puisse se mettre à couvert des piqûres si dangereuses et si mortelles de ces serpents— c'est ainsi qu'un de nos poëtes nomme les procès — soit qu'ils rampent et se traînent à terre comme vipères et couleuvres, soit qu'ils volettent comme scorpions, soit qu'ils s'élèvent comme dragons ou comme hydres épouvantables, à tant de têtes qu'Hercule même ne les saurait dompter; procès non du commun — qu'ai-je dit? communs et très-communs aujourd'hui — qui ne marchent qu'en cérémonie et en pompe sur les épaules courbées de plusieurs hommes, sur des mulets, sur des chariots , où la matière principale languit étouffée sous la masse des incidents; [procès] oii la plus grande question est de trouver la question , consistant souvent en quelque clause d'un testament ou d'un contrat un peu trop courte , dont ces montagnes de sacs sont les horribles commentaires..., véritables fléaux de Dieu , dont il punit en sa colère les fautes des pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et à la quatrième génération ?

Si nous nous plaignons ainsi, quoique amèrement, à la justice, elle nous dira — car elle est juste — que nous avons raison...; qu'elle fait ce qu'elle peut, mais que la chicane a plus d'esprit qu'elle, et trouve mille finesses contre une de ses précautions; que ce n'est pas sa faute , mais celle du genre humain; qu'il n'y a rien de si saint que nous ne sachions corrompre, nul bien si grand dont nous ne trouvions le moyen et l'industrie de nous faire un grand mal.

Ministres sacrés de cette grande déesse , ou , pour mieux dire , juges et magistrats de toutes les sortes, qui êtes la jus-

* Dayantage.

tice même, c'est à vous que j'adresse désormais ma voix et mes paroles dans la suite de ce discours... Si l'on fait etfort auprès devons..* pour tourner ou directement ou indirectement les fautes de tout un peuple contre un seul homme, grand et illustre, quoi que l'envie en puisse dire, mais le plus malheureux de tons, pourriez- vous y consentir, vous qui voyez tous les jours comment l'abus, la corruption et la surprise se glissent, malgré vous-mêmes, jusqu'aux portes de votre sanctuaire, jusqu'au pied de vos autels? vous qui , avec les intentions les plus justes et les plus droites , avec ces veilles et ces fatigues éternelles, avec celte vie si laborieuse et tellement occupée des affaires d'aulrui qu'elle ne vous permet pas de penser aux vôtres, ne sauriez cependant empêcher qu'un peuple obscur et infini qu'on trouve partout , et qu'on ne saurait néanmoins où prendre, quoique marchant sous vos enseignes, ne combatte vos bons desseins , sous prétexte de les seconder...; n'immortalise les passions , les querelles et les fureurs des hommes mortels...; ne reproduise incessamment autant de monstres que vous en pouvez exterminer...; ne fasse trop souvent qu'en jugeant élernellement vous ne puissiez néanmoins venir à bout de rien juger... Désordre étrange , qui ne blesse pas la société civile en quelque chose de peu d'importance, mais en son essence, en son fondement, en son but consistant à ôter la rétribution et la vengeance des mains de chaque particulier , pour la remettre toujours sage , mais toujours puissante , entre le mains du public: abus le plus audacieux de tous les abus , qui ne choque pas l'autorité souveraine en sa moindre partie , mais en la fonction capitale des rois, puisque , dans la vérité comme dans la langue sainte, juger et régner c'est la même chose.

64 PELLissoN. — 1662 ou 1663.

Péroraison adressée au roi.

Et VOUS, grand prince, — car je ne puism'empècherde finir ainsi que j'ai commencé, par Votre Majesté môme — c'est un dessein digne sans doute de sa grandeur, ce n'est pas un petit dessein que de réformer la France. Il a été moins long et moins difficile à Votre iMajesté de vaincre l'Espagne. Qu'elle regarde de tous côtés : tout a besoin de sa main , mais d'une main douce , tendre , salutaire , qui ne tue point pour guérir, qui secoure , qui corrige et répare la nature sans la détruire. Nous sommes tous hommes, Sire; nous avons tous failli; nous avons tous désiré d'être considérés dans le monde ; nous avons vu que sans bien on ne l'était pas ; il nous a semblé que sans lui toutes les portes nous étaient fermées , que sans lui nous ne pouvions pas même montrer notre talent et notre mérite, si Dieu nous en avait donné, non pas même servir Votre Majesté , quelque zèle que nous eussions pour son service. Que n'aurions-nous pas fait pour ce bien , sans qui il nous était impossible de rien faire?

Votre Majesté , Sire , vient de donner au monde un siècle nouveau , où ses exemples, plus que ses lois mêmes ni que ses châtiments , commencent à nous changer. Nous le voyons, nous le sentons avec joie... Mais quant à notre conduite passée , Sire , que Votre Majesté s'accommode, s'il lui plaît , à la faiblesse, à l'infirmité de ses enfants...

La colère de Votre Majesté s^ emporterait- elle contre une feuille sèche que le vent emporte^ 1 Car à qui appliquerait-on plus à propos ces paroles que disait autrefois à Dieu même l'exemple de la patience et de la misère , qu'à celui qui , par le courroux du ciel et de Voire Majesté , s'est vu enlever en un seul jour , et comme d'un coup de foudre, biens, honneur, réputation , serviteurs, famille , amis et santé, sans consola-

^ Contra folium quod vento rapitur, osteadis potenliam tuam. Job. xiii. 29.

SECONDE DÉFENSE DE FOUCQTJET. 6d

tion et sans commerce qu'avec ceux qui viennent pour l'interroger et pour l'accuser? Encore que ces accusations soient incessamment aux oreilles de Votre Majesté, et que ces défenses n'y soient qu'un moment ; encore qu'on n'ose presque espérer qu'elle voie dans un si long discours ce qu'on peut dire pour lui sur ces abus des finances, sur ces millions, sur ces avances, sur ce droit de donner des commissaires, dont on entretient à toute heure Votre Majesté contre lui , je ne me rebuterai point. Car je ne veux point douter auprès d'elle s'il est coupable : mais je ne saurais douter s'il est malheureux. Je ne veux point savoir ce qu'on dira s'il est puni : mais j'entends déjà, avec espérance, avec joie, ce que tout le monde doit dire de Votre Majesté si elle fait grâce...

11 n'est pas jusqu'aux lois, Sire — c'est un grand saint ^ qui l'a dit, — il n'est pas jusqu'aux lois qui, tout inexorables qu'elles sont de leur nature, ne se réjouissent, lorsque , ne pouvant se fléchir elles-mêmes , elles se sentent fléchir d'une main toute-puissante, telle que celle de Votre Majesté , en faveur des hommes dont elles cherchent toujours le salut, lors même qu'elles semblent demander leur ruine. Le plus sage, le plus juste même des rois crie encore à Votre Majesté comme à tous les rois de la terre : Ne soyez point si justes ^.

C'est un beau nom que la chambre de justice; mais le temple de clémence, que les Romains élevèrent à celte vertu triomphante en la personne de Jules César ^ , est un plus grand et un plus beau nom encore. Si cette vertu n'offre pas un temple à Votre Majesté , elle lui promet du moins l'empire des cœurs, oii Dieu même désire de régner. Elle se vante d'être la seule entre ses compagnes qui ne vit et ne respire

1 Saint Augustin ; Oper. t. III , Âppend. p. 48, c. — ^ Noli esse justus multum,neque plus sapiasquara necesse est. Ecoles vu, 17. — 3 Plutarque, en la vie de Jules César, f^ote de Pellisson.

66 PELLissoN. — 1662 ou 1663.

que sur le trône. Gourez hardiment , Sire , dans une si belle carrière : Votre Majesté n'y trouvera que des rois , comme Alexandre le souhaitait quand on lui parla de courir aux jeux olympiques. Que Votre Majesté nous permette un peu d'orgueil et d'audace : comme elle , Sire , quoique non autant qu'elle, nous serons justes , \aillants, prudents , tempérants , libéraux même , mais comme elle nous ne saurions être cléments. Cette vertu , toute douce et tout humaine qu'elle est , plus fière — qui le croirait? — que toutes les autres, dédaigne nos fortunes privées , d'autant plus chère aux grands et aux magnanimes princes, tels que Votre Majesté, qu'elle ne se donne qu'à eux; qu'en toutes les autres [vertus], quoique audessus des lois, ils suivent les lois; [etqu'jen celle-ci ils n'ont point d'autre loi qu'eux-mêmes. Je me trompe , Sire , je me trompe : s'il y a tant de lois de justice, il y a du moins pour Votre Majesté une générale , une auguste , une sainte loi de clémence , qu'elle ne peut violer , parce qu'elle l'a faite ellemême pour elle-même , comme le Jupiter des fables faisait la destinée, comme le vrai Jupiter fit les lois invariables du monde , je veux dire en la prononçant.

Votre Majesté s'en étonne sans doute , et n'entend point eticore ce que je lui dis. Qu'elle rappelle , s'il lui plaît, pour un moment en sa mémoire ce grand et beau jour que la France vit avec tant de joie , que ses ennemis, quoique enflés de mille vaines prétentions , quoique armés et sur nos frontières) virent avec tant de douleur et d'étonnement; cet heureux jour , dis-je , qui acheva de nous donner un grand roi , en répandant sur la tête de Votre Majesté, si chère et si précieuse à ses peuples, l'huile sainte et descendue du ciel. En ce jour , Sire , avant que Votre Majesté reçût cette onction divine, avant qu'elle eût revêtu ce manteau royal, qui ornait bien moins Votre Majesté qu'il n'était orné de Votre Majesté même , avant qu'elle eût pris de l'autel , c'est-à-dire de la

propre main de Dieu, celle couronne, ce sceplre, celle main de juslice , cet anneau qui faisait l'indissoluble mariage de Voire Majesté et de son royaume , celle épée nue et flamboyante , loute victorieuse sur les ennemis , toute puissante sur les sujets , nous vîmes , nous entendîmes Votre Majesté environnée des pairs et des premières dignités de l'Etat , au milieu des prières, entre les bénédictions et les cantiques , à la face des autels, devant le ciel et la terre, les hommes et les anges, proférer de sa bouche sacrée ces belles et magnifiques paroles, dignes d'être gravées sur le bronze, mais plus encore dans le cœur d'un si grand roi :

«Je jure et promets de garder et faire garder l'équité et miséricorde en tous jugements, afin que Dieu, clément et miséricordieux, répande sur moi et sur vous sa miséricorde. »

Si quelqu'un , Sire , nous ne le pouvons penser, s'opposait à celle miséricorde, à celle équité royale , nous ne souhaitons pas même qu'il soit traité sans miséricorde et sans équité. Mais nous qui l'implorons pour M. Foucquel, qui ne l'implore pas seulement, mais qui l'espère..., quel malheur en détournerait les effets ? quelle autre puissance, si grande et si redoutable dans les Etals de Votre Majesté, l'empêcherait de suivre et ce serment solennel , et sa gloire, et ses inclinations toutes grandes, toutes royales, puisque, sans leur faire violence et sans faire tort à ses sujets, elle peut exercer toutes ces vertus ensemble ?

L'avenir, Sire, peut être prévu et réglé par de bonnes lois... Mais pour le passé, Sire, il est passé, il ne revient plus, il ne se corrige plus. Voire Majesté nous avait confiés à d'autres mains que les siennes. Persuadés qu'elle pensait moins à nous, nous pensions bien moins à elle; nous ignorions presque nos propres ofTeuses dont elle ne semblait pas s'offenser. C'est là, Sire, le digne sujet, la propre et

Ô8 bossuEt. — 4669. — oraison funèbre

véritable matière, le beau champ de sa clémence et de sa bonté.

L'éloquence de Pellisson ne put sauver son ami. Le procès dura trois ans; sur vingt-quatre juges qui prononcèrent la sentence, notitiée au coupable le 23 décembre J6G4, neuf optèrent pour la peine de mort, et les treize autres pour le bannissement, que Louis XIV convertit en emprisonnement perpétuel. Le surintendant fut donc renfermé jusqu'à sa mort, arrivée en 1680. On ne sait pas précisément où il passa ses dernières années, et cette incertitude a fait croire, mais sans fondement, que le célèbre et mystérieux prisonnier connu sous le nom de Masquede-Fer n'était pas autre chose que l'infortuné marquis de Belle-Ile, Nicolas Foucquet. On dit qu'il devint pieux, et que la religion adoucit sa captivité.

de

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